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Full text of "Cochinehine française et royaume de Cambodge avec l'Itinéraire de Paris à Saigon et à la capitale cambodgienne"

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COCHINCHINE FRANÇAISE 



ROYAUME DE CAMBODGE 



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GOGHINGHINE 

FRANÇAISE 
ROYAUME DE CAMBODGE 

llE PAULS A PAICON ET A LA CAPITALE CAMBODCIEXNE 

Par CHARLES LEHIRE 



PARIS 



CIIALLAMEL AINE, LIBRAIRE-EDITEUR 

30, rue ilM Bonlan^rs^el me île B«II(cli]i». !7 
CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE rnANCE ET DE L'ÉTnAKGER 



Tons droits réBvrréa 

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r//// - S'i/ 



INTRODUCTION 



Alumdre tiU plus graail par la fondadon d' 
que pu taiild us victoires. 

Napoléon 1* 



Prise de possession de la Basse- Cochinchine. — Son importance 
a.u point de vue commercial et miuilime. — Au point de vue de 
nos autres colonies. >- Au point de vue po1iti([ue. — Au point de 
vue de l'Asie. — Indifférence et ignorance des Français en 
matière cotodate. — Olqet du livrf . 



Peoéant que rattentioQ générale était absor- 
bée par la merveilleuse campagne de Chine, 
qui finissait, une poignée de braves, conduits 
par l'amiral fUgault de Gienouilly, plantait, en 
Basse-Cocliinchine, le drapeau de la Fraiice, 
le 17 février 1859. Ce n'était pas seulement, 
comme en Chine, une démonstration impo- 
sante, une marche triomphale : c'était la prise 



;. Google 



2 mTBODDCTION 

de possession d'une terre féconde en ressources 
de tout genre, la fondation d'un établisse ment 
maritime et commercial sur la route de la 
Chine et du Japon, la création d'une colonie 
française dans l'extrême Orient. C'était là un 
fait capital, un des plus grands actes peut-être 
des temps modernes. 

Quel a été, en effet, le but des conquérants 
de génie, si ce n'est de s'emparer des pays de 
production? Et quel est le pays le plus favorisé 
des dons de la nature, si ce n'est le pays du 
soleil, c'est-à-dire les nombreuses et diverses 
régions de l'Asie : c'est l'Inde, elle est aux An- 
glais; la Malaiste^ elle est aux Hollandais ; les 
Philippines, elles sont aux Espagnols. N'est-ce 
pas vers l'extrême Orient que s'est de tout 
temps portée la convoitise des grandes nations 
-européennes? Le but d'Alexandre dans ses con- 
quêtes et dans sa création d'Alexandrie, n'a- 
t-il pas été, en fondant un grand centre com- 
mercial, d'assurer là vitalité politique de son 
Empire? De même, bous voyons aujourd'hui 
rindo-Chine et la Chine, centres de produc- 
tion, pressées entre deux grandes puissances, 
envahissantes, menaçantes pour leur autono- 
mie : d'un côté les Anglais dans l'inde, de 

,izc.J:.G00glc 



INTRODUCTION 3 

l'autre la Russie aux portes de Pékin. On l'a 
dit avec raiecn : < L'Asie n'est plus chez 
elle. ■ Comment pourrions-nous donc ne pas 
être frappés d'une telle situation et ne pas nous 
en préoccuper ? La France ne devait-élle pas 
se ménager, dans ces parages, une importante 
position? Oui, certes, il le fallait. Les veiations 
et les prohibitions imposées au commerce et à 
la navigation, les persécutions et la mise à mort 
de missionnaires français et espagnols, le refus 
d'entamer des relations diplomatiques et com- 
merciales, les nouveaux ports à ouvrir au 
commerce, la liberté du culte à proclamer, 
telles étaient en partie les raisons qui nous 
appelaient en Cochinchine. « La guerre, dit 
Napoléon ill, est un châtiment ou une rédemp- 
tion. > Ici elle a été l'un et l'autre : la conquête 
a été un châtiment; la colonisation est une ré- 
demption. A la supériorité des armes a succédé 
la supériorité morale. Le pays se transforme 
au contact de notre civilisation, ■ qui consiste 
à compter le bien-être pour quelque chose, la 
vie de l'homme pour beaucoup et son perfec- 
tionnemeoi moral pour le plus grand bien. » 
Au point de vue commercial et maritime, 
cette position a une importance incontestable. 

D,c,l,;cd:t Google 



i INTBODUCTIOH 

Ed effet, Marseille se relie par le canal de Suez 
aux Indes, à l'Indo-Chioe, à la Chine et au Ja- 
pon. Le vaste bassin de Brest est ouvert aux 
deux Amériques. Il n'est pas un coin du globe 
qui n'ait été fouillé et exploité par les enfants de 
l'Angleterre et où ils n'aient établi un comptoir 
ou un fort. Les Russes et les Américains sillon- 
nent tous les Océans. La Prusse,- la Hollande, 
l'Autriche, le Danemark, Brème, Hambourg 
ont de nombreux navires dans ces mers. L'Ita- 
lie reconstituée conclut des traités de com' 
merce avec la Chine et le Japon. Naguère en- 
core nos produits n'arrivaient dans l'Indo-Chine 
que sous pavillon hollandais, anglais ou amé- 
ricain. Aujourd'hui nous avons créé ces rela- 
tions directes que souhaitait tant, en 1850, 
l'amiral Jurien de la Gravière. Aussi, la cons- 
truction des grands navires destinés à ces 
parages s'est-elle déjà, en ces dernières années, 
notablement accrue. 

Notre marine marchande et notre marine de 
guerre ont suivi la même impulsion. Saïgon 
est enfin devenue notre station maritime entre 
Java que possède les Hollandais, et Manille qui 
est aux Espagnols, entre les Indes anglaises, 
la Chine et le Japon, où nous nous sommes 



INTROIHJCTION 5 

créé d'importants intérêts, à côté des Anglais, 
des Américains et des autres nations. 

NoQ-aeulement l'admirable position de Saï- 
gon en fait une station guerrière d'une facile 
défense, mais encore un port de premier ordre 
pour les deux marines, un vaste entrepôt ali- 
menté par les produits mêmes de la colonie 
destinés à l'exportation, par suite un marché 
et un comptoir, un point de refuge et de ravi- 
taillement pour tous les navires, et bientôt un 
chantier de construction et de réparation. Saï- 
goD et le Donnaï, c'est Londres et la Tamise 
comme configuration géographique. 

Ce point, se trouvant sur la roule d'Europe 
'aux Indes, en Chine et au Japon, ressentira 
forcément et immédiatement les conséquences 
avantageuses du percement de l'isthme de Suez ; 
de l'ouverture probable d'une route de terre 
entre les Indes et l'Europe par la vallée de l'Eu- 
phratej de l'achèvement prochain de la com- 
munication télégraphique entre l'Europe, les 
Indes, l'Indo-Chine et la Chine ; de l'établisse- 
ment d'une seconde ligne mensuelle de paque- 
bots des Messageries impériales, et enfin de 
l'extension de nos relations avec les nations 
voisines. 

DiMiicdByGoogle 



b INTRODUCTION 

RelatiTement à nos autres possessions colo- 
niales, la Coctiinchine est la dernière en date, 
elle est la première comme mouvement com- 
mercial, comme population et comme res- 
sources agricoles. Les habitants sont en grande 
partie cultivateurs et sont très attachés au sol. 
La propriété foncière est solidement établie et 
garantie par des actes inviolables. Par suite, 
le reveau de la colonie est certain et va en aug- 
mentant à tel point qu'elle paye elle-même 
toutes ses dépenses, loua ses services, toutes 
ses constructions, ne laissant à la charge de 
la métropole que l'entretien des troupes et des 
bâtiments de guerre destinés à la mer. 

Le pays est organisé identiquement comme 
en France; il se divise en arrondissements 
administrés par des inspecteurs français, en 
cantons et communes ayant leur chef de can- 
ton, leur maire et leur conseil municipal. 

Pas de fanatisme religieux et guerrier, cause 
de sourde hostilité; pas do préjugés de caste 
ou de culte, obstacles à l'assimilation de la 
race. 

La Cochinchine est pour notre marine de 
guerre ce que l'Algérie est pour l'année, son 
champ d'épreuve. Nous devons donc aussi en- 

D,M,IcdB,GOOglC 



INTRODUCTION 7 

vieager le côté politique de la situation. Dans 
quel milieu ae trouve placée la France en ces 
régions lointaines? Au milieu de puissances 
alliées et amiea, dans le voisinage des îles de 
la Sonde, des Philippines, de Macao, de la 
Chine, qui est en bonne intelligence avec nous, 
du Japon où règne notre ioflueace, du Siam 
qui nous est redevable de trois grandes pro- 
vinces, du Cambodge qui est sous notre pro- 
tectorat, du roi d'Annam {Toogquin et haute 
Cochinchine) qui, d'après le traité, a pris pour 
arbitre l'Empereur Napoléon, dans les actes de 
sa poUtique extérieure. On verrait donc, dans 
un cas de guerre, se rallier autour de nous les 
navires hollandais, espagnols, portugais, et 
ceux des puissances européennes qui n'ont pas 
de possessions dans ces parages, c'est-à-dire 
les navires italiens, prussiens, danois, ham- 
bourgeois, brêmois, etc. 

Quel rôle est alors dévolu à la France, à la 
marine française, si ce n'est de protéger les 
intérêts de ces diverses nationalités groupées 
autour d'elles et quelle ne serait pas notre 
force pour soutenir la lutte? On le voit ici, 
deux intérêts immenses sont en jeu : soutenir 
les rivalités paciQques et commerciales et faire 

DiMiicdByGoogle 



8 INTRODUCTION 

face aux éventualités guerrières. 

Notre possession de Cochinchine a une su- 
perficie égale à la moitié de nos anciennes pos- 
sessions des Indes au temps de Dupleix. N'était- 
ce pas là le grand projet qui devait compenser 
pour nous la perte du Canada et des Indes, 
projet dont la réalisation eût fait la gloire de 
Louis XVI ? N'est-ce pas là, pour la gloire de 
ta France, la revanche de nos désastres du 
xvni" siècle? 

Quelles vastes conceptions et quelles grandes 
entreprises s'offraient au génie de Napoléon 1** 
s'il eût pu s'appuyer, comme base d'opération 
dans la mer des Indes, sur une position comme 
celle de Saigon ? 

On le voit, la fondation de la puissance 
française dans l'extrême Orient, est un fait 
capital qu'il n'est permis à aucun français 
d'ignorer. 

Beaucoup de personnes demandent à quoi 
bon la Cochinchine quand nous avons l'Algérie 
à nos portes ? C'est comme si l'on demandait à 
quoi bon percer l'isthme de Suez quand il nous 
reste des voies et canaux à créer chez nous? 
Nous avons le continent, laissons la mer aux 
Anglais. Par suite, à quoi bon une marine ? 

DiciEcJ;., Google 



INTRODUCTION 9 

Brûlons nos vaisseaux et ne nous embarrasBons 
pas de colonies. Ces déductions sont logiques. 
Concevrait-on, en effet, une marine sans colo- 
nies ou des colonies sans marine ? La force de 
la marine de guerre et le développement de la 
marine marohande s'obtiennent à ces seules 
conditions. 

11 est triste de le dire, nos possessions et nos 
richesses coloniales n'ont pas encore, dans 
l'opinion en France, la place qu'elles méritent. 
On se persuade que le sol natal doit sufSre à 
ses habitants, et l'on ne veut regarder que son 
clocher. On affecte même l'indifférence lorsque 
dans un exposé de chambre de commerce, une 
statistique commerciale ou une exposition de 
produits, des résultats importants et avanta- 
geux frappent par hasard les yeux. Si l'on ne 
peut alors nier le soleil, on s'imagine l'avoir 
découvert. Le jour oi^ les Français auront dé- 
couvert la Cochinchine, comme Améric Ves- 
puce découvrit l'Amérique après Colomb, ce 
jour-là la colonie nouvelle prendra un essort 
rapide. 

Or, ce n'est pas au collège qu'on apprend 
à connaître un pays nouvellement exploré, et 
je ne pense pas, comme le disait Méry, que 
1. 

c.Mzc.jî.Googlc 



40 INTRODUCTION 

l'Orient 8oit déjà devenu occidental (1). Les 
Anglais ont leur guide de Londres aux Indes 
et en Chine, publié sous le patronage de la 
reine (2). Si ces sortes d'ouvrages ont leur uti- 
tilité en Europe, nous les croyons indispen- 
sables à fortiori dans les pays étrangers, où 
l'ignorance des usages et du langage embarras- 
sent souvent. Nous ne voulons pourtant point 
faire un simple guide du voyageur ; nous n'a- 
vons pas entrepris une œuvre d'imagination, 
une description du pays, encore moins le récit 
de nos impressions personnelles. Nous avons 
essayé de répondre au questionnaire posé par 
S. Exe. le ministre de la marine et des colo- 
nies, en recueillant tout ce qui peut donner une 
idée des ressources de tout genre que possèdent 
la Cochinchine et le Cambodge (3). Après avoir 
passéprèade sept années consécutives en Cochin- 
chine, résidé dans chacune de nos provinces. 



(1) Le China-mail de Hong-Kong (9 oclobre 1867) disait que les 
Jouniaui français, manquant de corresponduits dajis l'eitrâme Orient, 
ne donnent que des Douvelles erronées sur la Chine et les pays cir~ 
coavoisins. 

(3) Bradshaw's guide. — Trubner et G< viennent de faire paraître 
a complète Guide to the open ports of China and Japon. 

(3) Dépêche du ministre de la marine et des colonies à H. le gou- 
Ycrneur de la Cochini^ine (t86Ë). 



B, Google 



INTRODDCTION H 

voyagé par terre et par eau, vécu au milieu de 
Cocbiachinois et de Cambodgiens, il nous a 
été possible de rédiger des notes d'une scru- 
puleuse exactitude, prises sur les lieux mêmes 
de nos observations, de saisir pour ainsi dire 
la nature sur le fait, et de parler des hommes 
et des choses avec connaissance de cause. Notre 
attachement pour ce pays nouvellement fran- 
çais, notre foi en son avenir, notre conviction 
de témoin de visu nous font un devoir de pu- 
blier ces notes, avec l'espoir de rendre service 
à ceux qui après nous suivront la même voie, 
et surtout avec le désir de faire mieux con- 
naître en France l'importance du grand éta- 
blissement commercial et maritime que nous 
avons acquis entre les Indes et la Chine, sur 
la grand'route suivie par le commerce de l'Eu- 
rope et de l'Asie. 



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COCHIPiCHIIHË FRANÇAISE 

ET 

ROYAUME DE CAMBODGE 



Hanélle. — Voie des Mesugerks Impériales. — Voie dea paquebots 

transatlantiques. — Change des awaaues. — La Méditerranée. 
— Voie des tran^rls de l'Etat. 



Notre première étape et la plus facile est 
celle de Paris à Marseille. Elle s'accomplît en 
vÏDgt-quatre heures. Nous eûmes, ea arrivant, 
à chercher un gîte et un déjeuner. Méry nous 
avait donné Tavis suivant : 

Quand on Tiflïge 

EcoDoœiquHnent, comme on Tût l mon â^. 
On entre au restaurant i Haj'aeîUe. On piircourt 
La carte, et ce grand nom tous arrjle tout court : 
Bouille k busse ! et vite on ordonne au garçon 
De senir avec soin m chef-d'œuvre au poisson. 



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14 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Le conseil du Marseillais était trop engageant 
pour ne pas en profiter immédiatement ; le plat 
national fut suivi d'un aîoIi de rigueur, arrosé 
de vin de Provence, de sorte que la cuisine 
provençale eut les honneurs de la journée. 

Si l'on a choisi pour se rendre en Cochin- 
chine la voie des paquebots des Messageries 
impériales, il est bon d'aller le plus tôt pos- 
sible retenir sa place aux bureaux de ta Gom- 
pagnie, 16, rue Cannebière. On peut ensuite 
aller choisir soi-même sa cabine. Une course 
en canot en rade se paie de i fr. 50 à 2 fr. 

A bord des bâtiments des Messageries impé- 
riales dont la destination est spéciale, le service 
est parfait, la table recherchée, l'installation 
confortable. L'arrière du pont est destiné aux 
passagers de chambre, et les dames ont un 
salon réservé. L'embarquement des passagers 
et des bagages se fait par les soins et aux frais 
de la Compagnie. Il est toujours essentiel de 
garder par devers soi une liste des objets ren- 
fermés dans les malles ou caisses et de leur 
valeur, en cas de perte ou de réclamations, ou 
de visite de la douane. Les paquebots pour 
l'Indo-Chine, la Chine et le Japon partent le 
19 de chaque mois, à deux heures après midi. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUlfE DE CAMBODGE 15 

On ne met que six jours de Marseille à 
Alexandrie, en touchant à Messine, un jour et 
demi pour traverser l'Egypte avec un court 
séjour au Caire, huit ou neuf jours de Suez à 
Aden, dix jours d'Aden à pointe de Galle (Cey- 
lan), sept jours de là à Singapore, trois jours 
de là à Saïgon, et quatre jours de Saïgon à 
HoDg-Kong. Les relâches sont d'une journée 
en général. Le passage coûte, de Marseille à 
Saïgon, première classe arrière : 3,502 fr. 50, 
et deu;iième classe avant 2,666 fr. 25, y com- 
pris les frais du transit égyptien. Il est alloué 
aux voyageurs de première classe 150 kilo- 
grammes de bagages. En Egypte, le transport 
des passagers et des bageiges au rivage, à l'hô- 
tel ou à la gare, se fait aux frais de la Com- 
pagnie. Les passagers, pendant leur séjour en 
Egypte, pourvoient à leur nourriture à leurs 
frais. La Compagnie des Messageries Impériales 
délivre des billets de retour avec réduction de 
20 pour cent sur les prix pleins des tarife aux 
passagers qui, allant de Saïgon en Europe ou 
d'Europe à Saïgon , comptent moins de six 
mois de séjour en Cochinchine ou en Europe. 

Du reste, on trouvera tous les renseigne- 
ments sur les conditions de passage dans les 

DiMiicdByGoogle 



16 GOGHINCHINE PAANÇAISE 

livrets ou dans les bureaux de la Compagaie. 

Une nouvelle voie de communication vient 
d'être ouverte d'Europe en Asie. Si l'on a fran- 
chi risthme de Suez et la mer Rouge une fois 
déjà, on peut se rendre à Saint-Nazaire , 
prendre le paquebot transatlantique pour New- 
York, de là à Aspinwall, passer l'isthme de Pa- 
nama, reprendre le paquebot de la Compagnie 
de navigation à vapeur du Pacifique, qui vous 
conduit à San-Francisco, à Yokohama, à Shang- 
haï et à Hong-Kong. De là à Saigon, vous avez 
les paquebots des Messageries impériales. Votre 
voyage durera un peu plus de deux mois, coû- 
tera environ A,000 fr. en première classe, et 
vous aurez fait le tour du monde. 

De Marseille à Alexandrie il y a 1 ,408 milles, 
d'Alexandrie à Suez 406 kilomètres, et de Suez 
à Saigon (sans relâcher à Poulopenang) 5,584 
milles. Ce qui fait un parcours total d'un peu 
plus de 3,000 lieues terrestres. De Toulon 
à Alexandrie, on compte environ 450 lieues 
marines. 

Notre choix étant fait et notre passage arrêté, 
nous profitons du temps qui nous reste pour 
voir Marseille, ville de 300,000 habitants, 
dont le commerce est si considérable. Ou 

DiMiicdi, Google 



ET ROYAUKE DE CAMBODGE il 

sail que 18,000 navires fréquentent annuelle- 
ment son port. Ses docks, ses bassins, les 
lignes des Messageries impériales, la Compa- 
gnie péninsulaire et orientale, ses vastes asso- 
ciations en font la première cité maritime de 
France. Noua parcourons ensuite les jardins 
hotanique et géologique, la promenade du 
Prado; nous visitons la cathédrale, la Bourse, 
la Fameuse rue de la Cannebière et ses splen- 
dides cafés. Une nuit d'été passée à Marseille 
nous fait faire connaissance avec les mous- 
tiques qui troublent notre sommeil. 

L'or et l'argent français sont facilement ac- 
ceptés en Egypte, mais au-delà, l'or anglais 
étant beaucoup plus en usage, il faut faire 
chez un changeur, avant de quitter la France, 
un premier sacrifice à notre amour-propre na- 
tional en changeant l'argent français. Des billets 
de banques seraient ou Inutiles ou difficilement 
négociables. 

Un dernier conseil est d'arriver à bord avant 
l'heure fixée, les départs des paquebots a' effec- 
tuant avec la plus grande précision. 

La Méditerranée, comme la mer Noire et la 
Baltique, n'a pas de marée, sans doute parce 
que la masse des eaux n'est pas assez considé- 

DiMiicdByGoogle 



18 COCHINCHINE FRANÇAISE 

rable; cependant la marée se fait sentir dans le 
golfe Adriatique, dans la mer Rouge et la mer 
Blanche. 

Notre voyage devant se faire sur un bâti- 
ment de l'Etat, c'est à Toulon que nous nous 
rendons pour nous y embarquer. Les grands 
transports de l'Etat font le service des convois 
entre Toulon et Alexandrie, Suez et Saigon ei 
vice versa. Ils partent tous les trois mois avec 
le personnel «t le matériel envoyés de France 
en Cochinchine ou de Cochinchine en France. 
C'est par cette voie que les fonctionnaires et 
eniployés militaires et civils du gouvernement 
se rendent à leur destination, et c'est celle que 
nous avons suivie. Le matériel et les approvi- 
sionnements sont expédiés de Port-Saïd à Suez 
par, le canal de transit. Les passagers traver- 
sent l'Egypte en chemin de fer, passant par le 
Caire. Lorsque l'arrivée des bâtiments à Suez 
et à Alexandrie n'a pas lieu simultanément et 
que l'embarquement ne peut avoir Heu immé- 
diatement, les passagers sont mis en subsis- 
tance à bord du stationnaire français à Alexan- 
drie. C'est actuellement la frégate VAndromaque 
qui est mouillée en rade à peu de distance de . 
la ville. On attend là tes ordres de départ pour 

DiMiicdByGoogle 



ET ROYADUE DE CAMBODGE 1» 

Suez OU pour Toulon, et quelquefois on est 
exposé à faire un assez long séjour en Egypte, 
comme cela nous est arrivé. 



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COCniNCRINE FRANÇAISE 



Toulon, — L'arsfinal. — Les environs de Toulon. — La rade. — 
Hùpilal Sain t-Mand fier. — Objets à emporter. — Condilionne- 
ment des bapges. — Objets nécessaires pendant la traversée et 
pour les relicbes. 



En sortant des gorges d'OlIîoules, noua 
avions eu une splendide vue de Toulon. Nous 
sommes maintenant dans cette ville, à l'hôtel 
Victoria, sur le boulevard Napoléon. En réglant 
nos affaires au commissariat et à la Majorité, 
nous voyons la rue Royale et la place d'Armes, 
où se trouve la préfecture maritime. Dans les 
rues anciennes, les maisons sont hautes, obs- 
cures, étroites, mal disposées et mal aérées. 

La place au Foin est ornée d'une fontaine 
avec un groupe de dauphins. 

L'hôtel -de- ville, situé sur le quai, n'a de 
remarquable que des cariatides de Fuget. 

Près de là est une statue en bronze par 



B, Google 



ET ROTiUHB DE CAMBODGE 21 

M. Daumas. Elle représeote le génie de la na- 
vigation, mais elle est d'un médiocre effet. 

Pour visiter l'arsenal, il faut, à moins que 
l'on ne soit en uniforme d'officier, se présenter 
au bureau du major-général, sur la place 
d'Armes, de onze heures à midi, et demander 
des permis. A la porte de l'arsenal, on remar- 
que deux statues, Mars et Minerve. On guide 
vous conduit à la corderie, à la salle d'armes 
de la Direction d'artillerie, au musée naval, 
au bassin, au bagne. Je ne sais quel intérêt on 
peut trouver à voir défiler devant soi les bonnets 
verts des condamnés à perpétuité, et les bonnets 
rouges des condamnés à temps. A part toute 
élude physiologique, les visages de ces hommes 
n'inspirent qu'un, mélange de répulsion et de 
pitié. 

D'heure en heure, des omnibus conduisent 
de Toulon à Ollioules, et des bateaux à vapeur 
à la Seyne pour 25 centimes. En allant en rade 
on voit en passant le Muiron, vaisseau amiral 
qui ramena Bonaparte d'Egypte, les bâti- 
ments de la flotte et les fortifications. On 
pousse jusqu'à l'hôpital Saint-Mandrier, admi- 
rablement organisé. De ses terrasses, on a la 
plus belle vue des forts et de la ville ; ta cha- 

DiMiicdByGoOglc 



22 COCHmCHlNE FRANÇAISE 

pelle est remarquable; les citernes rendent un 
écho prodigieux. 

Nous nous présentons à bord du bâtimont 
qui va devenir notre maison flottante; nous y 
embarquons nos bagages et nous y installons 
notre cabine, mats nous prenons nos repas et 
couchons dans la ville jusqu'à ce que le navire 
soit à la veille de partir. 

Les vins de Lamalgue et de Cassis sont une 
compensation à la cuisine à l'buile. La tempé- 
rature au mois d'octobre est celle des beaux 
jours d'été. Nous atteodons patiemment le jour 
du départ, et faisons nos derniers prépara- 
tifs. II faut emporter le moins de bagages pos- 
sible, faire mettre des adresses très lisibles, 
bien fixées, de manière à ne pouvoir être arra- 
chées, inscrire sur tous les colis un même 
numéro et sur chacune des caisses un numéro, 
suivant la série des colis. Ce sont d'abord un 
lit de sangle et deux cantines, coffres en chêne 
ferrés et entourés de toile, qui serviront pour 
les nombreux voyages que l'on est appelé à 
faire dans la colonie. Ces cantines sont com- 
modes à transborder dans les embarcations. 
Elles se transportent facilement à la main, ou 
au moyen de bambous, ou à dos de mulets. 

D,c,l,;cd:t Google 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 23 

Ayez soin que vos malles soient bien soliclcs et 
bien fermées, à cause de l'humidité de ta cale 
et de l'eau de mer qui eotre toujours à bord. 
11 est même bon d'avoir des caisses en fer blanc 
soudées pour y renfermer des objets craignant 
l'eau : uniformes, soierie, papeterie, gants, etc. 

Le gros bagage étant mis à fond de cale, il 
est indispensable de garder avec soi une petite 
malle et un sac de voyage, contenant les objets 
de toilette et du linge de table et de corps pour 
la traversée. 

Vous vous trouverez bien , surtout lorsque 
vous arriverez sous un ciel ardent, de mettre 
des chaussures découvertes, ou en étoffe noire 
ou grise, un chapeau de paille recouvertd'une 
coiffe blanche, ou si vous portez le képi, d'y 
ajouter la coiffe des chasseurs d'Afrique pour 
préserver la nuque. N'oubliez pas une grande 
couverture de voyage, des chemises de flanelle, 
une voilette pour vous garantir des escarbilles, 
une cuvette et un pot à eau en ferblanc ou 
en métal bien émaillé, une timbale en ar- 
gent, un verre épais, les objets ordinaires 
de toilette et tous accessoires, un bougeoir, 
de la bougie , un petit carnet de poche et 
tout ce qu'il faut pour écrire, un petit né- 

■ DiMiicdByGoogle 



24 COCHINCHINE FRANÇAISE 

cessaire contenant timbres-poste, ûl, aiguilles, 
boutons, cordonnet, etc., tout cela contenu 
dans un sac de cuir portatif, bien Fermé, un 
véritable sîlva rerum. Ajoutez du tabac et des 
cigares français, vous n'en trouverez pas en 
route, ou du moins d'afîreuse qualité. L'usage 
des allumettes est défendu sur le pont, mais 
toléré à la chambre. Un parasol recouvert 
d'une toile blanche voua rendra service dans 
les relâches. Les ombrelles sont insuffisantes 
pour les dames. Notez encore un pliant solide, 
une forte canne pour vous protéger contre les 
chiens, les ânes d'Alexandrie et les animaux 
malfaisants, au besoin contre les voleurs. Vous 
pouvez compléter votre liste en y ajoutant une 
lorgnette, des livres, des cartes marines, une 
gourde en osier ou en peau, un flacon d'eau 
de mélisse, etc. Tels sont les divers objets né- 
cessaires pour cette longue traversée. Ce sont 
des recommandations dont vous vous trouve- 
rez bien, in parvis utilitas. 



B, Google 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 



la mer. — L<s «scarbilles. — Usages du bord. — Tangage et roulU. 

— Mal de mer. — Le lok. — Ua aieiid, — Termes les plus oàU» 
i bord. — Haniire de compter l'kura. — Bouë«s de sauvette. 



Se me suis embarqué le 24 octobre. . . . par 
ua temps magoitique. J'ai passé la journée sur 
le poDt. Le navire laisse derrière lui une longue 
traînée de fumée. En s'échappant de la che- 
minée en gros ftocons épais et noira, elle répand 
sur le pont des parcelles de suîe et des ma- 
tières carbonisées qui salissent les vêtements, 
et, poussées par le vent, peuvent pénétrer dans 
les yeux. 

On veud, dans les ports de mer, des lunettes 
ou conserves pour préserver des escarbilles. 
Les unes entourent les yeux d'un réseau mé- 
tallique à mailles fines et serrées, et s'atta- 
chent au moyen d'un cordon élastique. Les 



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36 COCBINCUINE FRANÇAISE 

autres aont munies de quatre verres disposés 
de telle façon que deux de ces verres se re- 
plient latéralement sur les tempes. Se crois 
bieo préférable une petite voilette verte ou bleue 
comme on en porte sur le turf des courses. La 
vue est ainsi abritée sans être fatiguée. Si l'on 
évite de lever les yeux ou de regarder dans la 
mâture, lorsqu'on est au vent des escarbilles, 
on souffrira peu de cet inconvénient. 

Au coucher du soleil, ou amène les couleurs, 
au bruit des tambours, des clairons et d'une 
décharge de mousqueterie. On lit ensuite les 
punitions. Les délinquants sont souvent punis 
du retranchement, ce qui veut dire qu'on leur 
retranche leur quart de vin. 

Pandant la prière, on garde le silence, 
même à table et dans to carré, qui ^t à ia 
fois une salle à manger et un salon. On doit 
toujours saluer le bord, lorsqu'on arrive ou 
lorsqu'on part. 

Vers le soir, le navire commença à tanguer, 
c'est-à-dire à se balancer de l'avant à l'arrière; 
Le roulis, qui est l'oscillation d'un bord à l'au- 
tre, se fit bientôt sentir également. Ce mouve- 
meut est plus désagréable que le tangage; 
aussi quelques passagers commencèrent à res- 



ET ftOYÀtIHE DE CAMBODGE 27 

sentir les atteintes du mal de mer. La vue, les 
eFforU, l'odeur des malades fireat que le mal 
me gagna bientôt. 

Heureusement, j'avais dîné comme à l'ordi- 
naire, et l'estomac n'étant pas vide, j'envoyai 
sans de trop pénibles secousses mon tribut aux 
poissons. De sorte que je pus ensuite m'en- 
dormir. 

Le matin, en me levant, j'étais encore tout 
étourdi. Tout balançait autour de moi. Je 
rassemblai mes forces et me traînai sur le 
pont en me cramponnant aux appuis qui se 
trouvaient sur mon chemin. Quoique malade 
à. l'heure du déjeuner, je descendis et me forçai 
à manger; j'éprouvai après le repas un mieux 
très-sensible et n'eus plus de vomissements. 

Je dus m' abstenir de fumer; je me tins non 
loin du grand mât, et n'arrêtai les yeux que 
sur des objets relaiivemeat fixes et non sur les 
parties hautes du navire ou sur l'horizon, afin 
de ne pas avoir devant les yeux l'arc d'oscilla- 
tion décrit par le navire dans le roulis. 

Je commence à avoir le pied marin. L'odeur 
de la machine et du goudron, le bruit de l'hé- 
lice, le craquement des boiseries ne m'incom- 
modent plus. Je fais des promenades à pas 

oogk 



Ze COCHINCHIHE FRANÇAISE 

rapides sur le pont. Je cherche à avoir l'esprit 
constamment occupé par la conversation, la 
lecture, le spectacle des manœuvres et je m'ha- 
bitue ainsi à ma nouvelle maison flottante. 

Que je plains ces pauvres dames que le mal 
de mer ue quitte pas ; elles tombent parfois 
dans un état de prostration complète, et l'on 
en voit qui, pendant le mauvais temps, ou- 
blient les soins à donner à leur enfant. 

Heureusement, ces petits êtres sont privilé- 
giés et rarement malades à la mer. 

Il y a des passagers pour lesquels le mal 
est sans remède. Je lisais dernièrement dans 
une réclame que le mal de mer n'était pas pro- 
voqué par l'air de la mer, l'odeur du navire 
et la vue des patients, mais par le ballotte- 
ment du foie et d^ intestins, qu'il suf&sait 
donc d'emballer et d'arrimer ces perturbateurs 
au moyen d'une ceinture. Les Anglais recom- 
mandent un peu de créosote dans un verre 
d'eau. 

£n prenant, dans l'intervalle des vomisse- 
ments, un grog, un consommé, on plutôt quel- 
ques aliments solides, et en faisant tous les 
efforts possibles pour marcher, se donner du 
mouvement et se distraire, on parvient souvent 

DiciEcJ;., Google 



ET ROYAUHE DE CAMBODGE 29 

à s'en rendre maître au bout de quelques jours. 
J'entends des voisias s'écrier avec Panurge : 
« Oh ! que troys et quatre foys heureuï soot 
ceuU qui plantent choulx! > et je leur mootre 
une partie du pont où sont amarrés des bœufs 
et des moutons, « plancbier des vaches > déri' 
soire. 

Le soir de notre départ nous n'avions pas 
encore perdu de vue les côtes de France. J'avais 
les yeux tournés vers cette terre que je quittais 
pour plusieurs années, et où je laissais tout ce 
qui m'était cher au monde. La mer était si 
calme, le ciel si pur, les nouveaux rivages si 
attrayants ! Au milieu de mes réflexions, me 
Toilà interrompu par les nausées d'un voisin 
passager ; le mal me gagna, et force me Fut 
d'aller me jeter sur ma couchette. 

Le lendemain, le soleil radieux éclairait les 
rivages de la Corse ! Nous avions vent debout ; 
la mer était grosse, nous ne ûlions que six 
nœuds, c'e8^à-di^e environ 6 milles àrheure(l ) , 
c'est-à-dire deux lieues marines, ou M kilo- 
mètres. 



(1) la lieue marine est de 5,555 mètres ; le mille miiîn de 1,8 
mMres. Udç encablure est une lonpieur de 200 mitres. 



ogic 



âd CdeMlHCHlNfi fRANÇAlSfi 

€'«st en jetant le lok que l'on peut apprécier 
k marche du navire. 

ToBt te rnoode sait (c'est pourquoi il est 
lofljiyiirB bon de l'apprendre) ce que c'est que 
le lok et ce que c'est qu'un nœud. Le lok est 
ime phnehette de la forme d'un triangle sçhé- 
rique dite bateau de lok, dont la base circu- 
taift est cbai-gée de plomb ; ses angles se rat- 
btehent à un petit cordage dit ligne de lok, et 
on le laisse tomber derrière le bâtiment. Flot- 
tant verticalement, il devient un terme de com- 
paraison aussi ûxe que l'état de la mer peut 
le permettre, et la quantité dont le vai^eau 
s'en éloigne pendant un temps donné est une 
mesure approcbée de sa vitesse. 

On file ta ligne de lok à la demande du sil- 
lage ; cette ligne est divisée par àes nœuds en 
parties de 45 mètres 429. On dit qu'un vus- 
seau file 2, 3, n nœuds lorsque, dans 30 se- 
condes, meswées au sablier, il parcourt 2, 3, 
n ftMs 15 mètres 429. 

La connaissaHce des termes maritimes les 
plus usités n'est pas sans utilité. 

II n'y a qu'une corde à bord d'un navire, 
c'est celle do la clocbe : n'en concluons pas 
qu'il faille apprendre le nom de tous les cor- 



ET ROYAUME DE CAHBOtKiE 31 

dages; mais il est bon de savoir que tribord 
est !e côté drwt du navire, de l'arrière à l'avant, 
et bâbord, te côté gauche. Tribord est le côté 
d'honneur pour les bâtiments français. C'est à 
tribord qu'accostent la baleinière du comman- 
dant, le cauot-major, un youyou monté par un 
officier. Dans le Capitaine Pamphile, Alexan- 
dre Dumas se trompe en disant que bâbord 
est le côté par où doit monter le capitaine du 
navire. Les bossoirs sont deux poutres en saillie 
à l'avant du bâtiment. La galerie en bois qui 
entoure le pont et où l'on renferme les hamacs 
se nomme bastingage. Les ouvertures latérales 
servant à mettre les canons en batterie se 
nomment sabords, et on appelle hublots lea 
petites fenêtres qui donnent aux chambres du 
jour et de l'air. Lorsque la mer est houleuse, 
ces petits orifices sont hermétiquement fer- 
més. 

Je laisse de côté plusieurs autres dénomina- 
^ons que l'usage apprendra forcément en peu 
de temps. 

11 y a à bord de chaque bâtiment une boîte 
aux lettres. Chaque fois qu'on relâche dans un 
port, le vaguemeslre prévient les officiers de 
l'heure où se fera la levée des lettres. Il les 



'Si COCHINCHIPJE FRANÇAISE 

porte au bureau de la localité et en rapporte 
les lettres qui ont été adressées aux passagers 
aolt poste restante, suit à bord du navire en 
cours de voyage. On peut ainsi correspondre 
pendant tout le trajet avec sa famille, s'épar- 
gner bien des inquiétudes et s'assurer de douces 
jouissances. 

Le mieux est de préparer d'avance la lettre, 
de façon à n'avoir plus qu'à la fermer et à la 
jeter à la boîte en arrivant au point de re- 
lâche. 

Nous indiquons plus loin, page 376, la taxe 
des lettres pour tous les points du parcours. 

Les passagers civils sont souvent embar- 
rassés pour savoir comment s'adresser aux 
officiers et aux gradés du bord. Le capi- 
taine de vaisseau ou de frégate est appelé : 
(f Commandant; » le lieutenant de vaisseau, 
second du bord : « Lieutenant ; » les lieute- 
nants de vaisseau et officiers de quart ou en 
service : t Capitaine ; » les élèves qui ne sont 
pas de quart : « Monsieur. » Les premiers 
maîtres, seconds-maîtres, quartiers maîtres, 
répondent aux grades de sergents-majors, ser- 
gents et caporaux. Le matin et le soir, lors- 
qu'on hisse ou qu'on amène les couleurs nalio- 

DiMiicdByGoOglc 



ET ROYAUHE DE CAMBODGE 33 

nales, on doit se découvrir; de môme lorsqu'on 
monte sur le pont, se découvrir et laisser libre 
le côté du bord où se promène le commandant; 
ne pas s'exposer pendant les manœuvres à être 
blessé par la chute d'une poulie ou d'un cor- 
dage, éviter de monter sur le pont pendant le 
lavage. A bord, le jour et la nuit sont divisés 
en six quarts de veille. Une cloche sert à pi- 
quer l'heure de la façon suivante : à huit 
heures quatre coups doubles, à huit heures et , 
demie un coup simple, à neuf heures un coup 
double, à neuf heures etdemie un coup double 
et un coup simple, à dix heures deux coups 
doubles, à dis heures et demie deux coups 
doubles et un coup simple, à onze heures trois 
coups doubles, à onze heures et demie trois 
coups doubles et un simple, à midi quatre coups 
doubles, et ainsi de suite pour chaque quart. 
A l'arrière du bâtiment se tient un matelot 
une hache à la main, prêt à couper l'amarre 
d'une bouée de sauvetage, dès qu'un homme 
tombe à la mer. Le poids de cette bouée dans 
sa chute fait déployer un petit drapeau pen- 
dant le jour pour servir d'indication au nau- 
fragé. La nuit, la bouée est installée de façon 
qu'une fusée qui brûle quinze ou vingt minutes 

.,. ; Google 



34 COCHIKCHINE FRANÇAISE 

serve de guide au matelot tombé à l'eau et à 
ceux qui sont à sa recherche. 

En outre, ces bouées servent de point d'ap- 
pui el permettent d'attendre les secours d'un 
canot. 

Cea quelques renseignements seront appré- 
ciés des passagers civils peu initiés aux choses 



By Google 



ET ROÏAUHE DE CAMBODGE 



En roule. — Lï Corse. — 1.11e d'Elbe. — Messûie cl Rcggîu. 

Depuis le 26 octobre dous avons doublé le 
cap Corse, navigué entre l'île d'Elbe et l'île 
inhabitée de Monte-Christo, longé les rivages 
de Pcestum, célèbre par ses roses et ses ruines, 
doublé le cap Palinure, où se noya, pendant 
son sommeil, Palinure, pilote d'Enée, salué les 
bords de l'Italie par le travers de Civila-Vec- 
chia, et perdu de vue les îles de Gilio et de 
Capraïa. La profondeur des eaux a permis à 
Lamartine de chanter tes flots bleus de la mer 
de Sorrenle; ce que Byron n'aurait pu faire 
pour la mer d'Angleterre, dont les Ilots sont 
gris comme son citl. 

Le 28, nous avions le Stromboli à bâbord 
et les Lipari à tribord. Ce sont les anciennes 
îles éoliennes. 

DiMiicdByGoogle 



36 COCniNCHINE FRANÇAISE 

Nous bravons les courants terribles de Cha- 
rybdo en Sicile et de Scylla en Italie, écueil 
qu'on appelle aujourd'hui Garofalolo, et nous 
doublons le cap Faro, qui étale sur une plage 
sablonneuse de blancbes maisonnettes, un for- 
tin, un télégraphe et de légères embarcations. 

Nous entrons dans le détroit ou phare de 
Messine, qui doit son nom au phare de cette 
ville. Ce détroit a sept kilomètres de largeur. 
La ville de Messine, les fortifications, la cita- 
delle, célèbre par sa belle défense en 1 860, et 
le port rempli de navires nous apparaissent à 
droite. Les paquebots des Messageries impé- 
riales y font escale, ce qui permet de se pro- 
mener au Corbj, de visiter le senatorio ou hô- 
tel-de-ville, le grand hôpital, la cathédrale et 
de curieuses églises. Le consul français à Mes- 
sine est M. Boulard. 

Plus belle est la vue de fteggio, Santa Aga- 
tha délie Galline, chef-lieu de la Calabre ulté- 
rieure. 

Sur la ville plane le soleil éclairant les dômes 
des églises, les rues en escalier, et produisant 
l'effet d'un photoscope pour nous les faire 
mieux distinguer. 

Les sommets de l'Etna se dressent dans le 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROÏAUME DE CAMBODGE 37 

lointain. Nous voici par les longitudes de la 
Grèce, 29 octobre. N'enlendHîQ pas, avec By- 
roD, se réveiller dans les montagnes, les échos 
du Latium? 
Non, c'est la sonnerie du dîner : 



Le meilleur remède contre la tristesse est un 
beefsteak. B^ron nous recommande d'en es- 
sayer; mais si l'on est embarqué au poste des 
élèves, c'est le cas de s'écrier avec Xavier de 
Maistre : 

« ma bêle, ma pauvre bâte, prends garde 
à toi! » . "^ 



By Google 



COCHIMCHIHE FRANÇAISE 



Candie. — Mer d'Luile. — Cote d'Egypt«. — Voie des paquebots de 
TAdriatiiiue. — Compagnie Harc Fraissinet. 



Nous sommes par le travers de Candie, l'an- 
cienne Crèle qui nous rappelle le terrible Mino- 
taure, le labyrinthe, le vin de Malvoisie, et le 
doux bourdonnement des abeilles du mont Ida. 
Ce mont, nommé aujourd'hui Piloriti, parait 
n'être qu'un rocher nu et escarpé, cependant 
il est couvert de pins, de cèdres et d'érables. 

L'île étend sa robe verdoyante sur les flots 
qui l'entourent comme d'une ceinture bleue, et 
les sommets des monts sont couronnés d'une 
auréole de lumière. Comme une sirène antique 
elle disparait biçntûL en plongeant dans la mer. 

Vers le soir la brise avait cessé de souffler, 
il faisait calme plat ; nous naviguions dans un 
lac immense, sans une ride à la surface. Cette 



Google 



ET ROYAUME DE CAHRODGE '3'3 

mer d'huile se confondait avec l'horizon dans 
une même teinte éclairée par les derniers rayons 
du soleil. Il n'était pas [mssiblededire où finis- 
sait rOcéun et où commençait le ciel. Bientôt 
la nuit se fit, une de ces nuits clont Cbàteau- 
briand nous a donné l'admirable tableau ; 

< Des milliers d'étoiles rayonnant dans le 
sombre azur du dôme céleste, la lune au mi- 
lieu du firmament; une mer sans rivages; l'in- 
fini dans le ciel et sur les flots. >. 

J'ai peineàm'expliquer comment il se trouve 
des voyageurs sceptiques ou indifférents qui 
vont droit devant eux sans regarder ni à droite 
ni à gauche, et passent leur chemin en s'é- 
crianl que le monde est un désert, <• C'est, dit 
Sterne, qu'ils ne veulent pas cultiver les fruits 
qu'il, leur offre. > Chacun pourra donc me 
ranger à sa fantaisie dims la catégorie des 

< sentimental travellers, « ou des t iiiquisitive 
travellers, i> ou plutôt i>armi les « simple tra-- 
vellcrs. • 

2 novembre, quatre heures et demie du soir. 
La vigie de la gr'ànd' hune vient de crier terre ! 
Tout le monde est sur le pont. La côle est plate, 
on dirait une dune de sable jaune hérissée de 
quelques rochers et de palmiers rabougris; on 

■ooglc 



40 C0CHINCH1NE FRASÇAISE 

voit dans le lointain un palais isolé, non 
loin de grands moulins à huit ailes, rangés 
en bataille et défiant tous les chevaliers de la 
Manche. Ces moulins à farine appartiennent à 
la maison Darblay. On aperçoit en face les 
blancs minarets des mosquées, et à bâbord le 
palais du vice-roi donnant sur la rade, ainsi 
que son harem. 

Umaïl-Pacha, petit-fdsdeMéhémet-AIi, suc- 
céda à son oncle Saïd-Pacha comme vice-roi 
d'Egypte le 18 janvier 18(i3. 11 est né en 1830. 

Un délégué du conseil sanitaire est venu à 
bord; nous sommes admis en libre pratique, 
mais nous ne pourrons descendre à terre que 
demain. 

En même temps que nous, arrive un paque- 
bot de la Société adriatico-orientale. Ces paque- 
bots mettent en moyenne 74 heures de Brindisi 
à Alexandrie. De Paris à Alexandrie parTurin 
et Brindisi, on paye en première classe 409 fr. 
85 c. De Paris à Alexandrie par Marseille et 
les Messageries impériales, 517 fr. 50 c. De 
Paris à Alexandrie par les paquebots de la Com- 
pagnie Marc Fraissinet, première classe 405 fr., 
deuxième classe 280 fr. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROVAUHE DE CAMBODGE 



Aleiandrie. — Détorquemenl. — Anes et âniers. — Omnibus el 
YOitures, — Les rues par beau temps. — Arrosages «I «twi^tb. 

— Les rues par mauvais temps. — Place UihJmet'Ali. ~- Hdld; 
et dépenses. — Cercle, bibliothèque, théâtre. — Poste aui lettres. 

— Télégraphes. — Monnaies en usage. — Consnllt. — Hat 
d'ordre. — Police. — Les rues la Doit. 



Après dix jours de mer, jugez de l'empres- 
sement que l'on met à se rendre à terre, sur- 
tout quand cette terre est l'Egypte. Des quan- 
tités de barques, montées par un ou deux 
Egyptiens, viennent le long du bord nous 
prendre avec notre petit bagage : t A terra, 
signer? A terra? » Si vous leur demandez 
combien : a Quanti ? > Ils tous diront eux- 
mêmes le prix : • Ouno franco, ouna lire. > 
Mais le bagage doit se payer en sus, en moyenne 
une piastre ou 25 centimes par colis. On paie 
son passage en francs, et plus tard on change 



j;., Google 



42 COCHINCillNE FRANÇAISE 

de l'argent français pour de la monnaie égyp- 
tienne. De même, avant de partir d'Alexandrie 
on change de l'argent français pour de l'or 
anglais ou des roupies, qui doivent servir dans 
les relâches suivantes jusqu'à Sîngapore inclu- 
sivement. 

Après avoir salué le commandant el les ofli- 
ciers du bord, nous sautons dans un canot et 
nous traversons cette magnifique rade d'Alexan- 
drie, où flottent les pavillons égyptiens, fran- 
çais, anglais, autrichiens, américains, sardes, 
grecs, russes, etc., et oii viennent mouiller, 
en moyenne, 4,000 navires chaque année, dont 
un millier de navires à vapeur. 

Nous abordons au quai de la marine ou 
transit- wharf et passons à la douane ; puis 
nous voilà assaillis par une troupe d'Arabes, 
au teint noir, à la physionomie étrange, au 
costume débraillé. Nous nous débarrassons de 
ces eiceroni repoussants et nous tombons au 
milieu de nouveaux assaillants amenant un 
renfort de cavalerie. Ce sont de jeunes Arabes 
qui offrent des ânes à louer à la course, 
à l'heure, à la journée. Ex orientis parlibtis — 
adventavit asinus - pulcker et fortissimus : 
Le voilà l'Ane d'Orient, le roi des ânes, tant 

DiciEcJ;., Google 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 43 

célébré dans la prose de la fête des ânes ? Chacun 
des âniers crie eo nous désignant : uDis donc! d 
ou : € 1 say ! » nous avance les étriers, insiste, 
pousse sa bête devant nous, en vante les qua- 
lités, et piaille en arabe, en italien, en anglais 
OH en langage français tel que celui-ci : ■ Bom 
Boudi, dis donc, Bom lîoudi, andar comme le 
vent, comme le diable, comme le cbemîn de 
fer français, » ce qui me paraît être une satire 
contre la lenteur du chemin de fer égyptien. 
L'un nous offre de nous conduire à la Gomme 
de Bombé (Colonne de Pompée) ; un autre à la 
Guille de Clipâtre (Aiguille de Cléopâtre) Si 
vous échappez à ces jeunes àniera, vous êtes 
immédiatement entouré de gens qui s'offrent à 
vous conduire dans les divers hôtels. Puis vien- 
nent les omnibus, les voitures. Si l'on a du 
bagage, il vaut mieux prendre un omnibus ou 
une voiture. Le prix de l'omnibus, sans comp- 
ter les bagages, qui se paient en sus, est de 
50 centimes du quai à l'hôtel. Le voyage à âne 
coûte le même prix. Les voiturescoûlent environ 
5 francs la course. Elles seront prochainement 
tarifées. Le mieux est de se dépêtrer le plus 
vite possible de cette.bagarre et de faire rapide- 
ment le choix du moyen de transport. On peut 

DiMiicdByGoogle 



ià COCHINCHINE FRANÇAISE 

très-bien aller à pied du quai à la place Mélié- 
met-Ali. Si l'oo veut se promener, on trouve 
là des ânes et des âniers plus convenables 
qu'on peut garder toute la journée pour 2 francs 
environ. Une voiture pour la journée coule de 
15 à 20 francs. En avant des cbevaux court 
un sais nubien qui fait écarter le monde avec 
une baguette. 

Enfin, me voilà sur un âne, faisant mon 
entrée triomphale dans la ville. Avec cette 
monture, on a l'avantage de pénétrer dans les 
rues les plus tortueuses et les plus étroites. 
Bonaparte qui s'était le premier fait conduire en 
voiture à quatre chevaux dans les rues du 
Caire, fil dire de lui que s'il avait fait de plus 
grandes cboscs, il n'en avait guère fait de plus 
difficiles. Lorsqu'on parcourt pour la première 
fois les rues d'Alexandrie, leur curieuse ani- 
mation frappe les regards, et il faut ne pas se 
laisser trop distraire pour diriger sa monture, 
éviter les cbameaux chargés, les auvents des 
boutiques, les ânes qui trottent, ne pas renver- 
ser les aveugles, ni les femm'es voilées, ni les 
enfants, empêcher les âniers de piquer brus- 
quement leur bête, de manière que le cavalier 
Surpris risque d'être démonté. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROVAUHE DE CAMBODCE 45 

Les chieaa sans maîtres aboadeat à Alexan- 
drie comme à Constantinople ; mais on n'a pas 
comme en Europe la rage à craindre. Au lieu 
de les frapper, il vaut mieux faire semblant de 
leur jeter une pierre, et l'oo verra que cbien 
qui aboie ne mord point. Leurs bandes impor- 
tuoea adoptent divers quartiers, nettoient les 
rues des débris qu'on y jette et jappent après 
les étrangers. A Constantiaople, on a essayé 
d'en débarrasser la ville en en déportant 25,000 
dans les îles de Marmara ; mais, après une se- 
maine d'eiil, la population demanda et obtiut 
leur rappel. 

Pour abattre repaisse poussière du sol, en- 
core vierge de loute macadamîsation, des Ara- 
bes arrosent la rue au moyen d'outrés en peau 
de bouc. Ils tiennent sous le bras l'oulre gon- 
flée d'eau, la pressent en ouvrant un peu l'ori- 
fice et décrivent en marcbant un demi-cercle, 
de façon à répandre l'eau devant eux dans la 
largeur de la route. 

Par les temps de pluie, les rues d'Alexandrie 
sont peu praticables. On patauge dans la boue, 
et soit que l'on ait de grandes bottes, soit que 
l'on sorte à âne, on reçoit tant d'éclaboussures 
qu'il faut aller en voiture si l'on veut arriver 

3. 

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46 GOCHmCHIKE FtUNÇAlSË 

dans un état présentable. Ainsi, on a le double 
inconvénient de la poussière par beau temps et 
de ta boue par mauvais temps. L'usage euro- 
péen de balayer les rues pourrait peut-être re- 
médier à cet état de choses. Mais on doit se 
rappeler en Egypte que Sélim-Pacha périt dans 
une émeute en 1832 pour avoir voulu intro- 
duire à Damas cette innovation. 

Nous traversons une rue habitée par des 
Grecs. Oh ! jardin des précieuses racines, à 
qooi sert -il de vous avoir cultivé si je dois su- 
bir le supplice de Tantale en voyant vos fruits 
sans y goûter ? On nous a appris au collège les 
dialogues des morts et nous ne comprenons pas 
les dialogues des vivants, c'est à peine si nous 
pouvons déchiffrer les enseignes des boutiquiers. 

Nous entrons dans une rue qui semble ne se 
composer que de murailles avec une petite 
porte de distance en distance. Ces maisons ont 
un étage en saillie sur la rue et percé de fe- 
nêtres découpées à jour ou moucbarabis. Nous 
débouchons sur une place où se tient tm mar- 
ché, en face d'une mœquée, dont le mjuiaret 
peint à la chaux s'élance dans les airs. Sur la 
plate-forme du temple, nous voyons les mu- 
Buimans se prosterner le front sur la pierre, 

DlMiIcdByGOOglC 



ET HOYAUHE DE CAMBODGE 47 

Daos l'intérieur, on aperçoit les croyaols en 
prière, les pieds nus, le visage tourné vers la 
kiblah, petite niche pratiquée dans le mur 
pour indiquer la direction de la Mecque. La 
seule mosquée remarquable est celle d'ibraïm- 
Paeba ; on peut y entrer, pourvu que l'on ôte 
sa chaussure et qu'on s'y tienne dans une alti- 
tude respectueuse. 

Nous voilà sur la place autrefois dite des 
Consuls : les divers consulats s'y trouvent 
groupés. On la nomme aujourd'hui place 
Méhémet-Ali. Elle est plantée de belles allées 
d'arbres et oniées de deux bassins avec jet 
d'eau. Il y a sur la place plusieurs hôtels : 
l'hôtel .de l'Europe est anglais; on y trouve 
une affreose cuisine et des bains à 2 francs, 
bien installés à l'européenne ; l'hôtel Àbbat, 
place Abbat, l'hôtel d'Angleterre, qui est le 
meilleur de tous, sont voisins ^e la place des 
Consuls. La vie est chère à Alexandrie. Il faut 
ctHupter pour la chambre et la table de 15 à 
20 francs par jour. 

Autour de la place des Consuls se trouvent 
des brasseries allemandes, où l'on boit de la 
bière de Trieste pendant qu'un orchestre, com- 
posé de trois ou quatre musiciens, jouent -des 

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AS COCHINCHINE FRANÇAISE 

airs allemaoda. Les femmes chantent en alle- 
mand en s'aceompagnant sur la guitare ou la 
harpe. 11 y a- aussi des cafés-concerts oîi l'on 
chante en français. On ne saurait trop se dé- 
fier des tripots grecs ; le gain de la veille ne 
couvre pas les pertes du lendemain, et la rou- 
lette est une tentation souvent fatale aux étran- 
gers. Le café d'Europe, h l'angle de la place 
Méhémet-Ali, sert de rendez- vous entre la ville 
et la rade ; on y trouve les journaux de toute 
l'Europe et de l'Egypte, le NU, rédigé en fran- 
çais, ainsi que le Moniteur de la publicité. 
Au-dessus du café est le cercle des Etrangers, 
ouvert aux voyageurs de toutes les nations. Un 
cabinet de lecture est étahli rue d'Anastasi, an- 
cienne rue Mahmoudieh, et une bibliothèque 
publique, 23, place Méhémet-Ali. Alexandrie 
a aussi son théâtre italien. 

La poste française est dans l'hôtel du con- 
sulat. L'affranchissement des lettres est de 
40 centimes par 7 grammes et demi pour la 
France et l'Algérie ; les lettres partent par les 
Messageries impériales les 9, 19 et 29 de cha- 
que mois. Un courrier français arrive à Alexan- 
drie les 5, 15 et 25 de chaque mois et quatre 
courriers anglais. La poste française .ne délivre 

C«Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE ^$9 

de mandats qu'aux milituirea et marins de 
l'Elat. Les bureaux de la Compagnie des Mes- 
sageries impériales à Alexandrie sont situés rue 
de la Bourse, 3. Il y a en outre une poste an- 
glaise, autrichienne, russe, italienne, cette der- 
nière est dite poste européenne. Le bureau du 
télégraphe anglais, place Méhémet-Ali, trans- 
met les dépêches par Malte, et le bureau du 
télégraphe égyptien, maison de la Bourse, les 
transmet par la Syrie et la Turquie. Une dé- 
pêche simple de 20 mots, adresse comprise, 
d'Egypte pour la France et réciproquement, 
par la voie de la Turquie (bureau égyptien), 
coûte 48 francs pour tous les bureaux. 

Par la voie de Malte (bureau anglais), une 
dépèche échangée entre la France et Alexandrie 
coûte 3^ fr,; Le Caire, 39 fr.; Suez, 39 fr.; 
Port-Saïd et les autres bureaux de l'Isthme, 
41 fr. 50. . 

D'Alexandrie au Caire, une dépêche télégra- 
phique, voie égyptienne, coûte 5 fr. 20; d'A- 
lexandrie àSuez, 1 fr. AO et viceversâ; du Caire 
à Suez, même prix que d'Alexandrie au Caire. 

Si l'ou a de l'or à changer, c'est chez un 
changeur et non a» café ou à l'iiôtel qu'on doit 
le faire. 

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50 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Les monnaies en usage à Alexandrie sent : 

La piastre égyptienne tarifée, qui vaut en- 
viron 26 centimes ou 75 paras, monnaie de 
compte, et la piastre courante valant un pea 
plus de 14 centimes, monnaie de commerce, 
ou 40 paras. 

Le Badiyé est une pièce d'or de 7 piastres 
courantes, valant à peu près 1 franc ou 280 
paras. 

Le kériyé (pièce d'or), vaut 14 piastres, à 
peu près 2 francs. 

Les pièces de 5, 10 et 20 paras valent moins 
de 3, 6 et 12 centimes. 

Les monnaies étrangères sont : 

La lire, pièce italienne qui vaut 1 franc. 

Letallari autrichien, ou scudo,Taut 5 fr. 20. 

Le thaler vaut 3 fr. 75 c. 

Le zwanzig, 65 centimes. 

La drachme (monnaie grecque) vaut 85 cen- 
times ou 100 leplas. 

La pièce française de 5 francs (aident) vaut 
19 piastres 1/4 tarifées. 

La pièce française de 20 francs (or) vaut 
77 piastres 6 paras, tarif. 

I^ piastre mexicaine ou le dollar (valeur va- 
riable), qu'il ne faut pas confondre avec la 

Cooglc 



ET HOYAVME DE CAMBODGE 51 

piastre égyptienne, vaut 20 piastres égyptiennes 
ou 5 fr. 50 c. 

Les monaaiea anglaises, âaal t'usage est fré- 
quent pour toutes les relâches, sont : 

Le souverain d'or de 20 shillings = 25 Tr. 
32 c. ou 97 piastres 1/2. 

La livre (pound) et la gainée sont des va- 
leurs semblables. 

Le demi-souverain (or) =10 shillings = 
12 fr. 61 c. 

La roupie des Indes = 2 fr. 50 c. 

La couronne (argent) = 5 shillings = 6 fr. 
30 c. 

La demi-couronne = 2 shillings 6 pence = 
3fr. 15 c. 

Le shilling = 1 fr. 26 c. =4 piastres 35 
paras. 

Le six pence = 63 centimes := 2 piastres 
17 paras. 

Le four pence = 42 centimes. 

Le two pence (cuivre) = 21 centimes. 

Le penny ^10 centimes 5 millièmes. 

Le half penny = 5 centimes. 

Le farthing = 2 centimes 5 millièmes. 

L'or et l'argent français sont maintenant re- 
çus au cours du change. 

D,M,IcdB,GOOglC 



53 COCHINCHIME FRANÇAISE 

Uae monnaie très divisée est indispensable 
à la population misérable d'un paya on les 
cboses de la vie pour les indigènes ne coûtent 
presque rien. 

Le capitaine de vaisseau commandant la 
station navale française à Alexandrie réside 
dans la ville ; il demeure 50, rue de la porte 
de Rosette (I). 

Le consulat géoéral de France est situé sur 
la place des Consuls (place Méhémel-AIi) , vers 
le milieu du rang gauche. Des cawas ou gar- 
des se tiennent à la porte et conduisent les 
étrangers aux bureaux du consulat qui se trou- 
vent au premier étage. 

Le consul général est M. Poujade. M. le con- 
sul mit obligeamment à notre disposition, dans 
une salle du consulat, le grand ouvrage de la 
commission d'Egypte. 

Les quatre portes d'Alexandrie sont fermées 
le soir à huit heures ; il faut, ai l'on veut sortir 
de la ville la nuit, se rendre au consulat de 
France, avant trois heures après midi, et de- 
mander le mot de passe. Ce mot d'ordre est 
écrit en arahe sur un petit carré de papier re- 

(I) C'est eo M momeni U. te^ievillc, 

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ET ROYAUME DE CAHBODGB 53 

vêtu du cachet du consulat. Lorsqu'on se pré- 
sente à l'une des portes de la ville, le chef du 
poste demande : « la papota. » On lui remet 
ce billet par une fente pratiquée dans ta porte 
du corps de garde; le chef de poste l'examine, 
fait ouvrir et laisse passer. 

Si l'on a quelques réclamations à adresser à 
la police, il faut se faire conduire chez l'un des 
commissaires de police européens, appelés par 
les indigènes maaonen. 

La plupart des rues d'Mezandrie sont main- 
tenant éclairées au gaz. Mais, dans certains 
quartiers, des veilleuses à l'huile sont placées 
à de grands intervalles, et le vent les éteint fré- 
quemment. Des gardes veillent de distance en 
distance de façon à pouvoir s'appeler et se ré- 
pondre entre eux. Ils se tiennent blottis dans 
les encoignures des portes. Dès qu'ils entendent 
des pas ou des voix, ils crient -.Gouarda! 
Prenez garde à vous ! Le quai n'est pas muni 
de garde-corps et l'escalier n'a pas de rampe, . 
mais on ne risque plus comme autrefois dans 
l'obscurité de tomber à l'eau. 

On trouve au quai à toute heure de la nuit 
des bateaux arabes qui vous reconduisent en 
rade pour la somme de 1 francs. 

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COCHlNCHtNE FRANÇAISE 



p'ancitnne Alejandiie. — Colonne de Pompée. — Guide anglais. — 
Cimedii'e, convoi funèbre. ~ Ophthalmies. ^ Catacombes. — Li-s 
Cuplfs. — Eglises. — Ecoles des frèi^s. — HApital n'entais, 
icole de filles. — Aipiilie de CWopâtre. — Jardin Pastré. — Fel- 
lahs. — Population de l'Egypte. 



L'esisteoce d'Alexandrie remonte à 332 ans 
avant Jésus-Clirist. « Qu'on noua montre, dit 
Ampère, une autre ville fondée par Alexandre, 
défendue par César et prise par Napoléon? « 
De toutes ses gloires passées, il ne reste même 
pas de traces remarquables, Le temps a tout 
effacé et ne nous a laissé que quelques misé- 
rables ruines, qui se dégradent et disparaissent 
peu àpeu. Des deux aiguilles de Cléopàtre une 
seule est encore debout; le temple de César 
n'existe plus ; la tour des Arabes est rongée 
par la mer; le sable remplit les caveaux des 
catacombes ; la fameuse bibliotbèque, avec son 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 55 

portique de 4U0 colonnes, a disparu, on n'en 
connaît que l'emplacement. Où sont aujour- 
d'hui les maisons des consuls européens, là 
s'élevait le musée où les savants étaient en- 
tretenus aux frais du roi. Dans celte ville, les 
progrès des sciences, des arts et des lellres 
marchaient de pair avec le développement du 
commerce. A peine se souvient-on d'Hypathie, 
cette femme célèhre par sa science dans les 
mathématiques et la philosophie, qui périt vic- 
time des passions religieuses {1}. L'école d'A- 
lexandrie est morte. Euclide, Slrahon, îhéo- 
crite, Gallimaque, Zuile, Aristarque n'ont pas 
eu de successeurs. Les 700,000 rouleaux de la 
grande bibliothèque ont été hrûlés, partie dans 
un incendie sous César, partie dans une insur- 
rection, et enfln, en 640, par les soldats arahes 
d'Amsrou, qui les firent servir pendant six 
mois à chauffer les bains de la ville. Alexan- 
drie est donc loin d'avoir pour le voyageur 
l'attrait du Caire, et l'on a vite fait de parcou- 
rir les lieux auxquels se rattache quelque sou- 
venir intéressant. 

Nous sommes allés visiter la colonne de 

(t) Ua eiposanL du salon de 1S63 arelracë la mort d'Hjpatliie avec 
un grand talent. C'est ooe aquarelle due au pinceau de 11. Naviel. 

DiciEcJ;., Google 



56 COCHINCmifE TIUNÇAISE 

Pompée, élevée, selon les uns en l'honDcur de 
Dioctétien par PompéiaiLUS, préfet d'Egypte, 
selon les autres par César en l'honneur de Pom- 
pée, près de l'endroit oii se trouvait le temple 
de Sérapis, à un quart de lieue de la ville. 

Un touriste anglais ne manquerait pas de 
s'assurer si ce bloc de granit rose a bien cent 
quatorze pieds de haut, et si le diamètre du 
fût est de neuf pieds. Pour ma part, je trouvé 
assez insignifiant ce débris qui reste debout et 
seul : 

Sérieux comme une épitaphe, 
Immobile comme an rocher. 

Il est vrai qu'il nous rappelle le malheureux 
sort de Pompée. Le vaincu de Pfaarsale venait 
chercher un asile en Egypte, mais PloléméeXIi 
le fit assassiner en mer et fit porter sa tète à 
César. 

Des Anglais et même une Anglaise se sont 
procuré l'étonnant plaisir de grjmpep sur le 
sommet de cette colonne. Pour cela on lance un 
grand cerf-volant en papier au moyen duquel 
on fait passer une grosse corde sur le chapiteau; 
on serre fortement cette corde autour de la co- 
lonne, on dispose des haubans et l'on accom- 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROÏAUHE DE CAMBODGE 57 

plit cette intéressante ascension. Il ne faut pas 
désespérer de voir nos amis d'outre-Manehe 
tenter la chose sur l'obélisque de la Concorde. 
C'est au Bradskaw's guide que nous sommes 
redevables de cet ingénieux procédé; mais 
nous ne saurions le recommander aux voya- 
geurs en Egypte, pas plus que de < s'abstenir 
de manger du bœuf en décembre, des oignons 
et des sucreries en aoât. » Quant au conseil de 
c manger modérément de cbaque chose dans 
le mois de juillet, > nous voudrions le voir 
pratiquer pendant tous les mois de l'année et 
toutes les années de la vie. 

Il est plus intéressant pour les Français de 
savoir que c'est au pied de la colonne de Pom- 
pée que furent ensevelis les soldats tués dans 
l'attaque d'Alexandrie. Ce sol que nous foulons 
est imprégné du aang des braves, saluons et 
rappelons-nous encore que c'est à la porte du 
Sud, que nous venons de traverser, que Kléber 
fut blessé d'une balle au front. 

De petits morieauds, spéculant sur notre 
curiosité vaniteuse, nous offrent Aea morceaux 
de granit en échange de quelque argent. Ils 
vendraient jusqu'aux pyramides s'il se trouvait 
un acheteur. Comme si le temps ne détruisait 

DiMiicdByGoogle 



58 COCHINCIIINE FRANÇAISE 

pas assez vite, chaque passant croit bon d'em- 
porter une pierre des monuments qu'il ren- 
contre. 

M. Mariette a droit à !a reconnaissance de 
l'Ejjypte etdu monde artistique comme fonda- 
teur du musée égyptien de Bonlak, à trois ki- 
lomètres du Caire, où il a rassemblé tant de 
précieuses reliques de l'antiquité égyptienne. 
Près de la colonne de Pompée est un grand 
cbamp des morts, un cimetière arabe. Au pied 
des tombes sont plantés des aloès. C'est la 
plante qui protège du mauvais œil. Derrière 
le eitnetière est un magnifique bouquet de 
dattiers. Un enterrement nous croise sur le 
chemin. Une trentaine d'Egyptiens, dontbsau- 
coup étaient aveugles, et do jeunes garçons 
ouvraient la marche, psalmodiant sur un ton 
nazillard et lamentable : « Lah il lah Allah, i- 
Puis venait la bière recouverte d'un drap et 
portée sur les épaules de quatre hommes. Der- 
rière marchaient la femme du défunt et des 
pleureuses vêtues de longs voiles bleus, agi- 
tant des mouchoirs pour chasser les djinns ou 
mauvais génies. 

Les Egyptiens enterrent à peu de profondeur 
cl laissent, en interposant des planches entre 

C«Mzc.J;.G00glc 



ET ROVAUHE DE CAHDODGE 59 

ie cadavre et la lerre qui le recouvre, un espace 
libre pour que l'ange de la mort vienne s'en- 
tretenir avec le défunt. 

Od est tristement frappé de la quantité d'oph- 
thalmies qu'on rencontre dans les rues d'Alexan- 
drie, chez les enfants surtout. La lumière vive 
du soleil réfléchie par un terrain sablonneux ne 
paraît pas être la cause de ces affections, puis- 
que les Bédouins en sont exempts, à ce qu'il 
paraît. La rosée, la lumière de la lune parais- 
sent engendrer des héméralopies chez ceux qui 
ont l'habitude de coucher sur leur toit en ter- 
rasse. I^e peu de soin, la malpropreté dévelop- 
pent «t compliquent le mal ; on voit les petits 
enfants dans les bras des femmes avoir les 
paupières couvertes d'humeur, et les mouches 
s'y reposer. Par une déplorable superstition, 
par crainte du mauvais œil, leur mère ne veut 
ni leur laver le visage, ni en^chasser les mou- 
ches. Les maladies d'yeux régnent dans les 
campagnes comme dans les villes, les Euro- 
péens n'en sont pas exempts après un long 
séjour. Elles atteignent même les animaux, il 
y a, paraîl^il, de jeunes Egyptiens qui s'aveu- 
glent a\p.c de la chaux vive pour ne pas être 
enrôlés comme soldats, 

DiMiicdByGoogle 



60 COCHINCHIME FRANÇAISE 

Noua avons visité, non sans quelqne peine, 
remplacement des catacombes. Il fallait une 
petite échelle pour descendre dans les caveaux, 
et de ta bougie pour voir où l'on mettait le 
pied. Les lézards et les gekkos couraient dans 
la poussière et sur les parois des murs. Les 
catacombes sont en partie envahies par l'eau 
des pluies, en partie par te sable. Cependant 
on y voit encore quelques traces de stvte dori- 
que, des fresques représentant des saints en- 
tourés d'une auréole ; on retrouve quelques 
inscriptions grecques et des caveaux ornemen- 
tés ; les caveaui sont superposés. 

Saint Marc prêcha l'Evangile à Alexandrie 
un siècle et demi après Jésus-Christ. Il fut mis 
à mort pendant tes fêtes de Sérapis. C'est te 
premier évèque de celle église, qui compta 
parmi ses membres tant d'hommes illustres : 
Saint Clément, saint Cyrille , saint Pantène , 
saint Alhanase et Origène, qui s'était mutilé 
lui-même pour se vouer à une vie d'étude 
et de pureté. Il croyait à la préexistence des 
âmes qui viennent animer les corps terrestres , 
qui peuvent se puriûer dans ta vie et atteindre 
à la félicité suprême par l'absorption en Dieu. 
Ces idées amènent un rapprochement invoton- 



KT ROYAUME DE CAMBODGE 61 

taire el clonnaat avac Les vieilles religions de 
l'Asie. 

f^a capitale de l'Egypte chrétienoe était Cop- 
tos, près de Thèbes. C'est de là que tirent tear 
nom les Coptes , qui descendent des aociens 
Egyptiens dont ils ont conservé le type. Ils pro- 
fessent la religion chrétienne , mais suivant 
l'hérésie d'Eutychès, c'est-à-dire qu'ils ne re- 
connaissent en Jésus- Christ qu'une nature. 
L'évêque d'Edesse, Jacob Zaozale, les réunit 
en une seule église. De là leur surnom de Ja- 
cobites. 

Ils pratiquent la circoncision ; leurs prêtres 
sont mariés, mais leurs moines et leurs évèques 
vivent dans le célibat. Leur patriarche réside 
au Caire ou au monastère de Saint-Maurice. 
Le patriarche catholique d'Alexandrie, d'An- 
tioche et de Jérusalem est Mgr Yousouf, de 
l'église grecque, rit mclchite; il réside au Caire 
et a un délégat à Alexandrie. Les patriarches 
s'appelaient papes autrefois, comme l'évêque 
de Rome, mais ce litre fui ensuite réservé au 
chef de la catholicité. 11 y a à Alexandrie plu- 
sieurs églises, la cathédrale de Sainte-Cathe- 
rine, du cullG cathotijque , dont l'évêque est 
Mgr Ciurcia; l'é-glisc grecque orlhodoxe de 

4 

D,clzc.J;.G00glc 



63 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

rànnonciation, l'églUe maronite et le couvent 
des Prêtres Lazaristes, une église anglaise pro- 
testante, place Méhémet-Ali, des synagogues et 
une église copte. 

]je& Frères de la doctqine chrétienne ont 
fondlé à Alexandrie une école de près de six 
cents élèves. L'hôpital français ou plutôt euro- 
péen est situé rue de la porte de Rosette, n" 4. 
U est desservi par des médecins français, des 
religi^fies de Saint- Vinceot de Paul et les Ré- 
Yérends Pères de Terre Sainte. On y reçoit 
tous les soins désirables; on y est traité à rai- 
raison de 8 francs par jour en chambre. 

Les religieuses de Saint-Vincent de Paul tien- 
nent, rue Ibrahim, 6, une école pour les petits 
garçons et une plus nombreuse pour les filles 
européennes et pour les filles indigènes, sans 
distinction de religion. Elles ont une pension 
d'externes et d'internes, partie payant, partie 
reçues gratuitement; un orphelinat, un asile 
d'enfants trouvés et de petites filles noires du 
Soudan et du Darfour. Cet établissement 
réunit plus de 600 jeunes filles de toutes 
les nationalités et de toutes les religions. Les 
enfants trouvés sont seuls élevés dans le catho- 
licisme. Les bonnes sœurs, loin de se livrer à 

iiri^-Googlc 



ET ROYADHB DE CAMBODGE 6S 

un prosélytisme inopportun ne a'oecupent que 
d'easeigoer à ces races diverses ta langue fran- 
çaise, récriture et les travaux d'aiguille , si 
utiles plus tard pour des femmes appelées à 
vivre comme des recluses. Chaque jour des 
religieuses distribuent des médicaments aux 
indigènes. 

EnQn la charité a son palais dans la ville de 
Cléopâtre , si célèbre par ses charmes et sa 
mort volontaire à 39 ans. 

I^e seul souvenir de la reine qui soit encore 
debout, est un obélisque en syaoîle de 70 pieds 
de haut et 7 pieds de base, et que l'on nomme 
aiguille de Cléopâtre. Méhémet-Ali a donné à 
un Anglais celui qui est debout. Un autre mo- 
nolithe semblable est couché dans le sable en 
trois morceaux. Cléopâtre les avait fait amener 
d'Héliopolis pour orner le temple de César. 

Près de l'obélisque est la tour des Arabes, 
qui est de construction romaine et forme une 
dépendance du temple de César. On peut visi- 
ter le palais du vice-roi (ras el teen) en s'adrea- 
sant à l'intendant. 

A notre retour, une procesaioD nous croisa. 
Un orchestre, composé d'une grosse caisse, 
d'un tambour et d'une clariuetlâ, ouvrait la 

^izcjî.Googlc 



64 COCHINCHINE FRANÇAISE 

marche. Sur iin cheval richement capara- 
çonné, s'avançait un enfant en lurban rouge , 
orné d'une petite plaque et de franges d'or. Son 
corsage était couvert de broderies, il tenait un 
mouclioir à la main et paraissait fort triste. 11 
se rendait, me dit-on, à la mosquée pour la 
circoncision. 

Dans l'appès-midi nous fîmes une prome- 
nade au jardin Pastré, qui est le Longchamps 
d'Alexandrie. On trouve en ville des chevaux 
à louer. On va au jardin Pastré à cheval ou en 
voiture, comme à Paris au bois de Boulogne. 
On y rencontre les costumes les plus divers et 
les toilettes les plus élégantes. A côté des dames 
européennes on voit passer des Levantines, des 
Grecques, des lllyriennes, des Valaques, des 
Egyptiennes , et l'on remarque souvent des 
types admirables. 

[.es maisons européennes qui avoisinent la 
place des consuls ont des vestibules de marbre, 
et le contraste est frappant lorsqu'en s'éloi- 
goant un peu de ce centre on tombe sur les 
huttes en terre des Fellahs. Ce sont les arabes 
cultivateurs , les gens corvéables et laillables 
.à merci. 

Les femmes fellahs sont enveloppées d'une 

D,c,l,;cd:t Google 



BT ROVADME DE CiMBODGE 65 

longue robe bleue, le feredjé, leur couvrant la 
t$te et ne laissant voir que deux noires pru- 
nelles. Ce vêtement vient se nouer wir le front 
au moyen d'une agrafe composée de pièces de 
monnaie ou d'anqeaux en métal. Souvent ces 
femmes ont de grands anneaux passés dans les 
.narines, un signe, une étoile tatoués sur le 
front et le menton , et de gros annaux aux 
bras et aux jambes. On rencontre des petites 
filles de 12 à 13 ans portant sur leur hancbe 
un petit enfant qui leur doit le jour. Pour Les 
deux sexes l'âge du mariage a été ll\é à 1 5 ans. 
Nous avons eu occasion de voir de jeunes 
femmes fellahs dont la physionomie n'était pas 
sans attraits. Leurs yeux agrandis par le boll 
(antimoine) et leurs sourcils arqués, sont noirs 
comme du jais et tranchent même sur leur 
teint un peu bronzé. Lçur bouche était un peu 
large, .lepr peau douce et fine, leurs mainsj»»' 
telées et petites, leurs opgl^Ipngs-eTrougis 
de henpé , leurs dents inagqiQques. Elles por- 
taient des cqlliers d'or. ou de perles; leurs che- 
veux étaient partagés en une foule de petites 
tresses qui pendaient sur le dos, ils étaient 
..opupés pur le haut du front, [.fiur corsage ou- 
,.,T(ert,.a'agrafait par devant. Elles portaient un 

4. 

C«Mzc.J;.G00glc 



66 COCHINCHINE FRANÇAISE 

larçe pantalon, semblable à celui des hommes, 
et leura jambes étaient renfermées dans de 
grandes babouches jaunes. 

Le type des anciens Egyptiens est parfaite- 
ment conservé chez ces femmes; en les voyant 
aller à la fontaine, portant sur la tête leur vase, 
pareil à «ne amphore, on croit voir marcher 
un bas relief égyptien on Rebeeca s'approcliant 
du puits. Cependant les fellahs sont une race 
implantée avec Autsrou, 639 ans après Jésua- 
Cbrist. 

Quant aux, dames d'un certain rang, elles 
sont enveloppées de longs voiles de soie noire 
(l'habara), chaussées d'une façon très incom- 
mode, par suite ont une démarche fort disgra- 
cieuse , et semblent affligées d'un embonpoint 
précoce, genre de beauté dans le goût turc et 
que semble désavouer la vivacité de leurs yeux 
^■qui.brillent sous le voile. Elles vivent dans les 
haremâ à peu près oisives. 

Les Grecques que nous avons vues avaient la 
taille élevée, la peau très blanche, la bouche 
petite , le nez caractéristique de la race et les 
yeux maquillés. 

Enfin on rencontre quelquefois à Alexandrie 
déjeunes Slaves, des lUyriennes, des femmes 

[.,Mzc.J;.G00glc 



ET ROVAVHE DE CAMBODGE 67 

blanches que la misère a chassées de leur pays 
et qui sont tombées sous les grifTes d'uQ maî- 
tre avide. 

Ces créatures sont élevées pour les gynécées, 
et quoiqu'il n'y ait pas de marché public d'es- 
claves, te meilleur sort qui puisse les attendre 
est de peupler les harems. 

Les Egyptiens musulmans (Fellahs) sont 
avec les Coptes la race autochtone du pays. Oo 
en compte 3,500,000 et 500,000 Coptes. Ils 
forment la grande majorité de la population de 
l'Egypte, puis viennent les arabes Bédouins, ~ 
au nombre de 400,000. 

Le reste se compose de Turcs, de Juifs, de 
Grecs, d'Arméniens, de Nubiens et d'Abyssi- 
niens. Les européens, francs et syriens, sont 
au nombre de 250,000 , ce qui donne pour 
toute l'Egypte un total de près de 5 millions 
d'habitants. 



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;68 COGHINCaiNE FRAHÇM&E 



» d'Aleundrie. — Ramleh. ~ Le Nil. — Girgonlct- 
les. — Mu «rïbea, — Hudilcb. — Btkdiicb. — Baurs. — 
Cafés arabes. — Populatioo d'Aleundrie. — Langages divers. — 
Repas turc. — Canal Hahnoudieh. — Voyage par eau on par che- 
min de fer. 

Alexandrie est le port naturel de l'Egypte, et 
la fondation de Port-Saïd avec ses 10,000 ba- 
bilants ne peut exercer aucune influence sur 
l'avenir de cette ville , dont la vie ne dépend 
uniquement que du pays lui-même. En eifet, 
si l'on excepte les produits de la Perse et àea 
Indes, dont Alexandrie a été jusqu'ici l'entre- 
pôt et le port de transit , elle reçoit d'Europe 
des draps, des cotonnades, du sucre, des tein- 
tures, du fer, des liqueurs, etc., etc., et lui 
envoie du coton, des laines, de la gomme, des 
peaux, des dattes, du séné, etc., etc. Ces di- 
vers produits de l'Egypte arrivent à Alexan- 
drie soit par le chemin de fer, soit surtout par 
le canal Mafamoudieli. 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 69 

Nous avons traversé le vieux port on Eu- 
noste, ou port de l'ouest. Aujourd'hui on 
chercherait vainement les /i,000 ouvriers de 
l'arsenal fondé par Méhémet-Ali et créé par 
M. de Cerisy. A la mort de Méhémet-Ali 
l'Ëgyple possédait 33 hâtiments de guerre , 
dont 11 vaisseaux el 6 frégates. I^es équipages 
de cette floite comptaient 20,000 marins. 
L'Egyple ne possède plus que quelques na- 
■virea, et les offres avantageuses faites à des 
officiers de la marine française, pour prendre 
le commandement de deux magnifiques bâti- 
ments de guerre égyptien , construits à la 
Seyne, sont restées sans résultat. 

Le vieux port est vaste et sûr; le port neuf 
ou port de l'est oifre peu d'espace et peu de 
fond. A cause des requins, il est dangereux 
de se baigner en rade. L'entrée d'Alexandrie 
est rendue difficile par de nombreux récifs. A 
la- pointe du vieux port s'élève le phare actuel 
qui date de 1 842 el se voit à 20 milles en mer. 
Du fameux phare d'Alexandrie il ne reste au- 
cun vestige. 

Nous avons fait une excursion à Ramleh, à 
moitié chemin d'Aboukir. Un chemin de fer y 
conduit toutes les heures pour ^ fr. 50 en 

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70 COCHIHCHINE FRANÇAISE 

première classe, 2 fr. 25 en deuxième, et 1 fr. 
en troisième. 

Ramieh e^ un délicieux endroit dont le cli- 
mat est excellent, même lorsque souffle le Kam- 
sin , le vent du midi. Il y a là de superbes 
maisons de campagne, de charmants oasis. 

En y allant, nous avons vu des sakkiers 
ou machines à élever l'e^u pour l'irrigation 
des champs. Sur des roues mises en mou- 
vement par des bœufs, passent deux cordes 
auxquelles sont attachés de petits pots. Les cor- 
des ont assez de jeu pour atteindre le niveau de 
l'eau. Les pots immergés se remplissent, et, 
passant sur le sommet de la roue, se vident 
dans un réservoir. Quant à l'eau potable, c'est 
l'eau filtrée du canal Mahmoudieh , qui lui- 
même est alimenté par le Nil. 

La crue du Nil commence en juin, et les 
eaux descendent en octobre. Cette eau, qui con- 
tient du muriate de soude est très bonne, sur- 
tout quand te niveau du fleuve baisse. On lui 
attribue une vertu prolifique et purgative» 
Celte dernière qualité peut avoir des inconvé- 
nients pour les voyageurs. On expédie de l'eau 
du Nil dans toute la Syrie et jusqu'en Turquie 
dans des bouteilles cachetées comme l'on fait 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 71 

en Europe pour lea eaux gazeuses. On la trans- 
vase aussi dans des gargoulettes ou alcarazas 
pour rafraîchir par l'éTaporation. Les gargou- 
lettes de Kenneli et du Caire soot les mieux fai- 
tes; c'est un composé d'argile et de sel. Cette 
dernière substance en fondant rend la pâte po- 
reuse. 

A notre retour, nous entrâmes dans un ham- 
mam ou établissement de bains arabes , rue 
Raz el Tin ; il y a encore deux autres établis- 
sements semblables, rue Franque et rue de 
l'Eglise. 

On nous fit traverser un premier apparte- 
ment dallé autour duquel règne une galerie. Au 
milieu se trouve une piscine d'eau froide. Des 
hommes sont étendus sur des planches pour y 
être massés. Nous suivons la galerie et entrons 
dans un appartement garni de tapis, de divans, 
de couchettes, de miroirs. Là, nous remettons 
notre argent et nos bijoux ou valeurs à un agent 
de l'étabUssement. Nous ôtons nos vêtements , 
on nous ceint les reins d'une étoffe de couleur. 
Nous chaussons des socques en bois, ce qui 
rendait notre marche difficile sur les dalles 
mouillées, et nous passons dans une pièce pa- 
vée en marbre, dont le dôme est percé de peli- 



i'I CUUIIINCUINË FR,1.\ÇAISK 

tes ouvertures en forme il'éloiles. Là se trou- 
vaient deux bassins en marbre contenant l'un 
de l'eau froide , l'autre de l'eau à une haute 
tcmiiérature. 

Ot appartement était cliauffé au point que la 
sueur eommença à perler par tous les [wres; 
nous prenons un bain sans être dans l'eau. On 
nous étend sur des planches et on nous frotte 
au savon avec des pistils de la fleur du dattier; 
puis nous entrons non sans hésiter dans te 
bassin d'eau chaude. Reconduits de là dans 
le premier appartement, nous nous étendons 
sur les couctictles. On nous entoure les reins 
d'une nouvelle ctoiTe bariolée de raies rouges , 
et bleues, on nous enveloppe les épaules d'un 
ample vêtement en laine blanche à franges, 
on nous ceint la télé d'un turban, et nous 
voilà transformés en vrais croyants, en fils 
du prophète, en bons musulmans. Un Arabe 
vient nous masser et nous fait craquer tous les 
membres du corps; c'est le supplice de la roue 
sans douleur. Puis on apporte des chibouks, 
des narguilés, de la limonade et du café. Je 
demandai du Uaschich, qui est une pâte faite 
avec les sommités fleuries du chanvr2 mêlées 
à du miel, du la miïECide, du poivre et des 

D,M,IcdB,GOOgiC 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 73 

essences. On en prend gros comme une noi- 
selte en boisson. Il est préférable de l'absorber 
dans le narguilé. Cette drogue fut loin d'exci- 
ter en moi des idées gaies et des songes agréa- 
bles, elle m'incommoda et je n'éprouvai que 
des maux de tête. Il y a certains tempéra- 
ments qui ne peuvent la supporter. Après quel- 
ques instants de repos, nous reprîmes nos ba- 
bils européens et nous sortîmes. 

Le bain avait coûté, y compris tous les bak- 
chich, 3 francs. 

II y a des jours oii ces établissements sont 
réservés pour les dames qui s'y réunissent et 
y passent de longues beures entr'elles. On voit 
alors au-dessus de la porte extérieure de l'éta- 
blisscmont une pièce de coton blanc. 

Il n'est pas possible de faire un pas à Alexan- 
drie et de se servir d'un indigène sans enten- 
dre demander t el félous, elbakcbicb, » l'ar- 
gent, le pourboire. Les sais, les bateliers, les 
domestiques vous poursuivent de leurs instan- 
ces. Aujourd'hui notre journée a été consacrée 
à visiter les bazars. Ce sont des halles très 
basses, obscures, étroites, remplies de ver- 
mine dans les allées et de marchandises em- 
pilées dans les boutiques. 

S 

DiciEcJ;., Google 



74 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Les marchands accroupis atteadeot les 
clients en fumant le chibouck ou le narguilé. 
Ils voDl et viennent sans paraître craindre les 
voleurs, et semblent peu soucieux de vendre et 
de prôner leur marchandise. Lorsque des euro- 
péens achètent, on leur demande souvent trois 
fois la valeur des objets. Nous avons acheté di- 
verses espèces de tabac d'Orient : du tabac de 
Laltakié, petite ville de la Palestine, en face de 
Chypre , du tabac de Constantinople , du tom- 
baki, etc. On nous le vendait par oke, poids 
de 1 kilogramme 237 grammes. Le rotoli est 
de 445 grammes. Des étoFTes que nous mar- 
chandâmes furent mesurées au pyk, longueur 
de O"* 66*^. Les marchands nous saluaient en 
disant salam aleick, haouagh (salut, mon- 
sieur), et quelquefois nous appelaient hadjis 
(pèlerins). 

Les bazars sont divisés en trois sections 
ayant chacune sa spécialité : ainsi il y a la sec- 
tion des marchands de tabacs, des changeurs, 
des chaussures, sandales, babouches, des vête- 
ments, burnous en poil de chèvre, en laine de 
Thessalie, soiries, mousselines, broderies d'or, 
foulards de Smyrne, kafiechs à raies jaunes et 
brunes, etc.; la section des parfums, des aro- 



ET ROYAUHE DE CAMBODGE 75 

mates, épiccs, opium, henné , eau de rose à 
7 piastres (1 fr. 25 c.) le flacoQ, des chape- 
lets, pipes, bourses, narguilés; la section d'or- 
fèvrerie, colliers d'amhre, paniers en graines; 
la section des armes, kanjiars, poignards, 
plateaux, aiguières, vieux costumes dorés ; la 
section des fruits, dattes, saintes pastèques, 
comme disaient nos soldats de l'expédition 
d'Egypte. 

Il y a aussi de nombreux établissements des- 
tinés à recevoir les marchands ; on les nomme 
okels (wakaléh). Ils consistent en une vaste 
cour carrée autour de laquelle régnent une ga- 
lerie et des magasins pour les marchandises. 

La rue Franque , appelée aujourd'hui Raz- 
el-tin, est une des plus animées. Ou rencontre 
dans chaque rue des cafés égyptiens où l'on 
prend pour un para une mycroscopique tasse 
do café servie avec le marc et sans sucre. La 
tasse est contenue dans ua petit coquetier pour 
éviter de se brûler les doigts. 

On sert avec le café un verre d'eau que les 
Egyptiens boivent d'abord. On trouve au café 
cbibouk et narguilé ; mais il faut apporter son 
lattakié ou son tombaki. Ces cafés sont do la 
plus simple apparence et le luxe y est inconnu. 



76 MOUHCHm nuMfun 

On ne rôît plus de marché d'csdayei ni d'eu- 
vu^ues, qnoiqae les Coptes de Syotil, «a baute 
figypte, malgré leur rdigion, anililent encore 
de jeunes garçons pour cette pix^essioB. lA 
danse de l'abeille est un spectacle qui devieixt 
fort rare, et les aimées poétiques passent à l'é- 
tat légendaire. 

On donne à Alexandrie 200,000 habitants. 
On attribue en partie à l'introduclioa de la 
vaccine l'accroissement de la population. La 
ville est divisée en trois daasea de p(^uIaUon 
ou quartiers : le quartier fellah , le quartier 
turc et le quartier franc. 11 faut comprendre 
dans ces diverse catégories les Âbyssinteas^ 
Nubiens, Syriens, Maltais et les Arméniens; 
ceux-ci parlent le turc , qu'ils écrivent en ca- 
ractères arméniens ; les Grecs , les Montrâé- 
grins, les Albanais ou Aroautes an costume pit- 
toresque : les guêtres, le jupon court et plissé, 
pistolets, poignards à la ceinture, la tâte cmilb 
du kaâéh , voile à raies jaunes et brunes qtii 
garantit le cou des ardeurs du soleil ; enfin les 
Arabes bédouins, pilotes du désert, enveloppés 
dans leurs longs burnous épais. On vompte 
13,000 Français à Alexandrie. Les Grecs, :1bs 
Italiens, les Anglais, les Maltais, les IjevantiM, 



lea Àllamanda complèteBl à i 00,000 1^ iH>ailHV 
det eoropéeDS. 

L'arabe est la langue dominante. Le copte 
s'est pliiB en uaage qaa dans lea prières des 
ohréttena. Les Coptes parlent no mçlai^ d'a- 
rabe, de turc et de copte. Oa entend autour dQ 
•oi parler toutes les langues. Si l'on fait une 
question à un marchand , il r^nd : Siakom . 
«Al, ovày ou là ma mâfich, no», ou euçpre 
toMb , bien , c'est bon. Va peu pins loi» * on 
répcHid en grec, cq an^aia, en italien, ea allft- 
mand, en français. 

La haute société d'Alexandrie reçoit beau- 
coup et donne quelquefois sur le cuud Mnh- 
moudiéfa de splisidides fêLea. On joue beaucoup 
dans les réunions du monde. 

Las Egyptîcos prennent leurs r^ws usia 
sur une natte, autour d'un escabeau sur lequel 
sont placés dans un plateau lee mets découpés 
d'avanee, de &ç9n à être leangéa avee les 
doigts. L'étkpiette veut que l'on accepte les 
morceaux offerts par k maître de U maison 
lu^Aiéme. 

Nous avons fait una proaumade aur le boNl 
du canal Mabmoudiéb. C'est l'ancien canal de 
Cléopàtre^ reconstruit par Méhémet-Ali de 

Cvlzc.J;.G00glc 



78 COCniNCHINE FRANÇAISE 

1818 à 1819, et ainsi nommé en l'honDeur du 
sultan Mahmoud, qui régnait alors à Conatan- 
tinople. 

Il commence à Fouah, à un mille da quar- 
tier franc; il a 90 kilomètres et reçoit à Âtfé 
les eaux du Nil élevées par des pompes. , 

On le franchit en huit heures environ en 
bateau à vapeur. 

Le vice-roi, les ministres, des Européens et 
de riches Égyptiens ont sur ses bords de su- 
perbes maisons de campagne, devant lesqu^les 
sont amarrés des dahabiehs, ou bateaux de 
plaisance. 

Le long du quai on voit des canges chairs 
de grains, dont les longues vergues portent des 
voiles latines. 

On peut se rendre d'Alexandrie au Caire 
par cette voie ; le voyage coûte 75 francs en- 
viron. Par le chemin de fer, il coûte en pre- 
mière classe 35 francs, en deuxième classe 
20 francs, et en troisième 7 fr. 80 c. 

Ces prix sont les mêmes du Caire à Suez. 11 
y a tous les jours quatre ou cinq trains d'A- 
lexandrie au Caire et à Suez. 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 



Gare d'Alexandrie. ~- Chemin de (èr égyptien. ~ Lac HaréolU. 

Nous Bommes partis d'AlexanclHe le 6 dé- 
cambre. Dans l'après-midi, des barques ou 
mahonnes sont venues prendre nos bagages et 
un remorqueur à vapeur du Nil ou plutôt du 
canal Mafamoudiéb nous a conduits au chemin 
de fer. Nous montons en wagon à la nuit tom- 
bante et nous restons en gare pendant qn'on 
charge les bagages. J'eus à me louer d'avoir 
constamment surveillé mes colis pendant le 
chargement qui est opéré par des corvées de 
fellahs requis par le vice-roi. lis sont rempla- 
cés chaque mois par d'autres réquisitions, et 
pour toute solde on leur donne la nourriture. 
Les délinquants reçoivent sur la plante des 
pieds des coups de courbache, lanière de cuir 
d'hippopotame. Le surveillant gourmande les 

[,Mzc.J;.G00glc 



80 COCHINCUtNE FRANÇAISE 

paresseux et leur distribue des coups de corde 
ou de bâton. On ne peut se faire une idée du 
bruit et du tumulte auxquels donne lieu le dé- 
part d'un train. Chacun pénètre et va et vient 
dans la gare à sa fantaisie. Les Fellabs rem- 
plissent leur tâcbe en criant, en courant, en 
implorant des Bakchich, en se battant pour 
attraper la monnaie qu'on leur jette. Ils sont 
robustes, bien faits, alertes et gais, malgré leur 
misérable condition. 

Le chemin de fer égyptien n'ayant qu'une 
voie, il en résulte pour les trains des retards 
considérables. E^es wagons sont semblables à 
ceux d'Europe. Aucun . avertissement n'est 
donné au voyageur du lieu où il se trouve. Il 
y a des buffets aux stations principales. Tou- 
tefois, il est essentiel d'emporter avec soi des 
provisions de bouche, du vin, quelques oran- 
ges, un flacon de cognac. 

Nous côtoyons le canal Mahmoudiéh ; nous 
.rencontrons les huttes en terre des villages fel- 
lahs. Les maisons basses, les murs dégradés, 
hs toits plats, les portes sans fermeture font 
rassembler ces villages à des amas de cases 
incendiées ou à des forts démanlelés. A côté 
des maisons se trouvent de vastes pigeonniers. 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 81 

Dans la plaine, les canaux d'irrigation, les 
palmiers et autres arbrea alternent avec la ver- 
dure et les moissons. 

Nous traversons te lac Maréotis, qui était 
autrefois un lac d'eau douce très poissonneux. 
En 1 801 , les Anglais, pour se défendre, y ont 
fait entrer les eaux de la mer en rompant les 
digues d'Aboukir. Aujourd'hui la digue a été 
reconstruite. Le lac se dessèche quand les eaux 
du Nil sont basses, et se remplit au moment 
de la crue du fleuve, de juin en septembre, 
mais l'eau reate salée. Lea chasseurs y trou- 
vent des canards sauvages, des pluviers, des 
ibis, des hérons. 

Nous arrivons à Kafr-el-Dawar, puis à Da- 
manhour. A Kafr-el-Zaïa, où l'on passe un 
viaduc, nous perdons deux heures d'arrêt forcé. 

On atteint un grand aqueduc, on voit les 
stations de Tantah, on franchit le viaduc de 
Birket-el-Sah, Benha, oii se trouve un pont 
tnbuiaire de dix arches, sur le Nil. Le milieu 
est tournant pour permettre le passage des 
bateaux pendant la crue du fleuve. Noua pas- 
sons Calioub. Le jour, on voit d'ici les pyra- 
mides sous la forme de petits nuages gris, 
triangulaires. 

». 
DiMiicdByGoogle 



82 COCHWCHmK FIUNÇàISE 

A. huit heures du matin nous avions fait, en 
sept heures, les 21 1 kilomètres qui séparent 
Alexandrie du Caire, et nous entrions dans la 
gare de Bal-el-Had. 



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£T BOVMtW f» ÇAHBOOCB ^ 



S<!ioar an dire. — Axcn^t» m prruDides. 

ie me suk armogé btm dwi Mais poar 
passer quelques jours au Caire. Les ^^Bses 
sont ilaites «n «omman et partagées eatae aous 
troÎB. Noua hbobs thtiai em^ «ne deni^m- 
Erâw d*tôtelB, rti6tel des Amhiusaiciaun. Nous 
faisons d'amnoe le prix das^our, logenent et 
tdile, at rpn mvipnt 4 20 firaoos par jour. 
Mous eD^ageoBB un inlariupète indig;toe pcnr 
6 fcMea par joar,.et notu pcenans une :vo(ture 
àTaiaonde âO francB penr k jotHrsée. Les voi- 
tnes eant lanieeB ; ks lines coûtent 1 franc 

Le Caire (la Victorieuse, d. Sahîiiali) eat itipe 
^rmâe viUe île AOO^MO lubitonts, c'«Bt la 
rose de llOarjeat .: « Qui a'a pas su b Cure 
n'a rien tu ; via ad rat d'or 4 son àel est «n 

[,Mzc.J;.G00glc 



84 COCHINCHINE frauçuse 

prodige; ses femmea sont comme les vieTges 
aux yeux noirs qui habitent le paradis. > {Mille 
et une Nuiti.) 

Le vieux Caire a été fondé par Amsrou en 
641 , et le Caire actuel, trois siècles plus tard, 
par Mooz, premier calife fotimite. 

Lorsqu'on est embarqué sur un bâtiment de 
l'Etat, si l'on veut aller passer quelques jours 
au Caire, il faut en demander l'autorisation au 
commandant de la marine à Alexandrie, qui 
vous délivre une réquisition pour le chemin de 
fer égyptien. 

Il est essentiel de faire un choix parmi les 
nombreux ouvrages sur l'Egypte, de lire les 
descriptions des monuments que reoferme la 
capitale, de s'initier un peu anx mœurs et aux 
usages du pays. Clot-bey, Maxime du Camp, 
Barthélémy Saint-Hilaire, et surtout le guide 
général de l'Egypte de François Levemay, 
donnent les meilleurs renseignements. Ce der- 
nier fournit en même temps les plans les plus 
complets d'Alexandrie^ du Caire, de Suez et 
du canal maritime. 

Je ne reviendrai donc pas sur des sujets si 
bien traités, et me bornerai à quelques indica- 
tions qui me paraissent utiles et à mes obser- 

[^izcjî.Googlc 



ET ROTAVHE DE CÀHBODGE 85 

ntions personnelles. La place de l'Esbekiek, 
graode comme le champ de mars à FarU , est 
le rendez-TouB des Européens. C'est là que 
sont les bureaux de poste, les télégraphes, le 
cercle oriental. Près de là commence le Mous- 
ky ou quartier franc. La plus belle Tue du 
Caire et de ses environa est celle dont oo Jouit 
du haut de la citadelle, qui est la preDÙère 
chose à vifiiter. On y admire le tomheau de 
Méhémet-Ali et la mosquée d'albâtre. 

11 y a au Caire comme à Aleiandrie des ca- 
fés-coDcerts donnant des soirées musicales. Le 
journal de l'Egypte se publie chaque jour en 
français au Caire. 

Les pyramides sont environ à 12 kilomètres 
du Caire. La grande pyramide a 500 pieds d'é- 
lévation, deux fois la hauteur des tours Notre- 
Dame. Il y a 206 marches à monter. Oa par- 
vient au sommet en 1 5 à 30 minutes. La des- 
centâ's'opère plus rapidement. Il faut compter 
un jour pour cetteexcursion, que l'on fait àâne, 
et partir de grand matin. Les dépenses de la 
joamée peuvent s'élevïr en général à 20 fr. On 
donne ordinairement 5 fr. au moins à l'Arabe 
qui vons aide à monter, et le skeik el beled ou 
chef du village est responsable de votre per- 

[.izcjî.Googlc 



86 COCBltrtHmE ITtAHÇAISE 

sonne. Le Toyage aiiesi bien que l'eacalade aont 
très fatigants. Si une dame se hasarde à t'en*- 
treprendre, il est utile d'emporter ira petH 
banc (et non un pliant) qu'un guide arabe tien- 
dra pendant l'ascension à la disposition de 
l'intrépide voyageuse. Lés Mlahs nous hi&setft 
par les mains de marche en marche, et poat 
descendre on saute de degrés en -degrés, île 
sorbe qu'on est souvent ot)Ugé de se reposer en 
route. Ïj& pierre est très glissante et il fant 
prendre des précautions. Il est indispensable 
de ne donner aucun bakchich avant qâe la de»- 
eente ne soit opérée complètement. L'itttêrîeor 
de la pyramide (décrit dans plusieurs aiïtenn 
ou voyageurs) ne vaut pas la peine qu'on prend 
pour y pénétrer. Si Ton tient à TÎsiter la 
chambre du roi et de la reine, il faat anpevttr 
de la bougie pour s'éclafrer. Ces monameote 
sont des. talismans contre le Khanreia, diseiït 
les Arabes. Selon M. de Fersigoy, ils parais- 
sent avoir été élevés pour empêcher l'invaeioti 
des sables du désert. , 

Il est pins probable qu'ils ne furent qHe-dd^ 
tombeaux. 

Il est bon de se d^er des indigèkes qui 
vous offrent à prix d'or des scarabées gravte, 



ET ROÏADHE DE CAMBODGE 87 

des statuettes et des monnaies. Ces antiquités 
prétendues ne sont fort souvent que d'habiles 
imitations. 

Pour retourner du Caire à Alexandrie, on a 
le train express de 8 heures du matin et trois 
ou quatre autres trains. Les prix sont les mêmes 
que d'Alexandrie au Caire et du Caire à Suez. 
Le train pour Suez part à 10 heures du matin 
tous les jours. 



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COCHINCHINE FRANÇAISE 



Le désert, en chemin de fer. ~- A dos de chameau. 

Comme nous avions un train spécial , nous 
avons quitté le Caire à trois heures du matii 
Il faisait un splendide clair de lune. La nuit 
était très fraîche , et ma couverture ne suffi- 
sait pas à me réchaufîeren wagon. 11 y a 153 
kilomètres du Caire à Suez. 

Nous voilà lancés à toute vapeur dans le dé- 
sert ; !a noire silhouette des pyramides s'efface 
dans le loiatain. Les chars de feu volent sur la 
surface plane et vitreuse d'un sol rayé de noir. 
Des poteaux télégraphiques se dressent comme 
les mâts d'un fantastique navire sur cette mer 
de sable. Partout le silence et partout la stéri- 
lité, et nous dé&ons le khamsin, le simoun, le 
vent du midi, qui surprenait les caravaues, en- 
gloutissait les pèlerins, les étouffait, desséchait 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROTAUHE DE CAHUODGE 89 

leur cadavre, et avec l'aide du Boleil et du sable 
le rendait tellemeat léger, que s'il arrivait, 
dit un vieil auteur < à quelque voyageur pas- 
sant par le même cliemin de marcher sur le 
pied d'un de ces corps, le squelette se levait et 
le frappait au visage ! ► Si vous fermez les sto- 
res et que vous regardiez en face de vous, vous 
êtes en Europe, en pleine civilisation. Si vous 
jetez les yeus au dehors, vous vous trouvez ca 
plein désert et l'effet produit est surprenant. 

Le matin nous aperçûmes des files de cha- 
meaux portant de l'eau aux quelques villages 
établis non 'loin des travaux de la voie ferrée. 
Des buttes de fellahs se découpent en grisaille 
sur un ciel sans nuages. Le mirage reflète au 
loin l'image d'un train qui laisse derrière lui 
une longue traînée de fumée. Quelques touffes 
d'herbe, des tertres de sable font croire à des 
forêts et à des montagnes s'éîevant à l'horizon. 

Enfin à onze heures du matin , nous arri- 
vons à Suez. On met ordinairement moins de 
temps et le trajet peut se faire en cinq heures. 
La gare est sur le quai du transit. Ce chemin 
de fer sera prolongé plus tard jusqu'à peu de 
distance du cap Gardafui , le long de la côte 
de la mer Rouge, 

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90 COCRIHCHINE FRANÇAISE 

Du Caire à Suez, le voyage peut se faire en 
trois jours à dos de chameau, pour dix francs 
par chameau. Un chameau peut porter en 
moyenne 250 kilogr. Les chameaux d'Egypte 
n'ont qu'une bosse. I! m'a pris fantaisie à 
Alexandrie d'essayer cette monture; je n'ai pas 
ressenti de malaise par suite du balancement 
du corps. < Pour monter à dromadaire oa 
fait coucher la bête, on met le pied gaucbe 
dans l'étrier attaché au pommeau antérieur de 
la selle, et on enjambe du pied droit, pendant 
que quelqu'un tient le licou du chameau pour 
l'empêcher de se relever subitement. Le cha- 
meau relève d'abord les jambes de derrière. li 
faut donc au moment ofi l'on est projeté en 
avant se tenir au pommeau de la selle et faire 
de même lorsqu'on est renversé en arrière , 
quand le chameau relève ses pieds de devant. 
On est en selle dans la position des femmes à 
cheval, la jambe droite repliée autour du pom- 
meau de devant. Pour conduire l'animal on a 
un petit bâton recourbé qui sert à ramener le 
licou quand on l'a laissé tomber de sa main. 
Quand on veut mener l'animât à gauche , on 
le touche sur le col à droite avec le bâton; 
pour le mener à droite on le louche- à gauche. 

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ET BOTÂUHE DE CAMBODGE 91 

Pour rarrfrter on tend !e licou eo arrière ; pour 
descendre on avertit le chameau en le toacbant 
à l'épaule et par un bruit de goaier. Il plie les 
jambes de devant , puis celles de derrière ; on 
se tient cramponné à la selle pendant ce tempe- 
là. EnGa lorsque l'animal est couché, on des- 
cend facilement. > M. Barthélémy Saint-Hilaîre, 
à qui nous empruntons ces renseignements (1), 
dit qu'on est parfaitement à son aise sur un 
dromadaire , et qu'on pourrait y dormir, y 
manger et même y écrire sans trop de gêoe ! 
Un bon chameau coûte 500 francs. 

(1) Lettre sur l'Egypte. Paris, 1851. 



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COCHIKCHINE FRANÇAISE 



Soex. — Hdtela et dépenses. — La ville et les environs. — Fontai- 
nes de Uolse. — Bains. — Hâpital franfab. — Écoles. — Poste 
aui lettres. — Tâégrapbe. — Popidatisn. — Canal i» Shi. —• 
Port-Saïd. — Radede Suez. — Consulat. 



 l'hôtel anglais de la Compagnie péniasa- 
laire et orientale, la table et le logement mon- 
tent à une livre sterling par jour. Le dîner 
coûte 6 shillings sans le vin. A l'hôtel Vic- 
toria, les prix sont moins élevés, et l'on ne paie 
que 1 5 francs ou 3 piastres par jour. La meil- 
leure installation, la meilleure table et les prix 
les plus doux sont à l'hôtel d'Angleterre. A 
riiôtel de France, sur la place du marché aux 
grains, on est convenablement hébergé à des 
prix modérés. 

En 1865 une compagnie anglaise s'est for- 
mée dans le but d'établir des hôtels sur la 
route des Indes et de la Chine. C'était, en effet, 
une importante lacune à remplir. Déjà cette 



ET BOÏIUXE DE CAMBODGE 98 

Compagnie a OBvert au Caire un établissement 
QMHité sur un bon pied et où l'oa trouve tout 
le comfort désirable. 

Le caoal de Suez est une oeuvre française , 
Aussi les Français afQueot-its mainteoaat dans 
cette ville, qui, outre le commerce de l'Asie 
avec rOceident, accaparera tout le commerce 
de la côte orimtale d'Afrique. 

Suez n'a rien qui attire la curiosité du voya- 
,geur. Le bazar ressemble à ceui d'Alexandrie. 
Sur le chemin qui y conduit est une curieu&e 
jnaisoD habitée par un gcec. La mAisou où lo- 
gea Bonaparte appartient à Ciot-Bey. On peut 
visiter les mosquées ou voir comme but de 
promenade le cimetière arabe , le bassin ^s 
Messageries impériales, parcourir le canal 
d'eau douœ en bateau à vapeur allant de 
Suez à Port-Saïd, voir les travaux du canal 
(el haieg] jusqu'à Chalouf , à quatre lieues de 
Suez , faire une exclusion en six heures d'em- 
barcatioo, avec brise favorable, aux £oi^ines 
de Moïse sur la côte d'Arabie. 

Les Coptes qui habiteatla petite ville deTw, 
dans le golfe de Suez , exploitent Jta dévotion 
des pèlerins en leur vendant de l'eau -prove- 
v,ml de ces fontaines. 

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94 COCHINCHmE FRMÇAISE 

On va de Tor au mont Sinaï en deux jours, 
à dos de chameau , par une route détestable. 
Lea voyageurs reçoivent l'hospitalité au cou- 
vent grec du moQt Sinaï où 25 à 30 moines 
vivent dans le célihat et ne mangent pas de 
chair. Â un mille et demi de Tor il y a dans 
un bois de dattier une source limpide, saumà- 
tre et chaude à 35 degrés, où l'on peut se bai- 
gner. . 

Suez possède des bains publics à l'hôtsl 
d'Orient, une bibliothèque populaire dans l'é- 
tablissement des Messageries impériales, un 
café concert. 

Un hôpital français y est subveotionné par 
les ministères des affaires étrangères et de la . 
marine. 11 est desservi par un médecin fran- 
çais et des religieuses françaises du Bon-PaS' 
teur. En outre, ces religieuses tiennent une 
école de petites filles et les pères de Terre- 
Sainte une école de petits garçons. 

Notons encore la poste française ouverte de 
11 heures à 3 heures du soir. Le paquebot- 
poste part de Suez pourSaïgon,le26oule27, 
et arrive à Suez venant de Saïgon, le 28 de 
chaque mois. Le télégraphe correspond avec 
les villes principales de l'Egypte et avec l'Eu- 

iiri^-Googlc 



ET ROTAVHE DE CAMBODGE 95 

rope. De Suez au Caire une dépêche de 20 
mots coûte 5 francs 20 et de Suez à Âlexau- 
drie, 10 francs 40. De 5 heures du soir à 6 
heures du matin, la taxe est double. 

Suez est relié par Le télégraphe de L'isthme, 
à. Port-Saïd. Une dépêche adressée de Suez à 
l'une des 13 stations de l'isthme, coûte 2 
francs. 

IL est perçu 50 centimes en plus, ponr toute 
dépêche venant de l'extérteuf à destination de 
l'isthme. 

La population de Suez qui était en 1 864 de 
3,000 habitants, est aujourd'hui de 4 à 5,000 
Européens et de 20,000 indigènes. 

Cet accroissement rapide .est dû au canal 
d'eau douce et aui travaux de percement de 
l'isthme commencés en 1859, et dont l'impor- 
tance est telle que-deux villes ont été créées, 
l'une, Ismaïlia avec 5,000 habitants dans le 
désert, au milieu du papcours du canal, et 
Port-Saïd sur la côte de la Méditerranée. 

On sait que Le canal maritime a 155 kilo- 
mètres de longueur, et qu'il est rencontré à peu 
près en son milieu par Le canal d'eau douce 
qui va du Nil à Ismaïlia et d'Ismaïlia à Suez. 
La Longueur est de 135 liilomètres. Les eaux 



96 " COCHINCHINE FRANÇAISE 

de la Méditerranée remplissent les 60 premiers 
kilomèires du canal maritime de Port-Saïd à 
Ismaïlia. Des remorqueurs à vapeur fonetion- 
neut sur cette section et des loueurs à vapeur 
se meuvent sur le canal d'eau douce d'IsmaïHa 
à Suez. De cette façon a commencé le service 
du transit el des transports, dont la France a 
la première profité dès les premiers mois de 
1867. Avant deux ans, l'œuvre admirable de 
M. de Lesseps sera achevée, et cette grande 
voie commerciale sera ouverte à tous les peu- 
ples. 

Pour visiter les travaux il faut demander 
une autorisation au directeur général des tra- 
vaux à Ismailia. La bienveillance des fonc- 
tionnaires de la Compagnie est universellement 
connue. Il faut deux jours pour aller d'un 
bout à l'autre du canal. Pour visiter en détail, 
une semaine n'est pas trop. 

Comme beaucoup des navires de guerre ou 
de commerce français touchent maintenant à 
Port-Saïd, disons en passant que cette ville a 
10,000 habitants, une église catholique, une 
chapelle grecque, une mosquée, un hôpital, 
un télégraphe, un marché assez bien approvi- 
sionné, des hôtels, des cafés, des cercles, des 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 97 

bains publics , et d'importatites maisons de 
commerce. 

Revenons maintenant à l'autre extrémité du 
canal maritime, à Suez. La distance de la ville 
au mouillage des grands bâtiments est de 5 à 
6 milles. Les remorqueurs à vapeur servant 
de bateaux de passage mettent moins d'une 
heure pour franchir cette distance et demao- 
dent 2 fr. 50 c. par passager ou 10 piastres 
égyptiennes ou tarifées. 

Chaque jour à 9 heures du matin, un petit 
vapeur parcourt la rade et se rend à Suez, 
d'où il repart le soir à 3 heures. 

A 5 heures du soir il retourne à Suez et en 
revient à 9 heures du matin. 

Le consul français à Suez est M. Emerat. 

Si l'on a besoin de retourner de Suez à 
Alexandrie le train part à 8 heures 45 du 
malin. Quant à nous^ nous tournons le dos au 
chemin d'Europe et nous avons à parcourir 
sur mer 1 ,89) lieuea marines jusqu'à Saigon. 



cl :t Google 



COCHmCHlSB FRANÇAISE 



Itér Itoi^e. — Le Sioal. — Le mont Horab. — Hoât de Moïse. — 
IMJL — VMm. — Bak (TOsboc. — Bd-ïl-Hutdcb. ■— OeAn 
indien. — Rade d'Adeo. — Pagajfeors et pkmgeure. 



Nous appareillons de Suez le 3 décembre. 
La traversée de la mer Rouge, à cause de la 
grande chaleur, est très pénible depuis le mois 
de juio jnsqu'à la fin de septembre. Nous la 
passons à l'époque la plus favorable. Nous 
avons environ 1,308 milles à franchir pour 
arriver à Aden, et nous ne perdons pas de vue 
les côtes. Le golfe arabique a été appelé mer 
Erythrée, mer Rouge, en raison de la colora- 
tion de ses eaux, due à une algue particulière, 
le trichodeamium, à des zoophytes et à des 
récifs de corail rouge. 

La cbaine des monts qui bornent la côte 
d'Afrique s'interrompt et laisse à découvert la 
vallée par laquelle les Israélites arrivèrent au 
o.-lc 



ET ROYAUUE DE UHBOSGE 99 

bord de la mer au nombre de 200,900. La 
mer Rouge a 12 milles de large à l'endroit où 
ils passèrent, et qui, selon les Arabes, est entre 
le cap Zafaraiia et le cap Âboudera^. Moïse 
ayant étendu la main sur les eaux, le Seigneur 
les entr'ouvrit et les enfants de Jacob pas- 
sèrent à pied sec. Dans le sourd grondement 
de la mer et le brisement des lames, on croit 
entendre le fracas des chariots, le choc des 
cavaliers de Pharaon engloutis dans les flots, 
tandis que sur les bords opposés les Hébreux 
entonnent le cantique d'actions de grâces. 

Les Israélites arrivèrent à Mara, ou puits 
des eaux amères, au désert de Sur ; mais Moïse 
en adoucit l'amertume en y jetant un certain 
bois. Les puits qu'on voit aujourd'hui sur le 
rivag», contenant une eau saumàtre, ont reçu 
le nom de fontaines de Moïse. 

Sur la côte d'Asie, en Arabie pétrée (l'Hedjaz 
actuel), la double pointe du Sinaï se découpe 
sur un ciel bleu. I<es tentes des Hébreux étaient 
dressées vis-à-vis de la montagne où Dieu pro- 
mulgua sa loi. Vu de la mer, le Sinaï présente 
un flanc abrupte et rocheux. Ses arêtes sont 
vives et saillantes. Le sommet se partage en 
deux pointes laissant entr'elles un espce en 

DiMiicdByGoogle ' 



100 COCflraCHINE FRANÇAISE 

forme d'entonnoir, semblable au cratère d'un 
Yolcan, et d'où l'on voudrait voir s'élancer les 
jets de flamme et de fumée qui accompagnèrent 
la promulgation du décalogue. Le Sinaï est à 
9t4 mètres au-dessus du couvent grec. 

A côté du Sinaï se dresse le mont Horeb, 
ou mont de Moïse, dont la pente est hérissée 
de rochers. Moïse d'un coup de sa baguette en 
fit jaillir une source d'eau vive. 

Les blanches maisons de Moka et les flèches 
de ses minarets nous apparaissent sur la côte 
d'Arabie. 

Il en est du café de Moka comme de cer- 
tains crûs de vins rares. La consommation 
qu'on en fait dans le monde entier est de beau- 
coup supérieure à la production du pays. L'ex- 
cellent café que l'on boit sous le nom de Moka 
vient surtout de l'Yémen. 

Nous sommes par le travers de Périm dont 
le phare nous guide. C'est une île de quatre 
milles et demi de long, élevée de 70 mètres 
au-dessus de la mer, n'ayant pas d'eau douce 
et habitée par des soldats anglais. L'Angleterre 
prit cette île en 1798. 

Périm est en communication télégraphique 
avec Aden. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET W)y*IJJllE PE CAUBOpOB 1(M 

En fftce de Férim, à trois m,U}eft du cap 
B^hir, OD trouve la baie d'Ûsboc. "Ea ^863, 
le C^riet|^a! a pris poss^sion d'une concession 
qifi a été faite à la France sur ce point, p^r les 
Ghe& iudigèneB. Nous y ^vons i^i:) bon iii^ouil- 
l9ge et nous pouiîriopç cntretegir là un dépôt 
de ebturboD. 

Nous franchisions le détroit do Bab-el-Man- 
debf laportç des larmes, passage qui occasion- 
nait autrefois de fréquents naufrages. 

r^ous entrons dans rOeéan indien. La mer 
est calme et limpide ; une multitude -de petits 
poissons entourent le navire comme d'une cein- 
ture parsemée de {lailletles d'argent ; de gros 
oiseaux pécheurs planent sur les eaux et tov' 
d'ua coup s'abattent sur une proie-<ï8*ils em- 
portent dans leurs swpes. j^nis passons à côté 
de gros îlots de rocbtm.nousavons devant nous 
les pics rocailleux de la côte d'Asie. Ces ro- 
chers forment une chaîne sur les flancs de la- 
quelle nous voyons, dès notre mouillage en 
rade d'Aden, l'établissement de la Compagnie 
des Messageries impériales, de la Compagnie 
péninsulaire et orientale, et sur chaque som- 
met se dressent des forts et des canons an- 



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102 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Des barques montées par des Hindous font 
force de rames jusqu'au navire. Ces rames ou 
pagayes sont de longues perches terminées à 
chaque extrémité par une palette en hois, ôxé^ 
ronde ou en forme de lance. Des pirogues glis- 
sent près de nous. De petits nègres plongent 
sans crainte des requins pour saisir quelques 
pièces de monnaie qu'on jette pour eux à la 
mer. Ils les rattrapent toujours avant qu'elles 
ne soient au fond. Des indigènes pagayant sur 
trois petits troncs d'arbres liés ensemble vien- 
nent offrir des fruits. 

Notre relâche à Aden doit durer deux jours. 
Après avoir demandé l'autorisation de descen- 
ÛT«à terre, l'heure précise du départ du bâti- 
ment et Stlué les officiers du bord, nous nous 
rendons à terre pour visiter la ville. 



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ET ROTADHE DE CAMBODGE 



Aden. — Prit et mojens de transport, — HAlel du Prînce-de- Galles. 
— Les Parsis. — Chapeau ea saja. — Uonnaies. — Le port. — 
ApproràioimeineDts. — La ville. — La roule d'Adea. — ForiiAca- 
lloDs. — Citernes de Tawila. — Manque d'eau potable. — Femmce 
dangereuses. — Rues d'Adea. — Types indigènes. — Paquebots 
des Messageries impériales. — Curiosités. 



Nous venons de quitter Aden et je vais tous 
donner sur cette ville de l'Arabie heureuse 
quelques détails qui pourront d'autant plus 
vous intéresser que ce pays a beaucoup changé 
depuis une trentaine d'années, 

IjC prix des bateaux de passage, aller et ve- 
nir, avec séjour d'une demi-heure au plus, 
est : 

Pour 1 ou 3 passagers . > ., G anoas an. . . . i tt. * c. 

Pour nn 3< passager .... 3 aouas en plus . > 80 

Pour aller do bord à terre . i annas > 60 

Un bateau à l'heure i annas ' > 60 ' 

Pour plus de 8 heures ... 2 roupies 6 ' ml ^t. 



I 

404 COCUNCHUIB FBilXÇilSE ' 

Pour aller de Steamer-point à la ville arabe : 



Ano i annas ■ 

Tdlan à 1 pUcet 1 roupie i umu . 8 

— 14 plues t roupies 5 

— i 2 cbeTin. ... 3 Eonpies. .... 1 



Cbenl 1 IMI^ .... : 2 GO 

Po]ir aller et venir, avec séjour d'une demi- 
hwre au plw s 

CodHn 8 aimu. fi-. M c. 

Hnlct ti iiuM 8 * enflnm. 

Anes 6 innas 1 * M. 

ViHiare 1 S flatta S rou|»e9 4 mn». 6 ^ 

— il places 8 roupies T 50 

— à S cbenui. ... 4 routes 10 > 

ChupeiH 10 uuas .:...] GO 

Cheval 1 roupie 8 annas. 3 75 

Par heure : 



Vûtnee i S places 1 rou|âe 6 maa. 3 

— 14 places S routnes 5 annas. 5 

— 13 cbevanx. ... 8 roupies 6 aaoas. B 



. . 1 roupie ! anr 

far jour : 



Coolies. . 
HnUs . . 



:. Google 



ET ROYAUME DE CAHBOOGE 105 

Tiriture à 2 places i roupies 10 fr, ■ 

— à 4 places 5 roupies 13 60 

— à 2 chevaoï. ... 6 roupies 15 ■ 

Chameau 1 roupie 2 50 

Cheval 3 roupies 7 gO 

La nuit, moitié des prix ci-dessus en plus. 

Quoique les vojageurs forcent généralement 
ces prix et paient largement, les indigènes ne 
sont jamais satisfaits. En cas de contestations, 
i! faut bien se garder de frapper, mais en ré- 
férer aux policemen. 

Il n'y a à Aden que l'hôtel du Prince-de- 
Galles, tenu par le parais Covasdji dincbâo et 
situé à la pointe des steamere, à l'endroit oii 
l'on débarque. On n'y trouve que des cham- 
bres nues comme une prison, un lit sans 
oreiller ni couverture, et des consommations 
anglaises, dont les prix sont réglés par des ta- 
rifs. Il y a une salle de billard et des salles de 
baias. Le prix de ces mauvais logements est 
très cher. 

On vend chez les Parsis, voisins de l'hôtel, 
de médiocres curiosités de l'Inde et de la 
Chine, de la chapellerie, etc., etc. Ces Parsis 
sont surtout campradors, ou dobachees, ou 
pour parler un langage intelligible, fournis- 
seurs des navires. Cependant ils n'ont pu à 

iiri^-Googlc 



106 COCBIHCHUtE FE&NÇAISB 

notre paawgp pou s fournir de vin poUble, 
Partout dans l'Iode on rencontre des Par«8. La 
plupart de ceux que Ton trouve sur la route 
de Chine viennent de Bombay, où s'étaient 
réfugiés les Perses, leurs ancêtres, lorsque les 
califes voulurent les forcer, il y a douze cents 
ans, à embrasser le mahométisme. Leur refus 
leur valut le nom de Guèbres ou ioMèles : ils 
adorent le soleil et le feu, qu'ils n'éteignent 
iamais, même si leur maison brûle, lis ne se 
servent pas d'armes à feu. On dit qu'ils se ma- 
rient entre eux et même entre frère et sœur. Ils 
laissent leurs cadavres se dessécher à l'air sous 
l'ardeur du soleil. On les dil riches et honnêtes, 
alliance fort rare de deux grands biens. Ils 
portent une grande robe blanche, serrée à la 
taille, un bonnet en carton et toile cirée, sem- 
Uable à une mitre, et des souliers relevés en 
poiate. Leur robe de dessous est nouée par un 
cordon regardé comme sacré. Us ont la ûgure 
ronde, très brune, des épaules carrées. Ils sont 
tous gros et gras, La religion de ces disciples 
de Zoroastre, à ce qu'il pardt, leur fait un 
devoir de se bien nourrir, prétendant, contrai- 
rement à l'Evangile, que si la chqir est faible 
l'esprit le devient encore davantage. De mêmç 

DiMiicdByGoogle 



ET ROT&UKE DE CAMBODGE !07 

tlâ penseat que pour être heureux dans l'autre 
ttiionâe, il faut avoir dans celui-ci une femme 
et ub fils, croyance que l'on voudrait voir pro- 
pager ètt France. 

L'année 1867 correspond à Tan 1236-37 de 
l'ère des Parsis. 

Nous laissons à ces bons Parais leurs opi- 
nions et leur mitre et nous faisons emplette 
d'un chapeau en tige de saja, ce qui ressemble 
assez à de la moelle de sureau. Ce chapeau, 
qui a la forme d'une pagode à étages, ornée 
d'un ruban ou d'un voile, des rebords dignes 
d'un fervent quaker, l'épaisseur d'un doigt, la 
légèreté du papier, doit nous garantir des ar- 
deiirs du soleil. Il y en a eo forme de casque 
de pompier, d'autres semblables au dôme du 
Panthéon, avec des ouvertures ménagées pour 
laisser circuler l'air à l'intérieur. Ce sont des 
coiffures qui sont certainement peu gracieuses, 
mais bien précieuses. 

Ainsi équipés, nous avons à choisir pour 
nous rendre en ville, un àne , un cheval, un 
chameau ou une voiture. Les voitures sont 
peu nombreuses. 

Les monnaies d'Aden sont !a piastre = 5 fr. 
60; le shilling = i fr. 25; la roupie = 16 



108 COCHINCHINE FRANÇAISE 

annas = 2 fr. 50; Vanna = fr. 15 c. = 12 
pies, 4 pies= fr. 05 c.; double anna = fr. 
30 c. Si l'on a quelque difficulté avec tes ia- 
digèses, il faut éviter de les frapper. 11 suffit 
de s'adresser à la police iodigèue ou plutôt 
aux policemen anglais; ces dignes défenseurs 
de l'ordre public ont la respectability de notre 
bon gendarme, et j'en veux à Cooper de les 
avoir, malgré leur taille, appelés « les myr- 
midons de la loi. » L'agent consulaire français 
à Aden est M. de Créty, directeur de l'agence 
des messageries impériales. Le résident anglais 
est le lieutenant-colonel Merewether. Le bureau 
de la poste est sur la plage. 

Âden n'est pas un port de commerce. Les 
navires n'y trouvent comme ravitaillement que 
ce qui vient de l'intérieur, et comme approvi- 
sionnement d'eau que celle fournie par les ap- 
pareils distillatoires. Les habitants emprison- 
nés dans un rayon fort restreint, sont à la 
merci des navires qui apportent des provisions 
d'Europe et à la merci des indigènes qui amè- 
nent de l'intérieur le bétail et les vivres frais. 
]1 est en effet très dangereux de s'avancer 
dans le pays, et l'on risque même aux envi- 
rons de la ville d'être enlevé par des tribus 

^izcjî.Googlc 



ET ROYAUUE DE CAMBODGE 109 

nomades ou par les indigènes eux-niètnes. 
Aussi recommande- t-oD toujours d'être armé 
pour se promener à terre de jour ou de nuit. 
La ville est à 6 kilomètres du point d'atterris- 
sement. Elle n'a d'importance que par sa po- 
sition qui commande l'entrée de la mer Rouge. 
Depuis que les Anglais, en 1839, sont venus 
casser les pierres d'Aden pour en faire un avants 
poste sur la route de l'Inde , la population a 
au<;menté et elle atteint maintenant le chifTre 
de 30,000 habitants. On n'y parle qu'anglais. 
Le percement dn canal de Suez et le passage 
de nombreux paquebots et transports donnent 
à Aden une vie nouvelle et un rapide dévelop- 
pement. Une belle route conduit à la ville. On 
passe devant une caserne de cipayes, construite 
entre la mer et une chaîne de montagnes ro- 
cheuses. Bientôt la route se bifurque et fait un 
détour vers l'Océan jusqu'à un tunnel percé 
dans le roc qui se rend au rivage , à un en- 
droit oii se trouvent des réservoirs d'eau pour 
les dromadaires et les bêtes de somme. On 
remarque en passant un campement arabe , 
un port pour les barques de pou de tonnaf^c, 
de nouvelles constructions marchandes, et l'on 
rencontre les costumes les plus variés et les 

7 

DiMiicdByGoOglc 



110 COCmWCHINE FRANÇAISE 

plu3 pittoresques. A droite la route contioue 
en suivant la pente ascendante du rocher 
aplani. Rien n'est majestueux comme le spec- 
tacle dont on jouit lorsqu'on est au pied de la 
montée : à gauche , l'Océan ; à droite et en 
face, des rochers abruptes. Des forts hérissés 
de canons en couronoeot le sommet, dont l'ac- 
cès est défendu contre les tartares occidentaux 
par de longues murailles courant dans les si- 
Duosités du roc ; tandis qu'une porte fortifiée 
et un bastion muni de canons et de soldats 
coupe la route obliquement. ■ 

En franchissant cette porte , gardée par des 
cîpayes en habit rouge, vous voua trouvez 
dans une tranchée creusée dans la pierre vive 
et resserrée entre deux immenses falaises ro- 
cheuses, formidables Thermopyles britanni- 
ques. Une arche relie entr'elles ces deux mu- 
railles à une grande hauteur. Cette gorge, qui 
va en serpentant selon les accidents du sol, 
offre dès l'entrée un aspect pittoresque et gran- 
diose. Le soir surtout , lorsque la lune jette 
sa lumière blafarde sur les flancs des rochers, 
les parties saillantes se détachent sur un fond 
noir, tandis que les moindres cavités ressem- 
blent à de Ëomhres cavernes. Une grande fraî- 

^izcjî.Googlc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 111 

cbeur vous saisit. Il règne en ces lieux un si-' 
le&ce qui n'est troublé que par les sourds gron- 
dements de la mer et tes pas maures de 
la sentinelle que l'écho répète en les prolon- 
geant. 

En Eortant de ce col étroit , Aden nous ap- 
parat avee ses blanches maisons et ses cases 
en feuilles de palmier desséchées. Que l'on s'i- 
magine une chaîne circulaire de montagnes 
noirâtres dominant et entourant de leurs arêtes 
immenses, comme d'une couronne dentelée,une 
vaste plaine semblable au cratère d'un volcan 
dont la lame et la cendre se seraient refroi- 
dies, affaissées, solidifiées et nivelées : 

Ci-gît Aden, nature morte, vie factice, sen- 
tinelle isolée, station politique, caravansérail 
maritime. 

A califourchon sur un âne vigoureux, qu'un 
jeune says indien aiguillonne de sa sagaye , je 
me rends directement aux citernes (tawila- 
tanks). Aden est privé d'eau de source ou de 
rivière. II est arrivé que pendant quatre ans il 
n'avait plu que deux fois. Les Anglais, qui 
songent avant tout aux premières nécessités 
de la vie et à une installation confortable ont 
tenté d'obvier à ce grand inconvénient en cons- 

lzc.J;.G00glc 



1i2 COCHINGHINE FRANÇAISE 

truisant les citernes, et su])pléer ainsi à la dis- 
tillation de l'eau de mer qui s'opère au moyen 
de machines à vapeur installées sur le ri- 
vage. 

La surveillance anglaise ne permet pas que 
l'on prenne des dessins ou qu'on lève des plana 
des fortifications ou des citernes sur les lieux 



Aucune description ne fera comprendre en- 
tièrement ce qu'il y a de magnifique dans cette 
œuvre oiî les sublimes beautés de la natuie 
s'allient aux efforts persévérants de l'art et de 
la puissance des hommes. Je vais cependant 
en essayer l'esquisse. 

On rencontre d'abord une ancienne citerne 
creusée par les Maures et qui vient d'être com- 
blée par les Anglais. Le mur qui en entourait 
l'orifice a été abattu. Quelques pas plus loin 
on arrive à une terrasse garnie dans sa lar- 
geur d'une grille de fer. De là le regard plonge 
dans un immense bassin à fond plat. Les pa- 
rois ont conservé les larges inégalités de la 
roche et sont entièrement revêtues d'une épaisse 
couche de ciment blanc, poli et brillant comme 
du stuc. De chaque côté ce sont des allées 
bordées de plante^ dufïay^, des jardins^ des 



ET ROTAUVE DE CAMBODGE il3 

fleurs , qui ne viveot qu'à force de soins , et 
qu'il îsLut visiter à pied. Une caverne où les 
travailleurs indigènes se reposent est praliquée 
dans le rocher à l'entrée d'une allée qui se 
proloDge en laissant dans l'intervalle de pro- 
fondes cavités et des puits de diverses gran- 
deurs. l>es escaliers de granit nous conduisent 
ensuite jusqu'à uu pont qui débouche sur une 
seconde terrasse où quelques arbres abritent 
de leur verdure l'oriGce d'un puits. Des In- 
diens en remontent l'eau dans des outres. Un 
nouvel escalier nous mène à un nouveau pont, 
après lequel viennent encore des degrés jusqu'à 
la hauteur de la dernière plate-forme, donnant 
sur le dernier bassin ; c'est là principalement 
que les eaux descendent. La citerne du fond 
peut contenir 4,645,273 gallons anglais = 
21,089,600 litres. Ces bassins remplis suffi- 
raient à l'approvisionnement d'Aden pendant 
deux ans. 

L'ensemble de ces réservoirs est encaissé 
dans une immense cavité en forme de fer à 
cheval , formée par les rochers qui s'élèvent 
encore à une grande hauteur au-dessus du 
plateau du dentier réservoir. De ce dernier 
point, en Be plaçant au centre du fer à cheval, 

^izcjî.Googlc 



114 COCHINGHINE FRANÇAISE 

le Spectacle est magailîque. Le fond de la scène 
est rempli par les teintes bleues du ciel et de 
la mer qui se coofondcut dans le loiDtain, tan* 
dis que plus près les feux du soleil se re0ètent 
sur les flots écumaats. La masse noire de ro- 
chers escarpés qui séparent la ville de la mer 
se découpe sur cet océao d'or et d'azur. Les 
lignes blanches des maisons semblent, pour 
faire contraste, venir se ranger au pied des 
montagnes. Les cases en paillotes s'élèvent en 
amphithéâtre. Ces ouvrages nous offrent des 
accidents pittoresques, des ponts jetés d'un ro- 
cher à l'autre , des roches immenses déchirées 
depuis leur sommet jusqu'au fond des réser- 
voirs, des crevasses profondes d'où l'eau des 
pluies descend par cascades ou par torrents, 
s'engouffre dans les anfractuosités de la pierre 
et rejaillit en bouillonnant jusque dans le bas- 
sin le plus élevé. De là elle se rend par des ca- 
naux dans un second bassin en remplissant les 
puits sur son passage, les petits bassins laté- 
raux et enfin le grand réservoir. 

Nous revenions de visiter les citernes de Ta- 
wila. Nous laissions nos montures, la bride 
sur le cou, nous ramener tranquillement à la 
ville à travers des rangées de cases en paiUe, 

DKlzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE H5 

lorsque nous voilà entourés d'une avalanche 
de femmes de toutes les couleurs et de tous les 
types qui nous invitent en anglais à venir 
prendre le café daos leur case. Les unes por- 
tent sur la tète un voile qui vient se renfermer 
dans un étroit corsage, une jupe complète leur 
costume ; d'autres sont vêtues de longues robes 
d'une seule pièce, d'autres s'enveloppent et se 
drapent dans une grande étoffe blanche. Leurs 
cheveux sont partagés en plusieurs petites 
tresses parfumées. Leurs jambes et leurs bras 
nus sont ornés de gros anneaui d'or et d'ar- 
gent. Quelques-unes ont le visage tatoué, d'au- 
tres ont des anneaux dans chaque narine et de 
plus grands encore aux oreilles. Le corset est 
chose inconnue, aussi les hanches sont-elles 
très développées. 

Le paradis de Mahomet est peuplé de femmes 
au teint jaune, ou vert, ou rouge, et leur corps 
est un composé de safran, de musc, d'ambre 
et d'encens, pour la plus grande satisfaction 
des vrais croyants. Tel est l'effet que produi- 
sent les figures bronzées, cuivrées, noires ou 
d'un blanc mat de ces beautés vénales, effet 
peu séduisant pour un Européen, et si l'on 
songe au dicton qui s'y frotte s'y pique, ni la 

C«Mzc.J;.G00glc 



116 COCmUCHINE FRANÇAISE 

curiosité, ni la soif de Moka, ni la complicité 
des ânieps et de leurs ânes ne serviront de pré- 
tette pour s'arrêter dans les demeures impures 
de ces étranges bayadères. L'odeur d'aloès et 
d'encens nous suffoquait, nous avions Satisfait 
notre curiosité. 

Nous rentrons enfin dans la ville que nous 
parcourons lentement. Les rues sont bien ali- 
gnées, les maisons ont généralement un étage ; 
les fenêtres sont en saillie sur la rue. Sur le 
devant des maisons se trouve fréquemment une 
galerie sous laquelle les habitants passent la 
nuit, étendus sur des nattes. Les indigènes d'Â- 
den sont grands, bien faits, noirs comme l'ébène. 
Ils restent nus, exposés au soleil. Beaucoup 
d'entre eux ont les cheveux divisés en petites 
mèches frisées et ondulées. Ils regardent les 
cheveux roux comme une beauté, et l'on en 
voit qui, pour obtenir ce joli résultat, se met- 
tent sur la tête une calotte de chaux. 

Ils opt la peau douce, Gne et luisante sans 
être huileuse ; on croirait voir un bronze d'Al- 
bert Durer. Leurs dents sont belles et bien en- 
tretenues. Ils sont sectateurs de Brahma. 

De jeunes bateliers indiens dorment sur le 
sable du rivage. Au premier appel, je les vis 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 117 

aussitôt se dresser, regarder et en un bood 
tous ces diablotins éUtienl debout; ils nouèrent 
en turban leur unique couverture, et, rivali- 
sant entre eux, se jetèrent à l'eau pour atteins 
dre leur barque amarrée à mer basse, loin du 
rivage. Quelle vigueur de race de pouvoir pas- 
ser ainsi sans transition du sommeil au saisis- 
sement physique d'un bain froid ! 

Les passagers pour la Réunion et Maurice, 
partis le 9 de Marseille sur un paquebot des 
Messageries impériales, s'arrêtent à Âden, puis 
font route' pour Mahé des Seychelles, pour La 
Réunion et enfin arrivent à Maurice vers le 6 
du mois suivant. ■ 

Le Parsts fournisseur nous a approvisionné 
de moutons venus du Turkestan ou de l'Âfga- 
nistan, et qui ont à l'origine de la queue un 
large appendice graisseux. Des cannes, des 
plumes d'autruche, des paniers somalîs, sont 
à peu près les seuls objets de curiosité à ache- 
ter à Aden. 



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COCHINGIimE FRANÇAISE 



- Inslatlition do bord. — Un 
lais, — Le soir à bord. 



En quittant Aden le 1 5 décembre, nous som- 
mes passés au pied de Socotora, grande île do 
vingl-qiiatre lieues de long, qui était il y a deux 
- mille ans une des grandes stations commer- 
ciales entre l'Arabie et les Indes. Elleasoixante- 
ODze milles anglais de long et vingt-deui milles 
de large. Les indigènes sont hospitaliers. On 
trouve dans ces parages des moutons, bœufs, ' 
dattes, bananes, oranges, pastèques, rai- 
sins, etc. 

La côte est escarpée, des nuages floconneux 
flottent sur le sommet des pics de granit. Des 
poissons ailés voltigent autour du navire. 

l£ 30, nous sommes par le 8^ degré de la- 
titude Nord et le 52* de longitude Est, de sorte 



03IC 



ET ROY&CHE DE CAHBODGE 119 

qne lorsqu'il fait nuit pour nous, le soleil chez 
TOUS D'est paa encore couché. 

Un brillant météore vient de sillonner le ciel 
«n jetant sur son passage une vive lumière. 

Déjà t& traversée me paraît longue. En quit- 
tant chaque relâche, je ressens un malaise, an 
léger mal de mer qui se dissipe après un re- 
pas ou un peu de sommeil à bord. 

Les passagers des bâtiments de l'État sont 
logés suivant leur grade, ou le grade auquel 
ils sont assimilés. Les uns sont seuls dans leur 
cabines, d'autres ont une chambre à plusieurs 
couchettes, d'autres enfin sont réunis dans un 
poste en toile, installé pour le voyage. 

A bord des paquebots des Messageries, le 
linge de toilette et les draps sont fournis, mais 
'Bor les transports de l'État, il est souvent ioh 
passible d'en donner à tous, à cause du grand 
ttombrc de passagers. Il est donc bon d'en em- 
porter pour une si longue traversée. 

-Je passe souvent une partie de la nuit sur 
le pont, pour fuir la chaleur étouf&nte de là 
batterie on du faux-pont. Je me roule dans 
une grande couverture et m'étends dans un 
coin en m'enveloppant la tête d'un foulard 
pour me préserver des escarbilles et de la lu- 

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120 COCHINCHINE FRANÇAISE 

mière de la lune qui est dangereuse pour les 
yeux. Vers !e milieu de la nuit, la rosée étant 
très abondante et la fraicbeur se faisant sentir, 
il est prudent de descendre dans sa cabine, à 
moins que le bâtiment n'ait des tauds ou lentes 
qui garantissent le pont des ardeurs du soleil 
et de l'humidité de fa nuit. 

Dans une couchette l'effet du roulis ou du 
tangage se fait sentir très péniblement. Si l'on 
est logé à l'arrière du bâtiment, la rotation de 
l'hélice imprime au corps et surtout à la tête 
de fortes secousses qui deviennent insupporta- 
bles lorsque par une mer houleuse les bran- 
ches de l'hélice se trouvent momentanément 
hors de l'eau , la vitesse de rotation s'accélé- 
rant subitement. Le hamac ne peut convenir 
qu'aux jeunes gens. U faut être assez leste pour 
se hisser à la force des poignets et s'y glisser 
malgré le balancement continuel du navire et 
de ce Ut suspendu. 

Le hamac est muni d'un petit matelas. Pour 
le maintenir développé dans toute sa largeur, 
on se procure deux bâtonnets d'environ 0° 50 
centimètres de long, un peu recourbés en forme 
d'arc , dont on échancre les deux extrémités , 
et ou interpose ces bâtonneta à la tête et au 

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ET nOTÀUHE DE CAHBODGG 131 

pied du hamac entre les araignées oa cordes 



Le mode de couchage préférable est le ca- 
dre dont le fond plat et fixe est bordé de toile 
à Toile. 11 n'y a donc pas à craindre d'être 
jeté en bas par le roulis. Il est suspendu et 
oscille sans secousses et sans que le mouve- 
ment de l'hélice se répercute sur la tète comme 
autwt de coups de marteau. On y est moins 
exposé que dans la couchette à être tourmenté 
par les cancrelats ou ravets. 

Le cancrelat ou blatte est un orthoptère aux 
larges ailes, brunes, luisantes, aux longues 
pattes, ayant une odeur particulière qui in- 
fecte les navires. Le contact de ces insectes est 
répugnant, lia percent les effets de trous cir- 
culaires et s'attaquent même aux extrémités 
des doigts et des oreilles. Ils sont surtout gê- 
nants le Boir. lis voltigent autour de la lumière 
qu'ils éteignent quelquefois , et le bourdonne- 
ment de leur vol très lourd peut empêcher de 
dormir. Ils courent avec rapidité, et il est pré- 
férable de ne pas les écraser à cause de l'odeur 
désagréable qu'ils répandent autour d'eux. 

Le pliant est un siège commode qu'on trans- 
porte facilement et qu'on déplace à volonté, 

[,Mzc.J;.G00glc 



i2â COCHINCHIME FRANÇAISE 

soit poar se mettre à l'ombre, soit pour ne pas 
gêner dans une manœuvre. La veillée sur le 
pont a souTent bien des charmes. Loreque le 
temps est calme, que la lune brille dans son 
éclat, qu'on est réuni par groupes, assis où 
l'on peut et comme l'on peut, on se suspend 
volontiers aux lèvres de quelque conteur à l'i- 
magination vive; on aime à écouter les Oiet* 
veilleux récits de voyages lointains , de récen- 
tes campagnes , des descriptions humouristi- 
ques des pays les plus divers. Ou passe quel- 
quefois sans transition du domaine du Père la 
ligne aux huttes des Esquimaux, et des palais 
romains dans tes forêts du nouveau monde. Le 
plus souvent les hommes sérieux, posés, font 
gravement leur partie de whist ou d'échctïS au 
carré On entreprend des parties de besigue 
interminables, des rams innocents, ou de si- 
lencieuses réussites qui réussissent à passer te 
temps. Dans une joyeuse réunion sur le pont, 
on se livre aux petits jeux; dans uue autre, on 
exhume tout un répertoire d'airs variés depuis 
ta chanson jusqu'aux chœurs d*opéra , et l'au- 
ditoire indulgent ne marchande pas ses applau- 
dissemeuts. 
De même qu'il y a diverses catégories de 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 123 

logements, de même il y a à bord différentes 
tables. Les officiers supérieurs preoDerit place 
à la table du commandant, les autres officiera 
ont le couvert au carré des officiers ou au poste 
des élèves. H est alloué par l'État à chacune 
de ces tables par personne ou par jour pour 
la première catégorie, 6 francs, la seconde, 
3 fr. 75, et la troisième, 1 fr. 50. Les repas 
ont lieu le matin à neuf heures, le soir, à qua- 
tre heures avant le branlebas. On vient ensuite 
prendre l'air sur le pont, on fume un cigare, 
on cause, on se promène , on admire un soleil 
couchant , on cherche dans un ciel étoile la 
croix du sud et les plus belles constellaliouB. 
, Nous eûmes aujourd'hui le magnifique spec- 
tacle d'un arc-en-ciel, mais la pluie vint en- 
suite, ce qui rend la vie plus monotone et plus 
fatigante à bord. 



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m COCHinCHIIlE FUHfUSE 



Poiale-de-GiUa (Cejilui). — P^ajcan in^ènes et mardunids de 
curknità, — Le port. — Lt ville ugltise. — HAIds et dépenses, 
— BlUKUssenn. — Lugiges. — Le eimetièra. — Ville noire. — 
Butn. — HooDaln. — Tâ^nphe. — Buua. — Jardin dts ean- 
nellei. — Temple boudhiqne. — Boudbisme. — Pic d'Adam. — 
Ctupelle ulbolique. — Eicarsiaa i Colombo. — Paqu^U-posle. 



Le 27 septembre nous avions parcouru à 
peu près les 2t35 railles qui séparent Adeo de 
Pointe-de-Galle (Ceylan) ; nous étions eu vue 
du pic d'Adam et bientôt au mouillage. 

Après avoir franchi le désert, la mer Rouge, 
dont les côtes sont arides, Aden et ses rochers 
noircis par le feu , quelle sensation do plaisir 
on éprouve en voyant de loin, sur des hau- 
teurs verdoyantes, le blanc pilier d'Edouard, et 
en approchant de terre, des bouquets d'arbus- 
tes , des bois de palmiers élancés ! Une foule 
de pirogues si étroites , qu'il faut un balancier 
pour les soutenir sur i'eau , s'approchât du 



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ET ROYAUME DE CAHBObGE i25 

navire avec des provisions fraîches. Des indi- 
gènes au teint noir, barbus, michanl le bétel, 
portant les cheveux longs, noués en chignon 
et maintenus par un peigne d'écaillé, viennent 
offrir des pierres, soi-disant précieuses, des 
opales d'une belle eau et à vil prix, des yeux 
de chat, des imitations de diamants, des co- 
quillages, des dents d'éléphants, des objets en 
ivoire, en écaille, en ébène. des curiosités de 
l'Inde, des scies d'espadon, mais surtout des 
bijoux faux dont ils demandent des prix si 
e\horbitants, avec une telle impudeur, qu'on 
est tout surpris de les voir donner pour 2 francs 
des objets dont ils ont demandé 100 ou 150 
francs. Il faut entendre par livre (sterling) des 
francs et rien autre chose. Il vaut mieux, pour 
les achats, s'adresser chez les marchands de 
la ville, dont les magasins sont nombreux, bien 
assortis et plus dignes de confiance. 

Le port de Galle n'est sûr que pendant qua- 
tre mois de l'année. Un bateau nous conduit 
à terre pour 50 centimes. Nous passons sans 
encombre entre les rochers du port, et nous 
débarquons à Pointe-de- Galle (et non Galles), 
dans l'île de Ceylan, la Taprobane des anciens, 
l'île de Lanka des livrés indiens, l'île Shin- 

Coogic 



126 COCUINCHITjE FRANÇAISE 

ghala des indigènes, d'où l'on a fait Ceyian, 
Geylanaia, ShinghalaiB, Sinlandais. 

Nous entrons par une vieille porte en pierre 
dans la ville anglaise. On y remarque la pro- 
preté proverbiale des Hollandais. Une odeur 
de musc et d'huile de coco est répandue dans 
l'air. Nous remontons une superbe avenue de 
vieux arbres au feuillage touffu, et nous allons 
nous installer à l'hôtel Oriental. Le terrain, 
l'ameublement et les dépendances , ont coulé à 
la Compagnie 20,000 livres sterling=500,000 
francs. Il faut compter pour l'hôtel de 20 à 
25 francs par jour. Loret's hôtel, l'hôtel Eglin- 
lon, l'hôtel de la vue de la mer (Sea-View) 
s'offrent au choix du voyageur. 

La liste en langue anglaise des breuvages 
fournis par l'hôtel Sea-View à ses consomma- 
teurs est des plus originales : on peut se passer 
la fantaisie d'un verre d'ouvre-l'œil, — d'un 
verre de mort-de-Jacob, — ou d'embrassez-moi 
vite, ou d'éclairs et tonnerre, etc., etc., etc.^ et 
d'autres liquides intraduisibles. Bans ces hô- 
tels, la table, sans le vin, coûte 2 piastres 50 
par jour. Le vin de Bordeaux (Claret) se paie 
5 shillings la bouteille. On peut prendre des 
bains dans ces divers hôtels. A Pointe-de-Oalle 

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ET ROYAUHE DE CAMBODGE 127 

comme à Âdea et à Singapore , les lits sont 
sans couverture, et il est bon d'en emporter 
une si l'on veut coucher à la ville. 

Comme à Alexandrie et à Suez, un blan- 
chisseur vient chercher le linge des passagers; 
mais ici il est néceâsaire de lui bien fixer le 
jour et l'heure où il doit le rapporter, car on 
est souvent expoaé à partir sans èlre rentré en 
possession de ces objets. Les pièces à blanchir 
se paient une roupie la douzaine. 

On trouve à Pointe-de-Galle de la glace en 
tout temps, elle y est à bon marché et vient 
de Boston, Les fruits des tropiques, ananas, 
papayes, cocos, oranges, bananes y abondent. 

On parle anglais partout et aussi le hollan- 
dais et le portugais. Les vieux hôtels et les 
vieilles maisons hollandaises ont de frais por- 
tiques entre cour et jardin. Dans les apparte- 
ments, un serviteur indigène agite le panka, 
cadre léger, recouvert de mousseline blanche, 
et qui, en l'absence de la brise, rafraîchit l'air. 
Les quelques Portugais qui restent dans le pays , 
ne manquent pas de porter du drap, on cha- 
peau haut de forme , et c'est dans cet équipe- 
ment que j'en vis plusieurs veoir me demander 
l'aumône. 

DiMiicdByGoogle 



'128 GbCHINCRINE FRANÇAISE 

Sur le quai se trouve un cimetière sur la 
porte du({uel est peinte une tête de mort avee 
cette inscription : Mémento mon. 

De 1505 à 1658 Ceylan a appartenu aux 
Portugais; de 1658 à 1796 aux Hollandais. 
En 1796 les Anglais se sont emparés des éta- 
blissements hollandais, et en 1815, de toute 
l'île qu'ils ont conservée depuis le traité d'A- 
miens. Le gouverneur de Ceylan est nommé 
par la reine. 

L'agent consulaire français est M. Reid. 

Nous faisons le tour de la ville en suivant 
les fortifications anglaises. Nous rencontrons 
dans nos promenades de vertes pelouses , des 
chemins bordés de bananiers, un raisseau cou- 
lant à travers un bois de palmiers , à l'ombre 
desquels s'élèvent'de chétives cabanes habitées 
par les indigènes. Nous visitons la ville noire 
ou Pettah — le marché qui est plus fréquenté 
l'après-midi que le matin — et le bazar. Il 
y a de superbes poissons à scie , des peaui de 
tigres, delà poudre anglaise bon marché, des 
parasols indiens, etc. Les monnaies sont les 
mêmes qu'à Aden : piastres espagnoles, rou- - 
pies, etc., ou aident anglais. 

Pointe-de-Galle a son journal c VObsetrer. f 

cvizcjî.Googlc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 139 

La ville est reliée par le télégraphe avec les 
Iodes jusqu'à RaagooD et avec l'Europe. Uae 
dépêche de Pointe -de -Galle à Paris coûte 
131 fr. 75 c. parla voie turque et 1 1 1 fr. 50 c. 
par la voie russe. 

Les requins, comme à Aden, sont fort à 
craindre. Il est dangereux de se baigner en 
pleine mer ; mais au fond de la rade, on trouve 
une plage de sable peu profonde , hors de la 
portée de ces dangereux, voisius. 

Geylaa est le pays de la cannelle. On en fait 
deux récoltes par an; l'une d'avril en juillet, 
l'autre de novembre en janvier. On en exporte 
pour 20 millions par an. A 5 milles de la ville, 
est un jardin qu'on appelle le jardin des can- 
nelles. On s'y fait conduire en voiture à qua- 
tre places pour 3 roupies , plus 1 shilling 6 
pence à payer pour le péage d'un pont. Arrivé 
-au jardin, on a encore à payer 6 pence (60 cen- 
times) d'admission par personne, et l'on cher- 
che en vain la forêt de caoneliers. On n'en aper- 
çoit que quelques pieds dans un enclos peu 
attrayant. Le seul intérêt de cette excursion est 
de suivre l'admirable route de Colombo. On y 
voit de curieux villages , de belles plantations 
depalmiws et des arbres que possède aussi U^ 



130 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Cochinchiae. 4 côté du jacquier, on trouvera 
l'arbre à pain. M"" Ida PfeiJTer confond ces 
deux arbres, qui sont bien différents, quoique 
les fruits aient à peu près le même aspect. Sur 
cette route on rencontre des meules à huile, 
des attelages du pays, de beaux types indigè- 
nes, des femmes aux grands yeux noira, la 
poitrine couverte d'une petite camisole blan- 
che, courte et flottante. 

En revenant du jardin , on se fait conduire 
au temple boudhique de Dadalla Penzella. On 
trouve là les temples, les autels, les statues, 
les peintures à fresque, les bonzes, les livres 
que Ton verra plus tard au Cambodge et qui 
existent aussi à Angcor et au Siam. De retour 
à l'hôtel , un charmeur de serpents ût devant 
nous des tours surprenants. 

La plupart des Cingalais sont boudhistes et 
non brahmanistes comme dans l'Inde. C'est- 
à-dire qu'ils n'admettent pas, comme les In- 
diens, un être suprême, infini. Pour le bou- 
dbiste cingalais, la perfection consiste dans 
l'état d'isolement absolu , et non dans l'ab- 
sorption en l'être supérieur. Quoiqu'ils em- 
ploient, sous beaucoup de rapports, les mêmes 
moyens pour arriver à la perfection, on voit 

^izcjî.Googlc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 131 

que le but Bnal de ces systèmes est différent. 

Les Gingalais conservent à Kaudy une dent 
de Boudha; d'autres disent que c'est la dent 
d'uD sÏQge fameux qu'ils ont diviaisé sous le 
nom d'Hanuman. Ce singe-dieu avait pourtant 
incendié leur poura Lanka, capitale de Ceyian, 
en se faisant attacher des matières enflammées 
à la queue et en couraut ainsi par la ville. 

Quant à l'empreinte d'un pied d'homme que 
l'on voit sur le pic d'Adam , les mahométans 
disent que c'est le pied d'Adam , les Indous, 
te pied de Stva, et les boudhistes, le pied de 
Boudha. Au moment oiî ce dernier se trans- 
porta de Ceylan au Siam , et do là au Cam- 
bodge , en passant d'une montagne à l'au- 
tre, son pied laissa à chaque enjambée sa trace- 
sur la pierre. Ceylan est la Rome des houdhls- 
tes; c'est là que l'on conserve les livres sa- 
crés, c'est de là que sont partis les bonzes qui 
portèrent le boudhisme au Pégou, en Birma- 
nie, au Siam, au Cambodge. 

Il y a à Ceylaa quelques mahométans. 

Dès ibki, saint François Xavier y prêcha 
l'Ëvangile, et l'antique souche de catholiques, 
descendant des Portugais et des Hollandais, se 
perpétue dans le pays. 

D,clzc.J;.G00glc 



132 COGUlNGIimE FRANÇAISE 

La blanche façade de la chapelle catholique 
portugaise, so dessioe sur la pente fleurie d'une 
colline et se trouve eiitourée d'arbres au riche 
feuillage. On la découvre de loin en raer. Le 
cUoiat de Ceylan est sain , la chaleur est sup- 
portable. Le poisson, le gibier, les fruits, les 
fleurs abondent. C'est un véritable paradis ter- 
restre. 

Si l'on reste plusieurs jours à Pointe-de- 
Galle, il est facile de faire une excursion à Co- 
lombo, la capitale de l'île, qui en est distante 
de t16 kilomètres. Un omnibus s'y rend trois 
fois par semaine et coûte 12 shillings. Il met 
12 heures en route. La malle-poste part tous 
les jours et coûte 2 livres sterlings et demie 
(75 francs). 

On trouve sur le chemin des caravansérails, 
oii l'on déjeune et dîne pour 1 piastre, et où 
le véritable cary indien est le mets de rigueur. 

L'agent consulaire français à Pointe-de- 
Galle est M. Aubert. 

A Pointe -de -Galle est l'embranchement: 
1" pour Calcutta, Madras, Pondichéry, par pa- 
quebots français et anglais; 2" pour Maurice, 
par paquebots anglais. 



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ET ROfAUHE DE CAHBODCE 



XVII 



Golfe du Bengale. ~ Gros temps. — I]«s Ntcotur. — - PoDlo-RiMDf, 
— Lieu de coDTïltaceace. — Le chef-lieu. — Poulo-llcwi. — 
InsliUilions diverses. — Curiosil^. — Détroit de UaUcu. 



Noua avons eu, comme vous le pensez bien, 
notre tempêle, et j'en commençais l'incvitable 
récit, lorsque je vis l'officier de quart faire 
inscrire au journal du bord : u Bon temps, 
belle brise! > Il ne fait pas cependant un temps 
à cbanter des barcaroUes en laissant voguer la 
galère au gré des flots et du vent. En effet, 
dans la journée la brise fraîcbit, la mer creuse, 
la gueule des canons plonge dans l'eau ; nous 
tanguons, nous roulons et ne pouvons tenir 
debout qu'en nous amarrant. Les cbeviltes De 
suffisent plus pour retenir 'le couvert et les 
pieds de la table sont vainement amarrés. Les 
bouteilles chavirent et s'en vont à la dérive. 
Les chaises glissent et les convives roulent 

Cîoogic 



134 ' COCHINCUINE FRÂNÇAISK 

fioua la table. Ventre affamé n'a pas d'oreilles, 
et malgré le qu'en dira-t-on, nous nous aa- 
seyons par terre, adossés contre une cloison, 
notre assiette entre les jambes, notre verre à la 
main et le corps se balançant comme si nous 
étions pris de vin. Cependant notre verre se 
vidait quelquefois avant d'arriver à nos lèvres. 
Sar lé pont, la situation était autrement sérieuse, 
Tes éclairs perçaient la nue, les lames défer- 
laient abord. On amena les mâts de perroquet; 
on prit des ris au grand hunier. Ce n'était pas 
sans frayeur que je voyais les matelots perchés 
sur les vergues, pour exécuter la manœuvre, 
pendant qu'elles décrivaient un immense arc 
de cercle. Heureusement, le typhon dont nous 
ressentions les suites, avait passé loin de nous. 
Bientôt les alcyons viennent voltiger autour du 
navire et se poser sur les cartahuls ofi ils se 
laissent prendre. Nous rendons la liberté à ces 
doux précurseurs d'un meilleur temps. Vers 
minuit, le calme renaît et les étoiles apparais- 
sent AU firmament. 

Le 1" janvier, nous étions par le travers et 
a peu de distance de la grande Nicobar, qui 
ressemble à une forêt vierge s'élevant du sein 
des eaux. Elle est à 200 kilomètres N.-O. de 



ET ROYAUME DE CUiBOlHÏE 13$ 

Sumatra. Ses habitaats sont serviables^ hospi- 
laiiers, grands maDgeura de bélel. lU expor- 
tent à Poulo-Pinang de grandes quantités de 
noix de coco. 

On a monté sur le pont qd orgue de Barba- 
rie destiné à égayer l'équipage et les passagers. 
Les matelots dansent entre eui au son de cette 
musique peu entraînante, et tout le monde 
s'amuse à peu de frais. 

Depuis noire départ de Fointe-de-Galle, nom 
avons accompli 1,213 milles en six jours. 
Noua avons la bonne fortune de relâcher ^ 
Poulo-Pinang, l'ile des noix d'Arec. Les an- 
glais rappellent l'île du Prince-de-Galles. Ils 
la possèdent depuis 1786. 

Cette oasis au milieu de l'Océan est un lieu 
de convalescence, un sanitarium, disent le^ 
Anglais. Quand on veut se soustraire aux in- 
fluences du climat énervant des régions voisine^ 
et recouvrer les forces perdues, c'est là qu'on se 
réfugie, au milieu des plantations d'ananas, 
d'arbrea dont les fruits sont aussi agréables 
au goût que les fleurs à la vue. On fait d^ 
charmantes excursions aux jardins d'aréquiers, 
à la montagne où poussent ta cannelle, la mus- 
cade, le giroflier, et à la cascade à cioq kilo- 

.lzc.J;.G00glc 



136 COCHINCHINE FRANÇAISE 

mètres de la ville. Là règne un air frais et pur. 
Devant soi, l'on a la vue de la mer, et autour 
de soi un des plus riches tableaux de la nature 
tropicale. 

George Town a 125,000 habitants. On peut 
choisir pour logement l'un des quatre hôLels 
de la ville. Les dépenses sont de 20 à 30 francs 
par jour, sans la boisson. La ville possède un 
théâtre, a une très belle place, le Commercial- 
Square. Le temple boudhiste est à voir. La 
congrégation catholique des missions étran- 
gères entretient à Poulo-Ticou un collège qui 
compte plus de deux cents élèves, Chinois, Co- 
- chincbinois, Tongquinois, Siamois, auxquels 
on apprend surtout le latin. On leur donne 
même quelque teinture des langues d'Europe. 
De leur côté, ils apprennent à leurs maîtres, 
aux jeunes missionnaires, la langue du pays 
où ces derniers se proposent d'aller prêcher la 
religion. 

Là aussi est un asile pour les Chinois âgés, 
une maison de refuge pour les aliénés, un col- 
lège anglo-chinois. A George Town deux jour- 
naux paraissent chaque semaine. Dans la ville 
résident les Européens et les Chinois. Les In- 
diens et les Malais habitent hors de la ville. 

D,clzc.J;.G00glc 



ET nOTÀUHE DE CiHBOOGE 137 

Notre agent consulaire à Poulo-Pinang est 
M. Ventre. 

Les indigènes de Foulo-Pinang offrent aux 
étraogers des kriss malais, des coquillîiges, des 
cannes faites avec le tronc et !a racine d'un 
jeune aréquier, et que les Anglais appellent 
lawyers (avocats), parce que sans doute elles 
peuvent servir d'argyments frappapts. 

Mous ealfoas dans le détroit à» Malaeea. On 
y essuie presque chaque jour de petits grains 
Accompagnés de pluie. 

Les établissements malais du détroit (mt été 
.Qorjiss^lâ autrefois, surtout soi^ la domina- 
liôa portugaise. Mais en un demi-«iècU, Sin- 
gapore a ruiné Malacca, comme Hong-Kong a 
ruiné Macao. 

Cependant Malacca compte encore 30,000 
habitants, Malais, Chinois, Portugais, Hollan- 
xlais et Anglais. Il y a une garnison de Cipnyeg 
commandés par des Hindous. 



d:Xi00gIe 



COCHtNCgiNE FRANÇAISE 



Rade de ^ogapore. — Débarquement. — Hât«1s et dépenses. — 
UoDDiks. — Origine de la Tille. — UopudiniU. — PiqialïUoii. 

— Gouvemenwot, — Culte armÉnieu. — Ville cbinwse, — Jardin 
Whampo». — Palanquin. — L'esplanade. — Eicursion à U bulle 
d'éUin. — Tigres. — Églises. — Écoles, — Hflpltol. — Port et 
docks. — Paqwtots-poste de b Compagnie péninsulaire et orien- 
ble el des Messageries impériales. — Publications. —Télégraphe. 

— Valeur des iraporlalions et exportations. — Ville malaise, — 
- Ville indienne. — New-Harbonr. — Bains de Bier. — Cnrioûlés. 

— PfépaiatioD des joncs. 



Noua avons parcouru depuis Poulo-Pinang 
381 milles, et nous sommes en rade à 2 milles 
de la ville de Singapore, l'Alexandrie de la mer 
des Indes, 

La rade est peuplée de navires de toutes les 
nations. Elle est sillonnée de vapeurs européens, 
de jonques chiaoises, de proas malaises. Les 
pavillons les plus divers flottent sur les bateaux 
les plus divers. A notre arrivée, une frégate 
de guerre hollandaise saluait le pavillon an- 



ET ROYAIJHE DE CAMBODGE 139 

glais. Un sampan ou pirogne malaise à plu- 
sieurs rameurs nous conduil à terre pour la 
BODime d'une demi-piastre. Les sampaos chi- 
nois à un rameur ne coûtent qu'un shilling. 
Ces embarcations sont munies d'un petit toit 
léger en paille de palmier, semblable à une 
Toûte sous laquelle on s'allonge à l'abri Ju 
soleil. 

Singapore est moins une ville de l'Inde qu'un 
mélange de Malais et de Chinois. Toutefois, 
on peut dire que l'on a un pied dans l'Inde et 
l'autre en Chine. Cette étape intermédiaire en- 
tre ces deux régions est en eiîeL la réunion de 
quatre villes, européenne, malaise, chinoise et 
indienne. Les Européens vivent à la campagne 
dans des villas entourées de beaux jardins et de 
vertes pelouses, et chaque matin les négociants 
vont à leurs bureaux de la ville. Nous descen- 
dons à l'h&tel de l'Europe, tenu par un Fran- 
çais de Pondichéry, c'est l'ancien hôtel de 
l'Espérance. H est situé sur l'esplanade ; on y 
est confortablement installé pour 20 francs par 
jour, chambre et table. On est près du quai 
de débarquement. On trouve des bains dans 
l'hôtel. Après une traversée sous les tropiques, 
si courte qu'elle soit, le bain a des avantages 



140 COCHIMCHIKE FRANÇAISE 

iaappréciables. 11 y a ^ussi dans l'hôtel une 
table d'hôte. Le diner coûte une piastre sans 
le vin. On trouve en tout temps de la glace; 
on la vend 5 cents la livre anglaise. 

L'hôtel français de la Paix (Uaibed service] 
est également très recommandable. 

L'argent courant à Singapore est la piastre 
mexicaine ou le dollar, dont la valeur varie 
suivant le cours du change de 5 fr. 37 e. à 
6 fr. 30 c. Aussi, dans les achats journaliers, 
l'on donne et l'on reçoit la piastre à 6 francs 
ou 5 shillings. La piastre est divisée en 100 
cents, monnaie de cuivre. La roupie, monnaie 
d'argent de l'Inde anglaise, vaut un peu moins 
d'une demi-piastre ou 45 cents 1/2. L'anna 
■vaut 3 cents; le demi-anna = 1 cent 1/2, 
S pies = 2 cents. Eaâa, des pièces d'argent à 
l'effigie de la reine Victoria viennent de Hong- 
Kong, et valent 10, 20,50 cents. Je ne sais s'il 
existe d'autres nations frappant des monnaies 
aussi diverses, avec des exergues en quatre 
langues différentes, en chinois, en indien, en 
espagnol et en anglais, et permettant à des par- 
ticuliers, dans les établissements coloniaux, 
de battre monnaie. 

Avant l'arrivée des Anglais, Singapore n'é- 

., ; Google 



ET ROYAUME DB CAMBODGE 141 

tait pas, comme on se plaît à le dire, une 
plaino iaculte et marécageuse. Vers le milieu 
au xii' uiècle, une émigration de Alatais s'était 
établie sur cette terre fertile et avait fondé une 
ville qui eut, comme Malacca, une grande im- 
portance commerciale. Le nom malais de la 
ville du Lion {Singa lion, Poura ville), a été 
conservé avec raison depuis que le lion britan- 
nique, le 8 février 1819, s'est établi sur ce 
territoire, qui appartenait autrefois au sultaa 
de Djohorc. La moderne Singapore a été fon- 
dée par sir Stamford RaiDea (1) qui avait pré- 
cédé à Java, comme gouverneur, le général hol- 
landais Van-den-Bosch. Sur l'esplanade, au 
bord de la mer, sont situés le post-office, l'hô- 
tel-de-viUe (town-hall), la bibliothèque, l'an- 
cien et le nouveau tribunal. En cet endroit, 
une colonne a été élevée pour rappeler la visite 
de lord Dalhousie en février 18&0, et le dis- 
cours qu'il prononça sur la liberté commer- 
ciale. Dans Rafftes-square, à l'endroit où dé- 
barqua sir Stamford Rafiles, est une fontaine 
en marbre blanc oià « toutes les nations vien- 
nent boire de l'eau pure, >< d'après l'emphati- 

(1) Horl en 1B37. 

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142 GOCHINCHIKE FRANÇAISE 

que inscription qui y est gravée. A côté est le 
télégraphe, de la ville à New-Harbour, 

H y a aujourd'hui à Siogapore 81 ,000 ha- 
bitants, dont 15,000 Malais et 40,000 Chinois 
et Asiatiques. La ville est éclairée au gaz de- 
puis 1864. 

Les Européens y ont une Bourse et une 
chambre de commerce. 11 y a aussi un comp- 
toir d'escompte et de nombreuses maisons de 
banque. 

Le 1" avril 1867, les établissements de Sin- 
gapore et du détroit ont cessé de dépendre de 
Calcutta, "et ont passé sous le gouvernement de 
la reine. Le major générât Cavenagh était gou- 
verneur depuis 1859. Le colonel du génie 
Harry Saint-George lui a succédé, le 1** avril 
1867, comme gouverneur et commandant en 
chef dans les établissements du détroit. 

Le consul français est M. Troplong. Le con- 
sulat est situé àBeach-road. Toutes les grandes 
puissances ont des consuls à Siogapore. Le re- 
présentant de la Russie est un Chinois de la 
maison Whampoa. 

Les troupes du détroit se composent de trois 
batteries d'artillerie et de deux régiments de 
cipayes. 

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ET ROTAUHE DE CAMBODGE; iâB 

Nous sommes entrés en passant dans l'église 
arménienne, où l'on nous a montré une Bible 
en caractères arméniens. Cette église est orien- 
tée vers le levant ; on ne nous ûl pas déchaus- 
ser pour y entrer. Les Ârméaiens professent 
un culte ni catholique ni grec. Ils sont venus 
des bords de l'Euphrate, d'Ezeroum, de la 
Perse, jusque dans l'Inde et à Singapore. 

Nous parcourons d'abord la ville chinoise. 
On y rencontre des élégants portant une cu- 
lotte de soie bleu-ciel, maintenue par une jarre- 
tière dans un bas en coton blanc ou bleu, des 
souliers en satin noir avec broderie, et des se- 
melles de feutre blanchi, ayant un pouce d'é- 
paisseur. Leur vêtement se croise et s'attache 
sur l'épaule droite par de petits boutons en 
étoffe, en métal ou en verre. La queue est bien 
fournie, grâce à une tresse en cordonnet noir 
qui se mêle aux cheveux, et se termine en for- 
mant une frange qui descend jusqu'aux talons. 
Un Chinois manque aux convenances lorsqu'il 
sort ou se présente devant quelqu'un la queue 
enroulée sur le sommet de la tête. Le haut du 
front est rasé de près. l£ visage imberbe de 
ces Chinois n'est pas sans attrait et l'ensemble 
de leur personne est agréable à l'œil. 

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144 COCHIMCllIME FRANÇAISE 

D'autres fils du Céleste-Empire, moins for- 
tunés, ont la tête couverte d'un immense cha- 
peau fait de gros papier et de feuilles dessé- 
chés, recouvertes d'un treillis en rotin ou eo 
bambou, le tout se terminant en pointe comme 
le toit d'un kiosque. Ce chapeau est assez 
grand pour abriter tout le corps contre le so- 
leil et la pluie. Comme leurs chapeaux de paille 
aux larges bords, ces chapeaux sont fort lourds 
et la coiffe est extrêmement étroitej de sorte 
qu'ils sont simplement posés sur le haut de la 
tête, sans la couvrir comme chez nous. 

I,e Chinois est d'une grande propreté, et 
c'est bien à tort que M"" Ida Pfeiffer trouve 
qu'il est l'ennemi des bains et des ablutions. 
Du reste, comment connaître les mœurs des 
peuples visités lorsqu'on a fait en un an le 
tour du monde ? 

Les Chinois se font coolies, tiennent de pe- 
tites boutiques ambulantes, vendent des fruits, 
vivent avec frugalité, sont patients, persévé- 
rants, habiles au commerce, s'entr'aident, se 
soutiennent entr'eux et s'élèvent souvent au 
rang de gros négociants. Cette aptitude com- 
merciale et leurs richesses les a fait surnom- 
mer les Juifs de l'Orient. 

I .lzc.J;.G00glc 



ET ROVAIIME DE CAlJBOnGE 145 

Ils babitcnt dçs maisons dont l'étage sur- 
plombe lia rez-de-çhai^sée pt^cur, écrasé, 
étroit. 11 faut passer un pont à péagft pour 
aller de l'esplanade sur le bo^ fl*^")'' '*'' ^^^ 
situés 1^ magasins du négociant chinois Wfaam- 
poa. On y trouve denrées coloniales, liquides, 
huiles, toiles, j^opdron, t|iés, ctiinoiaeries, ja- 
j/onerie^, capons, caronades, ancres énormes, 
chaînes de fer et fihajnep de njofltrfi, boulons, 
boulets et mitraille. J'espère que l'aggloméra- 
tion est complète, et je ne connais pas en 
France de magasin d'épiceries, mfme dont Je 
maître a l'honneur de servir dans la garde na- 
tionale, qui puisse fournir au même instant de 
la confiture et une pièce de canon. 

Le musée d'hîatoire naturelle et le Singîipore 
inslilute excitent la curiosité du yajageur. 

Les étrangers ne trouveront rien de Iticji re- 
marquable dans le jardin botanique de Singa- 
pore, entretenu par une société d'agriculture 
et d'horticulture. 

En revanche, ne pas manquer de faire yisitiC 
à M. Whampoa pour lui demander l'aulopisa- 
tion de parcourir ses jardins, aussi intéressants 
pour le botaniste que pour le touriste. Là soat 
rassemblées des plantes d'Europe et des,ÏTO- 
9 __ 

.,. ; Google 



146 COCHINCHINE FRANÇAISE 

piques. On y admire la Victoria Régina d'Aus- 
tralie et UD jardin chinois aux arbuste» bizarre- 
ment taillés. On y entretient aussi des animaux, 
porcs-épics, porcs, singe énonne, des tortue3 
et des oiseaux, grues, pintades, cacatois, etc. 
Un Chinois vous conduit dans ces dédales ver- 
doyants et vous fait même les honneurs d'un 
pavillon de plaisance chinois, construit au- 
dessus d'un bassin et oij sont rassemblées des 
raretés et des curiosités de tous les points de 
l'Asie. L'ameublement, en ébène sculpté à jour, 
mérite à lui seul qu'on se dérange pour le voir. 

Près de la maison Whampoa est une pagode 
boudhique très bien décorée. 

Le théâtre chinois ou sing-song est très cu- 
rieux à voir à cause des costumes splendides 
des acteurs. Mais leur jeu sans variété, leur 
voix de fausset, le vacarme infernal du cimba- 
lier, le bruit étourdissant du gong, de ta cla- 
rinette et de violons criards fatiguent très vite. 

Nous remontons en palanquin, nom impro- 
prement donné à des caisses carrées roulant 
avec un bruit désagréable et conduites par des 
cochers ou says indiens. Le prix de louage de 
ces voitures est très peu élevé, une journée 
ne coule qu'une piastre et quart (de 6 à 7 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 147 

fraDcs). Une course de moins d'un demi-mille 
anglais , 1 5 cents , et de moins d'un mille 
anglais, 20 cents, et 10 cents pour l'excédant; 
pour 10 milles, I piastre 50. La nuit, moitié 
en sus. Singapore, qui est par 1 " 1 0' N, n'a pas 
de crépuscule. II fait nuit peu après 6 heures, 
mais sous ce beau ciel les nuits sont claires. 

Paris a les Champs-Elysées ; Alexandrie a 
le jardin Pastré ; Singapore a l'esplanade, où 
la musique joue deux fois par semaine, et où 
l'on se promène chaque soir à pied, à cheval 
ou en voiture. Chaque nation y est représentée 
par les visages et les costumes les plus divers. 
Ce n'est pas un spectacle peu attrayant que de 
voir dans cette Babel asiatique des beautés 
venues des cinq parties du monde, étalant des 
toilettes qui brillent plus par la fantaisie que 
par l'élégance. 

En faisant l'ascension de la butte d'étain 
(Boukit-tima), on jouit d'une splendide vue de 
la ville, de la rade, de la campagne et de la 
mer, au travers des plantations de muscades, 
de girofles, de sagou, de gambier (terra japo- 
nica). Les indigènes font bouillir les feuilles 
de cet arbuste dans des marmites en fer. 
Lorsque l'infusiou a atteint un certain degré 



^48 COCHINCHINE FRANÇAISE 

4e consiatanee, le résidu est versé dans deç 
jnoules où on le laisse refroidir, puis où le 
coupe en cubes ou en blocs que l'on fait sé- 
cher avant de les livrer au commerce. Les 
indigènes mâcbeot cette substance avec le bé- 
tel. En Europe on en extrait du tannin. 

Le tigre fréquente encore le voisinage d« 
Singapore. Aussi le gouverneur donne-t-îl ^ne 
prime de 50 piastres (275 francs] par tète dç 
^re pris ou tué, et la société des négociant^ 
en donne autant. 

L'église anglicane de Saint-André (temple 
protestant) a été commencée en 1 856 et n'a été 
complètement terminée qu'en 1864. Ce monu- 
ment a coûté 250,000 francs. Le service divin 
s'y fait le dimanche à onze heures du matin 
en anglais, puis en chinois. 

L'église catholique française du Bon-Pasteur 
(good shepherd ) est sitiiée brass bassa road. 
On y célèbre la messe le dimanche à six heures 
et demie et à neuf heures du matin. Les chanta 
sont exécutés par la société philharmonique. 
La procure des missions étrangères est située 
river valley road. 

Il y a encore une église catholique portu- 
gaise, Victorip Street j yne ^lise aiTipéniepiiej 



ET tiOtAOitË bË CAMeobGE 149 

une synagogue des missions, des institntiona 
religieuses et jusqu'à un temple presbytérien 
pour les Chinois et les Malais. Une maison 
appelée Betheida sert de lieu de prière à tous 
les cuites. 

Singapore renferme de« sectateurs de toules 
les rrfigions du monde, et chaque culte y a 
ses auteU. On compte de nombreuses écoles 
pour lea Malabars, les Chinois, les Malais, 
L'école très prospère des frères de la doctrine 
chrétienne a été fondée en 1852 ; le collège 
RafSes en 1823. L' écolo et l'orphelinat de la 
Swnte-Enfance, Vieloria street, ont été établis 
en 1 854. (l y a use éeole anglaise poar la pro- 
pagation de l'inslriictioti chez les femmes chi- 
noises. Enfin une bibliothèque a été ouverte 
en 1844. Singapore possède un grand hôpital 
fondé en 1844 pai* wn Chinois nommé Tan 
Tock-singet qui coûta 10,000 piastres (60 ,000 
francs). 

La marine trouve à Siogapore des chantiers 
de construction et des docks de réparation. Le 
port est franc de tout droit. 

Le pris de pessâge par les paqudwts de la 
Compagnie péaitïsukife et orientale, de Mar- 
seille à Singapore , en première classe, est de 

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150 COGHINCHINE FRANÇAISE 

456 dollars, plus 21 dollars de transit égyp- 
tien, et par les paquebots des Messageries im- 
périales, de 439 dollars, plus 22 dollars de 
transit. 11 n'y a pas 100 francs de différence. 
Outre les services réguliers des Messageries 
impériales et de la péniasulaire entre l'Europe, 
l'Inde, la Chine et le Japon, il y a des paque- 
bots qui portent les passagers et les correspon- 
dances provenant ou à destination de Batavia, 
Samarang, Rhio, Mintock, Bangkok, Rangoon, 
Moulmein, les ports de Birmanie, Poulo-Pi- 
nang, Malacca, Sarawak (Bornéo). C'est là 
qu'est l'embrancbement des paquebots des 
Messageries impériales pour Batavia. 

Singapore a deux publications journalières, 
le Dayly times et le Dayly free prest ; deux 
publications hebdomadaires, le Straits times et 
le Straits govemment gazette, et, en outre, des 
publications commerciales. Entre Singapore et 
Newharbour fonctionne un télégraphe reliant 
entr'eux cinq bureaux. Le prix d'une dépêche 
de 16 mois est de 40 cents (2 fr. 10), et un 
cent par chaque mot en plus. 

On a immergé dans le détroit des câbles 
électriques. Ils sont aujourd'hui hors de ser- 
vice ; mais on songe à les réparer. 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 151 

Les importations de Singapore sont de 60 à 
65 millions annuellement, et les exportations 
de 25 millions de francs enviroa. 

Un indigène noua salue de la formule ma- 
laise (tabé, tuanj. Nous sommes dans un quar- 
tier habité par les Malais. Ils ont leur mos- 
quée, comme les Indiens ont leur temple, dédié 
à Brahma. Les Indiens sont loueurs de voitures 
et cochers. Ceux qui portent un baudrier à 
plaque sont les facteurs ou péons des mai- 
sons de commerce. A l'hôtel, nous étions sou- 
vent divertis par des baladins indiens. Un 
des contrastes qui me frappèrent le plus, fut 
de voir dans un pré une femme indienne cou- 
verte de bracelets, gardant les vaches. Du reste 
je vis sur les bureaui de Whampoa, à c6lé de 
ses registres, quelques jouets d'enfants, et en- 
tr'autres un cheval blanc en carton sur une 
planchette à roulettes , et cela a côté des mar- 
chandises détaillées plus haut. 

Nous retournons à bord par la roule de 
New-Harbour. On passe devant la demeure 
d'un rajah, qui a de magnifiques écuries que 
l'on peut visiter. Nous voyons plus loin, au 
milieu d'une verte pelouse bien ombragée, un 
cimetière chinois. Chaque tombe forme un ter- 

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15® coefiWfCSirtï fHaS^àise 

tre ébntré lequet s'ajïpii'iâ urM' piélffh où sxtnt 
marqués letioni dii défurtletlddatedësamorL 
Ce tertre est disposé eit fer à chetîll, dont les 
deux extrémités à'apknisaeriten fonTne de banc, 
pour qnc l'esprit du mort pulâse se reposer. 
On rencontre des cihamps d'ananas tout le long 
dii chemin. C'est à New-Hàl-bour que les na- 
vires et leà transports font lent* apprOTÏalonne- 
nientdè charbon. On mouilte bord à quai, et 
l'on peoty en se promenant le long de la rive, 
voir un village malais bâti siïr pilotis. Les ha- 
bitants se reiident d'une maison à l'autre en 
marchant atir de longues perèhës, exercice qui 
demande une certaiae force d'équilibre. En 
face du mouillage est une petite plage de sable 
où Dôiis prCTions d'excellents bains de mer. 
Une aoupce d'eau vive et claire descend de la 
montage sous des nappes de verdure, et forme 
sur le rivage un petit bassin où l'on va se ra- 
fraîchir dans l'eau douce en sortant de l'eau 
de mer. C'est à New-Harbûur que se trouvent 
les magasina des Messageries impériales, les 
bassins de Haboub, les parcs à charbon. 

Lès petits plongea» malais noua amusent 
par leur adresse à saisir les pièces de monnaie 
qu'on leur jette dans l'eau. Des marchands mà- 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 153 

lais et indiens viennent offrir des coquillages 
superbes, des nattes, des perroquets, de jo- 
lies petites perruches au pluniage d'un vert 
tendre. Ces oiseaux sout enfermés dans une 
eage ronde, en treillis de rotin, sans ouverture, 
Textrémité même du rotin servant à suspendre 
ces oubliettes aériennes. Ces petites bêtes dor- 
ment le corps suspendu par les pattes et la tête 
en bas. Elles sont vendues par couples, et lors- 
qu'une d'elles meurt, sa compagne ne lui sur- 
vit pas, d'où vient qu'on les appelle, des insé- 
parables. 

Les Malais ne manquent pas d'apporter des 
kriss ou des poignards, en rehaussant la va- 
leur de chacune de ces armes par une légende 
propre à exciter l'envie des voyageurs. 

Voici, selon les indigènes, comment on fa- 
briquait ces coutelas à forte lame. On mettait 
dans ta terre une grosse barre de fer; on l'ar- 
rosait d'urine et de sel marin. Le fer se rouil- 
lait ; on le déterrait chaque matin ; on le bat- 
tait à froid , puis on le replaçait en terre dans 
les mêmes conditions. Au bout d'un mois, la 
rouille ne reparaissait plus, la barre de fer 
avait perdu une grande partie de son volume, 
et l'on forgeait la lame du kriss. 

». 

D,c,l,;cd:t Google 



154 CeCHffCMiNe ClUT^ÇAfiE 

Les MaMt véndenl dés joncs de toufé gros^ 
seur, de couleur jaune pâle m l»ruB«, irèi 
rechercbéa en France. 

Voici, 8uirantle<loctear Yvaa, eomM^ilea 
indiques les prépaient : « Ils coupent leur 
enveloppe de feuillea, laissent sécli# tes jonès, 
les enduisent ebsutfe d'huile de coco et \éi 
apphwhtmt d'un feu très vif. Lés joncs re- 
jettfiwt l'eau de vâgétatioii <ia"i\B renfermaient. 
L'huile en pénétrant entre le réseau siliceutt 
de ieiir tissu le& Kàà ^uattaqtii^l^ aut in- 
sectes. > 

Tai acheté de ces }oat!i que j'ai apportés en 
Cochinchine ; ils poorriasaient et tomWieot en 
poussière comme le bambou. Les indigènes 
surfont tous les prix et demandent dix fois U 
valeur des objets. Les ouvrages d'ébène, de. 
sandal peuvent aussi bien s'acheter en France, 
mais on se laisse tenter par divers prodnits 
tels que des foulards de Madras, des narguilés 
indiens ou gargoulis, des statuettes indién- 
neSf etc. 11 vaut mieux s'adr^ser à Salomfm 
le Doliachée, ou Comprador. Si l'on a des dif- 
ficuitA, dtre patient vià-à-vis des indigène», 
ne pas les frapper, chercher un polkeflian an- 
glais. Ce grand homme, à ta longue redingote, 

c.Mzc.jî.Googlc 



ET KaVAUMte M CAllfBO»flE 155 

arrangera le débat à votre satisfaction. La po- 
lice indigène est très sévère. 

Le 7 janvier nous quittons Singapore. Il 
&ul trois jours pour aller de Singapore à Sai- 
gon. Le huit, nous sommes en vue du mont 
Ophir, dans la presqu'île malaise, qui est l'an- 
cienne Chersonèse d'or. 

C'est là que Salomon envoyait quérir de l'or. 

Selon les uns, le mont Ophir, dont parle la 
Bihte, serait situé à la pointe d'Arabie, près de 
Saba ; mais on saU que les flottes de Salomon 
inettaieiit trois ans pdur aller et revenir, ce qui 
prouve que eelte montagne aurifère était fort 
ébïignée, LaiswBs ks savants discourir sur oes 
probobitités et contiDuons notre route, de con- 
cert avee la mal'le an^aiœ de fifflig-Kong. 

Les paquebots de la Compagnie péninanlaire 
ot orientale partent de Marseille pour Singa- 
pore et la Chine, à sept heures du matin, les 
42 et 26 de ehaqe« mas. Ils ne touchent pas 
à Saigon. Après avoir recmna Pouto-Condor, 
le paqtMbdt anglais remonte vers la Chine. 
Qaatit à dohb, bous passoes par le travers de 
'ee ^oupe d'Iles. 



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COCHINCHINE FRANÇAISE 



Poulo-Conilof . — Ressounes du pays. — Populitkm. — Port, 

Le nom malais de Puulo-Gondor sigoifie lie des 
reptiles et non île des calebasses. On n'y trouve 
cependant pas de serpents ; c'est le lucus à non 
lucendo. Les Annamites appellent ta grande île 
de Condor Coulao-CoDg-Nong, et la petite Con- 
dor, Coulao-Bac-Vung, port de l'est. En 767, 
les Malais habitaient ce ' groupe d'îles et y 
avaient un roi. Ils étaient assez nombreux 
pour tenter une invasion dans Xea provinces 
annamites, situées alors au-dessus du Tong- 
quin actuel. Le roi d'Ânnam y envoya plus tard 
des soldats annamites pour gÉirder le territoire 
et surveiller les incursions des pirates malais. 
Cette garnison détruisit, en 1 704, une factore- 
rie anglaise établie dans cette île. Le poste mi- 
litaire existait encore en 1 Ô20. Au moment de 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYA.UHE DE CAMBODGE 157 

l'occupation française en 1 861 , on trouva à 
Poulo-O]ndor des monnaies espagoolea de 1 521 
à l'effigie de Charles-Quint. 

c Les babitants de Pouto-Condor, dit le gia 
dinb thong cbi (1), cultivent le riz, le maïs, 
des arachides ; ont des chevaux et des bufFles, 
recueillent des nids d'hirondelles, des écailles 
de tortues, des tortues de mer, fabriquent du 
nu'oc mam (saumure), aussi parfumé que de 
la cannelle, et de larges coquillages nommés 
oreilles d'éléphants. Ces différentes choses sont 
par eux offertes à l'Empereur. Leur nourriture 
habituelle se compose de poisson et de che- 
vrettes. Les fruits des aréquiers sont plus pré- 
coces , plus gros et de meilleur goût que par- 
tout ailleurs. > 

D'après le traité de Gialong (28 novembre 
1787), Poulo-Condor avait été donnée eu toute 
propriété et souveraineté au roi Louis XV). 
Sentinelle avancée de la CochJnchine française, 
Poulo-Condor fut occupée au nom de la France 
en 1861. INous y avons un pénitencier; un 
capitaine y commande. Un chirurgien de ma- 
rine y réside aussi. Le climat en est sain. 

(1) ZJucripfion de la Baue-Codmekine. Indudiiw Aubirel. 

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158 cociiilicfiiSÊ fIiawçaïSe 

L'île possède de bonne eau. Les indigènes 
disent qu'il y a dans la petite Condor des 
sources d'eaux chaudes suIfiïreuBes au pied 
dss mohtagftes volcaniques, et de l'oxyde de 
fflf HïâgBMque au somtfiet. Le granit de ces 
montagnes serait eitploité avec avantage. On 
comineace à mettre en culture les rrches val- 
lées de l'île. La popnlation était de 311 halù- 
tatits en 1866. Elle se conifKtse â' Annamites 
piêehéiiïS et cultivateurs. PolilojCondor a 18 
ItilcHnètres de long; elle est à 12 heures de mer 
du cap Saint-Jacques. Sa bâte est de mauv^se 
tenue dans la mousson de nord-est. 

Les navires allant du détroit de la Sonde en 
Chine viennent la reconnaître. Elle est à 75 
milles nautiques du cap Saint-Jacques. 



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ET ROVAITHE DE CAÏIiODGC 



Ph'aiiSt Se Saint-JacqtKS. — Rade dA cap SaïQt-Jaoïues, — Sâni- 
[tlure. — Baie des CMiollen, — fiarean \B6gnfiàq*e, — Mil 4e 
signaux. — Baie de Gaa-ray. — Prix du pilotage. — Haaill^ «t 
fcu de Cangiou. — Ressources du village de Cangiou. — Vallée 
des Némiphars. — Planlitions. — Cbssse. — Lieu de contales- 
cence. — Pagnde de It baleine. — Jonques aanamJlM. — JonqucE 
langquinoïses. — Va homme à la uier! — Rivière de Saigon. — 
Fort du siid. — Rade marchande. — Église et village de l'Éïêque. 

— Jonqnn ehiDuiees. ~ Surveillance du littoral. — Uessigerits 
impériales. — Pointe Lejeune. — Mit de signaux. — Direction 
du port de commerce. — Monument Lamaille. — Barques el sam- 
pans. — Rade de guerre. — Dock flollanl. — Grands bâiimeni!. 

— BtKln de iJMiaub. ~ Aepect de la ville. 



Nous avons fwircouru les 6^7 milles qai sé*- 
parent Singapore de Saïgon , et nous sommes 
eh Tue du phare du cap Saint-Jacques, inau- 
guré le 1 5 août 1 862. Ce phare est placé sur 
le sommet sud d'une chaîne de montagnes ro- 
dienaes et boisées, qui a 139 mètres d'élévation 
et l'avantage de ne pas être enveloppé de nua- 
ges comme tés sommets voisins. La tour a S 
i&ètt^ de hauteur. Le phare est de première 



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160 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

classe. Son feu est fixe, et il est visible jusqu'à 
plus de 30 milles en mer. 

Nous voyons bientôt le pavillon français 
flotter sur un fortin construit entre la monta- 
gne et la mer. C'est le poste militaire du cap 
Saint-Jacques, ijuï est relié au phare par une 
route de 3 kilomètres , creusée dans le flanc 
même de la montagne. Elle est très pittoresque 
et praticable à cheval. Le fort est commandé 
par un oQlcier de marine qui surveille la rade, 
l'entrée et !a sortie des navires. 

Le sémaphore du phare correspond avec les 
navires à leur entrée dans la baie des cocotiers 
ou à leur sortie. Les dépêches et avis sont 
transmis du phare au cap Saint-Jacques par 
le fil électrique, et de là directement à Saïgon. 

La baie des cocotiers a la forme d'un fer à 
cheval. Dans le fond se découpe sur un ciel 
bleu tes gracieux panaches de nombreux co- 
cotiers, d'oij lui vient son nom. Aux extrémités 
ae dressent d'un côté le massif boisé et ver- 
doyant du cap; de l'autre celui de Gan-ray, 
flanqué d'un fort circulaire annamite que nous 
avons pris et abandonné. C'est dans cette baie, 
au milieu de ce riant paysage , qu'est situé le 
fortin du cap Saint-Jacques , à côté duquel se 

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ET ROYAÙÏÎE DE eASfBODGE 161 

trouve le bureau télégraphique. Le mât de pa- 
■viUon dressé à l'angle du fort n'est point un 
sémapliore. I[ sert à indiquer aux pitotes, par 
des signaux de convention locale, les navires 
en Vue au large 4 et à prévenir les capitaine^ 
des bâtiments mouillés ou en passage dans la 
baie de venir à terre recevoir une commuuioa- 
tion Ou prendre une dépêche télégraphique à 
leur adresse. Ce dernier signal consiste en une 
boule blanche à la corne appuyée d'une flamme 
tilanc et IJIeu en tête de mât. La couleur de la 
Iwulc varie selon le nombre des navires pré- 
sents sur rade. La baie de Gan-raj est abritée 
cMntre les deux moussons, mais elle est peu 
fréquentée. 

La baie des Cocotiers est fermée aux vents 
de N.-E. Aussi, pendant cette mousson, les 
bateaux-pilotes y séjournent. Des navires, des 
jonques chinoises et annamites sont au mouil- 
lage. Ces jonques font leur provision de bois 
dans la forêt voisine, et leur eau à l'aiguade 
qui se trouve entre le cimetière et le contrefort 
de Gan-ray. 

Des çompradors chinois , fournisseurs de 
navires, vont et viennent entre la baie du cap 
et'Cangion. 

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1b2 COCRINCHIHE FRANÇAISE 

Le prix du pilotage est, pour les bâtiments 
de guerre : 

à vapeur. à voiles. 

Du cap S<-Jacque3 à Saigon . i piastres. 8 piasites I par mflrï de 
Be Cangiou k Sslgon .... 3 — 6 — i tirant d'ean. 

Pour les bâtiments de commerce : 

à vapeur. à voiles. 

Do cap S>-Jacque3 à Saligmi' & piastres. 10 piastres > par mètre de 
De Cangiou i Saigon .... 1 — 8 ~ | tirant d'eaa. 

Ce qui fait 3 piastres 33 cents ou -f 8 fr. 52 
' par pied français, et 3 piastres Oâ cents par 
pied anglais (ou 1 6 fr. 92). 

Pour les navires remorqués de Cangiou à 
Saigon, 5 piastres. 

Pour le pilotage à la voile du cap Saint- 
Jacques à Cangiou, 2 piastres. 

La nuit, la goëlette des pilotes porte un feu 
au màt de misaine. Comme la rade a peu de 
fond, et qu'elle est ouverte aux vents du S.-O., 
les navires, les jonques et les pilotes vont pen- 
dant cette mousson mouiller à Cangiou, à l'en- 
trée même de la rivière de Saigon. Un feu Oot- 
tant est établi en cet endroit pour indiquer, la 
nuit, leur route aux bâtiments. Le village de 
Cangiou est à 1 1 milles du cap Saint- Jacqueâ. 

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ET ROTAVHE DE CAHB0IM3E ib3 

Les navires peuvent s'y procurer des volailles, 
des porcs, des fruits, du poisson. C'est de là 
que les produits des grandes pêcheries sont 
expédiés à Siûigoa el Choleo par des barques 
rapides. Quaut au cliétif village de la baie des 
Cocotiers, il n'y a pas de marché. Il se com- 
pose d'une vingtaine de cases de pêcheurs. Des 
Chinois y ont ouvert boutique et vendent quel- 
ques provisions pour la consommation des Eu- 
ropéens. Dans la vallée des Nénuphars, ainsi 
appelée d'un grand marais, voisin du Cap, 
tout émaillé des 0eur3 sacrées du Lotus rose (1) 
et enclavé dans des dunes couvertes d'un épais 
feuillage, on voit de beaux jardins de cocotiers 
qui fournissent au phare l'buile qu'il con- 
somme. La plaine renferme des cultures de 
maïs et de patates, des prairies naturelles, des 
bois où abondent le cerf, le chevreuil, le san- 
glier, le paon, les tigres et les léopards. Une 
température rafraîchie par les brises de mer, 
l'air pur et vif des montagnes boisée, les bains 
de mer sur une plage de sable, font du cap 
Saint-Jacques un sanitarium, un Heu de con- 
valescence fréquenté en toute saison. 



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■fO'i COCHINCHINE FRANÇAISE 

Sur le rivage, à l'ombré de superbes arbres 
à huile et de palmiers élancés s'élève une pa- 
gode de pauvre apparence, dédiée à la baleine 
protectrice des naufragés. On y conserve le 
squelette d'un de ces énormes cétacés. 11 est 
pieusement recouvert de nattes et d'une étoffe 
ronge. Autour de ce grand débris, on voit plu- 
sieurs tombeaux renfermant les ossements de 
petites baleines et de marsouins. Les Annamites 
et même des Chinois viennent faire là leurs 
prostrations et leurs offrandes au bruit du 
gong et des pétards pour obtenir bon vent et 
une traversée favorable. Les Annamites pré- 
tendent que lorsqu'ils font naufrage la baleine 
ou le dauphin les prend sur son dos pour les 
porter au rivage. 11 est de fait que leurs jon- 
ques ont la forme d'un gros poisson. Des yeux 
sont peints de chaque côté h l'avant orné de 
deux appendices en bois, imitant des nageoires. 
De là vient sans doute que les Annamites, ex- 
cellents nageurs du reste, lorsqu'ils se trouvent 
sur la coque de leur barque, ohavît^e et pous- 
sée parla marée vers la tetre dont ils ne s'éloi- 
gnent jamais beaucoup, se figurent être sur lè 
dos d'une baleine ou d'un dauphin. 

Les voiles des jonques ansamiteit mal triiùï- 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 165 

gulaires et se reploient autour de la vergue 
comme un drapeau autour de sa hampe. La 
vergue elle-même se redresse et s'attache paral- 
lèlement au mât. Les haubans sont en rotins; 
l'ancre est en bois et composée de deux pièces 
assemblées, ce qui la rend peu résistante. Le 
pavillon n'est pas hissé à bloc et flotte comme 
s'il était en berne. Il j a ordinairement trois 
mâts qui n'occupent guère plus de la moitié 
du bâtiment à partir de l'avant et se suivent 
par ordre de grandeur. Les jonques qui vien- 
nent du Tongquin ont des voiles carrées et un 
balancier. Toutes ces jonques font un cabotage 
considérable entre la Basse-Cochinchine, le 
Cambodge, la Haute-Cochinchine, le Tongquin. 
La valeur des marchandises échangées par ces 
jonques avec Saigon seulement s'évalue annuel- 
lement à plus de 13 millions de francs, et le 
nombre des jonques entrées et sorties à près 
de dix mille. 

Nous étions dans la rivière de Saigon et une 
troype de singes sautant d'arbre en arbre nous 
amusaient par leurs ébats, lorsqu'on entendit 
soudain le cri : « Un homme à la mer! » Un 
coup de hache coupa la bouée de sauvetage 
suspendue le long de la dunette ; la baleinière 

D,M,IcdB,GOOgiC 



166 GOCHINGHINE FRANÇAISE 

fut armée; le navire stoppait ; nous étions déjà 
loin de l'endroit où l'homme était tombé, le 
courant et notre vitesse étant rapides. Heureu- 
sement, ce matelot, bon nageur, avait saisi la 
bouée et s'y tenait cramponné jusqu'à ce que 
la baleinière l'eut atteint. Elle le ramena sala 
et sauf. 

Le Dooaï est une magnifique rivière naviga- 
ble pour les plus gros bâtiments. Les rives 
sont plates et monotones , on ne voit que des 
bordures de palétuviers dont les racines dénu- 
dées sont baignées par la marée. De temps en 
temps on aperçoit quelques palmiers d'eau, 
un bouquet d'arbres où se joue une troupe de 
singes, des jonques coehincbi noises, des petits 
serpents ou des caïmans qui traversent la ri- 
vière, des pirogues conduites souvent par une 
femme ou un enfant ramant debout, la face 
tournée vers l'avant du bateau et gouvernant 
avec la rame ou tenant la barre avec le pied. 
Enfin; après quatre à cinq heures de naviga- 
tion on arrive au fort du sud, prison militaire, 
et l'on traverse la rade marchande peuplée de 
nombreux navires français, anglais, hambour- 
geois, prussiens, danois, américains, etc. 
Le clocher, en bois peint, devant lequel on 
««(le 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 167 

passe, est celui de ta première église construite 
à Saigon. Elle fut élevée en 1861 par une 
souscription de fonctionnaires et officiers de 
l'expédition. Les cases qui sont groupées le 
long de la rive forment le village de l'Évèque ; 
c'est là que se tenait caché, avant la prise de 
Saigon, M*' Lefebvre, évêque d'Isauropolis et 
vicaire apostolique de la Cochinchine occiden- 
tale. Là sont amarrées bord à quai d'énormes 
jonques chinoises, arches de Noé, recouvertes 
d'un toit en feuilles de palmier. Deux yeux sont 
peints à l'avant. On voit sur le château d'ar- 
rière, le disque rouge de la lune ou un dragon 
prenant son vol. Aux jours de fête les pavillons 
chinois flottent à leurs mâts sans vei^ues, et 
ces vieilles diligences maritimes luttant contre 
la vapeur, semblent protester contre un pro- 
grès qui les tue. Elles ne font que le cabotage 
et voyagent avec la mousson favorable. Elles 
portent trois voiles carrées en natte ou en toile 
de coton. Les haubans sont en longs rotins 
flexibles. Elles sont armées de quelques canons 
pour se défendre contre les pirates. 

Pour protéger la navigation, nos bâtiments 
à vapeur croisent fréquemment sur la côte et 
donnent k chasse aux pirates chinois qui in- 



168 COCHIMCniHE FRANÇAISE 

festent le littoral de la haute Coclùncliine. Noua 
yoici à l'angle de la rivière de Saigon ^ ^p 
l'arrojo cltinois, devant les établiss^pient des 
Messageries impériales. A l'angle opposé, gé- 
Aéralement appelé la pointe Lejeune (1), des 
hancs ont été dispoisés sur le bord de l'eau, ef 
les promeneurs viennent le soir y prendre le 
frais et jouir de l'aspect animé des deux ri- 
vières. A rextrémilé de cette pointe s'élève 
.un mât de pavillon, et la direction du port de 
commerce, située tout auprès , signale à toute 
la ville les navires de guerre et de commerce 
et les paquebots- poste annoncés par le télé- 
graphe du cap Saint-Jacques. Là se réunit 
tout le beau monde de Saigon pour entendre la 
musique le lundi et le vendredi à cinq heures 
du soir. 

Les paquebots des Messageries impériales 
mouillent en face de l'hôtel du directeur des 
messageries. Nous entrons dans la rade de 
guerre , et nous mouillons par le travers de la 
rue Cadnat et d'une petite pyramide élevée par 
le commerce à la mémoire de M. Lamaille, lieu- 
tenant de vaisseau , chargé des affaires euro- 

(\) Du nom du capitaine <]« vaisseau , «tmniandanl supirirur de la, 
marine, qui -j éleva un mât de signaux. 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 169 

péennes à Saigon. Sur Tautre rive on voil le 
village de Thu-Thiem , formé d'Annamites ca- 
tholiques qui ont voulu dous suivre quand 
nous avons abandonné Tourane. 

Tx long du rivage se pressent des barques 
cochinchinoises et des pirogues nombreuses. Il 
y a des familles vivant continuellement sur 
l'eau, faisant leur cuisiiie dans tes barques; 
de petits enfants se balancent dans une cor- 
beille suspendue à la voûte du bateau. Le soir, 
toutes ces habitations flottantes sont éclairées, 
cl la rivière est sillonnée de lumières. Des jon- 
ques mandarines, ornées de parasols, de plu- 
mes de paon, de sonnettes, des sampans ins- 
tallés par des Européens pour leur usage , des 
jonques de commerce dont l'avant est peint 
d'une façon uniforme pour une même province, 
bordent les rives. 

Plus loin sont les parcs à charbon. En sui- 
vant la rive droite sont alignés le Duperré, 
vaisseau amiral oii réside le commandant de 
la marine; la Meurlhe, transport transformé 
en ateliers et forges; les bâtiments de la ré- 
serve, les frégates, la Didon, la Persévérante, 
des avisos, des canonnières , des chalonppB 
grises. Le dock flottant en fer étale ses larges 

10 

D,c,l,;cd:t Google 



170 COCHENCHIHE FRANÇAISE 

flancs un peu plus loin. H a été lancé en mai 
1866 sous la direclion du capitaine de vais- 
seau l^jeune, et a fonctionné depuis d'une 
manière satisfaisante. 11 a reçu la frégate la 
Persévérante, le transport l'Orne, puis la Sarlhe 
et d'autres grands bâtiments. Sa construction 
a duré de janvier 1864 à mai 1866. Il a. 
91" 44 de longueur, 21"' 33 de largeur au 
sommet et 13"" 71 de largeur au fond. 

En face du dock se trouve un bassin de ra- 
doub de 72" de long sur 24" de large au ni- 
veau du sol, pour les grandes canonnières et 
les bâtiments calant au plus 4 mètres. Pour 
les petites canonnières il y a encore deux, bas- 
sins de radoub. La construction d'un bassin 
fixe en maçonnerie est reconnue possible au- 
jourd'hui , et sera probablement entreprise 
dans un temps plus ou moins rapproché. 

Le long de la rive s'étendent les magasins 
des subsistances et les ateliers des construc- 
tions navales. 

L'aspect de la ville est bien différent, selon 
qu'on arrive en rade de jour ou de nuit. Dans 
le premier cas, lorsqu'on a dépassé les établis- 
sements (les Messageries impériales, on re- 
marque que les maisons du quai sont peu 

DiMiicdByGoogle 



ET ROTAUUE DE CAMBODGE 171 

considérables, peu oombreuses; que ta ville 
est encore en voie de formalion. 

Sur le quai s'élèvent cependant quelques 
constructions remarquables , le graod hôtel 
Wang-tai, le cercle du commerce, une pagode 
boudbique. La construction des quais se pour^ 
suit lentement. Il est vrai que Saïgon n'a pas 
toutes les ressources de la métropole, et Paris 
n'a pas été bâti en un jour. Un corps de garde 
est disgraeieusemenl planté sur le bord de 
l'eau. Plus loin s'ouTre un grand espace vide 
qui se transforme en rond-point, en square, 
où l'on a déjà placé quelques bancs par anti- 
cipation. Lorsqu'on arrive en rade de nuit, 'la 
grande quantité de lumières qui bordent la ri- 
vière donne une idée beaucoup plus avanta- 
geuse de la viUe. 



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COCHINCHINE FRA>ÇAISE 



Salgop. — IMbarquemeiit. — Pirogoes , coalisa , paniers el voitarcs. 

— Hfllels, — Uoaaaits. — Sapèqoe. — Tille de Saïgon. — 
Tour-dK -l'Horloge et place du Gouïsmement. — Travaux d'as- 
sainissenieut. — Hdpîtal europàm. — Hdpltal annamite. — 
Cimetière. — Rue Isabelle II. — ËUijIissenKnt de la Sainle- 
Enfance. — Éeoles de filles. — Collège d'Adran. ~ Col%e a^ 
interprètes franfus. — Séminaire de la mission. — Couvenl des 
cannélitei. — Ajicieiuie citadelle, — H^asios généraux. — Jar* 
din botaniqoe et loologique — Casernes. — ÉTéché. — Harché, 

— Maille. — Police. — Travaux à eiécutw. 



A peine un navire enire-t-tl en rade de 
Saigon, qu'aussitôt l'on voit accoster une foule 
de petits sampans à deux avirons. On choisit 
l'une de ces pirogues, on y place ses malles et 
le bagage peu pesant, et Ton s'étend sous ta 
voûte eu paille qui doit abriter du soleil ou de 
la pluie. Ces petites barques n'ont pas de gou- 
vernail, et le rameur, qui est debout, la diri^ 
avec son aviron. Une ou deux personnes seu- 
lement peuvent s'y tenir commodément. Le 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 173 

prix d'une course en nide eal au moins de 20 
centimes, sans compter le prix des bagages. 
La nuit, la course coûte au minimum 30 cen- 
times. Les coolies, ou portefaix chinois ou 
annamites, attendent l'arrivée des liagages 
qu'ils transportent dans la ville au moyen da 
eordee et de gros bambous. Quant aux objets 
légers, on n'a qu'à les remettre à de jeunes' 
Annamites, qui les portent dans un panier sur 
leur tête jusqu'à domici^e, d'où est Tenu le 
nom de ■ paniers > que l'on donne k ces pe- 
tits indigènes. Si l'on préfère être durement 
eahoté, 

Sur la élfoiti couttiru d'un char numirolè, 

on trouve à proximité du quai des voitures 
semblables à celles qu'à Singapore on appelle 
palanquins : caisses bruyantes , étouffantes, 
attelées de haridelles, conduites par un saïs 
indien qui court à côté du cheval eo le tenant 
par la bride et en l'excitant à coups de fouet. 

Le tarif de ces voitures est de 2 francs la 
première heure, 1 fr. 50 la course, et 1 piastre 
et demie ou 9 francs pour la journée. 

11 y a à Saïgon plusieurs h6tels sur le quai 
et dans la rue Catinat, mais on n'y trouve pas 

10. 

. - DiMiicdByGoogle 



174 COCHINCHINE FRANÇAISE 

encore les ÏDstallatioDS désirables. On y est 
servi à table d'bôte. Un restaurateur est égale- 
ment établi sur le quai. Les déjeuners coûtent 
1 piastre, et les dîners 1 piastre 25 , y com- 
pris le vin. 

Les monnaies dont l'usage est le plus géné- 
ral en Cochinchine sont la piastre mexicaine, 
dont le poids est de 26 grammes 94 centi- 
grammes, et la valeur de 5 fr. 37 c, à 6 fr. 
30 c., selon le cours du change. 

Le taux officiel actuel fixé par le Gouveme- 
meot est de 5 fr. 55 c. Les piastres marquées 
en Chine (cbop dollars) comme de bon aloi su- 
bissent à Saïgon une grosse perte ainsi que les 
piastres à colonnes. Toutes deux étaient pri- 
mées ou recherchées autrefois. Dans les mai- 
sons chinoises il y a des compradors chinois 
aussi habiles à découvrir les fausses pièces que 
leurs compatriotes sont habiles à les fabriquer. 

La piastre se divise- en cent parties appelées 
cents (prononcez cints), division nominale en 
Cochinchine et effectivement représentée par 
les cents anglais dans les possessions anglaises. 

Les Annamites se servent dans les transac- 
tions commerciales du nen ou barre d'argent 
valant 15 à 1S piastres. C'est un lingot ayant 

D,M,IcdB,GOOglC. 



ET ROYAUHE DE CAMBODGE 175 

la fonne d'un parallélipipède dont une face est 
concave et l'autre convexe. Il vaut de 80 à 
•100 francs. Les lingots annamites, au-dessous 
ou au-dessus de cette valeur, sont fort rares , 
en ce sens qu'ils restent entre les mains du gou- 
Temement annamite. L'or entre fort peu dans 
la circulation. La pièce française de 5 francs 
en argent n'est pas non plus en faveur. Les 
monnaies françaises d'agent subissent un dé- 
chet considérable lorsqu'on veut les changer 
pour des sapèques. Ainsi les Annamites n'éva- 
luent le franc au change qu'à 8 tiens de sapè- 
ques ou 80 centimes , le tien étant de 1 cen- 
times, tandis qu'au contraire la piastre obtient 
un change avantageux. 

La sapèque chinoise li (en anglais cash) est 
seulement employée dans les maisons de jeu , 
mais non en paiement. 1000 li = 1 liang = 
un tafil d'argent = 7 fr. 50. Cette monnaie 
n'a pas cours en Gochinchine. Nous la citons, 
parce qu'on en parle souvent dans les affaires 
qui se traitent avec la Chine. 

La sapèque annamite est un disque de zinc, 
percé à son centre d'un trou carré et portant 
sur l'une des faces le chiffre du règne sous 
lequel il a été fondu. 600 de ces disques 

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176 COCHINCHIME FRANÇAISE 

enfilés ensemble forment une liffOttKre {quan 
tien) on cliapelet valant 1 franc. 

Cfeaqae ligature se divise en 10 tiens de 
60 sapèques chaque. On appelle gueuse de sa- 
pèqucB l'aMWnblage de 10 ligatures. Cette 
mMinaie, digne de Lycurgue, est lourde et gê- 
nante à porter. L'adjudication de la fourniture 
de sapèques en pays annamite se fait au nom- 
bre et non au poids. De là, pour ne pas faire 
mentir le dicton : < Non ponderantur sed nu- 
merantnr, » une fabrication mauvaise et un 
allsage très-cassant. Dans les transports, les li- 
gatures rompent, les disques se défilent, et l'on 
. a à subir des pertes considérables. Les sapè- 
ques sont devenues plus rares, mais les Anna- 
mites les prirent toujours à la monnaie de 
cuivre et d'argent, surtout sur les marchés de 
l'intérieur. L'introduction des monnaies fran- 
çaises , nécessaires du reste en pays français, 
était un bien pour la population européenne , 
qui ne pouvait s'astreindre à l'emploi des sa- 
pèques dans les aehata ou paiements journa- 
liers. Dana les premiers temps de l'oecupattoD 
on faisait de la monnaie en coupant des pias- 
tres en denx, en quatre ou en huit. Pour l'An- 
namite qui vit de peu , la sapèque est de la 

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ET SOVAUHE DE CAHItODGE 177 

plus grande utilité. Il peut ainsi se procurer 
des choses valant moins d'un centime, ou 
payer par sixième, par quart ou par moitié de 
centime, telles que des noix d'arec, des feuilles 
de bét«l , des cigarettes de tabac, une tasse de 
thé, une tranche d'ananas, un quartier d'o- 
range, de jacquier, un fragment de canne à 
sucre , une cuillerée de mam , un morceau de 
poisson, un chapeau en feuilles de palmier, etc. 

La ville de Saigon est renfermée dans un 
carré formé par la rivière de Saigon comme 
base , l'arroyo chinois à gauche (sud) l'arroyo de 
l'avalanche à droite (nord), et le canal do cein- 
ture qui fait communiquer ces deux arroyoa. 
Saïgon était le nom donné par les Annamites 
au marché chinois, qu'on appelle aujourd'hui 
Cholen (Cho-lonj, et qui était établi sur les 
bords du vam ben nge (arroyo chinois). 

Les Français ont improprement appliqué ce 
nom au Saigon actuel, que les Annamites dé- 
signent par les noms de Ben nghé ou de Ben 
thanh , selon qu'il est question de la partie 
voisine de l'arroyo chinois (rach ben nge), ou de 
la partie voisine et en deçà de l'arroyo de l'a- 
valanche , où se trouve l'ancienne citadelle 
(thanh). 

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178 COCHINCHINE FRANÇAISE 

Si l'on prend la rue Catinat, perpendicu- 
laire à la rivière de Saigon , à peu près au mi- 
lieu de la ville et en face du monument La- 
maille, on arrive sur la place du GouTerne- 
ment. 

Une pyramide quadrangulaire cache sous 
une forme lourde et disgracieuse un chef- 
d'œuvre de charpente intérieure; c'est la tour 
de l'horlf^e. Autour de cette place sont grou- 
pés : La direction de l'intérieur, les hureaui 
du télégraphe, le Trésor et les postes, la rési- 
dence du commissaire en chef, du comman- 
dant des troupes, la majorité générale, les dé- 
pendances de l'hôtel du Gouvernement, de l'hy- 
drographie et de l'Ohservaloire. 

Le 23 février 1868, Tainiral gouverneur et 
commandant en chef, M. de la Grandière, a 
posé solennellement la première pierre du nou- 
veau palais du Gouvernement, dont l'emplace- 
ment est à l'angle de la route de la ville chi- 
noise et du houlevard. 

Avant d'entrer sur la place du Gouvernement, 
on tombe sur le boulevard du gouverneur ; 
grande et belle voie ouverte sous l'administra- 
tion de l'amiral de la Grandière. Elle est plan- 
tée de tamariniers et élevée sur les fossés larges 

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ET ROYAUME DE CAHBODGE 170 

et marécageux qui défeadaieat l'ancien Saïgon. 
C'est au génie maritime que l'on doit l'exécu- 
tion de ces grands travaux , la création do 
cette voie, le niTetlement de ce plateau pour 
l'écoulement des eaux et l'assainissement de 
la ville, ainsi que le percement du petit canal 
allant de l'arroyo chinois à l'arroyo de l'ava- 
lanche, parallèlement au boulevard du gouver- 
neur, recevant les eaux du plateau supérieur 
et desséchant le bas-fond qu'il parcourt. Ce 
but étant atteint, il serait à désirer que ce ca- 
nal fût comblé ou creusé plus profondément. 
En tout cas, cette opération ne peut venir qu'a- 
près celle du grand canal , grande artère per- 
pendiculaire à la rivière de Saïgon, station des 
barques approvisionnant le marché, impasse 
où monte la marée deux fois par jour, vérita- 
ble bassin dont le dragage a une grande im- 
portance pour les riverains et les commer- 
çants. £n suivant le boulevard dn gouverneur, 
nous passons devant l'hôpital. On dit que pour 
{oader une colonie les Anglais commencent 
par une bourse, les Espagnols par une^lise, 
les Français par un café. Le premier établis- 
seisentde Saïgon a été un hôpital pour les ma- 
^^g et )es blessés du corps expéditionnaire. 

^izcjî.Googlc 



180 COCHI^CIIINE FRANÇAISE 

L'amiral Bonard n'était pas logé, que déjà 
s'élevaient de vastes salles bien aérées, sur un 
emplacement bien choisi. Le journal de Sin- 
gapore (Free press) signalait ainsi ce fait en 
1861 : c Malgré le voisinage de l'ennemi , les 
Français ont réussi , la bêche et la truelle 
d'une main, et le sabre ou la carabine de l'au- 
tre, à bâtir des hôpitaux pour plusieurs centai- 
nes de malades et à créer plusieurs milles 
d'excellentes routes. » L'ensemble de ces cons- 
tructions a été complété depuis , et l'hôpital 
de Saigon a pu suffire au\ besoins les plus 
pressants. Des salles sont réservées aux officiers 
malades , et le gouverneur y autorise même 
l'admission des particuliers à leurs frais. 

M*' Lefebvre, évêque d'IsauropoUs, consti- 
tuait en même temps un hôpital annamite, 
que le Gouvernement a pris depuis à sa charge 
et établi sur des bases plus larges. Cet établis- 
sement coûte en effet à la colonie près de 48 ,000 
francs par an. 

Le cimetière européen est situé près du vil- 
lage de Fhu-hoa, route du troisième pont de 
l'avalanche. 

Les Espagnols, of&ciera et soldats, qui ont 
laissé dans la colonie de si brillants souvenirs 

D,c,l,;cd:t Google 



ET nOTÀDME DE CJOlBODfiE 181 

06 valeur «t de eourtoisie, avaient conalrait nn 
grand camp de baxaqoes ea bois, le long duquel 
ils ouvrirent la me Isabelle 11, une des pre- 
tnîères, des plus longues et des filus bdics de 
Saigon. Une poudrière en pierre , près du telle - 
graphe actnd, avait été élevée par leurs soinB 
et a été supprimée depnis. 
■ Le boulevard du Gwuvemeur nous conduit 
directement à la Sainte-Enfance, b&liment dft 
style mélangé, ornemeoté dans le goût indi- 
gène et flanqné d'ane chapelle gothique, cotw- 
truite par un architecte annamite. On en voit 
de loin le gracieux clocher. 

L'Ëtat a créé cent bouracs pour des petites 
TiUea qui sont élevées et instruites -à la Bainle- 
£nfance par les sœurs de Saint-Paul de Char 
1res. 

Le «ollége des Frères de la Doctrine chré- 
tienne se trouve un peu plus loin et rend de 
grands services en apprenant exclitsivement 
le français aux Jeunes indigènes «t en leur 
donnant quelques notions sor les applications 
les pIiN usuelles 'de la scienoe, aux arts et h 
l'industrie. Ce collège porte le nom >de collège 
d'Adran, en souvenir de l'illustre éVèque d'A.- 
dran. L'État l'a doté de cent bourses pour les 



183 . COCHINCHINE FRANÇAISE 

jeunes Annamites, ûls de fonctionnaires du 
GouTeroBDient ou de gens recommandâmes par 
leur probité et leur dévouement à la France. 
Les orphelins , des eafants dont l'intelligence 
promet de bons résultats , y sont admis sans 
distinction de religion. Le collège des inter- 
prètes français est dirigé par un Annamite 
très distingué, M. Fetrus tm'ong vinli ky ; dis. 
aspirants interprètes français y poursuivent 
l'étude de l'annamit*, et sont reçus interprètes 
après un eiamen passé par-devant une commis- 
sion. Ce collège fait partie de l'institution mu- 
nicipale de Saïgon. 

Le séminaire de la mission est un peu plus 
haut. La langue française est enseignée aux 
élèves des classes élevées. Cet établissement a 
une belle façade qui frappe les regards. 11 est 
entouré d'un grand jardin et situé sur un ter- 
rain relevé. Decetendroit on découvre la rade, 
la plaine derrière Thu-tbiem, les montagnes 
de Bienhoa et de Cau thi vay. 

£n face est un couvent de Carmélites «uro- 
péennes et indigènes. Nous ignorons les raisons 
pour lesquelles ces religieuses, qui vivent en 
France complètement cloîtrées, ont été appelées 
en Cochincbine pour y subir à perpétuité la 

D,c,l,;cd:t Google 



ET ROTADHE DB CUIBODGE 183 

même réclusion aous an climat des plus éner^ 
vantB. 

Sur le haut du plateau est l'ancienne cita- 
delle annamite dont les fortifications ont été 
restaurées. Les magasins généraux du gouver- 
nement où a lieu l'exposition annuelle sont 
rapprochés de l'arroyo de l'avalanche. Sur les 
bords de cette petite rivière est le jardin bota- 
nique et zoologique. Déjà ce jardin s'est géné- 
reusement dépouillé pour la France des richesses 
qu'il possédait. On y a installé des enclos 
où jouissent d'une apparence de liberté des 
animaux et des oiseaux rares. Cet arrangement 
non-seutement fournit à l'étude de plus grands 
moyens d'observation, mais n'a pas l'aspect 
répugnant des musées de squelettes et de mo- 
mies qui n'offrent de tolérable à la vue que 
les oiseaux empaillés. Les jardins d'acclimata- 
tion pour les animaux et pour les plantes sont 
un grand progrès accompli et dont bénéficieront 
à la fois bètes et gens. Je m'étonne que cette 
amélioration n'ait pas été proposée par le bon 
Lafontaine qui savait si bien faire parler les 
bétes. 

Eu descendant, passons devant la direction 
et les établissements de l'artillerie. 

.lzc.J;.G00glc 



ISi GOOHINOIDtE FIUNÇAfSB 

Les «asernes d'infanterie «ont ffltnéM «h 
haut de la rue impériale ; d'un côté le cÀtap 
iodigène, et de l'&utre le camp des letttéB. 

Sur la Tïve droite du giWid caasl b'^tc ià 
cathédrale. 

L'évêcfaé est eott^ la rue d'Adnm et la me. 
de rimpératrice. 

Sur le boi-d du grand caiial s'étead le «a)*' 
ché qui est fort bien approriaionné, et où l'aa 
trouve èa tout temps des légumes frais. Ici 
c'est uo Chinois qui fabrique devant vous ses 
saucisses; là nn confiseur en plein vent; plus 
loin une vieiUe annamite fait des crêpes ou riz 
et à la p»tache, saupoudrées de eassonnade. 
Au coin sont les changeurs avec lears piles de 
ïBoamàes et leurs ligatores do sapèqUes; sons 
les hangars s'alignent les étalages des mar- 
cjianda et des inarchandes. Les marcbandises 
les plus variées de provenance mdigèDe , chi- 
noise on enropéenne o£Erent le choix à la foule 
qui encombre tes allées. 

Le bureau municipal ou mairie se troove aa 
haut de la rue Catinat. Les membres dil con- 
seil municipal doivent être choisis dans toutes 
les classes de la société tant asiatique qu'eu- 
ropéenne, et daot tontes les aatioBslités. 

oogk 



El BOfUnE n- CAHMME 185 

Il y a à Saïgon ud commissaire de police 
dans chacun des deux arrondissements. La po- 
lice (giam tbanh) est faite par la gendarme- 
rie, par des agents de police européens, des 
gardes malabars et des matas ou ^rdes de 
police anoamites. Eu cotre des patrouilles mi- 
litaires ont lieu chaque nuit, et des postes mili- 
taire^ ^rdeot IftB alentours, d» la ville.. 

Mes des traraux sont encore à exécuter ou 
en cpjics d*eïécutîoa , dans la nouinelle ville 
de SaïgOQ et dau» les provtnees. A Saigon, Ta- 
chèvement des rues, la pose des ponts, ta coos- 
tructiiOB dapalaiaduiGoaireriwBMiitr d'iui.oot- 
lége, ^UQ trïbuital', cTiine mairie, de caser- 
nes,, etc., etc., ofireoi. bien des élémenta à 
l'aetivilé et à l'iodueUne européeimeB. 

On peut se procurer chez un photographe , 
à SalgoD, des vues, de lai ville et- des- eavinoas , 
el des t^pes indigènes, te plan de la ville 
a été dcesBé par l'administration des. ponts et 
cibulusséea. 



By Google 



COCHINCHIKE FRANÇAISE 



Port de Salpni. — Valmir des tnnsutions et mmiTeiBent des na- 
vins en 1860, an 1866, en 1866, en 1866-1867. — Cabol^ 
annUgeui. — Remorquage i «apeut. — Prix d'entrée dans le 
dock. ~ Chunbre de conunerce. — Trésorerie. — Comploir 
d'esCDmpte. — Journaux. — Comité agricole et laduetriel. — 
Eipoaitioa des produits. — TéUgrapUe.— Son impMttnce pmr 
la marine marchande. ~ Tarif des dépêches. — Télégraphe 
d'Earope k Salgoo , voie de terre. — Télégraphe d'Europe ea 
Chine. — Télégr^e d'Europe an Cochiachine et eu Oûne , voie 
soua-mailiie, — ÉtaUisaemtnt des Heesageriea iiiq)ériales. — 
Conmlatg. — Saigon , centre commercial. ~ Port d'Hatien. ~ 
Port de Rachgia. — Ite de Pbu-Quoc. — Agricultare. — Ventes 
et concessioDi de terraina. — Culture du riz. — Le ancre. — Le 
coton, — Aréiiuiera. — Cocotiers. — Fabrication d'huile. — Le 
tabac. ■» Bols de construction. — Ortie de Chine. — Mûriers. — 
Indigo — Mais. — 1^. — Pirivre. — Le hlé. — Voies ourertes 
A riuditslrie européenne. — Poisson salé du grand lac. — Com- 
merce des Mois. — Commerce d'&haages. — Ntessité d'un capital 
de première mise. — Salaud. — Induslries et objets d'art. — 
Orfflïrerie. — locrualatioos. ~ Fonderie». ~ Sculpture. — Peni- 
ture. — Imprimerie, — Scieries, — Résumé. — Poids et mesures. 



Le port marchand de Saigon a été ouvert la 
22 février 1860. C'est un port franc pour tou- 
tes marchandises à l'importation comme à l'ei- 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 187 

portation, et les navirea chargés n'ont à payer 
qu'uD droit Qxe et unique de 2 francs par ton- 
neau de jauge, représentant les droitsde phare, 
balisage, quai, police et ancrage. 

Antérieurement à cette époque, le total des 
importations et exportations de laCochinchine 
ne dépassait guère cinq millions de francs 
par an. 

Les navires ou jonques indigènes ne faisaient 
que le cabotage entre Hué, Tourane, Saigon, 
Hatien. Quelques navires européens, des jon- 
ques chinoises, siamoises, échangeaient dans 
ces ports leur cargaison contre les produits 
cochinchinois qu'ils portaient à Slngapore, à 
Canton, à Batavia ou au Siam. Le total des 
importations et exportations , seulement pour 
les trois premières provinces françaises, avec 
tous les ports, avait déjà atteint, en 1865, 
près de 35 millions de francs, dont 10 millions 
et demi de riz et 3 millions de coton à l'ex- 
portation. H était entré à Saigon, dans le cours 
de l'année , 254 navires européens , dont 92 
français, et 5,628 barques ou jonques. H en 
était sorti 272 navires et 5,509 barques. Du 
l" octobre 1865 au 1" octobre 1866, il est 
entré 348 navires européens, dont 89 fran- 

D,clzc.J;.G00glc 



f88 COCBIHGHHÏB FIUWÇAISR 

^U, jauge«at pUs de 63^000 iMneaux, et 
1 1 9 aavirea anglais , ne jaugeaat que 44,637 
tonneaux. 

Les importatims par navires européens et 
jonques annamites ont été de 39 millions et 
(terni, et les exportations de 39^00,000 
fruics, sans tenir ccaapte da commoxie avee 
nos trois nouvelles provinces de l'ouest et le 
Cambodge. 

Le total des importations et exportations par 
navires eun^fiéeas et jonques annamite^ a éié 
de T8,S31 ,575 (hinos, près de 79 millùmk 

Du 1* octobre 1866 au 1« oeUAive 4S67 il 
est entré 439 navires européens, dont 9S traor 
çaàs, jaugeant 68,734 tonneanx. 

Les Daviies ang^s entrés sont «i nomlwe â» 
1 42, mais leur tonnage est seulement de 57,748 
tpnnaaux. Les importations par navires euso' 
péeoB ttntété de 189,713 tonnûaus, etptrjonr 
ques de 70,965 uinneaux, donnant une valeur 
totale de 29,606,285 francs. Les etporCafti^e^ 
pnr navires enropéens ont été do 1 90^^ tCNDtr 
neat|x, et par jpnques de 64,667 Unateawft 
tof^uxi une valeur totale de 34^0,57,3âi 
fçaiKs et portant le, mouvement commentia^à 
63,663,636 tu. LaidioùnuiieD qm^ l'oii rosw^ 

[Mzcjî.Googlc 



ET ftOVAUHE DE CAMBODGE 189 

que sur les chiffres de ^ 866 Tient de la baisse 
des prix du riz el de l'arrêt momentané que . 
rinsurrectioD du Cambodge a mis à l'exporta- 
tion de l'ivoire et de l'écaillé qui figuraient pour 
10 millions l'année dernière. Les approvisionne- 
ments de nos troupes et de la marine ne sont 
pas compris dans cet exposé. On voit en même 
temps combien notre établissement de Saïgon 
a donné d'impulsion à notre marine mar- 
chande , dans ces parages où nos navires pa- 
raissaient si rarement il ; a une douzaine 
d'années. 

C'est là un résultat bien frappant et bien 
éloquent pour une colonie qui ne compte pas 
encore sept ans d'existence. La possession 
des riches provinces occidentales ne peut man- 
quer d'accroître considérablement ces chiffres 
dans les années qiti vont suivre. Les navires 
européens , plus rapides , plus sûrs, pouvant 
être assurés ainsi que leur cargaison, sont plus 
avantageux que les jonques chinoises; aussi 
trouvent-ils de grands bénéfices à faire le ca- 
botage enire Saïgon el les ports de Chine, du 
Siam, de Singapore, de Java, des Moluques, 
des Philippines, etc. Les navires qui ne jau- 
gent qu'environ 200 à 300 tonneaus trouvent 
itîooglc 



190 COCflUffiHIHE FRAHÇAISB 

pjus prompteneat et plus avaatageoaement que 
les gros bàtimeats de 800 à 1 000 tooneaus de», 
chargements pour ces diverses destiaalions. 

Le serTÎce de remorquage à vapeur dana U, 
rivière de Saïgon a été^Iait Buccessivemeot par 
]eShamroc&, petit vapeur de l'Ëtai, par le Wior- 
koff, et enfin par le Povierful; ces deuix der- 
niers navirea a[4>artieoaiBBt à uoe entr^tvwei 
particulière. 

Le prix d'eoirée des navire^ da^ia le dçGJk, 
flottant est de 1 fr. là *• Tjfff tonneau(, et Itfi 
prix du séjour est de 56 centimes par joiirat^. 
et par tonneau. 

IjCs intérêts du commerce ont pour prootâ- 
teura une chambre et un tr^mnal de eoB^ 
merce, la trésorerie qui délivre des traites U 
vue sur le trésor public, les bavques, un 
comptoir d'escompte , succursale de celui de 
Hong-Kong, un Journal ofBeiel, le CosrrMr 
de Saigon, qui donne deux fois par mois 1» 
cours des mardiaudises, le taux du fret, lea 
chiffres des entrées et sorties, le mouvrasent. 
des navires et le prix des douées sur les diwvs 
marchés de la colonie et des pays veisibs ; nA 
journal hebdomadûre, feuUte d'avis «t, bïill»* 
tin comoia:^^ mi-fortie «n fnwça)% m^pu> 



lie en aurais, âooaant les noQvdles d'Eu- 
rope, des mers de Chiae et le- cours des mar' 
ekés. 

On comité agrioote et indUBteic4 a été inslitaé 
pour isder au développement de l'agriculture, 
del'indnstna et des arts. Chaque aunée, dans 
Ies'{Hreinîeiis:jiaor8 de îévu't&e,, uaeexposUien a 
lifu, où IsB progrds accomplis se monifesteot 
et des encouvageBients mni distribués aux exs- 
posants. En6D, le télégraphe électrique rend 
lis plua gvands' services, noa-seulemeat dans 
l6a,afaireB du gBovarnemefit, maïs «leoiie aUS 
uégociaDts qui ont des relatioue coamereialês' 
dïtBBl!ititàrieurdii pays, et SQrtout aux naripes 
qui visnnsnt ahencber- du fret. Ce» naTii<e9- 
raouiUent au. cap Saint- Jacques, prévienoent 
leur omsîgnataire. de icar arrivée et ne mony- 
teot iiSaïgpn que- lorsque letH" cbai^ement> est 
aasucé'ou prêt à embarquer. l>e lâ économie de- 
temps et d'ai^ent et sûreté d'opération. 

En oe oioment les dépêches de Parle en 
Gouhinchine et vice venâ ne peut^nt être' 
transmises pac les> fil» éleotriqucs qtie jusqu'à 
Pointe- de- GaUe. Da- là- elles sont expédiées 
par la poste , moyennant 1 frv 60 c. de frais 
de. ohargeipeat jusqu'à destination. Noue aroBS' 

OOg If 



192 COCHINGHIHS FRANÇAISE 

indiqué le prix d'une dépèche de Paris à 
Pointe-de-Galle. 

Une mission télégraphique française, en- 
voyée en Cochiocbine, sur la demande du mi- 
nistère de la marine, par M. le vicomte de 
Vougy, directeur général de l'administration 
des lignes télégraphiques, a inauguré la pre-' 
mière ligne électrique cochinchinoise le 27 
mars 1862, trois mois après la prise de Bieu- 
hoa. 

Le tarif des dépèches avait été iixé au début 
à une piastre (5 fr. 55 c). Les recettes dé 1 862 
furent de 160 francs. 

Eu 1866, malgré la réduction des taxes à 
2 francs, qui avait eu lieu l'année précédente, 
les recettes s'élevèrent à 6,000 francs, et les 
prévisions pour 1 868 sont de 1 5,000 francs ; 
C'est dire que l'augmentation du produit de 
la télégraphie privée a été en raison dfrecte du 
développement du commerce. A Saigon, deux 
bureaux sont ouverts à la correspondance pri- 
vée : l'un sur la place de l'Horloge, l'autre 
sur le quai, à la Direction du port de com- 
merce, he tarif est le même qu'en France. Une 
dépêche de 20 mots coûte 1 franc de Saïgon 
à Cholen {ville chinoise), et 2 francs pour tous 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 193 

les autres pointa de la Cocbinchine. Il y a 20 
bureaux télégraphiqucB dans les quatre pro- 
TÏnces de Saïgon, Bienboa, Mitho et Vioh- 
Long. Le réseau électrique, qui comprend ac- 
tuellement près de 600 kilomètres, et arrive en 
ce môniéDt jusqu'à Cbaudoc, cbef-lieu de la 
province de ce nom, sera complété dans toute 
l'étendue du territoire. 

Le lét^raphe des Indes anglaises va jus- 
qu'à Rangoon, et l'on travaille en ce moment 
à le prolonger jusqu'à Bangkok et Sîngapope, 
qui vont se trouver ainsi reliées à l'Europe. 
C'est à la France, ce semble, qu'il appartient 
de continuer cette ligne télégraphique de Bang- 
kok (Siam), à travers la province de Battan- 
baog jusqu'à Pbnôm-pénh, capitale du Cam- 
bodge, pays placé sous notre protectorat et qui 
n'a d'autres débouchés que nos marchés. 

De Fhnôm-pénh à Chaudoc, chef-lieu de 
l'une de nos provinces de l'ouest, il n'y a 
qu'une très faible distance. Notre colonie serait 
ainsi rattachée étroitemuit à la métropole et 
aux ports les plus commerçants et les plus 
importants de la route de Chine : Singapore, 
Bangkok, Rangoon, Calcutta, Ceylan, Bata- 
via, etc. La communication électrique entre 

D,c,l,;cd:t Google 



194 CQCBINCHWE HIANÇAISB 

SÎBgapon,. Batavia et lee îles de la Swide par 
un càbJe sous-marlD, sera rétablie et s'éten- 
dra par Java et Port-Dianiaon jusqu'à l'Au^ 
tndie. 

Quant i l'établisiem^t d'un télégraphe: en 
Chine, on sait que tea Russes sont en ioataveei 
depuis plusieurs années auprès de ïa. cour de- 
Pékin pour obtenir l'autorisation de ctmtinuw 
la ligne télégraphique d'irkutak à la eapiule 
de la Chine. 

La chaoïbre de commfirce de Hon^Kong a 
Bollicité au commencement de tS&7 une seatr 
blabte autcoisatioa, pour un télégraphe de. 
Hong-Kong à Canton, qui aenùt ponrsuiTÎ 
plus tard jusqu'à Shanghaï et Pékin. 

Enfin, en août i 866, une députation de plu- 
sieurs chambres de commerce anglaises et de 
membres du parlement a soumis au gonveme- 
ment anglais un projet de télégraphe et de che- 
min de fer de Rangoon jusque dans la Chine 
occidentale, par Âva et Bamô, et en février 
4867 une mission anglaise a commencé les 
travaux d'exploration ; mais ces divers projets 
ne pourront être mis en exécution tant que le 
gouvernement chinois y mettra opposition. Or, 
il ne paraît pas disposé à aecueillir ces diven^ 



ET BOVADIIE DE CAMBODGE 195 

projets do constructioQS télégraphiques dans 
l'iatérîeur de l'empire. 

Nous avons rappelé pour mémoire ces ré- 
centes «t diverses tentatives. On voit qu'elles. 
oDt échoué, quant à la construction de ligne» 
électriques terrestres dans l'intérieur du pays.. 
La question importante est de lalre communi- 
quer les principaux points de la Chine et de 
la Cochiuchiae ave« l'Europe. Sa solution pra- 
tique paraîtrait donc fort éloignée encore, si 
nous ne noua hâtions de dire pour conclusion 
qu'une Compagnie américaine a obtenu en juin 
1867 l'autorisation de relier les divers ports 
de la Chine par des câbles immergés le long 
de la code, et l'opération a commencé en sep- 
tem<bre 1867 entre Hong-Kong et Shanghaï. 
En outre, une grande Compagnie anglaise se 
prépare à jeter des câbles le long du littoral, 
depuis Singapore jusqu'à Hong-Kong en pes^ 
sant par Hatien, Saïgon et le cap Saint-Jacques, 
ce qui compléterait la grande ligne électritpie 
d'Europe en Chine. Ce projet offre à notre co- 
lonie tous les avantages désirables en lui évi- 
tant bien des charges. 

Une agence prindpale des Messageries im- 
périales a été établie à Sa'igon, qui doit être la 

■ooglc 



196 COCHINCHINE FRANÇAISE 

tête de ligne de ces paquebots. C'est dans cette 
conviction que Ift gouvernement a subventionné 
cet important service maritime et que la Com- 
pagnie de son côté a construit à Saigon des éta- 
blissements destinés à servir d'atelîers, de chan- 
tiers, de magasins. 11 est vivement regrettable 
de les voir en grande partie abandonnés et dé- 
serts, et leur existence compromise. 

Le consul d'Espagne est M. Ozorès, celui 
de Hollande M. Stadniski, celui de la confé- 
dération de l'Allemagne du Nord, M. Nieder- 
berger. 

Le nombre de navires anglais qui fréquen- 
tent notre port étant considérable (119 navires 
du 1" octobre 1865 au 1" octobre 1866), il y 
a lieu de croire que l'Angleterre ne tardera pas 
à y envoyer également un représentant. 

A Singapore vient aboutir et se concentrer 
tout le commerce de la Birmanie, du Pégu, 
d'Aracan et des régions voisines. 

Les produits du Cambodge, du Laos, de la 
Haute-Cochinchine, du Tongquin doivent for- 
cément avoir Saïgon pour entrepôt général. 
Dès l'occupation d'Hatien par les Français, le 
gouvernement siamois a manifesté officielle- 
ment l'intention de reprendre les relations 

«'«le 



ET HOTACHE DG CUIBODCG i97 

commerciales que les prohibitions des autori- 
tés aiuiaraites avaient interrompues. 

Le port d'HatieD est sur le golfe âe Siam. 
Une eeutaioe de jonques de mer reuaut de 
Bangkok le fréquentent chaque année. Comme 
ce port a peu de fond, il n'est accessible qu'aux 
navires d'un &ihle tonnage, de 1 80 à 200 ton- 
neaux ; en outre, il n'est pas abrité pendant la 
mousson de S.>0. Ge port et celui de Rach-gia, 
ouverts au mois d'octobre 1867, sont soQmîs 
aux mSmes droits que le port de Saïgon. 

Rach-gia est une baie un peu au-dessous 
d'Hatien et dans le voisinage de laquelle on 
trouve une pq)ulation très mélangée, de 8 à 
9,000 habitants. Ce port fait le commerce du 
riz, de la soie, du poisson sec, nattes 6nes, 
grands év«ilaiLs en plumes, nids d'hirondelles, 
de la cire, du miel, etc., etc., principalement 
avec Compot 

En face est l'île de Phu-quoc, explorée par 
l'Alom-pra en août 1 867, où il existait, paratt- 
il, des mines de charbon, autrefois l'objet 
d'une exploitation défectueuse. 

l'ji juillet 1867, une grande société au eapi* 
tal de soixante millions, s'est constituée en 
France avec l'appui du gouvernement pour 

.lzc.J;.G00glc 



198 COCHINCHINE FRANÇAISE 

donner à notre commerce d'exportation et 
d'importation le plus puissant essort, et pour 
ouvrir des débouchés à nos produits dans les 
régions de l'extrême Orient, où l'Angleterre a 
exercé jusqu'ici un monopole à peu près ab- 
solu. Les efforts de cette société se porteront 
indubitablement vers la Cochinchine française, 
qui offre une large voie d'écoulement à nos 
produits et tant d'aliments à nos marchés. 

Nos trois provinces de l'Est ont une surface 
de 2,238,000 hectares, dont 128,^41 cultivés 
en riz. Les trois provinces occidentales ont 
96,437 hectares de rizières, ce qui donnait 
déjà, en 4865, un total de 224,578 hectares 
de rizières, tandis que dans nos établissements 
del'lnde on n'en compte que 16,097! Tous les 
jours de nouvelles rizières sont créées en Co- 
chinchine. 11 reste d'ailleurs une étendue con- 
sidérable de terres abandonnées et autrefois 
cultivées, qui n'attendent que la semence pour 
produire et un maître pour récolter. 

L'agriculture fera la richesse et la grandeur 
de notre colonie. Les indigènes, les Européens, 
les Chinois ne laisseront pas longtemps sans 
les défricher les immenses terrains cultivables 
oflerts à leur activité. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 199 

Les terrains ruraux sont vendus à si bon 
marché par l'Elat que ces ventes sont plutôt 
des concessions. Si l'acheteur n'a même pas 
de quoi payer un terrain vendu à bas prix avec 
de faciles conditions de paiement, comment 
l'État s'assurera-t-il qu'il possède les fonds 
nécessaires aux trois premières années d'ex- 
ploitation, lesquelles sont peu ou point pro- 
ductives, mais aussi sont exemptes d'imp6t. 

Un hectare de rizières coûte de 150 à 250 
francs. S'il s'agit d'un terrain en friches, le 
prix d'achat est en moyenne 1 francs l'hec- 
tare. Il faut y ajouter une somme de 250 francs 
par hectare pour le défrichement. 

Au bout de trois ans, ce terrain rapporte 
30 pour cent, et son produit s'élève ensuite en 
moyenne à 50 pour cent. L'impôt à payer par 
hectare de rizières de première qualité est de 
^^ fp. 60 c. C'est une culture très-rémunéra- 
trice; mais les Européens qui s'y livrent ont à 
s'attacher surtout à l'amélioration des procédés 
d'irrigation, de fumure, de récolle, de battage 
du grain. On obtient facilement deux récoltes 
par an. Le riz est le principal aliment de pres- 
que tous les peuples de l'Asie. La consomma- 
tion locale pour nos six provinces est d'envi- 

[,Mzc.J;.G00glc 



3ÔU CeCHINGBlIltE FftiUÏÇMSE 

ron SO millions. Le riz constitue en outre la 
branche la plus importante du commeree d'ex- 
portation, et ncm-seuleaaent des navires char- 
gent pour les ports de lindo-Chine et de £a 
Chine, mats encore pour le Japon, l'Âustraliâ, 
le Siam, Maurice, la RéuaioD, la GuadelDupe^ 
le Krésil, l'Angleterre, la France, Brème et 
Hamboui^. Les exportations de riz par navire 
au long cours du 1« octobre 1865 au 1" oc- 
tobre 1866 ont monté à 18,260,320 francs, et 
du i*" octobre 1866 au 1" octobre 186T à 
192,997 tonneaux, valant 24,098,273 fraBce. 
Dans le commerce, les achats se font par 
picul, et l'on évalue à Saïgon le picul à 60 ki- 
lo^-ammes. A Singapore, le picut est égal à 
1 00 catties ou 1 33 livres et demie anfi^aiaes (f ). 
A Hué, il vaut un peu plus, celui de Saigon 
eat le plus fort. En Chine, le catty ou livre 
est de 620 grammes. Le riz non décortiqué 
(paddy en javanais, palài eo. manillais) rend la 
moitié de son volume en riz blanc. Le prix 
moyen du picul de riz est de 10 francs, et du 
picul de paddy 5 fr. 50 c. En 1851, ua pioul 
de riz se vendait 7 ttejocs. Il est tooibé en 1 867 

<fl) UUtnaii0>)Me*td»45aet. &t9. 

Cvlzc.J;.G00glc 



ET ROTÀUIIB DE CAMBODGE 30i 

à peu près à ce prix. Les cultures diverses, 
eaoDe à sucre, mûrier, bétel, tabac, coton, etc. 
CompreBuent une superficie do 21,284 hec- 
tares dans les provinces orientales et 44,918 
dans tes provinces occideatates, soit un total 
de 66,203 hectares. Nous nous bornerons à 
parler des trois provinces orientales qui sont 
Mieux connues. 

Le sacre blanc vient de Chine, de Singapore 
et d'Europe. Batavia fournit aussi du sucre 
(affiné. La colonie possède cependant de gran- 
des cultures de cannes. Dans les trois provinces 
de l'est on en compte 532 hectares, mais les 
procédés annamites sont tout à fait défectueux, 
de là des produits très inférieurs et perte de 
matiËre productive. Outre l'amélioratioa de la 
canne, il y a une grande lacune à remplir. 
Une raffinerie établie en Cochinchine, sur les 
lieux mêmes de production, aurait le place- 
ment assuré de ses produits, tant dans la co- 
lonie que dans les pays voisins. La consomma- 
tion annuelle est environ d'un million. Le sucre 
se vend en moyenne 40 francs le picul. Le kilo- 
granïme de cassonnade indigène coûte 1 fr. 10. 

Voici ïe systèrtie employé par les Anna- 
mites pour cette fabrication. Les cannes sont 

oogle 



303 COCHIHCHINE FRANÇAISE 

écrasées cotre deux gros cylindres verticaux 
eo bois dur, munis de dents d'engrenage ei 
mis en mouvement par des buffles. Le sucre 
tombe dans uu puits eu maçonnerie ou dans 
des troncs d'arbres creusés et mis en terre. Le 
jus ou vesou est transvasé dans do grandes 
cuves en fer très évasées où on le fait bouillir 
à l'air libre pour qu'il ne s'altère pas et pour 
concentrer le sucre. 11 est ensuite renfermé 
dans des pots cylindriques en terre cuite et il 
est ainsi livré à la consommation. Ce sucre a 
une teinte brune foncée ; il est humide, siro- 
peux et contient une grande quantité de mé- 
lasse. Quelquefois on le purifie avec de l'ar- 
gile détrempée. On fabrique aussi une sorte de 
sucre noirâtre qui se vend en tablettes solides 
comme le chocolat. Ils ont aussi du sucre terré 
et du sucre candi. Ils ne fabriquent pas de 
rhum. On rencontre souvent dans les rues des 
indigènes mordant à même d'un long frag- 
ment de canne dont ils se régalent pour quel- 
ques sapèques. 

Ia Cochinchine possède deux espèces de co- 
ton : l'arbre cotonnier [bombax malabaricum), 
et la plante annuelle [gossipium herbaceum), 
qui est de l'espèce dite courte-soie. 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROÏAUKE DE CAMBODGE 203 

Les arroyos ou petits cours d'eau qui cou- 
pent le pays eo tout sens, rendent les trans- 
ports faciles ; la composition du sol des terrains 
élevés, l'action de la chaleur et l'absence des 
grandes variations de température, la possi- 
bilité de trouver des travailleurs parmi les émi- 
grants chinois sont des avantages qui rendent 
cette culture plus facile qu'en Algérie et qui 
doivent faire songer sérieusement à son déve- 
loppement. Il n'y en a que 500 hectares culti- 
vés dans les trois provinces. Le coton vaut en 
moyenne dans les entrepôts chinois de Cholen, 
près Saigon, de 17 à 19 piastres le picul sans 
graines et de 6 à 7 piastres avec graines. Des 
machines à égrener ont déjà été introduites à 
Saigon. Du 1" octobre ISôS au i*' octobre 

1866, il a été exporté par navires européens 
et barques annamites 1,328,670 francs de 
coton, et du 1^' octobre ISCB au t*' octobre 

1867, 1,579,937 francs. 

Plus de 6,000 hectares sont cultivés en aré- 
quiers. Chaque pied rapporte 1 franc par an 
pendant 35 ans. Presque autant d'hectares sont 
plantés de cocotiers. Un hectare de cocotiers 
rapporte net plus de 500 fr. par an, mais il ne 
produit qu'au bout de 5 ans et pendant 20 ans. 

[.,Mzc.J;.G00glc 



904 COCRinCHlRE FRjUtÇUSE 

La fabrication de Thuile de coco est une io- 
dustrie importante. Le phare du cap Saint- 
Jacques ea consomme annuellement 4,000 ki- 
logrammes fournis par les villages annamites 
TOÎstDS du cap Saint-Jacques. Mitho est aussi 
Un centre de fabrication. Les procédés qu'on 
emploie sont des plus grossiers et la perte de 
matière assez grande. Les cocos mûrs sont dé- 
pouillés de leur enveloppe fibreoss. On brise 
la nois. La chair blanche et solide est enlevée 
par le frottement à la main sur une râpe con- 
sistant eu plusieurs rangées de petites pointes 
fixées sur un banc de bois. La pulpe est re- 
cueillie dans UD baquet où elle est foulée par 
le piétinement. Une femme, un enfant même, 
font cotte opération, au fur et à mesure de la- 
quelle on ajoute de l'eau. 

Après avoir laissé reposer quelques heures, 
l'huile surnage, blanchâtre et visqueuse. On 
la transvase dans une cuve en fer, où on la 
fait bouillir pour l'épurer. L'huile est conser- 
vée dans de grandes jarres en terre recouvertes 
d'un simple disque en bois, ou portée au mar- 
ché dans des courges ou gourdes contenant 
8 à 10 litres. Le résidu pulpeux sert de nour- 
Tîture aux animaux domestiques. L'enveloppe 



ET ROYAUME DE CAMBODGE Wo 

fibreuse, calciaée, écrasée, entre dans la com- 
position du brai annamite, et avec les (îbres 
de coco on fait des cordages très résistants 
dans l'eau de mer. 

Il suffirait de mettre sous les yeux des in- 
digènes une presse en bois ou en fer d'un mo- 
dèle simple et solide pour améliorer cette ex- 
ploitation, et réaliser une économie de matière, 
de peine, de temps et d'argent. Celte presse 
devrait pouvoir être maoreuvrée par un seul 
homme et déplacée facilement. 

Cette huile se vend en moyenne 25 francs la 
jarre de 28 litres. 

La febrication de l'huile de coco rapporte- 
rait, avec un capital de 2,135 francs, environ 
9,000 francs par an. 

L'huile de coco se fige à une température 
de 22 degrés. Elle doit, pour être exportée, 
être contenue dans des récipients bien clos. 
ï-a grande quantité de barriques provenant 
(les approvisionnements de la marine remises 
en état aussitôt après la consommation de leur 
contenu et vendues au commerce, pourraient 
remplir ce but. Dans linde on emploie les 
caisses en fer soudées qui ont servi au trans- 
port de la bière. — 1,000 hectares sont culti- 



:d:t Google 



ZOo COCHINCUIHE FRINÇAISE 

yés en arachides qui servent principalement 
^ faire de l'huile. 

Le tabac est cultivé sur 555 hectares dans 
les trois premières provioces. Les espèces en 
sont très variées. 11 a été jugé en France de 
qualité médiocre ; cependant les Européens de 
la colonie en consomment beaucoup Le tabac 
des cercles de Baria et Bienhoa est très hygro- 
métrique. Les Annamites ajoutent quelquefois 
à sa préparation du sucre ou de l'eau-de-vîe de 
riz. Le tabac du Cambodge est plus sec et 
mieux préparé. La culture du tabac est par- 
faitement libre; chacun en récolte et en vend 
comme il lui plaît. Le picul se vend 400 francs. 

Le commerce des bois de construction pro- 
venaot des forêts de l'Élat est appelé à pren- 
dre de l'importance. Ça garde général des fo- 
rêts (hû-tru'ong) est chargé de faire connaître 
les tarifs, les droits d'exploitation, de surveil- 
ler les coupeâ, aux lieux désignés et sur l'éten- 
due fixée. Ces fonctions sont remplies par un 
ofhcier détaché à cet effet, en attendant qu'une 
administration forestière sérieuse prévienne le 
gaspillage des bois et en organise l'exploita- 
tion. Dans les trois provinces de l'est les forêts 
couvrent une superficie de 800|000 heotai«s , 



ET ROTACM& DE CAMBODGE 907 

^!e à peu près à réteadue forestière de trois 
de nos départements : La Nièvre, la Côte-d'Or 
el les Vosges. Des marchés pour la Tente des 
bois existent à Bienhoa, Baria, Long-thanh, 
Thudaumot, Bombinh, Cajcong, Tay-ninh, 
TrambaDg, etc. Or, la production en 1865 n'a- 
pas atteint 1 5,000 stères. On voit tout ce qu'il 
reste à faire de ce côté. Une scierie à vapeur 
seraft à établir , et l'on ne demanderait plus à' 
l'exportation le nombre considérîJïle de.plan- 
ehes dont on a besoin. A côté des essences 
dures de nos forêts, les pins du Cambodge 
offriraient une avantageuse exportation. 

L'ortie de Chine (China grass) n'occupe pas 
une superficie de plus de mille hectares, elle' 
se vend 67 centimes te kilogramme, et vaut en 
Europe \ fr. 50 c. La cannelle, qui vient en 
abondance au Cambodge et dans ta haute Go.- 
chinchine , pousserait aussi bien dans la zone 
élevée qui s'étend de Baria à Tay-ninh. Des' 
essais de culture de la vanille, du café, dn ca- 
cao surtout méritent d'être tentés. 539 hecta- 
res sont cultivés en mûriers. Chaque hectare: 
rapporte ù un Annamite 1 50 francs net, lors- 
qu'il en devrait rapporter 2,500, La soie se' 
Tend 20 francs la livre. 

DiMiicdByGoogle 



208 COCHINCHINE FRANÇAISE 

L'indigo est d'excellente qualité; seulement 
sa préparation est défectueuse. Le picul d'in- 
digo en feuilles se vend 420 piastres. La cul- 
ture du maïs qui pousse avec tant de facilité 
devrait être bien plus développée. Le thé anna- 
mite (ché) a une saveur forte et un peu acre 
qui le rend bien inférieur au thé chinois (tra). 
I^ cire vaut 500 francs le picul, le poivre 
de 6 piastres à 6 piastres et demi le picul 
Le blé vient d'Amérique et du Japon. Une 
minoterie, établie à Saigon, le converlit en 
farine pour la manutention eti es boulan- 
geries. 

Les voies ouvertes à l'industrie européenne 
comprennent les salines de Baria, qui fournis- 
sent annuellement 15,000,000 kilogrammes de 
sel à 1 5 fr. le tonneau. Les salines de Ba-Xuyen, 
qui en produisent 7 ou 8 millions de kilo- 
grammes à \ fr. 20 c. les 60 kilogrammes, la 
création de prairies, l'élève et la reproduction 
des bestiaux et des chevaux, les exploitations de 
bois durs et de construction , les carrières de 
pierres molles de Bieohoa ou pierres d'abeilles 
(daong), à cause des trous dont elles sont cri- 
blées, mélange d'argile etd'oxydede fer qui dur- 
cit à l'air, les exploitations de granit de Bienhoa, 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAUBOME 209 

du eap Saint-Jacqura, de Poulo>Cbitder, la 
fabrication de la chaui , le tissage et la mise 
en œuvre des mati^-es textiles, la aoie dont 
l'exportatioD n'est que de 750,000 francs. )! 
paraît qne sur la montagne de Kien-Sum , pro- 
vince d'Hatien , il y a une mine d'argent dont 
le gouvernement annamite n'avait pas autorisé 
l'exploitation. Les exportations' par navires eu- 
ropéens du premier octobre i"865 au premier 
octobre 1866, d'ivoire, d'écaillé et de dents d'a- 
nimaux ont été de 9,320,000 francs. Enfin la 
pêcbe du grand lac du Cambodge , exemptée 
dé droits pour toutes barques, ayant un permis 
do résident ftantjais à Phom-penh , donne lieu 
à un commerce considérable de salaisons de 
poisson et d'exportation de poisson salé. Du 
premier octobre 1865 au premier octobre 1866 
il en a^élé exporté par navires européens et jon- 
ques annamites pour une valeur de 7,276,169 
ft^nas. Le picul se vend 36 francs à Saïgoo ; à 
Ptom-penh il vaut i 8 francs, et au grand lac, 
i IVancs. Cette pêche est à développer par la 
création sur les lieux de grands entrepôts de 
sel, par le remorquage à vapeur sur le fleuve 
du Cambodge , entre les salines, Saigon et le 
grand lac. 11 y a là à réaliser des bénéfices, 

12. 

DiMiicdByGoogle 



310 COCHINCHINB FfiANÇAlSE 

sioon immédiats, du moins certains et consi- 
dérables. 

Le commerce des Moïs, tribus des monta- 
gnes, consiste en écbanges de tabac, résine, 
huile de bois, torcbes , nattes , herbes médici- 
nales, cire, miel, dépouilles d'animaux sauva- 
ges, contre du sel, des cotonnades, des outils 
en fer, du laiton, de la verroterie. 

Ptolémée disait en parlant des Chinois, qu'ils 
vendaient leurs marchandises sans prendre en 
retour celles des autres peuples; et l'amiral 
Jurien de la Gravière a dit de la Chine : a Elle 
a moins besoin d'acheter que de vendre. » On 
peut, quant à présent, dire la même chose de 
la Cochinchine. Les produits des Européens ne 
deviendront un besoin pour les indigènes qu'à 
la longue et lorsque la richesse du pa^s se sera 
développée. En ce moment les produits d'im- 
portation européenne sont consommés en grande 
partie par la population européenne, et les pro- 
duits d'importation chinoise suffisent en grande 
partie aux Annamites. Aussi la valeur des 
produits cochÎDchinois exportés dépasse-t-elle 
considérablement celle des produits européens 
consommés par les indigènes. La difierence se 
solde en aident , qui rentre et reste entre leurs 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROVAUHE DE CAMBODGE 311 

maias-, et ils n'en reodeot qu'une fiiible partie 
à la circulation. Mais le commerce le plus 
avantageux , comme l'a dit un économiste chi- 
nois cité par M. Hue, est celui des échanges 
nécessaires ou utiles. Il semble donc qu'il y 
ait intérêt à essayer le système des échaoges 
en nature. Aiusi, du 1" octobre 1865 au 
1^ octobre 1866 il a été importé à Saïgon 
pour 4,568,000 fr. de cotonnades et habille- 
ments. Il en a été réexporté pour 519,000 fr. 
11 en a donc été veudu ou placé dans le pays 
pour 4,049,000 fr. Or, au lieu de recevoir de 
l'argent d'une main, en échange de cette mar- 
chandise , et d'en verser de l'autre en échange 
de riz ou de coton , ne serait-il pas plus ra- 
tionnel, plus facile et phis lucratif d'échanger 
directement et sur place ces deux produits, 
cotonnade et coton ou cotonnade et riz , sans 
bourse délier de part et d'autre? A cet effet, 
les marchandises européennes et indigènes 
viendraient s'accumuler dans un dépôt, d'où 
celles-ci sortiraient pour être exportées, et les 
premières pour être offertes en paiement des 
productions locales, ou répandues dans l'inté- 
rieur du pays. Les produits européens mis en 
vente au dépôt seraient cotés à un prix inva- 

DiMiicdByGoogle 



312 COGHmCHim nUNÇAIBE 

riable, marqué en langue française et en carac- 
tim anaamites. Les échanges auraient le 
même avantage pour l'Européen que pour l'in- 
digène, et l'écoulement des produits serait plus 
fkcile. Les Anglais ne procèdent pas autrement 
dans leurs oolonira. Les produits britanniquetr 
sortent de grands entrepôts et sont placés par 
des navires angjo-indiens, des barques ma- 
laises) «faiuoises et des agents indigènes dans 
l'iniérieup du pays. Les fournisseurs ne cher- 
che»! pas h rentrer immédiatement dans leurs 
déboursés, mais- leurs eatrepôts se remplissent 
des produits avantageusement échangés, et 
leurs navires trouvent un chargement tout 
pnépfvé. n en résulte un véritable monopote 
à l'abri' de la conourrenee. C'est là certaine- 
raent une théorie fort séduisante et souvent' 
mise ea avant ; mais nous ne croyons pas qu'il' 
soit possible, d'ici longtemps, de l'appliquer 
en Cochinchine, parce qu'il n'y a pas balance 
entre les demandes du commerce européen et 
les besoinB des Annamites, entre la consomma- 
tion indigène et Texpm'tation; parce que les 
Chinois ont accaparé le petit commerce d'é- 
changes alimenté par lea impcn^tions chi- 
nmses; pures que les Chinois mi des capitaux 

" D,clzc.J;.G00glc 



ET BOIAUHE OG CAMBODGE 913 

et sont les intermédiaires forcés entre les com- 
merçants européens et les Annamites ; parce 
que t' Annamite ne sort pas de l'ancienne rou- 
tine, et hésite à traiter directement avec les 
Européens, ceux-ci n'étant pas, comme les 
Chinois, répandus jusque dans les plus petites 
localités, ne connaissant pas aussi bien qu'eux 
la langue et les usages annamites, et ne pou- 
vant comme eux se contenter d'un mince bé- 
néfice. 

Comme on l'a si bien dit dans les annales 
du commerce extérieur, il n'est pas posssïble 
de tenter une exportation comme on jette un 
coup de filet, et d'aller à l'étranger comme on 
va à l'ennemi, pour y butiner et se retirer. 
Les capitaux sont pour l'Européen la condi- 
tion première de transactions commerciales 
avantageuses et sûres, comme ils sont le point 
de départ de toute exploitation industrielle ou 
agricole. La terre ne suffit pas aux cultiva- 
teurs ; il lui faut le capital. La terre sans le 
capital, c'est le travail du serf ou du coolie 
chinois, c'est la glèbe. Aussi une banque agri- 
cole est nécessaire en Cochinchine pour déve- 
lopper les richesses territoriales du pays. 

Le prix de la main-d'ccuvre s'est forcément 

DiMiicdByGobgle 



914 CÔCSntCHlKE FIU>ÇAISB 

élevé d^UMl'oeeapation, avec l'auginentatioiï 
des dearéee. Ud coolie ou homme de peine an- 
namite, ^vaîll^it à la terre ou à de gros ou- 
TTages, 66 paie par jour 50 centimes dans les 
proviaces, et 75 centimes à Saïgon. Les ma- 
çoDs Boat assez rares, et on est souvent obligé 
de prendre des Chinois de cette profession. On 
les pue par jour de 1 fr. 50 o. à 2 fr. 50 c. 

Les charpentiers annamites sont payés â 
raison de i franc par jour, les menuisiers chi- 
nois 2 fr. 50 c. Les ouvriers d'art annamites de 
2 à 3 francs par jour, et chinois de 3 francs 
i une piastre. Leb travailleurs sont fournis par 
réroigration chiBoise,et cette ressource ne fait 
pas défaut. 

Qnant aux objets d'art annamites, ils con- 
sistent surtout «1 bijoux d'or ciselé et en fili- 
grane. Les bagues sont d'un dessin remarqua- 
ble. L'or des bijoux a nne tdnte mate de ver- 
millon due à ce qu'ils sont trempés dans un» 
solution d'alun et de curcuma. Les incrusta- 
tions de nacre sont d'une grande ûnesse dans 
les boîtes à thé et les petits meubles. Les in- 
erostations en relief de nacre vivante, dont les 
reflets prennent la couleur des objets représen- 
tés, sont rm«s, chères et curieuses. A Vinb- 

DiMiicdByGoogle 



ET BOVAUHE DE CAMBODGE S15 

loDg, à Choquan, près Saigon, les fondeurs 
fabriquent des gongs très soQoree et des brase- 
ros en cuivre et en bronze, ornés de dragons. 
11 y a de bous sculpteurs sur bois. On travaille 
peu l'iToire et l'écaillé. Leurs peintures à fres- 
ques dans les pagodes ou sur papier sont dans 
le goût chinois, c'estrà-dire qu'il n'est tenu au- 
cun compte de la perspective et que les {gures 
sont toutes de face. Le réalisme de l'art ferait 
supposer que vues de profil elles n'auraient 
qu'un œil. Les Annamites neconnaissent qu'un 
genre ; ils le reproduisent partout et toujours : 
ce sont des dragons , des oiseaux fantastiques, 
marqués à la tête du chiffre impérial, des 
chauves-souris, des fruits, des vases de fleurs, 
la tige sacrée du Lotus, etc. Ils sont eicellenle 
imitateurs et poussent la reproduction de l'ob- 
jet jusqu'au scrupule, comme ce tailleur chi- 
aoisqui porta un jour à son client un pantalon 
neuf avec une pièce au genou, sous préteite 
que le vieux pantalon qui lui avait servi de 
modèle était ainsi fait. 

L'imprimerie sur bois, une sorte de stéréo* 
typie, et la gravure de caractères sur les ca- 
chets, sont cultivées avec succès. 

Les tissus de soie sont inférieurs à ceux du 

DiMiicdBïGoogle 



216 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

Cambodge. Les étoffes brodées d'odI rien qui 
les recommande à côté de celles des Chinois. 
La porcelaine vient de Chine. Leur vernis k la 
laque est très grossier. Leurs instruments de 
musique sont fort bien conditionnés. Ils sont 
souvent oraementés et incrustés de nacre. 

Les chapeaux ûnement tressés viennent de 
la Haute-Coehinchine. 

Tel est à peu près l'ensemble des ressources 
du pays, des produits des arts et de l'indus- 
trie, et des objets offerts à la curiosité des Eu- 
ropéens. 

Four plus amples renseignements, il suffit 
de consulter les relevés officiels donnés chaque 
trimestre et chaque année par le courrier de 
Saïgon. Pour nous résumer brièvement, consi- 
dérons ce résultat que la statistique des colo- 
nies françaises publiée par la marine pour 
1865 noua met sous les yeux. « On y voit par 
des chiifres que la Cochinchîne, la dernière de 
nos colonies, par ordre de prise de possession, 
a pris en quelques années le premier rang sous 
le rapport de la population, des ressources agri- 
coles et du mouvement commercial ! * 



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ET ROTÀnUE DE MHBODGE 



POIDS ET MESURES ANNAMITES 

Poids. 

Hao = OiOOS 

Ly = 1 h«o , = 039 

Vi pbon= 10 ly = 390 

Vi(long = )Oi>han : = 3 905 

Vi luong = iO dong = 1 once = 39 OU 

Vi non = 10 luong =: 300 a 

Vi can = 16 luong = 6ïi 8 

Vi yen = 1 can = 6* 849 

Vi biah = 50 can = 31 210 

Vita— IOOcan^2gia=2vuoDg=lpieul= 63 i80 
Vi quaii=500 can = 5 picuh = 312 iOO 

Le can (appelé d'ailleurs calty) est la livre. 

Le picul adopté dans le cooioiercs est de 60 kilo- 
grammes. 16 piculs font un tonneau. 1 picul = 100 
cailles ou livres chinoises. La livre chinoise ou catly 
= 1 6 taël = f 60 mèces := 618 gramnaes ou 16 iiang 
ou460tcheu (en chinois). Le taël ou oncepùseSS 
grammes 593. 

Capdcilé. 

Le la = 2 hoc =79 litres 80 

Le gia ^ 1 luong = 1 vuong^l phuong 

= 1 hoc = 39 litres 90 

Le thang = 2 biep = 1 boisseau... = (3 litres 30 

Le hicp = 2 thuoc = 6 litres 65 

Le ô =; 1 litre 33 

13,- . 



318 COCHiNCHiNE FRANÇAISE 

Longueur. 

Diviseurs et multiples du tbuoc (coudée ou pied 
annamite] do 124 millimètres, qui s'obtient en ali- 
gnant 18 sapèquos à la suite ; mesures employées par 
les charpentiers et aussi pour le jaugcHge des jonques. 

t\y = 0° 000*i 

) phan = 4(lly..- = 0048 

I tâl = 1 phan = 04S 

I thuoc ^ 1 tât = 1 pied ou coudée 

= 48 pouces = 424 

4 tam = 5 ihuoc = S 420 

1 Dgu := 7 tfauoc et demi = 3 480 

4 truODg = 4 duong ^ 40 thuoc = 4 340 

1 sao = 45 thuoc = 6 360 

I mftu = 40 sao =63 60 

4 cong = 42l8m = 25 440 

Mesures ilinéraires. 

40 lis font environ une lieue terrestre. 
D'après Mgr Taberd, 1 li = 44» mètres. Le dam 
= 890 mètres. 

Mesures annamites de superficie. 

Ce sont les diviseurs et multiples du Ihuoc carré 
do 434 millimètres de côté. 

Mesures de longueur employées pour les étoffes. 
Diviseurs et m'.illiplos du thuoc de 636 millimètres, 
qui s'obtient en alignant Ï7 sapèques à la suite. 

■ooglc 



ET AOUUHE DE CAHBODGE SI 9 

iiy : = 0- 00063 

lphan = <0!y , = 006 

Tàt=10pban = 063 

Thuoe=10Ut = 636 

Voc= 6 Ihuoc = â 816 

ThuoDg ou duoDg = 10 thuoc ^ 6 300 

Thâl = 1 cay = 30 Ibuoc = 19 080 

Cong = 10c«y = 190 80 

Mesures franco-annamites pour les surfaces. 

1 mau (ay (mau oaropéanj := 50 ares =s 10 sao. 

1 sao = 15 tbuoc = 5 ares. 

I thuoc = 10 laL = 33" q 33 

1 tat = 3" q 33 

9 mau tay = 1 hectare = 90sao= 300 thuoc = 

3000 tat. 
Le pied aanamite vaut dans ce cas un pou plus de 

575 millimètres. 

Monnaies (Valeurs variables). 

Barre d'argent ou nen ^15 piastres ^ 82 francs. 

Lingot d'argent d'une once, iiiong bac = S francs ; 
la demi-once = i francs ; le huitième d'once, i= 
1 franc. 

Les pièces françaises en aident de 50 centimes , 1 
franc, 3 francs, sont la monnaie courante européenne. 

Les pièces de 5 francs et les pièces d'or sont en 
défaveur. 

Une ligature de sapèques= 10 lien ^600 sapèques 
= t franc environ. Elle pèse 1 kilogramme et demi. 



fiiO COCHINCHrai FBUtÇAISB 

Um pieuse de sapèques=^10 ligatures.. La piastra 
meiicaim vaut de & îc. 37 c. â. 6 tr. 30 o. ^ et officiel'' 
feinent S fr. »S c. Le taël = 7 fr. 5ae. JI7 80e. x» 
€ Oang =»: ( (m lis. 

La sapique-chinoissli [eaaoglais ca^^sc i/&d'iui 
«anlime. Le ta«l est ausai une nieBuse de poids , e'esl 
Vtmce chinoise pesant 38 grammes G& c, ditiséa «o 
lOinièces, mesure usiliSe. pour l'opiiim. 

Les ^Qglais ont fabriqua à Hong-Kong, des milliè- 
mes de piastres destinés à remplacer les- sapèques. 
Ci'tte'iuonBaifi: est plus Mgère, d'un pkusi petk diuBè-* 
tre, Ml aHiagft d^ cuivre plus rtSsiatant. EUi) e^ bien, 
frappée et pefcéed'-ua trou pour ôtjr« eafiléftWJUBei 
las. sapèquea. 

Ufte piaslM) aiesicaine ss fOM œil:; i fr. tl & '=^. 
20O mil. S centimes et demi =: 10 mil. 



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ET ROTAUIE DB GABDODGE 



XXIII 



diiiMitea, -^ Po|ulalwD indteane. -•- Putit, Great, GmiIkk^hi 
— Tagal3 de Hanille. — Malais, Huts. 



La papBlfltion «oMpéeDiie des deux ftmm'* 
dissemMtg de Saigon, il part TeffeoUf du corps 
«xpéditionnaire, est de 5&5 i^sidentSj parmi 
lesquels on compte des Anglais, des Alletnand^t 
des Américains, de» Espagnol». H y 4 5,391 
Chinois, 580 Indiens, 75,600 indïgènesj c6 
qui donne un total de &2,1^6 kabitanis de tiCé 
viatique. 

II y arelattvement peu de ntaiâons annamites 
i»fi& la Tille, Lea iixligènes «''«n retouraent 
chaque soir dans les TÎllagps qui forownt les 
fanboQrgp de St^on. Derrièn le marehé est 
wa quartier habité par des Chinois, des Anna» 
miiCB et dœ IniliiBiis. 

Las Cltinoia de Saigon sont divisa en troii 



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929 cocniNCBiNE FiuncAisi; 

coDgrégatioDs ayant chacune un chef et se 
composant des Chinois originaires de ta même 
province. Le chef est responsable des membres 
de la «H'poratton qu'il dirige. Ces associa- 
tions offrent an Chinois de grands avantages. 
Si à son débarquement il a quelque compa- 
triote répondant pour lui qui le fesse admettre 
dans l'une de ces corporations, il y trouve im- 
médiatement aide et assistance. On lui facilite 
les moyens d'exercer sa profession; on lui in- 
dique où il pourra trouver un emploi ; on lui 
avance même de quoi subvenir à ses premiers 
frais d'établissement ; on lui procure des occa- 
sions d'envoyer en Chine à ses parents une 
partie de ses économies. Les Chinois qui pos- 
sèdent déjà des ressources pécuniaires y trou- 
vent des facilités et des garanties pour leurs 
transactions commerciales. 

Les Chinois, malgré les anciennes lois de 
prohibition, émigrent maintenant eu bien des 
points du globe. Mais il est à remarquer que 
quelque durable que soit leur séjour dans un 
pays, lors même qu'ils s'y fixent à perpétuité 
et qu'ils se créent une famille dans la po- 
pulation indigène, ils se mêlent à l'élément 
local sans se confondre avec lai, et conservent 



ET ROYAUME DE CAMBODGE z23 

leurs usages, leurs coutumes et les caractères 
de leur race sans subir aucune transforma- 
tion. 

Quant aux Indieus immigrants, ila élèvent 
des bestiaux, conduisent tes voitures, font les 
chaVrois, tiennent de petits magasins de détail 
où l'on trouve à bon compte des produits euro- 
péens, lis vivent paisiblement, frugalement; 
ils ont fort peu de frais d'établissement et leurs 
marchandises sont moins obères que chez les 
Chinois, qui eux-mêmes ont des prix moins 
élevés que dans les magasins français. Ces In- 
diens sont venus de la côte de Malabar, de 
Madras, de Pondichéry et même de Bombay. 
Il y a parmi eux quelques catholiques. On en 
trouve qui parlent bien !e français, et je me 
rappelle avoir été accosté par un de ces noirs, 
qui me dit : « Moi Français. » Comme je re- 
gardais avec étonnement son noir visage : 
€ Oui, répondit-il, oui, monsieur, moi Fran- 
çais de Pondichéry ! » On serait pris de tris- 
tesse en voyant ces Indiens nous rappeler notre 
influence dans l'Inde, si l'on ne songeait que 
la Cochinchino deviendra une possession des 
plus florissantes en Asie. 

Quelques-uns de ces Hindous sont brahma- 

[,Mzc.J;.G00glc 



^M G0CHI«CH1«E FRANÇAISE 

ijistes; nvijs la plupart sont mahométans. lU 
ont construit dès leur arrivée dans la colonie, 
en 1 862, une mosquée qu'ils ornent extérienre- 
m,eiit les jours de fête avec des pavillons et des 
0eurs. Le soir, ils illuminent et brûlent de 
l'eocena. 

Pendaijt le Ramadan, ils ne peuvent rien 
manger tant que le soleil paraît, et prennent 
leur nourriture la nuit. Â la fin de cette pé- 
riode d,e jeûne, ils célèbrent leur Qeirani et 
font par la ville une procession nocturne. lU 
ppfmèi)ent à la lueur des torcbes un grand 
char tournant, d'up effet très pittoresque, pour 
rappeler la traditionnelle jument du prophète. 
Leur nouvel an a commencé en 1 867 le 9 février. 

Qu'ils soient drapés dans leur robe de mous* 
Bcline blanche ou vêtus d'une veste .bariolée, 
ou le tpf^ nu et d'un noir brillant, on est 
frappé de la beauté de leur t^pe. Ils ont amené 
quelques femmes indiennes ; plusieurs ont prii 
des femmes annamites ^t en ont des enfapts. 

Quelques Parsis ont fait autrefois appari- 
tion à Saïgon. Il y a aussi quelques .Grecs, 
comme en témoigne encore une enseigne de ^ 
rue Impériale, qui porte ces mots savants : 
Kafeneion Tecknikon. 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 325 

On reocootre à Satgon quelques Cambod- 
giens. On les reconnaît à leurs cheveux ras, à 
leur tête d'écouvillon et à leur habillement. Ils 
sont plus robustes et plus grands que les An- 
namites ; ils portent un kngoutis, une petite 
veste boulonnée sur le devant, une ceinture de 
soie. Souvent ils n'ont sur les épaules qu'une 
pièce d'étolîe de colon, dans laquelle ils s'eo- 
veloppent ou qu'Us laissent flotter au gré du 
vent. 

Les uns descendent par barque du haut 
Cambodge, dont ils apportent les produits à la 
ville chinoise. Ils suivent le grand fleuve ou 
Mè-Kong qui passe à Mitho. 

D'autres viennent des basses provinces an- 
namites ; d'autres arrivent de la rive gauche 
du grand fleuve, par la route de Tramhang et 
amènent des troupeaux de bœufs. Enfin, quel- 
ques-uns sont au service du prince Préa Kéu 
féa, frère puîné du roi de Cambodge. Ce prince 
est venu du Siam à Saigon, où il résidait avant 
d'être placé à la tête d'une province cambod- 
gienne. 

Des Malais se trouvent souvent mêlés aux 
Cambodgiens. 

11 reste à Saïgon une centaine de Tagals qui 
ï3. ''^'Y^l^' 



226 COCHINCHIHE PBAMÇAISE 

sont d'excellents sa!s. Ils parlent l'e^pagool 
des Philippines. Leur grand amuseniçnt est 
le coinbat de coqs. Ces Tagals, venus de Ma- 
nille, sous les ordres d'officiers espagnols, ont 
rendu, lors de la conquête, de grands services, 
dans la cavalerie comme dans l'infanterie, e^ 
surtout à bord de^ bâtiments de la flotte. Les, 
troupes espagnoles qui , pendant cinq ans , 
avaient eu leur part de dangers, de prlvatioa& 
et de succès, qui avaieut combattu en frères, 
auprès de nous àTpui^ane, à Kihoa, à Bienhoa, 
à Vinb-long, à Micui, à Gocong, sont retour-, 
nées à Manille le ^" avril 1863. 

Les Tagals vivent avec les. Annamites^ dans 
des relations de bon voisinage, et se sont pour 
ainsi dire acquis chez eux le droit de bour-, 
geoisie. Ils sont hardis, agiles, sobres et soi- 
gneux de leur personne. Ils ont adopté le pan- 
talon blanc très collant et laissent flotter en 
dehors, les pans de leur chemise. 

La langue malaise est bien moins en usage 
à Saigon qu'à Singapore; il y a cependant des, 
Malais en assez grand nombre : ils sont en gé- 
nierai garç.ons de magasin ou sais. Ils pprletit 
le sarong rouge et le turban bariolé. Les élé- 
gants y ajoutent des souliers vernis. 

oogk 



El untutœ M cunwKE fifi? 

Enfin on rencontre parfois à Saïgon des 
M0Ï3 appartenant aux: tribus qui habitent les 
montagnes de notre frontière de l'est. 

Ijeurs villages sont entourés d'impénétrables 
bambous. Les Annamite^ les regardent comme 
des sauvages. Du reste, en faisant entrer cha- 
que peuple dans une sorte de progression dé- 
CFoîssaatâ at en piaçant messieurs les. Euro- 
péens' à la' tiUm do la séné, mnis- troimii» que 
lea Chinois nous sont très inférieurs ;. ceus-ci 
peiuwaL.de mèiBe^ de» Anoknùtfifr par nofif^rt 
à eoi ; hs Aiinamitcs- des^ Cimibodgiensi les 
Camlio^eits d^Penongs» et ainsi- de sMÎte 
jBs^'fa l'haimie«cUw kmv 



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COCniMCHIME FRANÇAISE 



Origine de la naUoa unimile. — BuMUement dn pen^e. — Dei 
Hioduins. — Hojen de rectniultre un bomiM d'nne rennw. — 
Le Miel. — Cherdims. — BaUtalioiis. — Ornemente. — HefU 
iodées. — ■Visites. — Rites el (Aservinces, — Le thé. — Ho»- 
pitalitj. — lUdedns et médeelneg. — Sorden. — Infinne». — 
Alimeutatioa. — Ftaneare annunilea. -— Fnnwun chinois. — 
Etu-de-Tie de rit. — Opinn. — Pipe d'tqtium. — ConsfqneDceB 
de cette pissioa. — Origine et extensioa de cette hitûtade. — 
Ferme d'ofriura. — ProbilùtioDg BJUDoiseg. — Le jen. — Feime dei 
jeuï. — Cerf-TOlant, — Théâtre annamite, — Acteurs. — Specta- 
teun. — Théltre chinoia. 



■ L'ancieDoeté des Annamites date à peu près 
d'aussi loin que celle de la nation chinoise 
elle-même.' 2285 ans avant Jésus-Christ, ou 
63 ans après le déluge, il est fait mention des 
Giao-Chi (1), race autochtone qui habitait ta 
limite sud de l'empire chinoia et qui devint 
la souche de la nation annamite actuelle (2). 

(1) Ce qui eigniSe que rorleii était écarté du senwd doigt. 
(S) Nglet histgriques da P. Le Grand de la Lireje. 

oogic 



ET ROYAUME DE CAMBODGE S39 

Elle laisait partie primilÏTement de l'empire 
chinois, et ce n'est qu'en 1428 qu'elle se ren- 
dit complètement indépendante. < La nation 

< annamite, dit l'auteur des noies historiques, 

< conserve de la Chine ce qu'elle en a reçu 
.< pendant tant de siècles : l'éducation, la lan- 

c gue, la littérature, la 'religion, la législation, 
« la médecine et les arts. Elle donne droit 

< d'aînesse et de bourgeoisie à tous les Chinois 
€ qui viennent commercer chez elle. > 

Il est fort difficile pour les Européens, nou- 
vellement dâ)arqué3, de distinguer parmi les 
Annamites un homme d'une femme, les deux 
sexes ayant les cheveux relevés et noués en 
chignon, allant pieds nus et portant à peu près 
le même habillement : large pantalon noué à 
la ceinture, et par dessus une robe ou tunique 
flottante. Celle des femmes est un peu plus 
longue. Les Annamites ont porté autrefois le 
langoutis, dont ils se moquent aujourd'hui. 

Les hommes ceignent le turban soit en crêpe 
noir ou bleu, soit en coton. }je chapeau des 
hommes est un grand entonnoir renversé, fine- 
ment tressé, terminé par une pointe métal- 
lique. Les Annamites l'appellent « haute mon- 
tagne. » Les hommes du peuple ont des 

[,Mzc.J;.G00glc 



ebapeaivi flexible» en feuille» de palmiory avea 
IcutjueiU ils ^'abcitept du soleil» »'éveQtept, puH 
sent de Ve%u, pQl:(^nll du riz et Qutrefk objets^ 

Les grands m^ndarlas se. dtetiogncott. par 
diverses coifFucea ep gazQ itpii^i améf». dt 
pJBiires préoiei^aea,. d'enjolivomeptsi eift «K WftU 
et de deuz «îles maii^^oues piMT Avt fil de fer 
ténu. Leur robo est 6d soie épaissis. Ils wt.sur 
la poitnoe et sur le dos un carré de bi^oderie« 
d'or représeatant le dragon, le tigre ou l'oiseau 
royal. Une aiqple ceiature en laqua ntuge,. or- 
née de petites surfaces miroitantes, slaUf^elw 
a la robe elle-même. 

Ils. porteqt des. bottes cbinpisep et, tiçiu^wt^ 
à la maiq une rë^e d'iyoire, qu'ils placent 
devant 1^ bpiicb& par djéce«^e^ CQa)me.I|oa fait; 
avec la ip^in quajid on. Ipi^tle ^u quiQ L'oui 
toU8|ie. 

On reconnaît une femme à la longueur dei 
son psmtalon,. et, plus Mîrenienl eq, voyiutt.8i| 
lesofeilles sont percées ou ornées de boucles 
d'oreillt^. Lçs femmes voQt géDér,alf»ient têtfti 
nu^,.ou portent, tantôt, un, cbape^j/ plat aj^a^ti 
la. foripe d'une pierre meulière d'envipin , 6Qr 
cQntifîi^^: de diapoètre et muni d'une loiigu«' 
bi^de en. soie desc^ajpt à peu p.i^s jupqii'^ 

[^izcjî.Googlc 



ET ROTAUHE DE CAMBODfiE ^1 

terre, ou hd chapeau convexe fait de rotin «t 
de papier verni, garni iDtériei:^|>etne;Qt de papiec' 
de couleur et de petites plaques miroitantes, 
avec une bride ou jugulaire en écaille ou en 
ébène, montiez sur argent. Les manches des 
robes pour les hommes comme pour les Femmes 
sont sana boutons et sçrrent étroitement le poi- 
gnet. Les femmes portent des bracelets d'or et, 
d'ambre. Elles ont une main d'enfant si petite^ 
qu'elle glisse dans les bracelets, anneaux dfor 
qui ne peuvent s'ouvrir. Elles ont la paa^îop, 
des bijoux. Leurs boucles d'oreilles o^t la| 
forme de petits champignons d'ambre ou d'or^, 
ren0és à la racine et dont la tige est orpée de 
filigrane et d'un petit disque miroitant. 

Un cercle d'argent, un collier, d'ancre atf'. 
cou, une épingle à tête d'or dans les cheveux, 
une ou deux fausses chevelures ajoutées à la 
leur, qui est cependant fort belle, le tout im-, 
prégné d'huile de coco fraîche, un pantaloU; 
en soie ronge ou bleue, une robe de dessus, 
à manches longues, larges et pendantes, de, 
petites babouches relevées en pointe, tel est. 
aux jours de cérémonie le costume des feiames. 

I>e visage des hommes est brun, celui des, 
g^s du peuple bronzé, celui de la femme, 



23z COCHINCHINE FRANÇAISE 

blanc mat, et l'on peut dire, quant à sa per- 
sonne, ce qu'on a dit des Chinoises : 

Elle a les jeux retroussés vers les lempes, 
Le pied petit ï tenir dans la main, 
le teint [dos cltdr que la cuivre des lampes. 
Les oncles longs, les lètres de carmin. 

Cette couleur sanguinolente des lèvres, cette 
odeur d'huile de coco, leur front bas et saillant, 
leur nez écrasé, les rend peu attrayantes. 

Le buste est bien modelé dans la jeunesse; 
mais elles se fanent et vieillissent vite. Les 
hommes et les femmes de condition laissent 
croître leurs ongles démesurément. Tous les 
Annamites, jeunes et vieux, hommes et fem- 
mes, ont la bouche rougie par l'usage du bétel. 
Souvent ils se frottent les dents avec du tabac 
pour en augmenter la teinte noire. 

Le piper-bétel, cultivé dans les jardins anna- 
mites, est disposé en écbalas, et cette planta- 
tion a l'aspect d'un champ de houblon. Pour 
préparer une chique ou un bol de bétel, on 
étend avec une spatule en bois sur une feuille 
de bétel une légère couche de chaux très une-, 
fabriquée avec des coquillages, quelquefois 
rougie avec de la teinture de curcuma; un 
quartier de noix d'arec est enveloppé dans la 
oog If 



ET R0V4.UHE DS CAMBODGE S3â 

feuille ainsi préparée et le tout C3t plié pour 
être giàehé. Les vieillards écrasent d'avance la 
aoix d'arec. Le bétel agrandit la bouche, noir- 
cit les dents, rougit et déforme les lèvres, cor- 
rode les gencives; mais les Annamites disent 
qu'il calme la soif, qu'il empêche la mauvaise 
odeur de la bouche, et qu'il conserve les dents, 
si la chaux est en petite quantité. Les Malais 
ajoutent dans la composition du bol de l'ex'^ 
trait de gambier, ou terra japonica. Quelques 
Annamites se noircissent entièrement les deots 
avec un vernis spécial. 

I^ longue chevelure des Annamites a l'iur 
convénient d'engendrer de la vermine. On voit 
souvent dans les rues deux Annamite accrou" 
pis, l'un ayant les cheveui dénoués et l'autre 
écrasant sous la dent le gibier qu'il prend. Un 
mari fait une galanterie à sa Eemme eu lui ror 
mettant fidèlement les parasites trouvés sur 
elle pour qu'elle les immolç elle-même à sa 
vengeance ou à.8a gourmandise. 

}jes Annamites riches habitent de? maisiqns 
couvertes en tuiles, mais basses et obscures. 
La défiance et la crainte les portaient sous l'auT 
cien r^ime à cacher leur intérieur. Les pluies 
torrentielles, qui durent six mois de l'année, 

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âS4 COCHINCHIKE FRANÇAISE 

l'ardeur du soleil, sonl encore des raisons pour 
lesquelles leurs maisons ont peu d'ouvertures 
el des toitures qui se prolongent si bas qu'il 
faut se baisser pour entrer. II en résulte une 
graude bumidité intérieure, et, comme disent 
les Italiens : i Où l'air n'entre jamais, le mé- 
decin entre souvent. » 

Les fermes des maisons sont assemblées, en- 
castrées et fixées au moyen de chevilles. On 
n'emploie ni clous, ni attaches en fer. Dans 
les maisons riches, le toit est supporté par de 
belles colonnes en bois dur, et le sol aplani est 
recouvert d'une sorte de mastic, dont M. Ri- 
chard a donné la composition : chaux délayée 
dans une infusion faite des branches el des 
feuilles du cay-hoiouc. Selon les missionnaires, 
ce serait un composé de chaux et de casson- 
nade. L'habitation est divisée au moyen de 
cloisons, encadrées de sculptures, en plusieurs 
pièces ou compartiments. On y voit toujours 
un grand coffre à roulettes et à cadenas oîi l'on 
serre les sapèques. 

Les ornements des maisons sont des rouleaux 
de sentences chinoises, des tableaux incrustés 
de nacre, des bahuts sculptés, des brûle-par- 
fums en cuivre, des peintures sur papier rc- 

iiri^-Googlc 



ET ROYÀUHE DE CAMBODGE 335 

présentant des combats légendaires, souvenirs 
des temps héroïques. On voit par exemple une 
femme partager en deux d'un coup de ciseau 
le corps d'un guerrier; un soldat nu pour- 
fendre UQ cavalier casque en tète et son cheval, 
couper un pont d'un seul coup, etc. Il y a 
dans beaucoup de cases de beaux bancs en 
bois dur, autour d'une table à rebords aculp- 
tés. De tai^s et épaisses planches de go, bois 
noir, brillant et très dur, servent de sièges, de 
tables et mfirae de lits. C'est là que les Anna- 
mites prennent leurs repas. 

On dépose sur une grande natte un large 
plateau, sur lequel tous les mets sont servis à 
la fois. On s'accroupit autour à la turque. Au 
signal du maître de la maison, chacun prend 
un bol de riz, et à l'aide de deux bâtonnets 
porte le riz à la bouche, et choisit dans les 
différents bols la viande et le poisson. Le tout 
est découpé d'avance en menus morceaux. S'il 
s'agit d'une sauce ou d'un assaisonnement, on 
fait usage d'une petite cuillère en porcelaine. 
On mange sans parler et sans boire, comme 
chez les Grecs. Quelquefois un orchestre criard 
fait regretter la joueuse de flûte des Anciens. 
Lorsque le repas est fini, on avale un bol d'eau 

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23d CÛCflUfCniHE FRANÇAISE 

froide ou un verre d'arac, eau-de-vie de m aa 
goût empyreumatique, fabriquée par la distil- 
lation du ris gluant. 

Un visiteur arrÏTe-t-il, on étend une natte 
sur les estrades qui servent de àége et l'on ap- 
proche un coussin carré pour s'accouder. Les 
fenunes, à moins qu'elles ne soient âgées, se 
retirent devant l'étranger. Elles ne restent que 
lorsque le chef de famille le leur permet. On ne 
doit donc pas, même par curio»té, pénétrer 
dans le compartiment réservé aux fnnmes. 

t En fait de politesse, chaque peuple a le 
sienne, > comme on l'a fort bien dit. I^es 
usages annamites veulent que le salut de l'infé- 
rieur au supérieur se fasse en se prosternant le 
front contre terre. Cette formalité du lai à la- 
quelle se soumettent les vieillards eux-mêmes-, 
choquait trop tes idées françaises pour subsister 
dans toute sa rigueur. Aussi ne s'accomplit-elle 
guère que dans les relations oC&oiellçs. 

Les Annamites, dans leurs rapports joarpa- 
liers avec les Français se contotitent (Je saluer 
ep joignjant les mains fermées et en ineUnant 
la tète. Il est rare de las voir dter leur chapeau, 
m baisser leur parasol, ou se le^er lorsqu'un 
fonctionnaire en unifonne passe d^is \a, rue. 

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ET romume: m càHsoasE 237 

Le TÙitâur s'est pas impoli en restant la tète 
QDuverlâ. L'ÀQûamite que l'oa visite place son 
hôte à. sa gauche, c'est la place d'honneur. 
Souvent il reste debout et ne s'assied que si 
son h6te l'y invite. De même qu'en Europe oa 
offre des cigares, de même que Ton apporte 
au visiteur indigène la boîte de lœtel, de même 
l'Annamite présente à deux mains au visiteur 
européen de minces cigarettes qu'il a préala- 
blement allumées lui-même. 11 l'invite à pren- 
dre du Ihé, servi sans sucre. 

Le service à thé se compose de trois tasees 
microscopiques et d'une quatrième plus grande 
contenant de l'eau froide pour mélanger avec 
le thé, s'il est brûlant ou trop fort. Les servùes 
ea potcelaLne chinoise, destinés aux Euro~ 
péens sont de grande épaisseur et n'ont; de 
cbinoia que les dessins et Iqs pàntures. 

On ne commence à boire le thé que lorsque 
chîicun ai sa tasse entre les mains. Sourent 
aussi l'on offre un verre d'eau de coco, ou des 
liqueurs eunopéennes, vermouth ou absinthe, 
de l'eau-de-vie de riz ou samchou chinois. Ca 
serait blesser les convenances que de refiiser 
la cigarette ou le rafraîchissement offerts. Four 
prendre congé o(i se lève en juioonçant que 

Cvlzc.J;.G00glc 



238 COGHINCHINE FRANÇAISE 

l'on va B'eD aller et on se salue. Les ÂnDamites 
sont très sensibles au manque de politesse et 
de procédés à leur égard. Aussi ne doit-on jar 
mais se moquer devant eu\ de leurs pratiques 
religieuses, quelque absurdes qu'elles parais- 
sent, ni ridiculiser, soit leur mode d'habille- 
ment, soit leur visage, soit leurs coutumes 
traditionnelles. Ces petites clioses ont leur im- 
portance dans les relations d'Européen à indi- 
gène. On sera respecté toujours par eux si l'on 
est digne devant eus. 

Encore moins doit-on, dans un accès de co- 
lère, les maltraiter et les frapper, sous prétexte 
qu'ils ne comprennent pas la langue qu'on 
leur parle, ou parce qu'on ne comprend pas 
la leur. Une légende turque, racontée par Gé- 
rard de Nerval, est un modèle de tolérance 
en cette occasion : * Quatre compagnons de 
route, un Turc, un Arabe, un Persan et un 
Grec, voulant faire un goûter ensemble, se co- 
tisèrent de 10 paras chacun. Mais il s'agissait 
de savoir ce qu'on achèterait : Uzum, dit le 
Turc ; Ineb, dit l'Arabe ; Inghur, dit le Persan ; 
Stafilion, dit le Grec ; chacun voulait faire 
prévaloir son goût. Ils en étaient venus aux 
coups, lorsqu'un derviche, qui savait les qua- 

c.Mzc.jî.Googlc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE Z39 

tre langues, appela un marchand de raiain, et 
il se trouva que c'était ce que chacun avait 
demandé! » 

Les Annamites sont très hospitaliers, et l'on 
peut entrer dans la première maison venue 
pour s'y reposer, ou demander du feu, de l'eau, 
avec la certitude d'être convenablement ac- 
cueilli. 11 y a dans tous les villa^s une case 
ou une pagode dédiée au génie protecteur de 
la localité, et appelée Dinb, où tout voyageur 
trouve un abri et un gîte. Cette case est ordi- 
nairement située derrière le marché. 

Les maisons couvertes en tuiles sont rares 
dans les villages qui n'ont pas de grand mar- 
ché. La plupart des cases annamites sont cou- 
vertes en feuilles de palmier fendues en deux. 
Les cloisons sont faites de même. Le lit est 
une claie en bambou ou en aréquier, sur la- 
quelle on étend une natte. L'oreiller en étoffe 
bleu est carré; chez tes Chinois, il est en bam- 
bou ou en cuir verni. Les gens pauvres n'ont 
souvent qu'un vêtement, qu'ils conservent la 
nuit comme le jour, et qu'ils ne lavent pas 
trop fréquemment pour ne pas l'user. Ce mode 
de couchage, le manque de vêtements chauds 
et de propreté, l'alimeotation, l'humidité des 

[,Mzc.J;.G00glc 



440 COCHINCHINE FRANÇAISE 

cases engeiKlrent forcément bien des maladiefi, 
surtout clans la saison des pluies. 

Les médecins annamites rapportent toutes 
les maladies à un défaut d'équilibre dans Pé- 
eonomie, causé par un excès de chaleur ou un 
excès de froid intérieurs. Aussi dans leurs fré- 
quents accès de fièvre, les Annamites, selon 
qu'ils sont dans la période de transpii'ation ou 
de frisson, disent qu'ils ont la maladie chaude 
eu la maladie froide. Pour rameùer la sauté, 
il suffît de prendre dans le premier cas des 
rafraîchissants et dans le second cas des exci- 
iaxits. Lorsqu'un Annamite est enlevé par un 
accès cholérique , on dit qu'il a été pris par le 
vent, le mauvais air. I.ji méthode empirique 
étant ù la portée du premier venu, il y a dans 
Iëb villages des gens qui possèdent quelques 
recettes et ae mêlent de traiter les makdes 
sans que les médecins ou les pharmaciens y 
mettent opposition. L'autorité n'intervïfcnt que 
si une famille porte plainte contre un médecin 
comme ayant causé la mort du malade par son 
ignorance. Beaucoup de ces médecins vendent 
en même temps les drogues qu'ils prescrivent; 
c'est le plus clair de leurs profits, une méde- 
cine devant être d'autant plus efficace qu'il y 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAUDODGE S'il 

entre plus d'ingrédients. O n'est la plupart 
du temps qu'un composé ou une infusion de 
simples, presque tous inofiensifs. Le safran, 
la cannelle y jouent un grand rôle. L'espèce 
de cardamome, qui croit dans le haut Cam- 
bodge, est regardé comme un remède souve- 
rain. Ils prétendent qu'une cuillerée d'une in- 
fusion chaudede feuilles de datura stramonium 
guérit de la rage. Les emplâtres de chaux sur 
la peau, comme révulsif, les incisions, les ven- 
touses, sont des moyens fréquemment em- 
ployés. On ajoute souvent aux drogues de la 
poudre d'os de serpent ou de corne de chèvre 
sauvage, ou de cerf ou d'éeaille de poisson ou 
d'insectes. II y a partout des apothicaires chi- 
nois. On reconnaît leurs boutiques aux ran- 
gées de flacons et de vases alignés sur les éla- 
gères. Des racines et des ossements d'animaux 
sont su.ïpendus au-dessus du comptoir ou le 
long des cloisons. 

Les Annamites ont quelquefois recours aux 
sorciers pour guérir les malades; le vacarme, 
les pratiques bizarres de ces empiriques, leur 
habitude de faire fermer toutes les issues de la 
chambre du malade ne peuvent avoir d'autre 
CiTet que d'aggraver l'état du patient, et si cçluî-' 



342 COCHINCHIHK FRANÇAISE 

ci en meurt, c'est au diable seiil qu'il faut 
s'en prendre. 

Chez ce peuple, des jeimes gens de vingt ans, 
paraissent en avoir à peine quinze. Ij& barbe 
est rare et crcût lentement. Le défaut de soin, 
de propreté, d'ablutiona, favorise bea,ucoup 
les affections cutanées, la gale, la lèpre» l'iiy-, 
drocèle. Ils étendent de la te^re sur une plaie 
pour k préserver du coatacl de l'air et ne ta 
lavent iamais. Souvent des plaies, causées par 
U piqûre des moustiques se IranSiforment, 
grâce, à ce système, en. ulcères ; la. gaflgrçne s'y. 
mst et le résultat est la mort. Depuis la çréa- 
tiKMi de l'iiospice indigène c^ Clioquan, oii ne 
voit plus dans les rues., comnje aux premiers: 
temps de l'occtipaiion, ces lépreux qui atten- 
daient la mort sous un hangar quelconque ou 
mendiaient aux abords des marchés Les in- 
Ërmes, sans pa^rents ou sans moyens de subsis- 
tance sont d'après la loi annamite, à la charge 
diQ.^ur commune qui doit leur donner asjle et 
i)ouri;iture çt par ce moyen la mendicité reste 
iqconnue. 

L'alimentation des Annamites, très salée et 
pimenléo, se compose principalement de riz et 
dé poisson. L'assaisonnement préféfé est Iq 

Cîooglc 



ET ROYADBE DE CAMBODGE S48 

nuoc mâm ou eau àe mam, saumure de pois- 
son fermentée, comparable à la fameuse sauce 
japonaise, la soya. 

Le mam est une saumure de poisson, non 
fermentée, dont l'aspect et l'odeuit forte et ca^ 
raetérisiique répugnent à tout Européen. 

Les Annamites mangent rarement de la 
Tiande. Dans les festins, on sert de la vo- 
laille et du pore, et quelquefois du bœuf. Ils 
fce régalent de viande de cbien, d'œufs cou-' 
Tés, etc. 

Les pauvres mangent du buffle quand pa^ 
Suite d'accident un de cek utiles animaux a dft 
être abattu. On comprend que du riz et du 
poisson pour alimenta et de l'edu pour bois- 
son, aous un climari: aussi débilitant que celui- 
ci soient une nourriture peu substantielle, insuf- 
fisante même pour développer les forces dé 
l'homme ; aussi un grand nombre d'ADuamites 
sont chétifs et malingres. Les femmes ont àeà 
formes grêles, et la plupart âont atteintes d'af- 
fections dues à la faiblesse de leur teMpéra^ 
ment. 

Après les repas, hommes, femmes et en- 
fants fument la cigarette. 

Les riches fument une sorte dé narguilé trèt 

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244 COCMINCHINE FRANÇAISE 

court dont les tuyaux sont en cuivre. Le réser- 
voir (l'eau est une petite boîte cylindrique re- 
couverte de bambou sculpté ou d'écaiUe. 

Les Chinois ne fument pas de tabac anna- 
mite. Ils ont pour la pipe à long tuyau et à 
petit fourneau de cuivre ud tabac fin, noirâtre, 
exhalant une mauvaise odeur due à l'iiuile 
dont il est imprégné. Ils font usage pour le 
narguilé, qui est en cuivre, d'une autre espèce 
de tabac, jaune, sec, extrêmement fin, ayant 
une saveur particulière. Ces deux espèces de 
tabac viennent de Chine. Le narguilé de l'ar- 
tisan chinois est fort simple. Le fumeur est 
assis et tient entre les jambes un gros bam- 
bou creux dans une partie de sa longueur 
jusqu'à un nœud qui forme cuvette à l'inté- 
rieur. Un peu au-dessus de ce nœud, part de 
la paroi du bambou un petit tuyau très mince 
de 5 à 6 centimètres de longueur, qui se re- 
lève et fait un angle aigu avec le tuyau. Le 
gros bambou contient de l'eau. A l'orifice du 
petit tuyau on pose une pincée de tabac. On 
en approche une petite baguette incandescente. 
On presse les lèvres contre l'ouverture du gros 
tuyau et l'on aspire fortement. Le tabac s'en- 
flamme instantanément comme du coton-poudre 

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ET ROYAVIK BE- CAMBODGE ZW 

aansi kiââep d'autnes it&ce& qae l'E^adaDle fu- 
mée expirée par lé fuiHeup: On renou-Telle i 
cbaque' aspir^EtioB !a iDênte opératicHï. 

Les Ânnailiiles supportent difficilement les 
liquïCUra fortea et même le vin. Lear eau-de-vie 
de riz a nn petit goftt ra^yreunïatlqUe dés^ 
gj^éeble.L'ivreës&deoetaleooIesttropproBipte, 
elte alourdit l& sens et paralyse les Tacultés. .- 
On conçoit dès lors la passion des Annstnites 
pour roptu«n, l'ivresse ainbi prodaite excitbnt 
t'iniagination <Ar flattait les passions; Aussi 
l'opium est-il Ifl paison le plus répandu. 

C'est, comme on sait, le suc d'un pavot dé 
riiide. Oo' eïfvme cette matière à l'état brut 
dans les lieux de coBsommation, on la trans- 
forme en cbandoo en la faisant dissoudre dans 
l'eati bouillaBifi et e» y faisant infuser du ta- 
bac ou des pkAite» aromatiques. L'opium pftssé 
ainsi à l'état d'une pâte très molle^ 11 y a- à 
Stugon- une booillerfe d'opium pour la prépa- 
ration dil cbandoo, des débits d'opidm dan» 
toutee les localités et, dans tous- le^centres im- 
pwtents, des fuHieriea d'opium" où se rendent 
Lee fàmeurâ de basse élafise, ceus' de la clââA 
aisée a^ant éhez euic un appartement obdeor' 
irôaepvé à cfet effet. 



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d„p,ed d. lamp, ^,^. ,^ ^^^^^^ ,^^^ 
et „D p«u oon,e„ «, „„„;, j.„„^ ,^^ 
oaTCrture, en son milieu. U fumeur, à moins 
d use. „ ,1'une pipe trts courte, a besoin d'un 
aide, et cet emp..w „, ordinairement rempli 
par de jeunes femmes que lès .-^^A, d.„pi„„ - 
entretiennent dans ce but. Le fumeur tombant 
bientôt dans une sorte d'ivresse factice et éner- 
vante, la présence et la vue de ces femmes 
augmentent ses illusions sans compléter ses 
jouissances. 

Les premières pipes d'opium rendent malade 
le débutant sans lui procurer le plaisir qu'il 
espère en retirer. 

Le fumeur, étant étendu sur une natte ou 
sur un long fauteuil en bambou à larges re- 
bords, son aide, au mojen d'une longue ai- 
guille, terminée d'un côté en spatule, prend 
■10 à 1 5 centigrammes d'opium, qu'il roule en 
boule de la grosseur d'un pois. Il l'enflamme 
4 la lumière d'une petite lampe ai hoc al» 



ET DOYACHE DE CAHBOSGE S47 

dépose sur l'orifice du fourneau. La pointe de 
l'aiguille ménage le passage constant de l'air. 
En une minute et en une vingtaine d'aspira- 
tions on a absorbé une pipe d'opium et l'on 
continue jusqu'à ce que l'effet cherché soit 
atteint. 

Celui qui en a goûté quelque temps ne peut 
plus se défaire de sa passion. C'est le fruit dé- 
fendu qui cause la mort; c'est un poison utrâ- 
que feriens. En effet, son usage mène à l'abru- 
tissement moral et physique, ruine une famille 
et entraîne les conséquences les plus funestes ; 
si Ton cesse brusquement, les maux d'estomac 
et même la dyssenterie s'emparent du malheu- 
reux^ déjà affaibli et énervé. 

Aussi reconnaît -on le fumeur à son teint 
mat , à ses joues creuses , à son corps frêle , à 
fies yeux hagards. On croit généralement que 
l'absorption de la fumée d'opium est suivie 
d'effets génésiques. Le fait est qu'elle est un 
excitant du système nerveux; par suite elle 
flatte les désirs de chacun dans un rêve sem- 
blable à celui d'une demi-ivresse, et elle déve- 
loppe la passion dominante de chaque indi- 
vidu , que ce soit la luxure ou l'ambition , la 
haine ou l'avarice. 

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348 COCUIIKHINE niAIt^lSB 

En 1S5S on a importé en Cliine plu» d6 
70,000 caisses d'opium en boulee. La eaifigé 
esl de 70 à 80 kilogrammes de 400 à 706 
ta«ls. (Le taël est de 7 fr. 80 c), ce qui fait do 
4,000 à 5^0 fraocs par caisse, et une valeur 
d'importation de 262,080,000 francs («fan. 
L'opiiuD de Midva viest de Bombay, et I^e Bé- 
narèe, le plus cher et le plus e&timé', ainsi que 
celui de Patna, viennent de Calcutta. En 1867, 
une caisse d'opium brut râlait h Hong-Kong 
700 dollars. 

C'est Ters' 1740 que Wheler, vice-résident 
des Indes, el le colonel Watson importèrent eti 
Chine l'opium, qui servait déjà duie' lea' Indes 
et en Perse d'excitant da système nerveux.- 

On voit qtiela progrès rapides a fait ostte 
funeste habitude. La Chine cultive elle-mèsoe 
le pavot, et en^retire de l'opium vendu ani^ 
basses classe» de la population: Les Chinoid 
ne lardèrent pas à répandre en Cocbinchine ce 
fatal produit ; les mandarins CMiimeocèrent à< 
y. prendre goût, puisle pwple, et' aujourd'hui) 
la plaieest incurable.' 

En Cochinchke la vente' de l'c^iumest qqt' 
tuellement aiTermée à une société de Chinoi» 
qui paie à l'Etat un fermage de- ptè$ de deux: 

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ET ROYAUME DE CAUBOSGE 349 

millions de francs par an, ce qui donne une 
idée de la consommation de cetle drogue dans 
le pays. On importe annuellement en Cochin- 
chineunpeu moins d'nn million d'opium brut. 
L'opium est considéré comme cargaison , et 
paie un droit de 10 pour 100 ad valorem. 

Mgr Pallegoix rapporte (1) qu'au Siam les 
fumeurs d'opium sont condamnés à porter la 
queue chinoise et soumis à un impôt annuel 
de 30 francs. S'ils refusent de se faire Chinois 
ou de renoncer à l'opium, la loi les condamne 
à mort. Mais vouloir proscrire l'usage de l'o- 
pium ea Cochinchine serait aussi âifUcile, si- 
non aussi impossible, que d'empêcher l'usage 
du tabac en France. D'autre part, les Annami- 
tes reconnaissent pai-faitement la supériorité 
des Chinois à leur égard. En s' adressant à eux 
ils leur disent ckn! maître. Partant, ils trou- 
veraient avantage à se métamorphoser en ftls 
du céleste empire , et à chercher dans une fu- 
merie d'opium leur certificat de naturalisation. 

Le jeu est encore une des passions fatales 
des Annamites. Ils jouent le salaire de chaque 
jour et jusqu'à lears vêtements. La défense 

(1) Dtteription dH royaume de nai. 

,lzc.J;.G00glc 



350 COGHINCHENI FMNC&ISB 

formelle du code à cel égard est uù peu comme 
celle relative à l'opium. On a été obligé d'affer- 
mer le privilège de tenir des maisons de jeux, 
mais à Saïgôn et à Cbolen seulement. Tous 
ces établissements pernicieux ont été fermés H 
suppriméa en proviûce. En les conservant dans 
les grands centres, on a eu pour but d'éviter 
de plus grands abiis en rendant plus facile là 
feurveillahce de ces maisons et ea n'y autori- 
sant que certains jeux. 

Montesquieu a dit que les amusemenlâ ont 
autant d'influencé que les lois sur les peuples. 
La musique anoamite est mélQncoli(|ue et mo- 
notone ; la danse est chose inconnue ; leur 
sentiment artistique est très impàt'fait. Là jeu- 
nesse n'est pas tapageuse, les enfaiits sont gra- 
ves, et les hommes faits s'amusent à des baga- 
telles. Parmi teuT^s jeux il faut citer le volant : 
leâ joueurs placés eii rond se renvoient le vo- 
lant avec la plante du pied, le talon, le coudcy 
mais jamais avec les tnains. Le eerf-vOlant esi 
plus curieux que celui que l'on fabrique en 
France, H y en a qui s'enlèvent sans cet appen^ 
dice eh papier qu'on y ajoute chez dons. Oni 
leur donne la forme d'une lune, d'un oiseau, 
d'un poisson, d'un navire. La tète est garnie 

D,M,IcdB,GOOgiC 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 351 

de deux rubans épais , teadua en corde d'arc 
vxT une double baguette en bambou que le, 
vent fait résonner avec force. 

Le plus grand divertissement des Annami- 
tes, celui pour lequel petits et grands, pauvrea 
et riches, ont une véritable passion, est le théâ- 
tre. Leurs pièces sont presque toujours de* 
tragi-comédies avec des chœurs chantés, de. 
longs monologues, des passages en langue chi- 
noise que les acteurs eux-mêmes ne compren- 
neol pas, et des scènes en langage vulgaire. On 
y retrace les principaux faits qui se sont pro- 
duits autrefois dans les guerres légendaires, 
les révoltes , les combats. C'est l'histoire de 
jeunes héroïnes , de grands généraux , de rois 
illustres, de ministres influents, de sages vieil- 
lards, de boufibns célèbres. On y fait apparaî- 
tre au milieu des détonations de pétards, des 
génies protecteurs, des dragons ou des tigres 
qui sèment la flamme et la terreur, des êtres 
imaginaires et de puissantes divinités dont l'ia- 
tervention est une véritable odyssée cochinchi- 
noise. l,es deux genres, tragédie et comédie, sont 
pour le fond comme pour la forme à peu près 
les mêmes que dans le théâtre chinois. On est 
frappé de voir ces peuples qui ne mettent pas 

I .lzc.J;.G00glc 



353 COCHINCHENE FRANÇAISE 

en pratique les vertus militaires, se passionner 
autant pour les démonstrations guerrières. Ils 
se plaisent à se faire illusion par des exploits 
fantastiques et des actes de bravoure imaginai- 
res. L'ÂDuamite, sentant la main de fer qui 
pesait sur lui, excelle à se venger soit par la 
ruse, soit par une moquerie caustique. Aussi 
les comédies sont-elles souvent intéressantes , 
quoiqu'elles s'abaissent parfois, ainsi que la 
tragédie, jusqu'à la trivialité. 

Les rôles de femmes sont remplis par des 
hommes. Les acteurs se peignent le visage et 
se fardent avec la racine de curcuma. Ils sa- 
vent se donner par l'emploi du noir, du blanc 
et du rouge, un aspect hideux et terrible. Ils 
parlent ou cbautent sur ta scène à voix de 
fausset, et poussent des cris de tête tout à fait 
désagréables pour une oreille européenne. 

Lorsqu'un personnage de distinction vient 
prendre place parmi les spectateurs, la pièce 
est interrompue, et tous les acteurs, s'avançant 
sur la scène, le saluent en se prosternant. On 
lui offre, comme un honneur, de frapper de 
temps à autre sur un (am-lam fixé à sa portée 
pour témoigner sa satiiîfaclion duns les passa- 
ges marquants. En même temps un notable 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROTAUUE DE CAMBODGE 253 

indigène assis près d'une table, ayant devant 
lai nn grand plateau de cuivre contenant des 
ligatures de sapèques , jette quelques tiens de- 
vant le théâtre chaque fois que le jeu des 
acteurs a mérité son approbation ; ceux-ci 
reçoivent ainsi un salaire convenable. Les per- 
sonnes riches se donnent le luxe d'offrir te 
spectacle à leurs amis et à leur village, en cou- 
vrant leâ dépenses de la troupe pendant un ou 
plusieurs jours. Le plus souvent la représen- 
tation dure trois jours et trois nuits et même 
plus, et ne s'interrompt que pour les repas. 
Tantôt le théâtre est installé dans une pagode, 
tantôt c'est un vaste hangar en bambous avec 
gradins en amphithéâtre. Les décors manquent 
complètement ou sont d'une simplicité telle, 
que toute illusion est impossible. Les specta- 
teurs peuvent boire et fumer. Il n'y a ni batte- 
ments de main ni cabales contre les acteurs. 
Aux environs du théâtre s'élèvent des restau- 
rateurs provisoires. 

Le théâtre chinois est monté sur un plus 
grand pied. Les costumes sont plus riches, 
l'orchestre est plus habile, les acteurs plus 
forts. Ils joignent à leurs rôles d'acteurs des 
tours de force et d'adresse, les combats avec 



254 COCHINCinHE FRANÇAISE 

des armes véritables , les sauts périlleux , etc. 
La troupe est en grande partie composée de 
jeunes gens loués par leurs parents dès leur 
enfance, jusqu'à 16 ou 18 ans, à un entrepre- 
neur qui pour tout salaire les nourrit, les en- 
tretient, leur apprend leur rude et fatigant 
métier, les exploite et exploite la curiosité pu- 
blique. 

En Cochinchine, les acteurs ne peuveut pré- 
tendre à aucune charge officielle. 



;. Google 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 



De la femme anaamile. — FUn{aill«s et marines. — Coucbcs. — 
Haaiire d'élever les en&nts. — Vaccine. — Abandon. — Loca* 
Uot, — Vente de» enranls. — nis adopUf. — Des fllles. — 
SwDle-Enfance, — Femnies mariées. — Qualités et débats. — 
Idées sur l'honneur. — Annes. 



Les femmes anaamiles ne vivent pas renfer- 
mées comme les chinoises. En outre, la pro- 
miscuité qui règne dans les habitations rend le 
relâchement des mœurs facile. Chez ces peu- 
ples à demi-ciTllisés la pudeur n'est deve- 
nue une vertu que depuis l'introduction du 
christianisme. La faculté qu'ont les riches de 
prendre plusieurs femmes, la misère des bas- 
ses classes , l'ignorance , l'état d'infériorité 
dans lequel on laisse la femme sont encore 
des causes de dépravation morale. 

Les mariages se font par l'entremise de per- 
sonnes tierces, fondées de pouvoirs. C'est l'rai- 



; Google 



256 GOCHIKGHINX FRANÇAISE 

treprise de M. de Foy universellement adoptée, 
avec cette différence que généralement la femme 
n'a pas de dot , et que le mari , au contraire , 
fait toute la dépense des présenta, apporte à la 
communauté des terres et des buffles , et sou- 
vent donne une somme d'argent aux parents 
de la future. C'est, du reste, ce qui se passe 
en Algérie et chez les Musulmans. L'indemnité 
qu'on olTre aux parents d'une fille du peuple 
varie de 40 à 200 ligatures. 

La cérémonie des Bançailles consiste tout 
simplement à s'offrir réciproquement et à 
mâcher ensemble du bétel et de l'arec. 

Pour les mariages, on invite les notabilités 
du village , les parents , les amis. Les deux 
fiance s^uent respectueusement leurs parents 
en se prosternant devant eux trois fois, puis l'on 
fait UD grand festin. Un gendre bien appris 
demeure quelque temps chez son beau -père 
pour ne pas montrer un trop grand empresse- 
ment à emmener sa femme chez lui et à la sé- 
parer de sa famille. 

L'épouse se prosterne quatre fois devant sou 
mari pour indiquer qu'elle lui doit le respect; 
et celui-ci, deux, fois derant sa femme. 

Lorsqu'une femme est près d'accoucher, on 

D,c,l,;cd:t Google 



ET fiOTi.CH£ DE CAHBODGE 357 

place près du lit où elle repose. un réebaud 
allumé, et l'oo entretiest pendant une quia* 
zaiae de jours après la délivrance, du feu dans 
la maison qu'elle occupe, non pour purifier la 
femme, ainsi qu'on l'a dit, mais en raison du 
grand refroidissement qui sait l'accouchement 
et pour éviter les péritonites. De là vient en par- 
lant des couches l'expression « faire la cuisine. • 
Cette précaution ne paraîtra pas étrange si l'on 
aoDge qu'il y a mcore bien peu d'Annamites fai* 
saut usage de couvertures de laine ou de coton, 
et qu'ils n'ont, pour la plupart, que leurs min- 
ces eotoonades pour se réchauffer. Aussi l'on 
bassine le ventre de la femme; on lui donne des 
aliments très épicés. Un pieu enfiammé est placé 
à la porte et en dehors pour prévenir qu'un ac- 
couchement a eu lieu dans la maison. Après 
les couches, on offre un sacrifice purificatoire, 
«l l'on frotte de safran le corps de l'accouchée 
pour éviter l'inâuence de l'air. 

Dans quelque mois qu'un enfant vienne au 
monde, serait-ce le douzième, on lut compte 
un an en nai^ant, et l'on compte un an de plus 
à chaque rraouvellenunt d'année, de sorte 
qu'un petit Cochlnchinois auquel on donna 
trois ans peut n'avoir que quatorze mois. 

I .lzc.J;.G00glc 



358 COGHINCHINE FRANÇAISE 

Les Annamites donnent à l'empereur Tudac 
trois années de plus que son âge réel; une an- 
née a été ajoutée par sa mère, une par le grand 
conseil de l'empire et une par le peuple. 

Les mères annamites n'emmaillottent pas 
leurs enfanta ; elles nourrissent les garçons trois 
ou quatre ans, et leurs filles plus longtemps 
encore. 

Un missionnaire me disait connaître une 
jeune mariée de seize ans qui i'était plusieurs 
fois échappée de la maison de son mari pour 
aller prendre le sein de sa mère. Les Annamites 
ne boivent pas le lait des animaux. Du reste 
la Tache du pays, quelque soin qu'on prenne , 
ep donne fort peu. 

Les petits enfants des deux sexes ont le 
■ventre très proéminent. Ils Tont ordinairement 
tout nus, livrés à eux-mêmes, les plus grands 
aidant les plus petits; aussi courent-ils et na- 
gent-ils de bonne heure. Leur mère les porte 
achevai sur la hanche. Elle ne les embrasse 
pas avec les lèvres, mais avec le nez, comme 
on aspire le parfum d'une fleur. Quand les 
femmes reviennent du marché, avec leurs pa- 
niers faisant balance aux deux extrémités d'un 
bâton qui repose sur l'épaule, on voit quel- 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUME DE CAHBODGE 259 

quefois dans l'un des paniers des fruits ou 
autres objets, et dans l'autre un petit enfant 
semblable à l'oiseau qui passe sa tête hors du 
nid. Un grand nombre d'Annamites sont mar- 
qués de variole , et beaucoup d'enfants meu- 
rent de cette maladie. Des essais de vaccine, 
entrepris à Mitho, promettent de réussir. Les 
avantages de cette innovation préservatrice se- 
ront promptement appréciés de la population 
indigène. Au Siam, le vaccin fut apporté de 
Boston par le cap de Bonne-Espérance. Il fallut 
s'y reprendre à trois fois pour propager le bien- 
faisant virus. En Cocbincbine, actuellement, 
ces tentatives ont bien plus de chances de suc- 
cès. Depuis le 20 décembre 1867, ïa propa- 
gation de la vaccination est provoquée dans 
tous les cercles par tous les moyens possibles. 
Elle est gratuite et elle s'opère spécialement aux 
mois d'avril et d'octobre. 

Les parents annamites en général aiment 
beaucoup leurs enfants. Nous n'avons jamais 
entendu citer une seule fois, ni vu nulle part 
qu'un enfant annamite , pauvre ou malade , et 
même mal conformé ait été abandonné par sa 
mère , encore moins qu'on l'ait laissé ou fait 
périr. 

DiMiicdByGoogle 



260 COCHUrCHINE FRANÇAISE 

lorsque la mère n'a pas de moyena de sub- 
BÎstance, elle les remet ou les loue pour 12 ou 
15 ans à une famille dans l'aisance qui les 
élève. Les frais de nourriture, qui sont à peu 
près les seuls, sont payés par les services que 
rend l'enfant dans la maison, d^ qu'il sait faire 
œuvre de ses mains. Quelquefois une femqje 
dans la misère ou gravement malade, sans 
parent pour la soutenir, vend son enfant h 
une famille où elle est sûre qu'il ne manquera 
de rien. Celui qui l'achète eu fait souvent sou 
fils adoptif. La valeur d'un enfant varie de 2 
à 5 piastres (12 à 30 francs). Cette vente ï 
pour but d'empêcher ta mère, lorsque l'enfant 
sera grand et en état de gagner sa vie , de le 
' reprendre auprès d'elle et d'en tirer profit, 
avant que celui qui l'a élevé et voulait eu faire 
son enfant d'adoption, ait été payé de ses dépen- 
ses et de ses soins. Du reste la mère peut tou- 
jours se faire rendre son enfant moyennant 
une somme convenue entre les parties inté- 
ressées. L'enfant devenu homme peut égale- 
ment et aux mêmes conditions quitter son père 
nourricier. Ce contrat n'est donc pas aussi im- 
moral qu'M semble au premier abord. Le cas 
est différent s'il s'agit d'une fille. Les frais 

C.,Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE z61 

sont plus grands , les soins durent plus long- 
temps, les ûlles rendent des services moindres. 
Généralement elles sont achetées et élevées 
par une femme sans enfants ou une matrone 
à laquelle elles donnent le nom de mère adop- 
tive. Lorsqu'elles sont devenues nubiles , leur 
valeur est d'autant ping grande qu'elles ont 
plus d'attraits, et la dot apportée par celui 
qui les demande pour épouse ou pour concu- 
bine, est remise à la mère adoptlve en paiement 
des soins, de la nourriture, des vêlements don- 
nés à l'enfant. Malheureusement le libertinage 
plutôt que le mariage est presque toujours le 
Eort de ces filles. C'est là qu'intervient le rôle 
admirable des établissements de la Sainte- 
Enfance. Les jeunes garçons orphelins y sont 
élevés aussi , raais c'est surtout pour les pe- 
tites orphelines que cet asile est un précieux 
bienfait. Elles n'en sortent que lorsqu'on leur 
a donné les moyens de vivre honnêtement. On 
a dit que les hommes remarquables avaient 
presque toujours eu pour mère une femme re- 
marquable. On ne saurait nier que l'élat de dé- 
gradation ou d'élévation de la femme n'exerce 
une grande influence sur une race. Ce que le 
christianisme a fait pour le monde européen 



262 COCHINCHINE FRANÇAISE 

est à faire pour toute l'Asie, et ces vieilles TB,-r 
ces pourront être régéûérées par ce puissant et 
bienfaisant moyen. 

Les femmes annamites mariées travaillent 
beaucoup , et sur elles reposent tous les soins 
du ménage. Elles gardent les boutiques, vont 
au marché, décortiquent le riz, égrènent le 
coton, soignent la basse-cour, tissent des étoffes, 
repiquent le riz, préparent la nourriture, con- 
duisent la barque. Elles manient l'aviron avec 
autant d'adresse que l'bomme. Elles rament 
debout, face à l'avant et gardent un équilibre 
étonnant dans la conduite et la manœuvre des 
sampans (1) on pirogues de passage. Il y a dea 
familles qui n'ont pas d'autre habitation que 
leur baleau. Une marmite en fer et un fourneau 
en terre sont toute leur batterie de cuisine. 

En Annam les deux se:ïes sont de mœurs 
très relâchées. Les hommes, dont les faiblesses 
sont moins pardonnables et moins pardonnées 
que celles du beau sexe, sont sans soin de leur 
personne, rusés, enclins au vol et menteurs. 
H semble que la parole ait été donnée à l'An- 
namite pour déguiser sa pensée. On leur re- 

(1) Uot emjmniU au Uakls. 

DiMiicdByGoogle 



ET nOTAUHE DB CAUBODGE 209 

proehe de ramper devant la fore«. Op^dant 
leur code punit même les flatteurs, Lea hom- 
mea et les femmes du peuple se servent à cha- 
que iostant de jurons. Lorsqu'un Annamite en 
maudit un autre , c'est le sujet d'une violente 
querelle. On voit parfois dans les villages des 
femmes se router pw terre , les cheveux dé- 
noués, se meurtrir le corps et pousser des cris- 
sauvages pour ameuter les voisins contre celui 
qui les a injuriées , réprimandées ou battues. 
Ces querelles se bornent presque toujours à des- 
cris, et ae terminent rarement par des coups. 
Quant à la véritable malédiction , etie consiste 
à prononcer, devant un bananier planté la tige' 
ea bas et les restes d'un poulet immolé , les' 
Doma et qualités de la perstuine maudite. !.£& 
AnaamUes aiment l'ironie , l'arme des oppri- 
més. L'aneien régime de la crainte déteint sur' 
leur tempéranuQt. On les a accusés de lâcheté 
dans la guerre. Les miKcieuB qui ont servi 
dans nos rangs se sont justifiés, daiia ces Aet- 
niàres anoé^, de ee reproche. Quant à ceux 
qui combattaient contre nous, quelle résistaoee- 
pouvaieut-ils opposer à la supériorité de nos. ar- 
mes? C'est ce qui faisait dire après la paix de- 
1862, à un soldat Annamite, qu'il préférait être 

Cooglc 



364 COCHINCUINE FR&NÇAISK 

envoyé contre les Francis, dont les canons les 
forçaient à fuir dès le commencement de l'at- 
taque , plutôt que de marcher contre les Tong- 
quiDoÎH révoltés, avec lesquels il faudrait en 
venir aux mains. 

Les Annamites entendent l'honneur autre- 
ment que nous, et pensent qu'il est plus sage 
et plus louable de fuir devant l'ennemi, quand 
la résistance devient douteuse ou impossible, 
que de priver la patrie en se faisant tuer, de 
SCS services ultérieurs dans des circoostances 
plus favorables. En outre ils n'ont pour armes 
que de vieux fusils à mèches, de mauvais sa- 
bres, des lances, des gingols, des fusils de 
rempart, des pierriere et des fusées incendiai- 
res. Leur petit chapeau pointu en bambou et 
leur longue chevelure garantissent la tête des 
coups de sabre. Us ont quelquefois des boucliers 
de peaux. Leurs auxiliaires Mots, Chams, etc., 
lancent des flèches avec l'arc ou l'arquebuse. 
Enfin ils n'ont pas comme les Arabes et les 
Indous, de fanatisme religieux et guerrier. Ils 
n'ont pas même les superstitions des Cam- 
bodgiens, qui portent des amulettes pour se 
rendre invulnérables. 

Les Annamites rachètent en partie leurs dé* 



ET ROYAUME DE CAIfBODGE 365 

fauts par leur facilité à supporter la fatigue , 
le cbaud , le froid , la faim , la soif; par leur 
persévérance, leur taleat d'imitation pour tous 
les métiers et toutes les industries. On a pu 
b'od couTaiocre aux ateliers des constructions 
navales et partout où l'on a tenté d'apprendre 
aux indigènes les arts européens. 

Tous ceui qui ont essayé de dépeindre les 
Annamites , l'ont fait en somme à l'avantage 
de ceux-ci , et il est curieux de voir aujour- 
d'hui, sujeta de la France, ces hommes que 
Crawfurd, dès 1830, appelait les Français de 
l'Orient. 



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COCBIKGHINE FRiHQMS^ 



Écriture anuamite, — Ërolts libres, ~ Lugue. — Hojens de l'éluT 
dier. — Langue sahir. — Interprètes français . — Interprètes laUns, 

— Écoles primaires indigènes. — Transformation des caractères 
cbinois en caraclèrei eunpiena. — Corn fviUi it bngnp an**- 
mile. — Institution nunic^iale. — Solde des interprètes français. 

— Administrateurs anglo-iadieiis. — Administrateurs franc«-anna- 
mites. — Leur solde. — Cercle et bibliothèque publique, — Goo- 
serratiun des ouvrîmes es langue du pajs et des publicalions euro- 
péennes. ~ Ouvrages i consulter. 



L'écriture annamite est l'écriture chinoise un 
peu modifiée. Etle eat à la fois idéographique et 
phonétique, ainsi que le prouve la facilité avec 
laquelle ils écrivent eu caractères cochincbi- 
nois les noms européens sur les cachets des 
bagues. Un Chinois , ne sachant pas la langue 
annamite, peut s'entendre avec un Annamite 
par l'intelligenee des caractères représentant 
une même idée eiprimée dans les deux langues 
par des mots ou sons différents. Les actes et 



oogle 



ET BOT&UICP DE CAHBODGE Wl 

documents oEEiciels s'écrivent en caractères 
chinois. 

II y a dans les villages des écoles libres dont 
le maître est choisi par les habitants eux- 
mêmes. Les enfants y apprennent en mèfne 
temps à lire et à écrire. Les écoliers répètent 
les caractères tout haut et tous ensemble. De 
là un travail (k mémoire et de routine, long, 
pénible et peu efficace. Le plus savant est ce- 
lui qui conuait le plus de caractères. Il faut 
de^ années pour parvenir à déchiffrer un livre, 
en^re ne le fait-on qu'eu ânoonaDt. Le Gou- 
vernement entretient des fonctionnaires ^nna- 
BQitep charçés de surveiller les écoles indi- 
gnes, de provoq^uer et de diriger les examens 
des candidats aux grades littéraires, de rédi- 
ger les actes officiels, de proposer aux emplois 
de lettrés, de greffiers, etc. 

La langue annamite est chantante et elle a 
six tons. Un même mot ayant selon l'accent et 
le ton plusieurs significations différentes, il en 
résulte pour l'Européen une grande difficulté 
pour comprendre et parler cette langue. Les 
meilleurs livres à consulter pour cette étude 
sont le dictionnaire de Mgr Taberd, en deux 
volumes, latin-annamite et annamite-latin ; 
Cîooglc 



368 cocHiNCRmE française 

M. Aubaret ea a rédigé un abrégé français- 
annamite et annamite-français ; le dictioanaire 
du P. Legrand de la Liraye; la grammaire du 
P. Fontaine, et le vocabulaire de Petrus-Ky. 

1) faut s'attacher d'abord à bien prononcer 
quelques mots usuels et les nombres, parvenir 
ainsi à être compris d'un Annamite et à com- 
prendre quelques mots de son langage, cher- 
cher ces mots dans le dictionnaire pour en ob- 
server l'accent et l'orthographe, ce qui est en 
même temps un boa moyen mnémonique; on 
saisit ainsi l'esprit de la lettre, comme la cons- 
truction aide à saisir l'esprit de la langue. En 
consultant le traité des particules, en conver- 
sant fréquemment avec des Annamites diffé- 
rents, dont l'oreille n'aura pas la complaisance 
de l'habitude , en retenant l'accent des mots 
que l'on sait et en l'observant dans la conver- 
sation, on aplanira promptement bien des dif- 
ficultés. En étudiant toujours avec le même 
Annamite, il y a danger de tomber dans le 
sabir, sorte de bouille à baisse linguistique , 
produit de la tour de Bahel, mélange de fran- 
çais, de provençal, d'anglais, de malais, de 
chinois, de portugais, de latin, d'espagnol et 
d'annamite. On en voit un exemple dans le 
.o.-lc 



ET ROYAUME DE CAHBOItCE 269 

mot looksir, qui vient du a^ir aQglo^ÎDoi^ 
look , see , regarder, voir, dont les Français 
ont fait un yerbe looksir, troisième conjugai- 
son ; dans le mot toutouhet , composé du root 
tout redoublé, joint au même mot het en anna^ 
mite^ dans le mot chinois samchou, eau-de- 
vîe, dont on a fait choum-choum ; dans l'ei- 
pression : dcmner la cadouille ou donaer le 
fouet, i^iii vient de ce qu'on fait des cravaches 
-avec la queue de la raie, et les Annamites ap- 
pellent ce poisson ca-duoi, etc. Le mot cbal 
cha! qui se prononce tia, tia, père! père! est 
leur grande exclamation. Le mot ia est une 
formule de respect et ne signifie ni oui ni non. 
On se trompe souvent en prenant ce mot pour 
une réponse afiirmalive. L'audace de la langue 
sabir est supérieure à celle des chroniqueurs 
parisiens dont les oéologismes passent si rapi- 
dement dans la circulation. 

Beaucoup de personnes renoncent à priori 
à apprendre la langue annamite, sous prétexte 
qu'elle est trop difficile. On peut cependant, 
sans beaucoup de travail et au moyen d'un 
petit nombre de mots usuels, se faire com- 
prendre des indigènes ; tandis qu'il est bien 
moins facile de comprendre, surtout lorsque 

iiri^-Googlc 



370 COCHINCHINE FRANÇAISE 

l'Annaniite, par respect, affecte de parler bas 
et entre les dents. 

11 y a maintenant en Cochinchine des inter- 
prètes français, latins, chinois, indiens, ma- 
lais, cambodgiens ; mais au début de la colo- 
nie, on était fort embarrassé pour en trouver. Les 
missions catholiques prêtèrent un assez grand 
nombre de leurs élèves, pour la plupart venus 
du collège de Pinang. Beaucoup d'entr'eux sont 
restés au service du gouvernement. Les indi- 
gènes n'interprètent souvent l'annamite qu'en 
latin, de sorte que bien des inspecteurs des 
alfaircB indigènes et bien des commandants de 
poste sont obligés de faire appel à leurs sou- 
venirs de collège, soit pour rendre la justice, 
soit pour traiter une affaire. Cette langue morte 
manque souvent d'expressions pour les idées 
modernes, de là des tours de phrase, véritables 
tours de force capables de faire rougir, si 
c'était possible, nos classiques professeurs. Le 
collège des interprètes français et le collège 
d'Adran ont suppléé jusqu'ici au besoin d'in- 
terprètes. Au collège d'Adran, les jeunes anna- 
mites apprennent à lire et à écrire le français. 
Ils sont surtout destinés à servir d'intermé- 
diaires, entre l'autorité française et les com- 



ET ROY&UIIE DE CAHBODCE 271 

munes annamites, dans les charges publiques 
qu'ils exerceront plus tard. 

Les écoles priinaireH, au nombre de 60, 
comptaient en 1866 près de \ ,400 élèves indi- 
gènes. Les eoEanls, en quatre mois, sont en 
état de lire à leur famille tout document en 
langue annamite écrit en caractères européens 
ou le Gia-dinh-bao,}Q}jTU3.\ annamite qui s'im- 
prime à Saigon. 

Frappés de ces rapides résultats, beaucoup 
d'adultes suivent un cours pour apprendre la 
transformatioa des caractères chinois en ca- 
ractères européens. Cette simpli6cation de l'é- 
criture s'étend chaque jour de plus en plus, et 
aura pour effet de hâter l'initiation des Asia- 
tiques à nos idées et à nos connaissances. Ce 
but sera atteint surtDut par l'envoi en France, 
aui frais de la colonie, d'un certain nombre 
de jeunes Annamites qui vont passer quelques 
années dans les écoles françaises. 

Marseille possède une chaire d'Arabe vul- 
g^e. La langue de l'Algérie est professée 
aussi à l'école des langues orientales vivantes à 
Paris. Il était à désirer que le cours d'annamite, 
professé au collège des interprètes français à 
Saïgon, fut rendu public, afin de doDoer à tous 

izcjî.Googlc 



S72 COCHINCHIHE FRAEIÇAISE 

ceux, en dehors de ceUe profession, qui, ea 
raison de leurs intérêts oh de loin goûts, dé- 
sirent conoaitre cette langue, toute facilité 
pour l'apprendre. Cette étude a. une importance 
toute spéciale pour ceux qui se proposeut d'en 
trer dans les affaires indigènes. Les chefs de 
postes cmt eux-mêmes des relations forcées avec 
les Annamitee. Les interprètes indigèoes ne 
méritent pas toujours une grande confiance, 
Enfin il y a avantage pour les Francis, qui 
résident dans les localités éloignées des cen- 
tres, à parler la langue du pays. C'est un 
moyen de plus de rapprochement arec les 
indigènes. 

C'est dans le but de rendre ces cours acce&r 
sibles à toute personne, suis distinction de 
nationalité, désirant s'adonner à l'étude de 
l'annamite, que le collège des interprètes a été 
réuni à une école laïque, où les enfants euro-> 
péens et les Asiatiques adultes feront leur in&r 
truciioD. Cet établissement porte le nom d'ins- 
titution municipale de Saïgtm. Pour l'école 
primaire européenne, les cours de la classe 
élémentaire sont gratuits. Les élèves de la 
classe supérieure paient une rétribution à Ig 
municipalité. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROTAGHE DE CAMBODGE ^73 

La solde des interprètos français en GoÊhio-' 
chine est réglée ainsi qu'il suit : 

Aide intcrprèle 2,100 francs. 

Interprète de 2* dt»e 8,000 

— delndane : 3,500 

Il est vrai que le temps d'étude et de stage 
durent à peine on an ; que ce sont des mitt-' 
taires en congé renouvenable qui se destinent: 
à cette profession ; mais cette solde paraît trop 
ïaible pour encourager des candidats qui ne 
peuvent espérer être assimilés au rang d'offi- 
cier. 

Pour entrer dans l'administration civile eti 
indigèoe des Indes, les candidats anglais su- 
bissent un premier examen embrassant, outre 
le cours des études ordinaires, la langue et la 
littérature sanskrites, la langue et la littéra- 
ture arabes. Ils consacrent encore, avant de 
partir pour les Indes-, deux ans à l'étude des 
langues orientales, des langues-mères de l'Inde 
et principalement du sanskrit, de l'bistoire et 
de la géographie des Indes, des finances, des 
lois et de l'économie politique. Ils reçoivent 
pendant ce stage, qui se fait en Angleterre, 
2,500 francs la première année et 5,000 franc» 
la secotid*. I^ur solde, en activité dans Vlnda 



274 COCHINCHINE FRANÇAISE 

et en coogé en Europe, est calculée sur des 
bases très lai^. 

Ed Cochinchine, tes candidats aux places 
d'inspecteurs, d'après la circulaire du 7 jan- 
vier 1863, qui n'a jamais été complèlement 
mise à exécution, doivent étudier pendant un 
noviciat le programme des connaissances exi- 
gées. Ils seront interrogés sur le code anna- 
mite, sur l'organisation de l'administration 
indigène, finances, armée, police, travaux pu- 
blics, histoire et géc^raphie de la Cochinchine. 
On choisira de préférence ceux qui sauront 
l'annamite ou le chinois, ou auront des no- 
tions de cambodgien et de siamois. Pendant ce 
stage, ils jouissent de la solde de leur grade. 
Ce programme n'u jamais été ni rédigé ni 
exigé. 

Aujourd'hui, les appointements des inspec- 
teurs slagiairos sont de 6,000 francs. Les ins- 
pecteurs, divisés en quatre classes, ont un trai- 
tementde 8,000, 10,000, 12,000 et 15,000 fr. 
suivant leur classe. Le stage dure ordinaire- 
ment de un à deux ans. C'est là une position 
d'avenir offrant de beaux avantages aux jeunes 
■gens qui ont reçu une instruction libérale et 
qui trouvent en France les carrières fermées. 



ET aOYAUUE DE CAMBODGE 275 

Du reste, la situation des inspecteurs des 
affaires indigènes ne paraît pas réglée d'une 
maaière définitive. Bien que ces fonctions sem- 
blent devoir être réservées à l'élément civil, 
elles sont presque exclusivement remplies par 
l'élément militaire. Le pays est trop Bouveau 
pour qu'il soit possible, quant à présent, de 
changer cet état de choses. Aussi n'est-ce pas 
comme point de comparaison que nous indi- 
quons en passant ce qui est exigé dans l'Inde 
des fonctionnaires de l'administration anglaise. 

Une somme de 100,U00 francs est destinée 
en 1868 à la fondation d'un cercle et d'une bi- 
bliothèque. Ce dernier établissement est appelé 
à remplir, selon nous, un triple but. I^es offi- 
ciers, les fonctionnaires, les résidents euro- 
péens pourraient y lire les journaux, les publi- 
cations nouvelles, les revues périodiques, y 
consulter les livres anciens et nouveaux, trai- 
tant de la Cochinchine et des pays circonvoi- 
sios et y étudier l'histoire, l'ethnographie, les 
coutumes de ces peuples. 

D'autre part on y conserverait les manus- 
crits et les ouvrages en langue annamite, cam- 
bodgienne, chinoise, tsiampoise, qu'on ne peut 
se procurer que dans do rares occasions, qui se 

DiMiicdByGoogle 



S76 COCHINCHINE FRANÇAISE 

trouvent dans pea de bibliothèques, et qui, par 
indifférence ou ignorance de ceux entre les 
mains desquels ils passent, s'égarent et se 
perdent. On y rassemblerait aussi Uiut ce qui A 
été ou sera publié sur la Cochinchiae et le 
Cambodge. Enfin on trouverait là, pendant 
les heures de loisir et les longues soirées de la 
saison des pluies, une occupation aussi agréable 
qu'utile. Tous les ans un catalogue serait dressé 
et publié et l'on y consignerait spécialement les 
ouvrages traitant de la colonie. La société asia- 
tique, la société de géographie pourraient prê- 
ter leur concours. Les auteurs seraient invités 
à déposer deux exemplaires de leurs ouvrages, 
contre remboursement, aux frais du service 
local, ainsi que cela se fait à Bombay. 

Les ouvrages les plus récents sur la Cochin- 
chine sont : les notes historiques de P. Legrand 
de la Liraye (1866); voyage dans l'Indo-Chine 
du P. Bouillevaux (1857) ; la description de la 
Basse-Cochinchine, traduction \ubaret(1865); 
le code annamite, du même (1864) ; l'histoire 
de l'expédition de Cochinchine, par L. Paitu 
(1864); les onze mois de Cochinchine du 
capitaine Grammont (1863); le tableau de la 
Cochinchine, compilation de MM. Cortambert 

[,Mzc.J;.G00gic 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 277 

et de Rosny (1862); histoire de la Bafise-Co- 
chinchine, par Aubaret {1864)j histoire mé- 
dicale de la mariDe française, pendant les 
expéditions de Chine, de Cochinchine, par le 
docteur Laure(1864); enfin, une dizaine de 
brochures, qui ont paru en 18G2, 1864eH865. 
Une notice bibliographique, jointe à l'ou- 
vrage de MM, Cortambert et de Rosny, fait 
connaître tout ce qui a été anciennement publié 
sur la Cochincbine. 



:d:fCiOOgIe 



COCHlNCHinE FRANÇAISE 



Aitttëc. ^~ UoiB, — Jours. -- Heores. — Noorei an. — Cadeaux. 

— CÂtimomei aanimites, — OSrandes aux anottres — Cha- 
pelles Unùres. — Théorie du grand dragon. — Courses de pi- 
rogues. — Courses d« cbeTiui et de chars. — Musique. — Or- 
cliestns et inslrurnonts. — Cérérooates fuDèbces. — Euleiremeal. 

— Req>ect dM inorts. — Respect des rieillaril!. — Rel^on. — 
Boniea. — Superstition». 



L'année anoaniiLe est lunaire, comme l'aa- 
née chinoise. Elle est de douze mois, ayant 
alternativement trente et vingt-neuf jours, et 
tous les trois ans elle est de treize mois. 

En 1865, ce mois supplémentaire a été in- 
tercale du 22 juillet au 22 août. Chaque mois 
est divisé on trois semaines, deux de dix jours 
et une de dix ou de neuf jours, alternative- 
ment. C'est celle du milieu ordinairement. Les 
Annamites de nos provinces, et particulière- 
ment les catholiques, comptent les semaines 
d'après les Français, et font de même pour les 
heures. 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 279 

En Annam, le jour se partage en douze 
heures, chaque heure en vaut donc deux des 
DÔtres. 

On compte la première à partir de \ 1 heures 
de la nuit. Ils divisent encore la nuit en cinq 
veilles, ou canh, et ne tiennent pas compte de 
l'heure de 6 à7 du soir, ni de 5 à 6 du matin. 

Les gens du peuple calculent le temps à peu 
près comme les distances. C'est-à-dire que pour 
indiquer la distance d'un point à un autre, ils 
répondront : le temps de chiquer quatre fois 
duhélel ou défaire trois repas de riz. 

Le premier jour de la quatrième année du 
soixante-seizième cycle chinois répond au 5 fé- 
vrier 1867. 

En Cochinchine, comme en Chine, chaque 
famille observe scrupuleusement les rits pres- 
crits pour le nouvel an. Dans les jours qui 
précèdent, on voit les Annamites allant et 
venant, payant leurs dettes, recevant leurs 
Créances, faisant des achats, empruntant mêtae 
des vêtements ou des bijoux pour s'en paref 
durant la fête. Dans les maisons, une tabla 
chargée de friandises est préparée pour les vi- 
siteurs. 

Les personnes de condition s'envolent, comme 



S80 COCHINCHINE FRANÇAISE 

on te fait en France, des cartes de visite en 

papier rouge de grande dimension. 

il est d'usaj^e chez les Annamites qu'au nou- 
vel an et au cinquième jour du cinquième 
mois, les chefs et les supérieurs reçoivent des 
cadeaux de leurs subordonnés, qui leur témoi- 
gnent ainsi une somme de respect en raison 
directe de l'importance des présents. Aussi un 
Annamite serait-il étonné d'apprendre qu'en 
France, au nouvel an, c'est celui dont la con- 
dition est plus élevée qui fait des cadeaux à 
ses inférieurs. 

Dans les provinces annamites françaises, 
l'usage des présents a été supprimé. Aucun 
fonctionnaire français ou indigène ne doit en 
accepter de la part de ses administrés ou des 
indigènes. A certaines époques, le gouverneur 
en distribue au nom du gouvernement aux in- 
digènes qui lui sont signalés pour leur mérite 
ou leur influence dans le pays. 

Pendant les sept premiers jours de l'année, 
un mât reste planté devant cbaque maison an- 
namite. 11 est surmonté d'une branche de bam- 
bou et d'un petit panier, où l'on dépose pour 
les ancêtres des papiers d'or et d'argent. Le 
soir, on suspend au mât des lanternes peintes. 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROÎAUME DE CAMBODGE 281 

Durant la nuit où l'année commence les déto- 
nations de pétards se font entendre. On dirait 
des feux de peloton mêlés de bombardes. On 
offre du thé aux ancêtres. Le matin, on va faire 
les salutations aut grands parents; chacun 
est revêtu de ses plus beaux vêtements. On en 
met plusieurs l'un sur l'autre, le plus court 
par dessus; celui-ci est ordinairement une 
sorte de gaze à fleurs. On porte le turban de 
crêpe, un grand chapeau conique, le parasol, 
l'éventail, les sacs à bétel et à tabac. Les per- 
sonnes riches se font suivre de serviteurs char- 
gés de ces objets, de ligatures, et d'une boîte 
ronde en laque dorée, contenant le bétel et les 
cigarettes. 

Les hommes sont chaussés de pantoufles et 
les femmes de babouches pointues. Elles sont 
vêtues de robes de soie et couvertes de brace- 
lets et de colliers. Les enfants sont babilles ce 
jour-là et portent une culotte faite de pièces 
de différentes couleurs rapportées, et une griffe 
de tigre ou autre amulette suspendue à un 
collier d'argent. 

Les Chinois mettent encore plus de luxe 

dans cette fête. On ne voit partout que ftstins, 

musiciens et joueurs^ En buvant du samchou 

le. 

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28z COCHINCHINE FRANÇAISE 

(vin de riz), ils s'amusent à deviner des nom- 
bres, jeu semblable à ta mourre italienne. Les 
jeux d'argent sont permis pendant sept jours. 
Personne ne travaille et l'on est obligé pendant 
les trois premiers jours de fête de se passer de 
domestiques indigènes. 

Les maisons ayant été nettoyées et décorées, 
on renouvelle sur les colonnes et les portes les 
sentences sur papier rouge. L'autel des an- 
cêtres est orné de lampes, de cie^es, de yases 
à parfums et de fleurs. On y offre deux fois 
par jour te repas aux ancêtres; parmi les fruits 
se trouvent des cannes à sucre qui doivent, 
selon les gens du peuple, servir de bâtons de 
vieillesse aux ancêtres. I>es ombres des an- 
cêtres se contentent de t'ombre des mets, dont 
la substance est effectivement absorbée par les 
vivants. On présente encore aux mânes des 
babits, des ustensiles neufs, des piastres et des 
sapèques, le tout figuré sur du papier que l'on 
brûle à leur intention. 

Lorsqu'on a ainsi fidèlement observé tes 
rites, on est consolé des infortunes passées et 
l'on augure favorablement de l'année qui vient 
de s'ouvrir. 

 chaque nouvelle et pleine lune, on doit 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE z83 

renouveler les offrandes sur les tombeaux et 
sur l'autet des ancêtres. Ces autels des lares 
rappellent exactemeol les obapelles laraires 
où les ancieus Romains faisaient des offrandes 
de mets choisis. 

La théorie du grand dragon est une des 
principales fêtes des Chinois. C'est une pro- 
cession célèbre , souvent décrite dans les 
voyages cq Chine. Elle a pour but de deman- 
der au ciel la pluie après la sécheresse, mais, à 
vrai dire, c'est une spéculation commerciale 
pour faire profiter tes marchands des dépenses 
que tous les Chinois font à cette occasioD. 

Il y a à Saïgoo tous les ans au 1 5 août des 
courses de pirogues fort curieuses. Sur le fleuve 
de Saigon, qui a de trois à quatre cents mètres 
de largeur par le travers de la ville, s'alignent 
une vingtaine de pirogues longues, effilées et 
ornées de pavillons; à l'avant se dresse une 
tête de dragon en carton peint avec des cornes 
ou de longues antennes en fil de fer ; l'arrière 
deginit in piscem ou figure la queue du monstre. 
Ces pirogues sont si étroites que deux hommes 
peuvent à peine y tenir de front sur la même 
banquette. Elles sont construites d'une seule 
pièce avec un tronc d'arbre, et leurs bords 

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384 COCpINGHINE nUHÇAISE 

soDt à fleur d'eau , Trente hommes se tiennent 
serrés dans ces frêles embarcations et attendent 
le signal. Un coup de canon part du vaisseau- 
amiral, les tarotams et les gongs y répondent 
et déjà les pirogues sillonnant les flots, luttent 
de vitesse. Vous croiriez voir des serpents, 
des scolopeodies fantastiques glisser sur l'eau. 
Les rameurs sont nus jusqu'à la ceinture, leur 
teint est olivâtre, leurs muscles saillants ; ils 
sont armés da courtes pagayes qui font bouil- 
kmner l'eau. Ces sons d'instruments bizarres, 
ces cri« sauvages, font rêver aux attaques de 
pirates, uagnère si fréquentes dans ces mers. 
Mais voici qu'une pirogue atteignant un tan- 
gOQ du Duperré, chavire, et tout l'équipage 
est à l'eiui. On dirait des diables marins ren- 
contrant le grand serpent de mer ; on pense à 
des naufragés luttant ccmtre une baleine. En 
une seconde la pirogue- est retournée, remise 
à flot, réarmée, et les pagayeurs rivalisent en- 
core, pendant que l'un d'eux vide l'eau avec 
un seau' en feuille de palmier. Les pnogues re- 
viennent, les coups de tamtam redoublant. 
L'une atteint le pavillon qui sert d« but et de: 
point do ralliement : victoire, la course: est 
gagnée ! Les maires annamites, debout sur le' 

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ET ROYAUME DE CAHBODCE 285 

toit de leurs jonques ou sur le quai, assisteut 
à ces exercices et encouragent leurs hommes. 
Les Chinois font partir des fusées et des pa 
quets de pétards suspendus à un bambou. 
Tamtam, gong, détonations, cris étranges, telle 
est chez ces peuples l'expression de la joie 
comme de la douleur. 

Au mois de février, ont lieu des courses de 
chevaux et de chars. Les Anglais, nos voisins, 
viennent nous disputer les prix et animer la 
réunion. Le gouverneur, les fonctionnaires, les 
consuls étrangers, les mandarins auDamitea et 
cambodgiens, en grand costume, les dames en 
toilette élégante occupent les tribunes. Les com- 
missaires sont choisis parmi les fonctionuaires 
français et les chefs indigènes. Le défllé des 
voitures est remarquable par la variété et l'ori- 
ginalité des attelages, et l'on voit déjà de riches 
indigènes et Chinois conduits en équipage 
français par des sais malais. 

Les indigènes y prennent une grande part et 
s'y préparent longtemps d'avance. 

La musique joue un grand rôle au théâtre et 
dans toutes les cérémonies, dans les réunions 
de famille, les mariages, les solennités des pa 
godes. 

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386 cocnmcHiNE française 

Il y a dans la musique annamite ciaq tons, 
sans demi-tooa et sans accidents. Un morceau 
ne finit pas sur la tonique ; aussi, quoique 
leurs phrases soient bien divisées et qu'ils 
soient observateurs de la mesure, on ne sait 
trop quand un air 0nit. Ils ont un air national 
sans paroles. On chante les notes : 0' cho*, 
chang, etc. Tous les orchestres jouent cet air 
en brodant sur le thème des variations à l'in- 
Goi. En travaillant, en naviguant, les Anna- 
mites chantent d'une vois nazillwde et sur un 
rythme lent et mélancolique des paroles impro- 
visées. Voici comment se composaient les or- 
chestres que nous avons entendus : 

Une natte était étendue sur le sol, les musi- 
ciens s'y accroupirent les jambes croisées et 
jouèrent un morceau d'entrée sur un rythme 
lent et grave, mais suivant un crescendo qui 
devint formidable. 

Un tamtam double, placé sur deux trépieds 
en bois, des cimbales, deux hautbois, un petit 
violon à deux cordes et à chevalet très élevé, 
lequel violon rendait des sons aigus à faire grin- 
cer les dente, et reposait sur le pied du violo- 
niste, tels étaient les instruments des artistes. 

Dans le second morceau, on entendit les 

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ET ROÏAUHE DE CAMBODGE 287 

mêmes virtuoses, maie non les mêmes iastru- 
meots. Il y avait une guitare, dont la large 
caisse était ronde et en bois mince, une flûta 
douce, une clarinette à pavillon en cuivre et 
tuyau enbois, une grande guitare à trois cordes 
en soie et dont la caisse était formée de deux 
peaux de serpents à écailles tmdues sur une 
zono métallique, et deux violons à cordes. Les 
crins de l'archet passés entre les cordes pro- 
duisaient, par un frottement continu, des sons 
semblables à ceux de la vielle, au milieu des- 
quels perçaient des notes criardes dues à un 
habile démanché. L'air était monotone. A la 
fin du morceau-, le chef d'orchestre, qui bat- 
tait la mesure et jouait des castagnettes, don- 
nait au chant un mouvement précipité ; l'air 
finissait par un presto- rinforzando, qu'un 
sourd-muet aurait trouvé admirable. 

Ce que j'ai entendu de mieux, c'est un air 
de harpe. Accroupie sur une natte dans la mai~ 
son du Chinois son mari, une jeune femme 
avait devant elle un instrument composé d'une 
caisse obloûgue, comme celle de notre harpe; 
douze à quinze cordes en laiton étaient tendues 
à plat sur cette caisse sonore, et maintenues 
chacune par un chevalet mobile. La harpe 

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388 COCHINGHINE FRANÇAISE 

s'accorde, non pas en suivant une gamme as- 
cendante comme la nôtre, mais par intervalles 
de tierces ou de quartes. C'est avec les ongles, 
qu'elles portent très longs, que les harpistes 
pincent les cordes, et le gros orteil du pied 
touche la corde dont le son est ie plus grave ; 
c'est la partie de basse. 

La musique est de rigueur dans les cérémo- 
nies funèbres. 

Me promenant un jour dans un quartier an- 
namite , j'entendis un bruyant concert d'ins- 
truments. J'entrai dans la maison, et demandai 
le motif de ce que je croyais être une réjouis- 
sance. C'est , me dit-on , que le maître de la 
maison est mort. Des pleureuses, portant le 
deuil en blanc, étaient accroupies près du cer- 
cueil. Des prêtres de Phat, revêtus de leur am- 
ple tunique , lisaient à haute voix des prières. 
De petits autels étaient dressés dans la maison, 
et on y avait placé des cierges , des vases do 
cuivre et de porcelaine, des tableaux à incrus- 
tations de nacrcj des offrandes pour les esprits. 
Le devant de ces autels est garni d'une étofle 
rouge avec des dessins brodés , or et argent. 
Lorsque le gong (plateau métallique très so- 
nore) eut sonné son dernier coup, chacun, y 
oogic 



ET ROTAtniE DE CAUBODGE 289 

compris les bonzes, se précipita sur une longue 
table où était servi le repas funèbre. On m'in- 
vita à y prendre place. Voyant que par dé- 
férence on attendait pour se mettre à manger 
que j'eusse moi-même commencé, je goûtai 
seulement un peu d'eau-de-vie de riz. Aussitôt 
toutes les baguettes fonctionnèrent , puisant à 
droite et à gauche dans une soixantaine de 
tasses qui contenaient les mets découpée d'a- 
vance et servis tous en même temps. I-a con- 
versation, les éclats de voix, les rires insou- 
ciants recommencèrent ensuite dans la maison. 
Le lendemain matin tous les amis du défunt 
étant arrivés, le maître des cérémonies fit cesser 
tout bruit en frappant trois fois l'un contre 
l'autre deux morceaux de bois dur, et le convoi 
se mit en marcbe. Deux gongs , au son lugu- 
bre, ouvraietit la marche , puis un Lam-tam et 
deux clarinettes. Viennent ensuite les bannières 
de la congrégation si le défunt est un Chinois 
appartenant à une congrégation , et le repas 
destiné à l'esprit du mort. Les mets portés sur 
une table sont abrités sous un vaste parasol. 
Des lanternes doivent même en plein jour 
éclairer la route de l'esprit. Ou jette çà et là 
des papiers dorés et argentés pour empêcher 



390 COCBIT4CHn4E FRANÇAISE 

le diable de tourmenter l'âme du défuot pen- 
dant le trajet et de la distraire de son voyage. 
Ces bons Co.chiD chinois tentent le diable lui- 
même, lequel s'y laisse prendre, et s'occupe à 
ramasser les papiers qu'il croit être des Uogots 
et que le vent se plaît à lui disputer. 

Le corps du défunt est placé sur une grande 
civière laquée, dorée, incrustée de nacre, or- 
née de peintures et portée par vingt ou trente 
hommes. Des cierges sont posés sur le cercueil 
lui-même. C'est un moyen de voir s'il est porté 
d'aplomb. Les parents, coilTés et vêtus de blanc 
et les amis suivent le convoi. 

Les Annamites gardaient autrefois chez eux, 
pendant plusieurs mois, le corps de leurs pa-' 
rents qu'ils conservaient avec de la chaux. Les 
lois ordonnent maintenant que l'enterrement 
ait lieu peu de jours après la mort. 

Les cercueils sont souvent très beaux. Le 
couvercle est ajusté et fermé sans clous par 
un enduit extérieur. 

Lors du percement des rues de Saigon, l'a- 
miral Bonard fit publier une proclamation fai- 
sant connaître aux Annamites que les Français 
avaient comme eux le respect des sépultures; 
que pour cause d'utilité publique tel cimetière 

DKlzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 391 

eu telle partie d'un cimetière devant disparaî- 
tre, on accordait un délai convenable pour en- 
lever les tombes que l'on voudrait transférer 
ailleurs. 

Quelques jours après, nous vîmes dans la 
rue Palanca un Annamite exhumer devant la 
Êunille réunie les restes de sa mère. Le cer- 
cueil était encore bermétiquement fermé. Le 
corps était enveloppé dans une natte qui tomba 
eu poussière humide. La tète reposait sur un 
oreiller carré en rotin tressé. Sur les os de la 
poitrine on retrouva une croix de bois. Il y 
avait très peu de vers dans la tombe. Le corps 
fut mis dans un linceul, puis dans une double 
natte, puis dans un cercueil neuf, dont les pa- 
rois avaient quatre centimètres d'épaisseur. Le 
couvercle était fait d'un tronc d'arbre fendu 
dans sa longueur. Il était très pesaut, parfai- 
tement ajusté avec les parois, et le tout était 
peint d'un vernis brillaut. Pendant cette trans- 
lation , les parents tenaient deux parasols au- 
dessus du corps. Une fois la bière refermée , 
les bommes la portèrent au moyeu de bam- 
bous jusqu'à une barque qui devait la con- 
duire^dans un village de la banlieue de Saigon. 
Cet Annamite était un simple ouvrier terras- 

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WS «OOHMGHIBE mtSÇMSE 

sier. Chez ce peuple la piété filiale eit le pce» 
mier et le plue sacré des devoirs, 

A la mort de lear père ou de leur mérei, les 
Annamites qui occupent des fonctions publi- 
ques doivent les quitter pour le temps du 
deuil. 

Les viwUards sont respectés non-seulemcttl 
par leurs descendants , mais par tous les An- 
namites. On les désigne toujours par les mots 
de Ong-Gia, Ba-Gia, monsieur le vieui, ma- 
dama la vieille. Les Annamites songeât à U 
mort saos s'attristw de oeLte idée, et préparent 
d'avance leur eereueil qu'ils gardent chez eux. 
Un beau csreueil est un cadeau qu'ils ofFrent 
souvent à leurs parents de leur vivant. Qm» 
une maison annamite, je vis un jour une jolie 
bière vide sur laquelle sautaient et jouairat 
deux petits enfaota , sans plus de souci de la 
paiTt des parents que de la leur. 

Les Annama eoQt matérialitiiss , ils tfe oon- 
Baissent que les idées positives et sont fort peu 
accessibles aux choses spirituelles ; de là une 
grande indifTérence en matière de religion. Ils 
suivent cependant la religion de Boudha, qu'ils 
appellent Phàt. Us t'ont reçue de la Chine. 

Les biwzQfi sont bien moins nombreux qu'en 

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ET VmiME m CMBODOE 393 

fihise. Les rares bonzeries qui existent «iconi 
ont peo d'iélèves ou noTice&. L» bonzes' stnt 
moÏDs boDOrés qu'au Cambodge, an Siam ,. «w 
Bîraianie. Le maaque d'égards envers enix, proi- 
vient de ce qu'ils n'ebservent pas toujours le 
eélibût. Ont des femmes poar les servir, ner 
portent pas l*babit jaune comme les religièuur 
boudbiBte» des pa^s tobùis , ne nesêtent lair> 
ampte tunique noire ou bariolée, ou en damiep^ 
OQ dfuD jaune cale, que daas les- cérémonies oài 
ils ont quelques fonctions à remplir, et ea&w 
sortent dans Ifs ruea déguenillés et auns autrti 
marque distinctive que de se raser le orâae^ 
Ànssi j a-i-il des AaoQOiites assez peu ra^c- 
tMux pour les saroommer < tètes cbauves. » 

Il est à désirer que l'iiiflaenGâ que pauvenli 
en^ft posséder ces religieux s^éteigné pmM 
pm dans la Gâchiocbine française. 

Loà eeCuts ne fréquentent pas lea bûninrâôs. 
GootKtirement à. oe qui se fait cb^z les Cam- 
bodgiens, ils ue reçoivent aucune ioetpualioit 
des bonzes. De là l'ignoranes profonde du peu- 
ple sur la religion; de là une foule de croyan- 
ces et de superstitions les plus diverses. 

Des génies , des fées, des protecteurs légen- 
daires, des monstres fontastiques, des dragons, 

DiciEcJ;., Google 



99à COCHIKCHIUE PRANÇUSE 

le tigre, qu'on n'appelle jamais que monsieur 
te tigre, la baleine, le dauphin, qui aauve les 
naafragésaur son dos, etc., etc., sont autant de 
divinités qui ont des autels en certaines locali- 
té. Aussi emploie-t'on des sorciers pour décou- 
vrir un voleur, une chose cachée, et surtout pour 
gnérir nne maladie rebelle à l'art médical. Des 
épreuves difficiles , beaucoup de bruit et de 
eontorûons , le manque d'air, des empiriques 
bizarres causent ou l'intimidation d'un inculpé, 
on nne réaction favorable rm fatale chez le pa- 
tient , et dans ce dernier cas l'art du sorcier a 
des eicnses toutes trouvées. 

Les lettrés sont un peu plus instruits dans 
la religion et observent dans certaines pagodes 
les cérémonies prescrites par le code des rites. 
Ils TOident même nu culte à Gonfucius , à qui 
est dédiée une grande pagode dans un joli site 
près de Bienhoa. On pent dire que la seule re- 
ligion des Annamites est le cnlte des ancêtres 
comme leur morale est surtout basée sur le 
respect dû aux parents. 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 



Admiaialralion Traiicaisî. — Garantie de la propriéU. — AUichemenl 
au sol. — Administration indigène. — Des communes. — Cbeh 
annamites. — Leurs litres. — Administration de la jnatice au» 
Européens, aux indigènes. — Suppression des peines corporelles. 
^ Exfcutioas capitiileg. — Coiuaft des condamnés ai bce de 
U mort. 



Depuis que lea inspecteurs des affaires indi- 
gènes résident au chef-lieu de l'apxindissement 
qu'ils administrent, au milieu même des po-* 
pulations indigènes, la supériorité de notre 
mode de gouvernemeot sur celui des manda- 
rins a pu être reconnue de tous et ses aTan- 
tages étendus à tous les points du territoire. 
C'était là aussi un moyen d'assurer la tranquil- 
lité du pays. La suppression des grands man- 
darins et des lettrés, conséquence de notre sys- 
tème, devait faire naître dans cette haute classe 
dépossédée de ses titres et privilèges abusifs un 
levain de haine con^ nous et resserrer leur 



Google 



^ COCHIHCniNE FRANÇAIS! 

attachement intéressé à l'ancienne souverai- 
neté. De là , dans les premiers temps de l'oc- 
cupation , des entraînements partiels à la ré- 
volte, que subirent les basses classes, crainti- 
ves, ignorantes, habituées à se courber dans le 
moment sous la loi du plus fort. Ces tentatives 
furent d'autant plus vite comprimées, comme 
on l'a vu daos l'insurrection de 1 866 , que les 
fonctionnaires, propriétaires, marchands, gens 
établis, comprennent maintenant leurs vérita- 
bles intérêts, lea défendent sans crainte, dénon- 
cent et livrent eus-mêmes les fauteurs de trou- 
bles, et que les communes font elles-mêmes la 
police du pays avec leurs miliciens. U y a 
beaucoup à espérer d'un pays et d'un peuple 
où la propriété foncière est solidement établie 
et régie par des lois communes , avantage que 
n'a pas l'Algérie. 

En Cochinchine, les Français ont trouvé 
cette réglementation luttant contre l'arbitraire 
des chefs et le pouvoir absolu du roi. Ils n'ont 
eu qu'à la débarrasser de ses entraves. Chacun; 
aujourd'hui peut posséder; il n'y a plus de 
distinction de nationalité, de rang, de privilè- 
ges , et la propriété est garantie par des actes 
inviolables. Tous les enùints héritent des biens 

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ET ROÏAUHE DE CAMBODGE 297 

territoriaux de leur père par égale portion, 
sauf l'aîné qui en outre a l'usufruit d'une part 
en plus, à charge pour lui d'entretenir les lom- 
bes des ancêtres de la famille. Les indigènes 
tiennent beaucoup au sol , aussi ont-ils com- 
pris et apprécié rapidement l'importance de 
cette amélioration. Cet empressement a été 
plus grand encore chez les Chinois , ce qui dé- 
truit complètement le préjugé que l'on a con- 
tre ces immigrants auxquels on reproche d'être 
les vampires d'un pays et d'en emporter le nu- 
méraire en Chine sans compensation. 

L'administration annamite se composait de 
deux éléments : l'un était le mandarinat qui ' 
représentait la couronne, l'autre était les com- 
munes. Cette dernière institution forte et bien 
entendue tempérait les exigences du système 
mandarinal. Elle jouait en Annam le même 
rôle qu'en France çis-à-via de la féodalité. 
Quand ces deux rouages d'administration se 
rapprochaient et s'engrenaient l'un dans l'au- 
tre, il en résultait un grand bien pour le peu- 
pie dont les intérêts étaient consultés, recon- 
nus, sauvegardés. Le gouvernement français 
a donc sagement agi en supprimant les grands 
mandarins, dépositaires de l'autorité royale, 

17. 

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sourâeçi^ent hostilee au nouveau pouvoir et en : 
l^ rçispU^anl. par les inspecteurs, des, affaires 
indigèoe», représeatauts de l'autorité française, 
en maintenant les communes avec leurs chefs 
direct^, déaigaés au chois de l'autorité par les 
hai^itapts eux-mêmes, et eu conservant dans 
cb3,que arrondissement ou huyen, ua quan- 
huyeo ou chef indigène d'arrondissement, inter^ 
médiaire.plus. éclairé entre les cantons, les com- 
munes et les inspecteurs. Les quan-huyen sont 
noq^més par le gouverneur. Ils sont à la solde, 
de l'État, et re^iveot 40 piastres (222 franc», 
par Qiois. Ils transmettent les ordres émanant 
de l'autorité française aux chefs de cantoa. 
{Thong}, aux maires (Xa), et aux notables, 
(Hu'ong) des villages (Lang) (<). Deux de nos, 
quan'huyen ont reçu le titre honoriâque de. 
quan-phu (préfe^}, chef administratif d'une. 
proyÎBce. 

Le? quMi - huyen ont une garde indigènft 
cQmpo^e de miliciens, en Malais Jfa/as, arméS| 
\& unf de fusils, les autres de lanfses et de| 
sabre^. 

L^ buyef) rece^iiaient autrefois dit gouy^r. 

(1) Voti à ee sujet l'appeadice du Gia dinh thong chi, page 3*9, 
pn H. Mbaret. 

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Eraoumn micmhome m 

t aDoaqnte 5 ligaturée par moib; dé ta 
VobUgaUon.d» œi^ire donner, EioiiS'k D&iB:dfl 
cadaaiK > par 1^» adiaiaistréa, tout ce àoni 
Ub avawiiti'besQÎq en satere el en argent. 

Fofir^ désigner les fbaelioppaifes aanamitef); 
les Européens efi sflryent eatr'em du mot mA9r 
dwliii, ipi viant du gintDgaisnnn^iiw, «i«n- 
aosdw. 

taiAwmqittaesewrT.^t'â l'égMddeiicid» 
eMKipé«nft du («M quan..- ainsi l'ofii dit oft^j 
;Km.oiowsieatl'«iISi»eM>v.niouai«»i!<l« f»»* 
tioniwrei 

Bnfi ewr imoérirtei, un Iritnmal dfl;jr«» 
mi^ instant et ut* U'ifcunal crimiwlfenflT 
tiviwMii, i San^n. fe ttibunal criniiBel oo». 
pajl du loulie» WB.afflWres.sU'Ws»» en EriAea 
auji coure d'MsifeSrt de touB leBiCWBSes. eonih 
mis dms^ Igf ressp^t du tpitMwal de> ptieRii^ 
ioftaniKi. à. quelque nsHi^n qa'apgartiiwmnt 
lf»:»«eiif4« et tetiiiowsvoflmwiSihors deM 
resswt, sin« sur: l» i«rri(oitc. d« 1» CocWoi. 

eto«îfr»l»iMi pms de«:BiMtipfe»»»BiP01!itlM 
wdi,gN>Wi'<M dssi Asjaiiqnm.,. eai Mnij^isii^ 
di'iiuwipta» m «. p»S*diiier4'Euf[ipécna- 

l'sd«iBis4isi(ii«!n: d« la juMide d*», le»j j«it 
^«««fstieutre les. saint dea ùwpMtçura.dM 

DiMiicdByGoOgle 



300 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

affaires indigènes qui connaisseDt, sons le con- 
trôle du chef du service judiciaire , des délits 
et contraventions , des affaires civiles et com- 
merciales entre Européens hors de la juridic- 
tion de Saigon. Les inspecteurs ne sont que 
juges d'instruction au criminel. 

Les Annamites sont jugés à leur choix selon 
le code annamite ou selon la loi française, s'ils 
en font la demande. La question dans les in- 
terrogatoires, les peines corporelles, qui d^^- 
dent l'homme , ont été peu à peu supprimées. 
Il est nécessaire, pour en rendre l'effet inutile, 
de faire comprendre à l'Annamite l'esprit mo- 
ralisateur de la loi française, de le porter i 
sauvegarder sa dignité, de lui faire sentir ce 
qu'il y a d'abject dans l'application du rotin, 
de faire ressortir à ses jeut le prix qui s'atta- 
che à l'opinion publique et sa qualité de sujet 
français, qui a pour lui dans le cas actuel les 
avantages du civis romanus. Et puis les amen- 
des, ta prison, l'exil surtout, sont des peines 
auxquelles les indigènes sont extrêmement sen- 
sibles. Enfin comme dernier châtiment, la 
mort ; mais non la mort lente et barbare ap- 
pliquée aux grands criminels par le code an- 
namite , la mort par strangulaticn ou décapi- 

I .lzc.J;.G00glc 



ET ROTÀUUE DK CÀVBODGE 301 

tation. Si une législation basée sur les princi- 
pes du droit absolu ne suffit pas encore à l'é- 
gard des Annamites, du moins l'accomplisse- 
ment du devoir trouve d'autres garanties que 
le rotin. L'abolition de cette peine corporelle 
ne détruit pas un principe ; elle ne fait qu'en 
cbanger l'application en la rendant plus con- 
forme aux idées européennes. 

J'ai été témoin de plusieurs exécutions. Je 
n'ai jamais vu un Annamite faiblir en mar- 
chant à la mort. Quelquefois le lieu de l'exé- 
cution est assez éloigné de la prison. Le con- 
damné y est le plus souvent conduit à pied. 
Un jour entr'autres je vis un chef de rebelles 
fumer sa cigarette en allant au supplice. Un 
mata, en avant du condamné, frappait sur un 
gong, sonnant le glas funèbre. Puis venait un 
lettré , lisant tout haut la sentence le long du 
chemin. Les exécuteurs, le sabre à la main, et 
enfin le condamné marchaient entre deux haies 
de miliciens. Arrivé au Heu du supplice, le 
patient eut la consolation de voir qu'un cer- 
cueil lui avait été préparé. Il s'agenouilla, 
baissa la tête, et sans qu'elle reposât sur au- 
cun billot ni appui, l'eiécuteur la lui trancha 
d'un seul coup de sabre, et le corps routa par 

.lzc.J;.G00glc 



SUS. cvamcaoE muisusr 

terre. Pour les Aoaamiles, la déo^iutioo est 
ua châtiment pins Ifirrible que la stran^latioD, 
parce qu'une partie du cfyrpK est s^rée du; 
-i^e, ce qu'ib redoBtent beaucoup d'aprè» 
leurs «wyaacea. 

lijisqu'ba veut faire ung^and tatrufàB, on- 
reloae- pendant, un oeirtaio. ieiAps.4 la fai^iUle' 
l'autorisation d'enlever- le oQifts.ducDwiaoBiié, 
qu'os entarre sous te feu d'ua &nrti Oettâme- 
stvre a un effet, considéinJble sur les pareqts^et 
alliés .du mort et aor le» popuIalioDS* Ueiéain 
tMtad'uP ciôioinel se. fait ordinM»naœt.dàna> 
lei ¥il)age auquel il appartient- 



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ET Rf»A{îin as QAHBOBftE 



XXIX 



Caradéra de la M annamlle. ~~ Ordonaince de S6-Liab, — Arbi' 
ttaire et camptiaD des joges. ~~ CsMidératioDg mardis. — 
Tayil^dupcSl. — De l'usure.— De» eunnqnet, — Tiitamua. 
— Gangue. — Question. — Les ceps, ^ Latitude lùssée im, 
mandafiiH. — Loi mit la cuiEioe rojale. — Là sor let fiançailles. 
— DtïDtM. — Adi|ttère. — lUnqut de respact fiiff), — Bf(tidi«tsi 
libertins. — Fils prodigues. 



Les Aonamites, lea ChiiKHS et autres. Asta- 
tiques sont jugés adon la loi annanùte, on, &'ilB> 
le demaudent, selon la loi firançaiBa. 

La loi annamite est plutât u>e loi pénaJ» 
qu'une loi morale, et elle reasKoble en cela hf 
la loi chinoise, qui prescrit le banliQU, encore 
le bambou et toujours le bambou. Te} était le 
grand moyen employé autrefou et n^prim^ 
pan nous. 

< Le matérialisme de la loi efaiiUHM, dît; 

< M. Hue, s'oppose à oe qu« le caractère bkh 
« rai de l'acte punissable soit pris en considé- 

< ration eieluaiyç,. Ellçne vpjt .qijçJftpQpi^ft » 



:. Google 



9U4 COCaiHGHINE FRANÇAISE 

A un peuple matérialiste il fallait en effet une 
loi matérialiste. 

Bô-Linb, fondateur de la première maison 
royale annamite, il y a 900 ans, faisait nour- 
rir des tigres et avait fait placer dans la cour 
de son palais une chaudière en bronze avec 
cette affiche : c Les coupables seront cuits ou 
dévorés {i).> Cette redoutable alternative lui 
semblait le plus sûr et le plus court moyen de 
faire respecter les lois et de maintenir le peuple 
par une crainte salutaire dans l'observation du 
devoir. 

Les successeurs de Bô-Linh n'ont pas été 
aussi féroces et aussi despotes qu'on l'imagine, 
et la rédaction du code annamite en est la 
preuve. Il contient d'excellentes lois et de sages 
règlements. Il suffit, pour s'en convaincre, 
d'en lire la traduction faite par M. Âubaret. 
On verra qu'en Annam, comme en Chine, ce 
ne sont pas les bonnes institutions qui man- 
quent au peuple, mais les hommes qui man- 
quent aux institutions, et qui, ne les respectant 
pas eux-mftmes, sont inaptes à les faire res- 
pecter. Par ignorance et par crainte, le peuple 

(I) P. Le Grand de la Unie, Noiet hàtoriqtiei. 

.lzc.J;.G00glc 



EU ROl*0Mt »S CAMIMIW SOS 

subÏM^it aaoa mot dire les actes arbitraires des 
mandaiùas. 

Le rachat des peines donnait à ceux-ci un 
^ile prétexte de corrnptioo, et assorait aux 
vicbee l'impunité ; mais ces abus n'ôtent rien 
à la valeur des lois, si elles ayaient été appU- 
i}QéQ$ par des magistrats int^res. 

Il faut reprocher à la loi annamite de rendre 
les parents, ascendants ou descendants, d'un 
criminel, responsables de la Ëaute et les implï" 
quer dans le châtiment. Un autre abus, était 
celui du rotin ; le même instrum^U serrait au 
grand juge pour des accusés adultes comme 
an père chàtiauL son enfant. 

Dans ce dernier cas, il a du moins un effet 
moral, car les parents annamites accompa^ 
gnent la correction de leurs enfants d'un dis^ 
cours bien senti et à la portée de leur intelli' 
gencp. Il est à remarquer qu'à l'égacd des, 
mandarins, la loi annamite considérait et dis-- 
tinguait en eux l'homme et la fonction ; l'homme 
passible d'une peine, la fonction, earaclàre in,-. 
TiQlE^k. Aussi, l(Hrsqu'un mandarin était con- 
damné à être frfippé dfi rotin, la peine était 
comm.née^ en, une retenue de solfie, ou U^ le 
jugement, en raison, delà digoibé du coupable, 

DiMiicdByGoogle 



3Ub COCBINCHINE FRANÇAISE 

n'était exécutoire que lorsqu'il avait quitté sa 
charge. {Tome I", section viii, page 30.) 

La loi annamite, comme la loi anglaise, 
exige l'aveu du coupable. De là vient qu'un 
juge annamite, convaincu de la culpabilité du 
prévenu, le fait frapper pour qu'il avoue sa 
faute. A côté de cette sévérité excessive, la loi 
se montre généreuse et veut que tout coupable 
qui avoue un délit ou faute grave, non encore 
connus, soit pardonné. (Section xiiv, tome l*'.) 

Certaines lois m'ont frappé par leur sagesse : 
celles relatives aux mandarins, et, entre autres, 
le chapitre qui traite des cabales et louanges 
excessives fsection xiii, tome 11, page 66) doa- 
Dées aux hauts mandarins, les lois fiscales et 
le chapitre où il est parlé des bonzeries ou cou- 
vents. (Section tu, tome II.) 

Elles perdent cet esprit élevé lorsqu'elles 
(section xi^ page 1 02) excluent les filles de la 
succession des parents, et établissent que le 
patrimoine paternel doit être également partagé 
entre les enfants mâles. 

La loi annamite a fixé le prêt légal à taël 03 
d'intérêt par taël et par mois. (Section i, page 
478, tome H.) Le taël étant de 7 fr. 80 c., 
l'intérêt est donc d'environ 40 pour 100 par 

[,Mzc.J;.G00gic 



ET ROTAUHï: de CAMBODGE 307 

an. C'est là tin taux qui paraîtra exagéré; 
mais il faut songer que l'argent était rare dans 
le pays, la propriété manquait de garantie ; de 
là peu de placements. On enfouissait les lin- 
gota et on les laissait improductifs. On crai- 
gnait de paraître riche. 

C'est ce qui donna lieu à l'usure qui s'exerce 
encore en Cochincfaine, à des conditions exor- 
bitantes. C'est à ce mal qu'avait voulu remé- 
dier l'amiral La Grandière en organisant des 
monts-de-piété pour remplacer les prêteurs sur 
gages actuels, répandus dans tout le pays pour 
exploiter l'Annamite par l'ÂnDamite. Depuis 
que nous avons rendu la propriété inviolable, 
le mal a beaucoup diminué, et le taux légal de 
l'intérêt, tant en matière civile qu'en matière 
commerciale, est fixé, à défaut de convention, 
à 13 pour 100 par an. C'est encore le taux de 
l'Algérie, où la propriété n'est pas, comme en 
Cochinchine, solidement constituée. En lisant 
les lois qui regardent les esclaves, quoique ce 
dernier soit ou un prisonnier, ou un con- 
damné, ou un débiteur insolvable vendu pOur 
ses dettes, il ne faut attacher à ce mot que le 
sens d'un serviteur, lié à son maître par des 
obligations pécuniaires, pour un temps plus 

iiri^-Googlc 



âOft CDCHmHUK FHUfÇUSE 

OU m(HDB long. Dd reste, c'est une classe gai 
n'existe que peu on pas en Cocbincbine. 

L'enperenr seni pent avoir des eunuqpe^ à 
son service ; pluiieun d'entre enx, comme qeki 
8« voit en Turqwe, aont parvuius à de hantea 
fonctions, qn'ils ont habilement remplies. 

hb but de la loi, en rendant les parents d^in 
ewpable solidaires d'un crime, était de prévenir 
pu la crainte les tentatives d'insurrection. Lee 
lois sur la jtistiee et sur lee coupelle» paraisu 
sent (tome II) pleioea de bon s^ns e^ d'bwna- 
nilé; mais elles aDat d'une obe»valt«a<itifB«^ 
Le» mandsriaa les âudaient &eileDKnt>, te 
P«u|^ tolérant, par csainle, l'acbiliaive de 
juges peu intègres. Ces lois pèchent toutefois 
en ce qu'elles font une part trop large, aux 
châtiments (Mirporels ^ à ta torture. On le 
tomlw dans la barbarie loisqu'on trouve parmi 
In peines et cbâlimeats la mort lente dont ha 
détaijb sont horribles, l'application du rotin, 
du hambon, dea eeps, non-aenlement aprds la 
condamnation, mais comme queetioB. pendant 
l'interrogatoire. L'acevsé a lès. hras lié^ anr 1» 
d<>9,. au-dessus du coude, par dea Ittn^ en rotin: 
ou enfibna dâ<oeo. M a la eangu» aacou. Cek 
iflsMuineDt, m. bambpu: pliu^QUiiqoraB Iiuig et 

Cvlzc.J;.G00glc 



ET ROUVKC HE CUnODOK 8d6 

lourd, s'elDploie pour empêcher le prisraintËp 
^ fuk, plutôt que comme moyen de eouî- 
fraoee. Le jugement a lieu eoit au t^ibunol du 
quarr-an, mandarin chargé de la justice dans 
chaque provinoe annamite, eoit par devant un 
phu, un huyeo on ta toog. Lorsqu'il s'agit 
d'un simple d^il, les autorités municipales 
siègent dans le diah ou. maison commune. Il 
y a là des ban(s et une table, sur laquelle on 
place une écritoire, le sachet coûtonant les 
cachets, la bofte à bétel, les dgarettee et le 
brasero de cuivre oîi l'on entretient du tan. 

Dans un coin, on voit un râtelier de lances, 
de sabsea et divers instrum^tts , piquets, 
maillet, cordes et rotins. Le préveDu, débar- 
rassé âe sa cangue et de ses liens, se prosterne 
trois fois devant ses jug^ et l'interrogatoire 
CMnmeDce. Un lettré ^ffîer écrit les réponses. 
$i l'accusé patr ses réponses évasives cherche à 
trouiper la justice déjà éclairée but le fait, 
deux S(4dat8, sur un signe du juge, le saisis- 
sent et retendent sur le sol. Les pieds et les 
mains étant allongés, sont étroitement fixés 
par des cordes à des piquets enfoncés en terre. 
Le prévenu est dépouillé de son vêtement, on 
lui applique le rotin au-dessous des reins et 

DKlzc.J;.G00glc 



310 COCHINCHINE FRANÇAISE 

l'inlerrogatoire continue. Quelquefois on fait 
subir ua autre genre de question , les ceps, 
qui consistent à serrer la jambe avec une corde 
fixée à deifx piquets, dont l'un, fixe, est en- 
terré, et l'autre, mobile, exerce une plus ou 
moins forte pression sur le tibia. 

On est profondément indigné de l'emploi 
de semblables moyens, surtout si l'on sait que 
les mandarins en usaient et en abusaient avec 
une grande facilité. On voit dans l'article 
suivant quelle latitude leur était laissée à cet 
égard. 

DES OUBLIS DE SES DEVOIRS EN GÉNÉRAL 

u Toute personne qui oubliera ses devoirs 
€ ou fera quelque chose qu'elle ne devait pas 

< fairesera punie de quarante coups si la faute 

< est légère, de quatre-vingts si elle est grave. » 
Certainemeut cet article serait révoltant si l'on 
ne songeait qu'il a été fait pour faciliter aux 
autorités communales, aux chefs de canton, 
l'adDiinistratioa de la justice, en ce qui con- 
cerne de légers délits ou de simples contra- 
ventions. A côté de ces prescriptions, dont l'in- 
terprétation est dangereuse et difficile , on 

C.,Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 311 

trouve des lois admirables sur les prisonniers 
et la rébabilitatioD. 

Nous citons maintenant quelques extraits, 
non pour en faire la critique, mais parce qu'ils 
nousODt paru curieux, à divers points de vue. 

LOIS RITUELLES (/offlfi //, sectiou i"*, p. i87) 

t La négligence des mandarins dans l'ob- 
t servation des rites des sacrifices sera punie 
c de cinquante à cent coups, ou de la retenue 
4 d'un mois de solde. 

< Il est défendu aux femmes d'entrer dans 
c les pagodes de Boudha de tao-sse, temple 
« de Confucius, etc. » 

DES RITES (section i", page 193) 

a Si le cuisinier du roi prépare pour sa 
€ table des mets qui ne peuvent se.^tirger, 
« l'un après l'autre, parce qu'ils.- se nuisent 
< mutuellement, il sera puni de cent coups. 

c Si ces mets ne sont ni propres ni conve- 
c nables, il recevra quatre-vingts coups. 

< S'il arrive que quelque remède destiné au 
« roi soit [ar cireur porté dans les cuisines» 

[,Mzc.J;.G00glc 



SIS COCHIKCHIME FRANÇAISE 

K kes mandariot, officiers de bouche et cuisi- 
' niers seront chacun punis de cent coups et 
t tetfus en outre d'avaier le remède. » 

Section ii\, page SOi. 

o La négligence des astronomes sera punie 
€ de soixante coups. » 

Les lois concernant le mariage sont généra* 
ment dictées par la raison et la prudence; 
mais elles nous paraissent mettre tous les 
avantages du côté de l'homme, et laisser la 
femme dans un état déplorable d'infériorité et 
d'oubli, l/obligation d'obtenir le.consentcment 
des parents est poussée jusqu'à l'exagération. 

DU MARIAGE EN GÉNÉItAL [seclion 1^) 

« Avant de conclure un mariage, 'on doit 
■ prévenir des maladies et infirmités, de l'âge 
« trop avancé ou trop tendre des contractants 
« et si l'un des époux est enfant légitime, (la- 
€ turel ou adoptif. » 

C'est l'avis de Prudhon. 

& Si un individu déjà fiancé se fiance à Une 
« autre fille, il recevra soixante-dix coups el 
« prendra en mariage sa première fiaïiCcc. La 

C«Mzc.J;.G00glc 



ET ROyA.UHE DE CAMBODGE 313 

c seconde ne rendra pas les cadeaux si elle en 

« a reçu. > 

<i Si un jeune homme ayant quitté ses pa- 

« rents pour aller faire du conimerce ou pour 

A le service de l'État, est à son insu l'objet 

« d'une promesse de mariage de par ses grands 

<t parentâ paternels, père, mère, oncle, lante, 

c frère, sœur aînés, et s'il n'est déjà marié, il 

a devra obéir à ses parents, sinon il recevra 

« quatre-vingts coups et devra se marier selon 

« les désirs de ses parents. » 

DU DIVORCE {section xv, page i4i) 

( Si une femme est mise dans un des sept 
« cas de divorce, qui sont : la stérilité, l'aduU 
« tère, le manque de piété filiale envers le père 
m et la mère du mari, le bavardage (I), le vol, 
a la jalousie, les graves infirmités, le divorce 
« sera prononcé, à moins que !a femme n'ait 
« perdu ses parents depuis son mariage. 

f Tout mari qui devant répudier sa femmo 
« ,à cause de sa conduite ne le fera pas, recevra 
€ quatre-viogts coups. 

(I) Le kxtc cbinois nous si'mbk' traduit .[lus cxr.i.li'iu.o( |iar : 
• piopension i la u&lisance. ■ 

D,c,l,;cd:t Google 



^.1|4 cocumc^utp PMȍMSH 

( Les marliages avec une feQ>a)e ecunbed' 
<t gienoe ou moï sont interdits. > 

Quoique les femmes eamboâgiensne us pa- 
raiaseut pas rechercher les Anuamitea, il y a 
dans le Cambodge un certain nombre d'Anna- 
mites mariés à des femmes cambodgieaneB. 

I.£s lois sur l'adultère sont très sévères. Il 
e^t dit (page 293, section i", tome I''] : € Le 
« mari de la femme adultère, laquelle a reçu 
f quatre-vingt-dix coups pour ce fait, peut la 
« marier à un autre, ou la vendre à son gré, 
• ou la garder chez lui. > 

(Page 298.) < Les garçons d'un magasin qui 
c commettent un adultère avec l'épouse de 
f leur patroo seront assimilés aux serviteurs 

< ou esclaves et senmt punis de la strangula- 

< tion. > Lorsqu'au bout d'un an la sentence 
devient exécutoire, le magistrat fait appeler le 
plaignant afin de savoir s'il persiste dans sa 
demande d'application de la loi. En accordant 
ce sursis, la loi a pour but de laisser s'apaiser 
la colère aveugle et la soif de vengeance de la 
partie lésée et de permettre au plaignant de 
demander et d'obtenir justice dans le calme de 
sa raison, avec humanité et dignité. 

< Toute femme légitime qui frappe et insulte 

[,Mzc.J;.G00glc 



« son mari sera punie de cent coups et pourra 

« être répudiée. > 

< Si des enfants ou petits-mfants (au-dessus 
< d'une douzaine d'anaéeg) insultent et frap- 
€ pent un de leurs parents ou grands parents, 
« la peine est la décapitation. Pour l'insulte 
c senle, la peine est la strangulation, si le pa- 
€ rent porte lui-même plainte. » 

Section %, page i03. 

« Tout bachelier (diplôme acheté ou oLtenu 
* aux examens) qni se livrera au libertinage, 
« n'ayant aucun respect pour ses maîtres, 
a vivra' dans ta d^auche, ou se mêlera de 
1 tbutes sortes de questions ou d'affaires, sera 
f privé de sa dignité de bachelier, remis à la 
€ condition d'homme do peuple et puni selon 
« sa faute. « 

Section vu, po^e 557. 

< Tous fils ou petit-flls insubordonnés ou 
€ rebelles à l'éducation de leurs père et mère 
« et grands parents recevront cent coups. 

a Tout fils qui mangera le patrimoine pa- 

[,Mzc.J;.G00glc 



316 COGHIlfCBIlfB FRAMÇAISS 

« lomel recevra vingt coups par nên (par 80 
« ligatores ou 80 fraocs}. » 

Le code annamite est souvent copié sur le 
code chinois. 11 renferme des lois et règlements 
en rapport avec les mœurs, le caractère et le 
degré de civilisation des Annamites, et même 
avec leur genre de vie et le climat du pays. II 
contient des institutions que ne désapprouve- 
raient pas des législateurs européens. Sage- 
ment appliqué, il serait un bienfait pour un 
peuple encore en enfance, qui ne s'élèvera à 
ses propres yeux que par le contact avec la 
civilisation européenne. Lorsque ce peuple aura 
conscience de sa propre dignité, la justice 
usera de moyens de répression moins rigou- 
reux. Moraliser pour gouverner, c'est la maxime 
à suivre par tout pouvoir éclairé; c'est la leçon 
que la France donne à l'Indo-Cbine. 



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ET BQTAiniE' DE CAHBOIDGE 



Eicutsioa au tombeau de rétéqae d'Adran. — Route du troisième 
pODt. — Le Go-Vîap; — Roule de Tbuan-Keon. — Pj^ode Bar- 
bet — Plaine des tonteaai. — Oawigt» de Ri-hoa. — Janfin 
de l'éviiyfti — Moiiseigiwm d'Adran, — Traili de nST. ~ Le 
tonilieau. 



Les enriroDS de SaSgon offrent péridatit là 
BÛson sëehs de belles promenades, soât dans 
la caoDpagne* annamite, soit au tombeau de l'é^ 
Tâque d'Adran. Calle-ei eat auclout întéressanl* 
pour qoidqu'un qni séjoupno dans le payial 
Poar un étfAtt^ti, la principale eKOurâJoni 
fttire est celle de Gholcn oa de la vilïs chi'- 
nsisei 

fienx TMitiee mèDeot au tooibbau de l!évdqtte 
d'AâraA;«elle!dti traieièiaQ porvt buf l'avàlan>^ 
cbâ est l« pliia pittorescpte : On passe devant 
Vbitd. da.'Gouvernenrant, là camp, indigène et 
\é «amp'âeB lettréa où avait* lies autrefote 



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318 COCHIKCHIIfE FRANÇAISE 

l'examen des bachelierâ annamites. C'est là que 
fut signé, le 5 juin 1862, le traité de paix en- 
tre la France, l'Espagne et t'Annam. C'est au- 
jourd'hui une caserne d'infanterie de marine. 

On laisse à droite le Go-Vap , riche canton 
où l'on ne rencontre que des fermes , des cul- 
tares de tabac, d'arachides, des jardins qui 
approvisionnent Saïgon de fruits et de légumes, 
des tombeaux remarquables , de belles allées 
de manguiers et quelques palmiers à sucre. 

En approchant du tombeau de l'évêque, la 
route n'est plus guère praticable qu'à cheval , 
tandis que par la route de Thuan-Keou , les 
Toitures vont jusqu'au tombeau même. 

En partant de Saïgon, on voit en passant 
la pagode Barbet , ainsi appelée du nom du 
capitaine d'infanterie de marine qui fut tué 
près de là , dans une ambuscade annamite. 
On y a établi une batterie d'artillerie. C'est à 
cet endroit qu'est né le roi Miah-Mang, en 1 789, 
et son père Gialong éleva, en mémoire de cet 
événement, cett^agode dont le nom annamite 
signifie aurore de présage. (P. Legrand). 

Cette route traverse la plaine des tombeaux , 
immense champ des morts, qui prouve que 
■Saigon avait autrefois une population considé- 

DiciEcJ;., Google 



ET R07AUHE DE CAMBODGE 319 

rable. De petites pyramides à base carrée ou 
hexagonales, de petites pagodes ea miniature, 
avec portes cintrées et gardées par des dragons 
en pierre, des tumulus quadrangulaires, un 
terrain aride, poudreux, n'oflrant que quelques 
rares bouquets d'arbres, tel est l'aspect de cette 
plaine qui s'étend depuis Saïgon jusqu'à la 
Tille chinoise et atteint les lignes de Ki-hoa. 

Après avoir traversé le canal de ceinture, on 
Toit les traces des défenses accumulées par les 
Annamites sur ce point ; c'est là qu'eut lieu 
TafTaire la plus meurtrière de la guerre de Co- 
chinchine. L'amiral Ghamer enleva et détruisit 
ces ouvrages en 1861. Là succombèrent le 
lieutenant-colonel Testard et l'enseigne de vais- 
seau Larégnère. Ce dernier avait le ventre ou- 
vert par un biscaïen. Plusieurs de ses amis 
s'approchent pour le secourir : < Vas à ton 
poste, dit Larégnère à l'un d'eux, et écris chez 
moi que je suis bien mort. > Un monument en 
marbre a été élevé à ce brave ofiicier, à l'extré- 
mité des lignes de Ki-hoa. Mais ne dépassons 
pas notre but. Nous entrons dans un bouquet 
de bois planté de superbes manguiers ; c'est là 
qu'habitait l'évêque ; c'est le jardin qu'il culti- 
vait lui-même et où il acclimata le mangous- 

[.lzc.J;.G00glc 



336 COCfttttSRil^ ntAHÇUSS 

taoier, qv'il avait, dilr<Hi, rapporté des îletda 
golfe de Siam. 

MgF P^oe4u de B^ûoe, né an bourg^ d'Aari-^ 
ffty^ p^ de LaùD, était vicaire apostolique do 
la Coottiocbine. C'est par soi soina que fut cooj- 
qIb le tnutâd6i)OTE}E(it)re1787 entre LeoicXVI 
et Oialong, traité à avantlgoui pour la FraacB^ 
dont- le m^Hlvai» TOukjr du gouverneur fran^ 
^8 dâ Pi^dtcbéi7 et La rév{iJatiaade!lT89 
empê^bèpent l«a hom qffsUk Quoiqu'il w soitj 
l'éviê^ve d'Adr^ rendit Isa plus gnuodâ aefvi- 
cesàiyg^y^n^Aoll (qui 4'api>^la ensuite Gia* 
Icoig):. Ce fut lui qui amena w Godiinefaioe dea 
ofiietero ftao^ia, «vitr'antnv HiM- Cha^neau, 
Oaypt,, Olivier, Vanntw:, qqi aidiiJieQt ai pwa^ 
84WWWi tiifLlffQgi à rwotkq4érir sm rojauisa 
et. qiMÏ '^iMtruuinnt pour li» des li^tadellee. et 
^&t ^S8W1V à l'etiropéeuve. 

Dè»;^e4e ro^Bwe p»ciSé fot neaiOré soof 
l'autorité do GJa^ong, l'évôqwe d'Adraa ae mk 
tii;a-.dE|iw le jafdja qu'il poRséda-it prèa de Sek- 
gnil. 1 1 QtPHRiU H 3 oetobne 1 7 99, et le roi lui 
fiVfaÀre deffiagRi^q^ea d^iéwUes, doeh 1« pè» 
{totùllev^K notiAfttriuwais le^curieuidéiaila. 
I^' roi' Gjaloig affleQtio&nait te digt^e évèqua 
fraut^a ef. lai anaùt dwné le iiin x d'aecraor 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 321 

pli. » II lui Ht élever un monumeDt funèbre , 
qui a été construit dans le style des pagodes 
cochînchinoises par un architecte français , 
M. Barthélémy. Les quatre côtés de ce bâtiment 
se composent de portes à deu\ battants, sculp- 
tées en plein bois dans la partie inférieure, et 
à jour dans la partie supérieure. Dans le fond 
est un autel au-dessus duquel on voit en relief 
le double blason de l'évêque, auquel Louis XVI 
avait conféré le titre de comte , d'un côté les 
insignes de répiscopat, de l'autre des rouleaux 
et une écritoire. 

En face du tombeau est une pierre couverte 
d'inscriptions chinoises, relatant les titres et les 
mérites du prélat. Une enceinte demi-circutaire 
en pierre ornementée règne autour du monu- 
ment; sur le devant est un écran en pierre 
également, sur lequel sont représentés des ani- 
maux, comme c'est l'usage pour les tombeaux 
cochincbinois. Ce tombeau a toujours été res- 
pecté même quand les troupes annamites occu- 
paient la plaine de Ki-hoa. 11 est devenu, sous 
l'amiral Chamer, propriété nationale. 

La distance de Saïgon au tombeau de l'évo- 
que d'Adran est à peu près de six kilomètres. 

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cecravQHHte pRinçAiss 



BusunioD à ClùleB , vaia cfeiuiiH. — Emmiw par em , par teirc. 

— Roule des vMet. — Harai , parca et pagodes des mana. — 
Apotbéose d'un matelot breton. — Ville ctilaoiM. — Préfecture. 
— IWaor. — flwean MMemphiqae. — Pagode des divinités gaer- 
rières. — Pagode cailomiaise, — Ot&asdea.— Sorti. — Uaddnes à 
dâùter des |Hiéres. — Cuislae. — Papulalian. — Uinh-Hnoiig, — 
QuarBers. — Transformation de ta ville — Haal et bas commerM. 

— AnoTos et oaiiuix. — Honorabilité des grands a^adants chj- 
Bols. — EnlrepAt commerçai. — Écoles. — Corporations. — On- 
^ne de la ville chinoise. — Cay-mai. — Fort. — Pagode. — 
HaïUiciila. — DescripfiiM poétique de CaT-rati par un grutd-man- 
daria. — Route de l'arrajo chinois, — Poits d« l'éTéqtiev — 
HApital de Choqoui, — Port des jonques de m«r. 



L'eiXMirsioQ la plus intéressante eet sans 
contredit celle de Ghoten, ville chinoÏBe, à dnq 
kilomètres de Saigon. On s'y rend, soit en ba- 
teau, au prix de 3 à 3 francs, et autant pour 
le retour, par l'arroyo chinois, Boit eu voiture, 
au prix de 8 ft^aiics aller et retour avec séjour 
d'uae heure aii plus, et 1 2 francs pour la jour- 
née. La route stratégique qui traverse la plaine 



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SF RQTÀUXE DB CA^KWGE 833 

ées tonibeaux est peu fréquentée; on prend 
plutôt la route dos mares ou la route du bord 
de l'eau. La route des mares part de la place 
de l'Horloge, passe devant la direction de l'in- 
térieur, l'hôtel du procureur impérial, la gen- 
darmerie, les prisons. Elle est bordée de cul- 
tures européennes et d'anciensjardin s annamites 
plantés de pamplemousses, de curieux banyaos, 
de magniSques tamariniers et de gracieux aré- 
quiers. 

La route longe le haras, le parc d'artillerie 
Cpi'oa nomme les mares, à cause des deux 
mares qUe l'on Yoit de chaque côté de la porte 
d'entrée. Les mandarins conservaient dans l'un 
de ces réservoirs du poisson, et dans l'autre 
d«s caïmans. 

L'ime des pagodes royales que l'on voit aux 
mares était destinée à perpétuer le souvenir 
des hommes illustres du pays, et nous cous 
• rappelons y avoir vu encore un grand nombre 
de petites tabldttes portant chacune une inscrip- 
tiiftn -éQ lettres dorées. Là se trouvait inscrit le 
nom d'un matelot français, nommé Manuel, 
(jftfl était donné sa vie pour la défense de la 
oatiî» dti?(guyen-anti (Gia-Ï^ng) dans la guerre 
CBHt^^ t^i-stm, ou -montagnards de l'Ouest 

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334 COCHIHCHINE FEUNÇAISE 

C'est ainsi que dans la Rome antique tes âmes 
des citoyens illustres étaient regardées comme 
des divinités protectrices. 

Voici ce que nous dit le Gia-diûh Thong chï 
à ce sujet : 

( A Caogio' (embouchure de la rivière de 
« Saïgon), en 1783, les rebelles tai-son, ve- 

< nantenvahirGia-dinh (la province deSaïgon) 

< et ayant pour eux le flot et le vent, livrèrent 
« combat au capitaine français Manoè, et après 
u grande résistance de sa part purent mettre 
€ le feu à son navire. Ce brave officier périt 

< dans l'action. A sa mort, 11 reçut du roi 
« d'Ânnam le titre de sujet fidèle, juste et mé- 
ritant, géncrdlissime et colonne de l'empire. 
« Sa tablette fut placée dans la pagode de la 
a fidélité éclatante > aux mares. Ces titres y 
étaient inscrit^ en lettres d'or. Ce Manoê était 
un simple matelot breton très brave et très 
intelligent. 

Dans l'autre temple, le plus près du côté de 
Saïgon, Gia-Long épousa une feoune qui fut 
la mère de Minh-Mang. 

Nous laissons à notre gauche Id joli village 
de Choquan, à droite la plaine dei lombeaui, 
et Qous sommes dans Chol;n; nous-pasËOns de< 

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ET ROYAUME PE CAMBODGE 3^5 

Yant la maison du payeur, la préfecture et le 
bureau du télégraphe, les eaaeroes des troupes, 
plusieurs pagodes, entre autres la pagode dçf 
divinités guerrières. Nous y entrons un instaqt 
par le couloir de gauche, et nous voyons de- 
vant l'autel, outre les omemeats usuels, de» 
bannières brodées, soie et or, des sabres, lai^r 
ces, hallebardes en bois peint. 

Deux gardes ventrus, l'un ayant le visage 
noir, la lance au poing, l'autre ayant les mains 
dans ses larges manches, tous denx avec de 
longues moustaches et des toufies de harhe au- 
dessous des oreilles, se tiennent on face l'un de 
l'autre. Sur l'autel principal est un dieuà barbe 
blanche, tenant à la main un arc et des Ûèches. 
C'est probablement Kouang-Ti, Mars chinois; 
son fils Kouang-Ping et son fidèle écuyer sont 
à ses côLcs. (Le P. Hue parle longuement de 
cette divinité chinoise, p. 318 et suiv. de 
l'Empire chinois, tome l".} 

Nous visitons le temple de Kwan chin Wbay 
quan, élevé par les Chinois de Canton à la 
déesse Eoang-Yn, ou Âphô, la puissance créa- 
trice, la mère des Chinois de Canton, la pa- 
tronne des navigateurs, "l'Ainphitrite chinoise. 
On traverse une cour dallée en granit apporté 

19 

D,c,l,;cd:t Google 



326 cocaiNCOiNE française 

de CantoD. Deux spliynx en granit roulant une 
boule entre leurs deots en gardent l'entrée. 
Le long des murs ou remarque des grisailles 
de fleurs d'un très beau fini, quoique l'on ait 
avec raison reproché aux Chinois de ne faire 
que des Iraraux grossiers en ce genre. Au- 
dessus, on voit des scènes à personnages. Ce 
sont des figurines en terre, recouvertes d'un 
émail de couleurs et de petites surfaces miroi- 
tantes, des gouaches bizarres, de grosses inn- 
teraes rouges, un panka sculpté, doré, et sur 
le toit en tuiles vernies, [des serpents et des 
oiseaux fantastiques. 

Les portes sont sculptées à jour ; de chaque 
côté est un petit autel où siège un dieu barbu. 
Le long des galeries latérales des plaques de 
marbre noir sont encastrées verticalement 
dans la muraille et couvertes d'inscriptions. 
Au-dessus règne une série de peintures à la 
gouache, des sculptures représentant des eom- 
bals équestres, avec la lance, l'arc, la hachette, 
des mandarins siégeant à leur tribunal et des 
dames de la cour. Un espace carré est réservé 
entre la nef et le chœur pour faire partir des pé- 
tards. 1^3 papiers dorés et argentés qu'on brûle 
sont jetés enflammés dans un grand vase en 

c..,.Xooslc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 337 

foQle ornementée placé devant l'autel. La nef . 
est séparée de cet espace par une grille en beau 
bois dur, et ses piliers portent des sentences 
en lettres dorées. Là se trouvent des chaises, 
des fauteuils et de petites crédences en bois 
noir, à dessus de marbre. 

Le fond du temple forme un dais supporté 
par de belles colonnes ; sur les autels sont de 
vastes niches en bois kqué, doré et découpé à 
jour. C'est là que trônent les divinités chi- 
noises; la niche de l'autel principal est occu- 
pée par la déesse, et de chaque côté sont deux 
autres autels où sont assis des dieux barbus. 

La déesse porte un diadème surmonté d'un 
carré rouge assez semblable à la coiffe des 
Italiennes. Elle a des boucles d'oreilles; au- 
tour de sa tête est une auréole dorée. Elle tient 
à la main une règle plate et dorée, semblable 
à celle dont les grands mandarins font usage; 
près d'Elle sont placées deux autres déesses, 
un enfant portant un coffret et un autre un 
rouleau ; deux personnages à la mine mena- 
çante se dressent de chaque côté. Devant 
l'aulel on voit de grands écrans en plumes de 
paon, des drapeaux triangulaires, une petite 
jonque avec ses voiles, des bâtonnets odorants, 

ooglc 



338 COCHINCHIHE FBANÇAISE 

âea faaases fleura ou des lotus, des ima.gea en 
clinquant, enlrenièlées de petits cadrans â& 
montre, de petits miroirs et d'inscriptions, t^a 
jours de tète, on y place aussi les baDoières 
de la congrégation cantoonaise et des insignes 
en cuivre fixés en haut d'un bâton laqué. Sur 
une table est dressé un cylindre enrubanné en 
bois de sandal ou autre bois parfumé de grand 
pris offert pour être brûlé dans le temple. 

D'un côté de l'autel est un tam-tam, de 
l'autre une belle cloche chinoise. Trois taUes 
sont disposées en avant pour recevoir les of- 
frandes des sacrifices, qui consistent en co- 
■ chona rôtis tout entiers et laqués, en fruits, 
gâteaux, volailles, crustacés, thé. Au pied des 
tables sont des nattes et des coussins, où les 
adorateurs font leurs prostrations et leurs 
offrandes à grand renfort de coups de tam^ 
tam, de cloche et de détonations de pétards. 

LÀ ils consultent les sorts au mojea d^ 
la racine courbe du bambou fendue en deux ; 
on rapproche les deux parties , on les laissa 
tomber, elles se séparent, et la façon, dont lei 
noeuds de chaque moitié sont placés respec- 
tivement, est un pronostic favorable ou défa- 
vorable ; ou bien encore au moyen de U9 petites 



£T «OtAiniE DE CAUBOtTGE 329 

baguettes sur lesquelles Août des prédictions et 
que l'on jette au hasard ; ai leur position for- 
tuite correspond aux lignes indiquées dans lea 
livres des bonze», c'est un sort heureux. Les 
jours de fête, les bonzes président les cérémo- 
Bies, et les Chinois en grand costume viennent 
de boQ matin faire leurs adorations. 

Dans la partie latérale droite du temple est 
un atelier de stéréotypie pour les formules dea 
prières. Les caractères «ont gravés sur des 
planchettes en bois, et on les reproduit à un 
nombre d'exemplaires considérable. Cette mé- 
thode n'est pas aussi perfectionnée que celle 
des boudhistes, qui ont envoyé à l'Exposition 
de 1867 une machine à prières qui en débite 
vent vingt par jour. Près de là on fabrique et 
l'on vend des cierges, des papiers dorés et ar- 
gentés, des liasses de sapèques et de piastres 
en papier, ingénieux billets de banque à la 
portée de toutes les bourses. Les bons Chinois 
les toot passer en les brûlant, à leurs ancêtres, 
eu même temps que des habits, des ustensiles 
et tous les objets nécessaires à la vie matérielle, 
le tout représenté sur une feuille de papier 
^grOs»er et disparaissant en fumée. 

Un autre compartiment contient quatre 

DiMiicdByGoogle 



330 COCHINCHINE FRANÇAISE 

grandes chaudières et sert de cuisiDe les jours 
de fêle. Noua avons vu sur de grandes tables 
des monceaux de cocbons rôtis offerts eu sa- 
crifices pour le plus grand profit des vivants 
qui causaient, riaient tout haut, allaient et ve- 
naient dans l'enceinte même du temple. Un 
orchestre indigène mêlait ses notes discor- 
dantes à tout ce bruit. Dans la partie latérale, 
à gauche, est un appartement dont les mu- 
railles sont ornées de dessins en noir, là se 
trouvent une table et de beaux sièges, c'est ia 
salle du conseil. 

Il y a encore d'autres chapelles et une sorte 
de grenier où l'on arrive par un escalier en 
bois, mais où l'on ne voit rien de remarquable. 

La ville de Cholen se compose de 10,500 
Chinois, 32,000 Annamite^; il y a en outre 
une population flottante qui s'élève à environ 
8,000 individus, ce qui donne à peu près un 
total de 50,000 âmes. La taxe de capitation 
pour les Chinois et Asiatiques est de 2 piastres 
(Il fr. 10), et pour les minb-huong (métis 
de Chinois et d'Annamites), 1 piastre et demie 
(8 fr. 32). 

Les Chinois épousent généralement des 
femmes annamites ; ils en ont de jolis enfants 

DiMiicdByGoogle 



ET IIOTAUHE DE CAUBODGE 3âi 

qui resteat Annamites et forment une clasae 
fort intelligente ; parmi les indigènes, on les 
nomme minh-huong. Us sont formés en con- 
grégation. Ces métis sont généralement riches, 
les négociants chinois dans l'aisance assurant 
toujours le sort de leur femme soit avant leur 
mort soit avant leur retour en Chine. Dans 
notre possession cochinchinoise, on n'a pas à 
craindre cette énorme disproportion entre le 
nombre des hommes et des femmes dont sont 
afBigés Singapore, Melbourne, etc. 

La ville a été divisée en cinq quartiers ayant 
chacun un chef chinois, un chef minh-huong 
et un chef annamite, ce qui eut pour effet de 
rendre homogènes ces trois éléments de popu- 
lation et de faire participer les Annamites , 
malgré leur apathie et leur déËance, aux amé- 
liorations locales et au développement commer- 
cial de la cité. 

L'inspecteur des affaires indigènes a la sur- 
veillance et le contrôle de l'administralion des 
chefs indigènes et des chefs de congrégatioDS 
chinoises; il est aussi chargé de la justice et 
du recouvrement des impôts. 

Cholen était, lors de notre arrivée en Co- 
chine, une ville sale, aux Iwsues rues étroites 

'' [Mzcjî.Googlc 



332 COCHlSCHlîïE PRASÇfttSE 

et tortumrtes, aux maisons obscures et mal- 
teinea. 

1*3 ponts en dos d'âne étaient impraticables 
aux Toitures et même peu commodes pour un 
pied européen ; les rues étaient souvent inon- 
dées par la marée. En peu d'années d'impor- 
tants traïaus, habilement dirigés, ont changé 
l'aspect de la ville. i)e larges rues ont été per- 
cées, les quais ont été développés, un canal 
creusé, les maisons du bord de l'eau recons- 
truites ou restaurées, des ponts créés, tes rues 
éclairées, les propriétés délimitées et garanties 
par des titres. Les villages annamites ont été 
l>eportés sur de nouveaux emplacements, aussi 
nous nous promenons à l'aise dans cette floris- 
sante cité. 

Voilà un entJrepreneur de pompes funèbres : 
h catafalque est orné de dorures et d'incrus- 
tations, et il faut 20 ou 30 hommes pour le 
povtier) de petits enfante Jouent sur un cercaeil 
efui attend un frt-opriétaire. Ce magasin est 
rempli de ces consolants meubles superposés. 
Ici est un marchand de bimbeloterie qui vend 
de faux cheveux; car si la coquetterie se per- 
dait en Franoci on la retrouvwait en Cochin- 
thine. L& ^t un pare de caïmans ; les Anna- 

DiMiicdByGoogle 



ET ROIAOHK DE CAHBODCE 33â 

mites soDt très friands de la chair de ce sau- 
rien que les Chioois révèrent et qui abonde 
dans les arrojos de Cocbincbine. En 1865 oa 
en a consonimé à Cbolen plus de 500 venant 
du grand fleuve du Cambodge. Plus loin, c'est 
un pharmacien, un barbier ; sous un auvent, 
un pâtissier, confiseur, puia une maison de 
jeu, un teinturier, une fumerie d'opium, un 
orfëvre, un magasin d'objets manufacturés en 
Europe, et surtout des cotonnades, etc., etc. 
Le grand marché, de construction provisoire, 
est très animé. Enfin sur le bord de l'eau s'a- 
lignent les grandes maisons de commerce chi- 
noises, des entrepôts de riz, sucre, iodigo, 
cire, soie, faïence, poterie, peaux, de buffles, 
de boeufs, de serpents, de tigres, d'oiseaux, 
poisson sec, coton, arachides, etc., etc. A l'en- 
trée sont des balances romaines de toutes les 
dimensions, des ballots, de nombreux commis 
et des coolies ou portefaix. 

L'arroyo (1) de Logom et divers canaux 
amènent les jonques au pied de ces magasins et 
leur permettent de circuler dans toute la ville. 
Les jonques annamites, les sampans, les ba- 

"(1) Anojo Ml un Bot espagnol qui TCnt Un niiin, ea Annuiil« 
neb, 

Diciizcd^rGoogle 



iAi COCHIHCIIINE FlU!4ÇAfSB 

teaux de liftche, les jonques cambodgiennes se 
preMent «Ititis ces canaux. Celles-ci ressemblent 
à de longuM galeries fiottanles, carréeB, en bois 
garni de bamboits, à l'exlérieur. D'antres ba- 
ttsaux sont des viviers où les Annamites ren- 
ferment le poissoa qu'ils portent vivant au 
maretié. 

L'arrbyo chinois , qui fut Oanalisé en 1820, 
••t nne grande artère qui relie Cholen à ta ri- 
yiiH de Saigon d'une part, et de l'autre an 
fleuve da Cambodge & Mitho. Cet arro^, oà 
l'on entendra bientôt le sifflet des cbalands à 
vapeur, a des ramifications dans tout le pays. 
Grâce h oes routes qui marchent, la prospérité 
de cette ville ne pourra qu'augmenter, et puis 
l'activité, les ressources pécuniaires des Chi- 
nois, les rapprochements qui existent entr'eux 
et les indigènes leur assurent presque exclusi- 
vement l'exploitation du pays, jusqu'à ce que 
les moyens supérieurs, les procédés perfeetion- 
nés, l'initiative et l'industrie des Euh^péens ait 
donné à ceux-ci l'avantage sur les Chinois, 
qu'on a avec quelque raison surnommés les 
jttife de l'extrême Asie. Tout te monde recon- 
naît cependant que si le petit commerce chi- 
nois se livre à la fraude, les grandes maisons, 

oogk 



ET AOYATlBE DE CAMBODGE 335 

itn fiégocittnts sont d'une honorabilité épfoavée 
âani leurs engagements, même sur parole. 

■Gholen est l'entrepôt et la Cochinchine , 
fte Tongking et du Cambodge. C'est de là que 
K'oxpédieBt les marchandises et les denrées 
pour SingBpore, HoDg-Koog, Balaivia, BaDg- 
1m4. -Riea â'est plus animé que le paysage 
4t)flrt m jooit du beut dti pont du Jacaréo. 
L'offluenue des jotsques, des barques, des pinv 
guss> dans le fond le rideau de verdure qui 
lut iMe au poste de Cay-mai, les quais où l'oa 
turft se presser, -s*agiter les eotflies, les commis 
des imgasÎDs, -les petits tnarcfaands , toat cela 
fwme un ensemble fert intéressant et qoi ferait 
îéûédtiit «eux qui doutent de l'avenir de la 
CoéhinebiDe. Les bons résultats des écoles fran- 
cises , fondées par l'amipa! La Orandière, tnrt 
été si vite reconnus et si bien appréciés par les 
iodigènea, que non contents d'envoyer un nom- 
bre oonsidérable d'enfents dans ces écoles, des 
Chinois, notables et adultes ont voulu eux- 
mêmes apprendre, sinon la langue ft^nçaise , 
du moins ta transformation de l'écriture chi- 
noise en caractères européens. 

La principale école est dtïigée par les frères 
de la Doctrine chrétifflatie. 

.lzc.J;.G00glc 



336 COCHINCUINE FRANÇAISE 

H y a à Cholen huit coDgrégations chiDoi- 
ses. Les cbe& de ces corporalions aoot respon- 
sables de leurs membres; ces associations pro- 
curent à ceux qui en font parlie de grands 
avantages pour leur établissement dans ce pays 
et pour leurs relations avec la Chine. 

La première émigration chinoise qui descen- 
dit vers la fin du xvii" siècle dans l'ouest de la 
Cochinchine était Cantonnaise et s'établit partie 
à Bienhoa, partie à Mitho, provinces cambod- 
giennes à cette époque. Cette émigration fut 
suivie de plusieurs autres, venant du Fokien 
et autres provinces chinoises. La supériorité de 
leur civilisation et de leur commerce, leur es- 
prit d'association, plus tard leur communauté 
de religion, d'usages, d'écriture, avec les An- 
namites conquérants, leur donnèrent un grand 
pied dans le pays. Par suite de la guerre entre 
les rebelles Tay-son et le roi d'Annam Gia-long, 
ils quittèrent leurs premiers établissements et 
vinrent s'installer à Cholen vers 1778. Quoi- 
qii'en 1782 le chef des tayson en ait massacré 
plus de 10,000 et pillé leurs maisons de com- 
merce, malgré neuf mois d'une affreuse disette 
en 1802, malgré la défense d'exportation des 
produite du pays, la persévérance des Chinois 

,lzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAHBOfiCE 337 

surmonta tous tes obstacles, et dès 1 830 Cho- 
leo était déjà ua marché très important, que 
les Chinois avaient nommé Taï-ngon , et les 
Annamites Saï-gon. 

T^ ville chinoise n'est plus désignée aujour- 
d'hui que par le nom annamite de Choleo, 
marché grand (cho-Ion). 

A un quart-d'heure de Cholen, sur la route 
de Mitho, est le poste de Cay-mai. Une allée 
d'acacias nous conduit au pied d'une monta- 
gne artificielle , dans uue situation délicieuse ; 
un petit ruisseau coule au bas d'un esca- 
lier de pierres. Trois arceaux , dont l'un est 
plein , forment l'entrée du fort , et l'on trouve 
au sommet du monticule une pagode octogo- 
nale à UD clocheton, auprès de laquelle on voit 
un palmier à sucre et surtout le Cay-mai, sorte 
de prunier rhéédia, arbre à fleurs odorifé- 
rantes, auquel il était autrefois défendu de 
toucher sous peine de mort. Ces fleurs étaient 
offertes à l'empereur et servaient à parfumer 
son thé. 

Des bonzes gardaient la pagode et l'arbre sa- 
cré. Ce lieu était le but de nombreux pèleri- 
nages. Le grand mandarin annamite, gouver- 
neur de la province de Saïgon et auteur du 

DiMiicdByGoogle 



338 COCHIHCHtNE PRANÇUSE 

tiia-dinh tho^-ehi nous m donne nne diair- 
mante deaeription. C'est un modèle de p«é«6 
annamite ■ 

« Celte colline, dit-il, s'élève comme uift 
« BOTte de pic. Elle est plantée de nombreux 
« pruniers du sud (Cay-mai) dont Ie8«nci«is 
V troncs croissent obliquement. Ces ai4>re8wnt 
h en fleurs pendant l'hiver. Leurs feoiWes ré- 
k paodent une odeur aromatique. Leurs fleurs 
a sont en communication avec les esprits de 
I l'air, qui les font éclore. Il n'est pas possMe 
« d'es c «ayer de transp-lanter ces arbres aubfi 
« part. 

« Au sommet de la colline est sitnée k pa- 
> gode d'AntoD. Cest là qu'an milieu de la 
«nuit se chantent les prières (de Boudha), 
« écrites sur les feuilles d'arbres. La cloche 
a résonne, et sa voix s'élève comme une fumée 
«jusque parmi les nuages. Une eau claire et 
« limpide entoure la colline, et de légères bar- 
« ques vont y cueillir la fleur du nénaphar. 

1 Les jeunes filles préparent le riz pour les 
< bonzes , et le soîr elles vont l'offrir i la pa- 
« gode. Aux époques de grande fête, on voit les 
« bacheliers et les docteurs gravir les dix mar- 
« cbesdu temple, la coupe d'nne main, bbotte 

DKlzc.J;.G00gic 



ET KOYAUME DE CAMBODGE 339 

« à bétel de l'autre ; ils entonnent alors des 
u chants poétiques , et assis sur le 8omn:iet de 
€ la colline, ayant ses fleurs à leurs pieds, leur 

* poésie va se perdre comme un encens , pen- 
« dant qu'ils éprouvent une Térltabie joie à la 
« Tue d"nn si beau site. 

a Cette pagode est établie sur les fondations 
€ anciennes d'une pagode cambodgienne. En 
« 1816 les bonzes relevèrent cette pagode de 

• ses ruines et la restaurèrent complètement. 
v Ils trouvèrent, en creusant, une très grande 
d quantité de briques et de tuiles antiques, lis 
« découvrirent également deux feuilles d'or 
< longues de plus d'un pouce et du poids de 
f trois sapèques. Sur ces feuilles était gravée 
t l'image de Uoudha , assis sur un éléphant. 
■ Cm feuilles provenaient sans doute de l'an- 
t cienne pagode cambodgienne. » 

De ce point, la vue s'étend sur les rizières 
qui bordent l'arroyo-commercial, sur la plaine 
des tombeaux^ les lignes de Ki-hoa, les champs 
et les bois du Go-Yap et jusqu'à la montagne 
de Tay-Ninh, à une trentaine de lieues de dis- 
tance. Cay-naaiest un ancien fort cambodgien, 
6t à l'époque de l'arrivée des Français, les An- 
namites l'occupaient avec un renfort de Gam- 

■ooglc 



340 COCHINCHINE FIUNÇAISE 

bodgiens des basses provinces. Ceux-ci refu- 
sèrent l'obéissance aux chefs choisis par les 
Cochinchinois, el désertèrent. 

Nous revenons de Cholen par la roule qui 
longe l'arroyo-chinois. Sur le bord de l'eau est 
un puits appelé puits de l'Évêque-d'Adran, 
qui donne la meilleure eau de toute la Cochin- 
chine et d'où l'on approvisionne par bateau 
Saigon et les environs jusqu'à Go-Cong. Nous 
voyons sur notre chemin le village de Choquan, 
l'hôpital fondé pour les indigènes, qui renferme 
aussi le dispensaire. Les maladies contagieu- 
ses, les plaies, la gale, les affections cutanées 
sont fort nombreuses parmi la population co- 
cfainchinoise, et sont plus redoutables que par- 
tout ailleurs. Aussi cet hôpital est-il un grand 
bienfait pour les' Annamites. Nous voyageons 
constamment entre deux rangées de cases. La 
route est coupée de plusieurs ponts , d'oiî l'on 
jouit du coup d'oeil pittoresque de l'arroyo- 
chinois , sillonné au moment des marées par 
une foule de jonques, de barques, de pirogues 
montées par des Chinois et des Annamites. 

Au moment de la récolle du riz, vers la un 
de janvier, on voit jusqu'à 400 joûques de 
mer^ mouillées sur deux lignes parallèles en 

DiMiicdByGoogle 



ET ftOYAUHE DE CAHBODfiE 341 

aval de l'arroyo et atlendaDt là leur cliai^- 
ment de riz pour les proviDCea de la Haute- 
Cocliinchine. Nous rentrons à Saigon par le 
magnifique quai de l'arroyo-chinois; c'est le 
quartier du commerce Saïgonais, et c'est en 
même temps une belle promenade. 



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COCniNCHINE FRANÇAISE 



Impire d'Aonam. — Provinces françaises. — Vinh-Ioog. -^ ChaudM. 
— S»icc. — Halien. — Ffoaliires. — Popuhiion. — Revenu co- 
Imiat. — HoQSSons e( saîsoDS. — Température et climat. — Hait' 
vaise wison. — Lieux de cootslescence. — Accliniitemeiit. — 
JnsUllatioa. — Habitations, — Insectes et animaui nnisiblFS. — 
Conservation dn linge et des tjlemenis. — InconiéoieDt des four- 
mis, — Mode de couchage. — Moustiques et moustiquaires. — 
Rourbouilles et autres affections titauées. — Blanchissage. — 
Chaussures. — Précautions contre les insolations. — Promenades 
à. cheval. — Coiifures. — Saison des pluies. — Instruments de 
musique. — Le desain. — Photographie. — Distractions. — Écndls 
de la vie coloniale. — Heures des affaires, des bureaux et des 
visites. — Courrier de France, — Séjour des Européens aux co- 



L'empire d'Annam {comprenant la moyenne 
et la haute Cocbincbine et le Tongquin), con- 
tient de 15 à 20,000,000 d'habitanta. L'empe- 
reur réside à Hué, en Haute-Cocliin chine. On 
compte 507,000 chrétiens en Annam, mais 
nos provinces en possèdent le plus grand 
nombre. 



B, Google 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 343 

Lee possessions françaises cochtnchinoises se 
composent de six provinces : 1° de Saïgon 
(ancien Gia-dinh) ; 2° de Bienhoa (ancien Dong- 
nai); 3* de Mitho {ancien Dinh-tuong); 4° de 
Vlnh-long (ou Long-ho); 5" de Chaudoc (an- 
cien Angiang) ; et 6* d'Hatien (appelé aussi 
Cancao sur les cartes anciennes). 

Ces provinces portaient des noms différents 
lorsqu'elles appartenaient au royaume de Cam- 
bodge. 

Les trois premières ont été occupées : Saigon 
le 17 février 1859, par l'amiral RigauU de Ge- 
nouilly; Mitho le 12 avril 1861, par l'amiral 
Page ; Bienhoa le 9 décembre 1861 ; et Vinb- 
long le 22 mars 1862 par Tamiral Bonard. 
Cette province avait été rendue aux Annamites 
le 24 mai 1863, par suite du traité conclu à 
Saïgon le 5 juin 1862. L'amiral de la Gran- 
dière la reprit sans coup férir et l'occupa défi- 
nitivement le 20 juin 1867, ainsi que les deux 
autres provinces deTOuest: Cbaudoc le 22 juin 
et Hatien le 24 juin. Elles furent toutes les 
trois réunies au territoire de l'empire français, 
le 15 août 1867, et comprennent ensemble 
environ 1,000,000 d'habitants, Annamites, 
Cambodgiens, Chinois, Malais. 

DiMiicdByGoogle 



344 COCHINCHINE PRAltÇAlSE 

Vinh-loDg est à 25 milles de Mitho. Chaudoc, 
sur le Bassac, à 60 milles de Mitho, est une 
\ille peuplée deA.OOO Chinois, de 6,000 Minh- 
liuongs (métis de Chinois et d'Annamite), de 
20,000 Annamites, de Malais et de Cambod- 
giens. Sadec, à 12 milles de Vinb-long, etCfao- 
long-Xuyen, sur le fleove de Chaodoc, sont 
des marchés chinois fort importants. Hatien 
est & 60 milles de Chaudoc ; sa position dans 
le golfe de Siam favorise le commerce avec ce 
royaume. Enfin ces provinces sont riches en 
i«8sources commerciales de tontes sortes, eh 
riz, coton, canne à sucre, indigo, maïs, huile 
de coco, arachides, tabac, poivre, etc. Chacune 
d'elles est divisée en trois arrondissements aa 
inspections administratives. 

Les sis provinces formant la Cochinchine 
française ont pour limites, au sud la mer de 
Chine et le golfe de Siam, le Cambodge au nord 
et à l'ouest, et le royaunte d'Annam à l'est. 
Elles constituent un territoire d'une superficie 
de 56,000 kilomètres carrés; c'est-à-dire grand 
comme neuf départements français, bien défini 
dans ses frontières naturelles, embrassant le 
magnifique delta du Cambodge, dominant le 
golfe de Siam, et placé dans de faciles condi- 

iiri^-Googlc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 345 

(ions de défenso. Un traité ultérieur réglera 
déânitivemeat la position et les relations de ce 
î>el établissement, par rapport à la cour de Hué. 

La popnlation des six provinces françaises 
était en 1867 de 1,204,287 habitaute, sans 
compter l'effectif du corps expéditionnaire 
(marins, militaires et civils), qui est de 10,000 
hommes. Les résidents européens sont au 
nombre de 585, chiffre qui fait contraste avec 
celui de la population indigène, s'élevant à 
1,183,913, et celai des Chinois, qui est 
de 18,965. 

Les dépenses intérieores de la colonie se sol- 
dent en équilibre a\%c son revenu, son propre 
budget, qui s'élève pour 1868 à 8,660,600 fr. 

La Basse-Cocbinchine nous appartient de- 
puis le 5 juin 1862. Or, n'est-il pas bien jc- 
raarquabla de voir un pays acquérir en st peu 
d'années et a:uilgré les troubles passagers insé- 
parables d'un changement de [Kiuvoir, une ai 
grande vitalité financière ? Et, en ettet, la Co- 
chinchine se suffit à elle-même, elle paie de 
ses deniers non-seulemenl le personnel et le 
matériel de tous les services coloniaux, mais 
encore ses nouvelles constructions : routes, 
ponts, caB,a^x, casernes, tribunaux etc., et les 



346 COCHIHCHINE FIUUÇAISE 

bâtiments à vapeur chargés de la police de ses 
fleuves et rivières. Il ne reste donc aujourd'hui 
à la charge de la métropole que l'entretien des 
troupes d'infanterie de marine et des grands 
navires de guerre destinés à la surveillance du 
littoral, à la destruction de la piraterie, aux 
missions politiques, aux convois d'approvi- 
sionnements et de convalescents. Ne faudrait-il 
pas aussi bien couvrir ces dépenses si ces 
troupes étaient casemées dans nos cinq ports 
et ces bâtiments relégués dans nos bassins pour 
y pourrir inutilement. La perte du matériel 
□e dépasserait-elle pas les frais d'armement et 
d'activité? L'on sait d'ailleurs que par raison 
d'économie, leur état de vétusté es! un litre 
pour que ces bâtiments servent en Cochin- 
chine. 

Les dépenses soldées par la métropole sont 
d'une douzaine de millions. Qu'est-ce que 
cette somme en face du résultat obtenu dès le 
début de l'occupation ? Chaque année la colo- 
nie apprend à se passer de la mère-patrie et 
les administrateurs les plus compétents affir- 
ment que dans dix ans le revenu public de la 
Cochinchine française sera de 30,000,000 de 
francs. Voilà une perspective bien eDcoura- 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 347 

géante et bien faite pour éclairer et entraîner 
ropinioD en France. 

La Basse-Cochinchine est un pays plat. 
Comme au Bengale et au Siam, il n'y a que 
deux saisons : la saison des pluies, pendant la 
mousson de S.-O., qui règne de la fin d'avril 
à la fia d'octobre, et la saison sèche, pendant 
la mousson de N.-E., qui règne du mois de 
novembre au commencement d'avril. 

A l'époque des changements de mousson et 
avant leur établissement, c'est-à-dire en octobre 
et en avril, le vent est variable. 

On voit que dans le cours de l'année il fait 
tout le tour du compas. 

La Basse-Cochinchine est baignée au sud par 
la mer ; à l'est, une chaîne de montagnes cou- 
rant du sud au nord, intercepte les nuages qui 
viennent de la mer et amènent les pluies pen- 
dant la mousson du S.-O. Pendant la mousson de 
N.-E., brise qui souffle de terre, la sécheresse 
est constante. Ou conçoit que le contraire a lieu 
à Hué, dans la Ilaute-Cochlnehine, où les 
vents de N.-E. venant de la mer, amènent les 
nuages de pluie qui sont arrêtés par la même 
chaîne de montagnes. La température de l'an- 
■ née la plus basse à Saïgon est celle du mois de 

iiri^-Googlc 



348 COCHINCHINE FRANÇAISE 

décembre, où le thermomètre descend jusqu'à 
19 degréa le matin. La moyenne dans le jour 
est de 27 degrés, à l'ombre. 

La Basse- Cochinchine est un des pays inter- 
tropicaux les moins malsains ; mais comme 
l'atmosphère est chaude, humide et fréquem- 
ment saturée d'électricité, le climat énerve et 
affaiblit très vite, La mortalité en 1865 et 1866 
a été de 4,42 pour 100, ce qui démontre pé- 
remptoirement combien ce climat est préfé- 
rable pour la santé des Européens à celui dii 
Sénégal, de la Martinique, de la Guadeloupe, 
de Hayotte et de la Guyane. 

Les mois les plus pénibles à passer pour les 
Européens sont mars, avril et mai; c'est l'in- 
tervalle de la saison sèche à la saison des pluies. 
La température est de 33 à 35 degrés pendant 
le jour, 28 à 30 pendant la nuit. L'air est 
étouffant, il tonne sans pleuvoir ; on est dans un 
état de transpiration continuelle et de surexcita- 
tion nerveuse qui 6te le sommeil et l'appétit. La 
force de végétation qui s'empare des plantes 
semble agir également sur le corps humain. 
Les bourbouilles et autres éruptions cutanées 
naissent et se développent en peu de jours. 

Pendant la mousson de S.-O., favorable aui 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE â49 

navires venant d'Europe, le cie! est toujours 
nuageux. Les coups de soleil sont plus fré- 
quents et plus terribles, soit parce que la lu- 
mière du soleil est réfléchie avec plus de force 
par les nuages, soit parce que le soleil dispa- 
raissant et reparaissant subitement, on prend 
moins de précautions pour l'éviter. Cette saison 
est marquée journellement par des bourras- 
ques et des orages qui précèdent de fortes 
pluies. L'heure du grain retarde un peu cha- 
que jour. Peut-être y a-t-il quelques relations 
à établir entre cette heure et celle de la marée 
montante. 

Une fois les pluies établies, on ressent beau- 
coup moins le malaise indéfinissable des mois 
précédents et les bourbouilles disparaissent 
peu à peu. 

Lorsqu'on est fatigué du climat de Saïgon, 
on peut aller passer quelques jours de conva- 
lescence, soit à Thudaumot, à 15 milles au- 
dessus de Saigon, soit au cap Saint-Jacques 
sur le bord de la mer, où l'air est très pur et ' 
très vif. On se rend de Saigon à Thudaumot 
en une marée par barque et en deux heures 
en bateau à vapeur. L'air y est plus doux 
qu'au cap Saint-Jacques, plus pur et plus frais 
^o.ooglc 



S50 cocaurcBiHK Funçius 

qu'à SaïgoD. Ce site a été décrit par M. leea- 

pHaine de GrammoDt. 

L'aeclimatemeDt des Européens n'csl jamai» 
complel, mftme lorsqu'on a subi depuis loBg- 
temps la traaiilion climatérique ; mais avec 
des précautions hygiéniques le corps se sou- 
met peu à peu aux nouvelles influences dans 
lesquelles il est placé : • Changer de climat» 
dit Michel Lévjf c'est uailre à une vie nou- 
\el)a. » Uae bonne installation d'intérieur, des 
habitudes régulières et quelques soins particu^ 
liers sont doocles principales conditions «l'exis- 
tence sous ces latitudes. Il est bon d'entrer à 
ce point de vue dans des détails que l'on n'ap- 
prend qu'à la loi^ue. En les connaissant, on 
en tire immédiatement profit et l'on évite les 
embarras dans lesquels on peut tomber en dé- 
barquant dans un pajs nouveau : ia parvis 
uUlila$, \i& plus petites choses ont leur uti- 
lité. 

Il est ^ses diflicile de trouver un logement 
et des meubles à Saïgon. Le mobilier s'aehète 
fort cher dans tes magasins et manque de soli- 
dité. On peut quelquefois s'en procurer dans 
les ventes aux enchères. Les lits, canapés et 
chaises àfond en crin ou rotin, recouvertsd'une 



ET AOTAmE DE CAHBOME 351 

natbs ou de cuir, sont les meilleurs et coûtent 
Jemoiiia cher. Les meubles dont les pièces M 
sont fixées qu'à la colle forte n'ont aucnne 
durée ea ce pays humide. Les loyers sont éle^ 
vés ; un garçon ne peut guère se loger à raoitM 
de 75 francs par mois, et une famille à meiiM 
de 1 50 à 200 francs. Cénéralemenl les mai* 
sons sont basses, humides et Boal aérées. Lit 
cuisine et le logement des domestiques doiveat 
toujours être séparés du corps d'habitation, il 
est essentîd d'aiioir un puits à sa portée. On 
achève en ce moment on hôtel meublé con- 
fortable sur le quai. Chaque jour s'élèvent 
de nouvelles maisons & étages avec vérandahs 
ou galeries qui abritent l'intérieur des ar* 
deurs du soleil ou des pluies torrentielles. 
Les anciennes cases un peu écartées des cen-* 
très d'habitation sont fréquemment TÎailéeB 
par des grenouilles, des anolies, petits lézards 
ÎQoffensi&, appelés vulgairement margouillats, 
des gekkos ou tokkés , qui mangent les in- 
sectes, et par des animaux nuisibles tels que 
des rats, des cent-pieds, des scorpions et des 
couleuvres , qui font plus de peur que de 
mal ; mais les cent-pieds et les gros scorpions 
notrs sont très dangereux. Ils logent bous les 
«sic 



â&2 (^OCHINCttlNE FRANÇAISE 

pierres, dans les intervalles des briques ou des 
tuiles, dans les murailles ou la toiture. Le petit 
scorpion brun, qui se glisse dans les papiers, 
le linge, les chaussures, cause une piqûre dont 
on souffre pendant un jour ou deux. Il y a peu 
de serpents à crochets, ou du moins nous n'a- 
vons jamais entendu dire qu'une morsure de 
serpent ait causé la mort, et cependant les 
Aunamites vont pieds nus dans les bois et sur 
les routes. Un grand inconvénient, ce sont les 
tiques, sorte de poux gris qui pullulent sur 
les chiens, envahissent les murailles et s'atta- 
chent même à l'homme. Ces parasites sont 
aussi très répandus au Brésil. M"^ Ida Pfeiffer 
dit qu'après les avoir arrachés de la peau il 
faut mettre sur la plaie un peu de tabac à 
priser. En Cochinchine, on conseille l'huile 
de Cade ; l'eau pétrolée est aussi très salu- 
taire. 

Il est bon en arrivant de Faire visiter tous 
les effets d'habillement et le linge; car à bord 
les cancrelats s'y introduisent facilement et y 
déposent leurs œufs. On enferme ensuite ces 
effets dans des armoires isolées des murailles 
et du sol ou bien dans tles malles en cam- 
phrier, l'odeur forte de ce bois suffisant presque 

izc.jî.Googic 



ET ROYAUME DE CAMBOtKiE 353 

toujours  garantir des cancrelats, des four- 
mis blanches, des poux de bois. Ces der- 
niers insectes sortent de terre, se construisent 
des conduits par lesquels ils s'introduisent 
dans le linge, les livres, les r:haussures m'ème 
qu^ils rongent, percent et dévorent. Rien n'est 
à l'abri de leurs atteintes et de leurs ravages. 
Les terrains boisés et élevés sont Surtout in- 
fectés ■de ces insectes, et l'on voit dans les 
Campagnes de gros tertres en terre durcie au 
soleil qui sont des rïlds de fourmis blanclies. 
Pour éviter ces inconvénients, le linge, les 
livres, les meubles doivent être souvent dépla- 
cés et visites. Les chaussures que Ton ne porte 
pas doivent ître frottées ou Cirées fréquem- 
ment pour enifêéher l'effet de la Sécheresse 
ou de l'humidité. 

Les grosses fourmis rouges , les fourmis 
noires, grasses, moyennes et petites, sont aussi 
le fléau des -maisons, tes tables doivent être 
garanties de l'invasion des Insectes, ainsi que 
les armoires et les lits, en en faisant plonger le 
jliéd dans une petite jatte en fer, contenant de 
l'eau ou une solution acide quelconque, sou- 
vent renouvelée, autrement'!' eau se corrompt 
vite et répand une odeur désagréable. En outre 
20. .ooqIc 



354 cocnmciiiNE française 

la poussière qui s'accumule à ta surface, sert 

de pont aux hardies avenlurières. 

Les lits les plus convenables sont de grands 
lits en Ter avec montants pour moustiquaire. 
Les moustiques abondent en Cocbinchine. Leur 
piqûre est insupportable ; elle peut causer des 
plaies ou la fièvre par suite d'insomnie. Les 
Anglais emploient pour adoucir les piqûres de 
moustiques de l'eau de tamarin ou du jus de 
citron et du sel. On s'habitue vite à coucher à 
la dure sur un simple matelas de feuilles de 
maïs ou plutût coton et crin, avec un oreiller 
du même genre et une grande couverture de 
laine. Le drap de lit ne suffît pas pour garantir 
de l'humidité des nuits, du froid du matin et 
des variations de température particulières aux 
deux saisons. On supporte difficilement dans 
le principe le poids et la chaleur d'une cou- 
verture ; mais l'on s'y accoutume peu à peu 
au point de ne plus pouvoir s'en passer. C'est 
là, d'après respérience et l'avis de bien dp.8 
personnes, une garantie de santé. La ceinture 
de flanelle est indispensable jour et nuit dans 
les premiers temps du séjour. Le ventre est le 
quartier général qu'il faut tout spécialement 
préserver des influences du climat. 

oogk 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 355 

On se déshabiluc peu à peu de la flaaeUe, 
si l'on n'en faisait pas déjà usage antérieure- 
ment. La chemise de flanelle a, il est vrai, 
bien des avantages ; mais elle devient insup- 
portable lorsqu'on a des bourbouilles (lichen 
tropicusj, éruptions cutanées dues à la transr 
piration, se montrant aux aines, aux aisselles, 
au cou et causant de pénibles démangeaisons. 
Il faut bien se garder de se gratter, ce qui met 
la peau au vif. I^s bains froids de peu da 
durée, ou plutôt les douches froides sont le 
meilleur calmant. Les bains de mer ne parais- 
sent pas nuisibles. 

La transpiration et le frottement produisent 
encore des herpès, affection plus gênante que 
dangereuse. Au bout de quelque temps les 
tissus se dilatent, les chaussures apportées 
d'Europe ne peuvent plus se porter, les bagues 
serrent les doigts, les vêtements deviennent 
trop étroits. Le jour, les vêtements blancs, 
amples et épais sont les meilleurs. Le soir, 
les vêlements de flanelle de couleur sombre 
garantissent de l'humidité abondante. 

La toile peut convenir pour les pantalons ; 
mais les chemises en toile, en fil d'ananas, en 
soie écrue, Bont trop fraîches et ne sèchent pas 

' . Cooglc 



856 cecBfficHiiiE nt&wçjuse 

Bvr le corps ; ttWw de coton sont préférables. 
he Manchissaf^ et le repassage se font à Saïgon 
par des Chinois et quelquefois par des Indiens. 
On paie 3 piastres (16 francs 65 centimes) Ie3 
400 pièces, quelles que soit leurs dimensions. 
Il «A bon que les devants, les coh et les poi- 
guets des chemises, soreot simplement munis 
de bentonfiières dans lesquelles on passe à 
volonté de doubles boutons en métal. Autre- 
nent on a toute la peine du monde i faire 
recoudre les boutons cassés par les blancbis- 
seura, entre les mains desquels le linge se 
détériore promptement. II ne faut pas oublier 
en partant d'avoir tout son linge marqué et 
numéroté pour étiter des pertes au blanchis- 
sage. 

Des colporteurs mal^ars, appelés dans 
Ffnde Boras, viennent offrir dans les maisons 
des ustensiles et objets de ménage, de sorte 
qu'une dame trouve sans se déranger, dans 
ees boutiques ambulantes, toutes les petites 
choses (QI, aiguilles, etc.) dont on a besoin 
chaque jour. H ; a aussi des Cliinois qui vont 
de maison en maison, déballant et exposant 
des enriosités a vendre. 

'Les chaussures vernies et surtout les 'bot- 



BT ROÏAÏIME DE CAMBODGE 357 

tines, ne résistent pas à l'ardeur du soleil : le 
vernis se fendille, il se îoaà même; le pied 
se gonQe et reste pris comme dans un étau 
brûlant. De là des ongles incarnés, c'est-à-dire 
eroissaot latéralement duns les chairs. Les 
bottines en drap ou toile ou coutil blanc ou 
gris, n'ont pas les inconvénients des chaussures 
noires. Le parasol couvert d'une toile blanche 
et le parapluie, sont des armes indispensables. 
Pour les hommes la coilTe blanche garantissant 
la nuque peut suffire, mais l'ombrelle est insufft- 
sante pour les dames, lorsque le soleil, un peu 
avant son lever et son coucher, darde oblique- 
ment ses rayons. C'est l'heure oii les insolations 
sur le cou et les oreilles sont à craindre. Les 
ganls de fil d'Ecosse sont excellents pour pré- 
server les mains de coups de soleil, en con- 
duisant une voiture ou en montant à cheval. 
Les gants de soie sont préférables aux gants 
de peau. 

La promenade à cheval étant une des plus 
agréables distractions dans ce pays , il est 
essentiel pour une dame d'apporter une robe 
ou un habit d'amazone et même une selle de 
dame. Quant aux autres vètemenls, en laissant 
son adresse en partant et les modèles néceasai- 

DiMiicdByCoOgle 



358 cocmNCUiMB française 

res, eoit à son tailleur, soit à la modiste, <m 
peal se faire envoyer de Fraoce tout ce dont 
OD a besoin. 

Le talaeo est la coiffure le plus générale- 
ment td^tée a Saigon. C'est le chapeau tar^ 
et pointu en bambou des Tagals de Manille. 
Las dutpeaui'CaBques en feutre, recouverts 
d'une toile blanche, sont excellents. H est né- 
cessaire que la coiffe ne prenne la tète que dans 
un Cf9cle en cuir, afin qae l'air puisse circuler 
librement à l'intérieur. 

Dans la saison des pluies, «ne paire de gran' 
des bottes est indispensable. Fendant cette sai- 
son on a chaque jour à redouter alternative- 
ment le soleil et la pluie. Les chemins sont 
mauvais; les promenades sont fréquemment 
interrompues. On reste le plus souvent cher 
soi le soir; l'existence est plus monotone et 
plus triste ; on souffre davantage du climat. 
Les pluies si bienfaisantes pour la terre, les 
riaières, les jardins, les plantes, amènent eten- 
Uetiennent une humidité qui se répand pw- 
tout. Elle attaque jusqu'aux instruments de 
fDusique , quels que soient les soins qu'on en 
ait pris. Les violons, Tioloncelles et autres ins- 
irumenlfi en bois se décollent. L'accord ne tient 



ET HOVAllHE ï« CiHBODOE 359 

pas, les cordes cateent très fréquemaiËnt au 
diapason ordinaire. Les seuls pianos qui puia- 
aeat servir sont les piuios bouloonés. On lea 
place sur un plancher isolé du 8o\ par des pieda 
en verre ou en porcelaine , et on les eBTetof>pe 
de couvertures. Il est essentiel d'a{^rt«r «ne 
certaine qoanliti de cordes de rechange. Lea 
dessinateurs trouvent de nombreuses occasioDS 
d'utiliser leurs crayons et les peintres leurs 
pÏBceatn. L'aquarelle qui s'exécute sur papieif 
avec des couleurs broyées à l'eau et préparées 
au miel, n'a rien a redouter de la température 
tropicale. Los amateurs de photographie ont 
à lutter, dans tes premiers temps, contre les 
mauvais effets du climat snr les produits chi- 
miques; mais on finit par rénssir et posséder 
de [trécieux clichés. Malgré la chaleur, la 
danse, les soirées théâtrales, la musique, Bont 
des amusements dont on est avide. Le soir on 
entend tour à tour un chœur de matelots ou 
les sons d'un piano, les tantaisiea d'un violo- 
niste ou l'orgue d'un cabaret, l'accordéon d'un 
tagal ou le biniou breton. 

Pour oublier les inconvénients du climat et 
fuir la paresse, l'ennui, le dégoût, il est néces- 
saire d'entretenir une activité d'esprit cons^ 

Cîoogic 



360 COCHINCHINE FRANÇAISE 

tante. La vue continuelle des mêmes visages, 
la répétition des mêmes habitudes, la mise en 
présence d'intérêts identiques ou divers, le frot- 
tement des mêmes caractères, dont les qualités 
sont injustemcDt oubliées et les aspérités vive- 
ment ressenties, coups d'épingles qui se trans- 
forment en coups de poignards, telles sont les 
causes premières qui introduisent dans les 
esprits de la passion et de l'aigreur et rendent 
bientôt les rapports ordinaires de la vie into- 
lérables. Une occupation continuelle est une 
sauvegarde contre ces triste écueils. Les heures 
de bureau ou d'affaires sont à Saigon, de 7 à 
10 heures du matin et de 2 à 5 heures le soir. 
Ce sont les heures de visite contrairement aux 
usages de Hong-Kong ofi l'on travaille et où 
l'on reçoit des visites de 10 à 4 heures. On 
peut en dehors de ces heures se créer de petits 
travaux, soit de l'esprit, soit àea mains, cha- 
cun selon ses goûts. 

11 y a des âmes sensibles et faibles qui son- 
gent constamment à la France, à leur famille. 
Cette pensée les absorbe et les por à la mé- 
lancolie. On ne saurait croire avec quelle fé- 
brile impatience est attendu le courrier qui 
apporte chaque mois les lettres de Francs qui 



ET ROYAUME DE CAMBODGE dm 

sont comoiie on Ta si bien dit, la santé morale 
4'uDe armée en campagne. « Les natures im- 
t pressionnables et aimantes, dit le docteur 
.« Fonssagrives, trouvent dans leur éloigne- 

< ment de la famille une source de tristesse, 
M d'inquiétude et de découragement, qui s'ali- 

< mente des lettres elles-m^mes, ponta fragiles 

< jetéa par dessus les mers entre le foyer do- 
* mestique et la terre d'exil. » De là à la nos- 
talgie il n'y a qu'un pas, et la maladie est in- 
-curable s^r place ; 



Ou vtrs la moata^ne 
11 faut revenir. 

« Qui peut, dit Vauban, entreprendre quel- 
que cbose de plus grand et de plus utile 
qu'une colonie?» Or, si l'on regarde comme 
un temps d'exil le séjour aux. colonies, il est 
difficile de fournir son contingent à l'œuvre de 
colonisation. On n'a pas même la satisfaction 
de se dire en partant qu'on a travaillé au bien 
commun, qu'on a apporté sa pierre au nouvel 
édifice et qu'on laisse après soi quelque trace 
de l'intelligence et de l'aelivité européennes. 
Ceux donc qui se sont placés à ce point de vue 



Coogic 



363 COCHINCHINE FRANÇAISE 

géoéral, qui se sont considérés comme mem- 
bres de la grande communauté cÎTilisatrice, 
qui ont fait ouvrir les yeux à l'indigène sur le 
progrès accompli dans son pays, qui lui ont 
fait comprendre ses véritables intérêts en deve- 
nant sujet français, ceux-là sont méritants. 
Leurs actes peuvent rester obscurs ; leur gloire 
et leur bonheur seront dans la prospérité de la 
colonie à laquelle ils auront consacré et sacri- 
fié une partie de leur existence. Car, ainsi que 
le dit le docteur Foi^et : * Ce n'est jamais im- 
punément que l'homme rompt par l'émigra- 
tion ces rapports mystérieux qui lient son 
organisation aux conditions du climat sous 
lequel il est né. • 



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ET HOTAUME DE CAMBODGE 



Alimeals eioliques. — Cuam ffïnçaise. — La popole. — RatioD de 
Tl<rm. — Dépenses de la table et acMSsoires. — Aptitude spéciale 
des Qrinois, — Ralratcbissemeots. — Hauraise eau. — La siesle. 
— Cary indien. — i^umes et fruits. — Éclairage. — Panlw. 



Comment vit-on à Saigon ? Peut-être se 
figure-t-on que nous nous régalons tous les 
jours, comme le font quelquefois les riches 
Annamites, d'œufs couvés, de chrysalides de 
vers-à-soie, de bourgeons de bambous, de pieds 
d'éléphant desséchés, de côtelettes de chien, 
d'une brochette de rats, de lézards bouillis, de 
gigots de tigre, de roussettes rôties, de vers 
palmistes de Vinh-long, d'holothuries d'Hatien 
ou tripangs, bichons, de mer, sangsues de 
mer, animal qui vidé et desséché fait les dé- 
lices des Chinois. Nous avoua goûté par hasard 
et par curiosité des œufs de tortues de mer, 
du rat palmiste, de la chair de caïman, du 



;. Google 



864 'COCHmCHIMB fimpjEB 

filtit de tigre et de léopard, un cuissot de singe, 
des tiges de bambou, des graines de lotus gril- 
lées au soleil, de l'iguane, des nids de salan- 
ganes, gélatine blanche en longs filaments 
diaphanes agglutinés, que l'on vend 160 francs 
la livre et que l'on recolle 'tous les trois mois 
dans les rochers des iles de Siam et non sur tes 
arbres des forêts^ comme le disait dernièrement 
ttn JouT&al. Si ces ndts taMs rùpngtienL, c'«st 
surtout parce qu'ils sont élïaftgé^ et iëïi âéhbrs 
de nos goûts ordinaires. Les indigènes leur 
trouvent bien des charmes ; mais tes Européens 
ne sont pas tentés de les reGbei*cher. hm «en- 
Buels &h du Cél^te-Empire et les Gochiaoht- 
Dois leurs imitateurs gardent lews opinioaa 
eh eeile matière, et le baron Brisse ne lew de- 
lAandeitft ,pas droit db boucgeoirae. 

L'iititeur d'an voyage ea Chine l'a dît avéb 
rbis&n : « Une m^vaisa 'cuisine et tin mauvsiïi 
gtte laissent des scuremiB 'dans l'eêippit le plus 
impaHial.k 

Ce sont des ineonvéoients qii'il faut t^er- 
ctler d'abotd à éviter. Nous avons .parlé du 
^bèy disons un mot de la cuisine. Notice alî- 
mentatioD estteule européeune, du plutôt toute 
Ittin^ise. Il n'y a rien de changé «tans fe stc- 

^izcjî.Googlc 



BP KOUraE BB CiMBOiDGE 369 

vice de latsble, si ce n'est qu'il ya câaimftaor 
cessoirefi obligés desuj. Cbinois, le cuisiniier at 
le raailre d'hôlsl. 

Des restauratours Ueoncujt bible d'Uôla et 
pouion en ville ; mata la grande cbaleur, lâs 
pluies, les avantageB da clieG9-H>i font que la 
|dupart des Européens, établit à Saii^n, vivent 
chez eux ou plutôt se muùsKQit en popote, 
que l'on dirige soi-uiâote à déCaut d'une màna- 
gère. C'est le ïieu de ciler ce que dît Charles 
Jaliet à cette occasion : 

< Génévalement oa eat ebef de popote us 
a mois à tour de rôle, à moina que l'w des 
c camarades, doué de eonuaiosances dislia- 
<i gQées, n'aceepte à perpéLuité eea fanetipns 
« dâicates. 

« Le cluf de po^le donne sea ordr^ m 
« euiuQier et voile à leur etéeutton. Sqq pour 
« voir est illimité. L'arbi^raimi ast ]& eode dw 
(t chef de pû^e. Manges ou oe mangez pas, 
« mais ne proférez woune plainte, ne ha^ar- 
« dw aucune observation. Ce«t a^rtout » 
« campagne qu'il faut des diebitures, 

« Outra ces premièire» eit iudiapeïisables 
c ccoditioiM d'fljûstenee, le ebaf de popote 
« doit te tenir à l'abri de toute surprise et m 

[,Mzc.J;.G00glc 



866 cocHiNcniNE française 

R pas se laisser prendre au dépourvu par la 
I disette des vivres. Chaque fois qu'on séjourne 
« dans une ville ou un endroit qui offre des 
« ressources, il doit renouveler ses provisions : 
« jambons fumés, saucissons, fromages, con- 
« fitures (absinthe et eau-de-vie), et générale- 
« ment tout ce qui est du domaine des con- 
« serves alimentaires. 

<c Le vin est indispensable. 

c Outre la question des vivres, au début 
« de la campagne, le chef de popote doit pré- 
a lever un impôt par cotisation, pour l'achat 
c d'nn matériel de campagne, service de table, 
< de cuisine et accessoires. * 

Les employés civils en Cochiuchine peuvent 
toucher chaque jour une ration de vivres, dé- 
livrée par les soins du commissariat de la ma- 
rine sur des bons de la Direction de l'Intérieur, 
moyennant remboursement. Dans les petites 
localités, on ne saurait se passer de la ration. 

La dépense moyenne des gamelles ou popotes 
en dehors des rations est de 20 à 30 piastres 
(1 00 à 1 60 francs par mois). 

Pour plus d'économie, il est bon d'acheter 
à ta fois les provisions nécessaires pour un 
mois. Le salaire d'un bon cuisinier diinois est 

Cvlzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 367 

de 10 à 1 5 piastres par mois (cle 55 à 78 fr.). 
11 a à sa solde ua petit boy annamite qui le 
suit au marché et l'aide même à la cuisine. Le 
maître d'hôtel eat payé 8 à 12 piastres (45 à 
65 francs). 

Il y a des cuisiniers annamites, tagats, in- 
diras même; mais le Chinois semble né pour 
cet emploi. Ses relations avec les Européens 
datent de plus loin ; il est plus habile que tout 
autre Asiatique dans l'art culinaire de l'Occi- 
denl. Les Chinois ont encore cet avantage sur 
les Annamites, qu'ils sont très propres et font 
d'excellents maîtres d'hôtel, même sans con- 
naître la langue des Européens qui les em- 
ploient. Un peu de sabir leur suQit amplement ; 
ils ont la routine du service. Ce sont des ser- 
viteurs sourds et muets, qui sur un signe 
voient ce que l'on désire et n'apportent aucune 
gêne aux conversations intimes de la table. 

Le maître d'hôtel est chargé de l'office; 
souvent il cumule les fonctions de valet de 
chambre. 

II est d'usage dans les visites d'ofïrir du 
vermouth, de l'absinthe ou autre rafraîchisse^ 
ment. Dans les cominencements du séjour, la 
soif est insatiable, on sent le besoin de se dé- 

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368 GOCBfflCHlMl PRAHÇAISE 

saltérer à tout instant. 11 vaut mieux s'halntuer 
à De rien boire entre les repas. Il sera pénible 
d'abord de résister à ce désir, surtoot pendant 
les heures de grande chaleur; mais bientôt on 
n'en sentira plus le besoin. Le liquide absorbé 
ne' fait d'ailleurs qu'augmenter la transpira- 
tion. Il est dangereui de boire de l'eau pure. 
Un peu de vin et d'eau, ou si l'on a très chaud 
«t très soif, une tasse de thé froid sucré ou de 
thé chaud sans sucre, sont d'excellents rafrai- 
ehissements. La glace est d'un usage agréable 
mais nuisible, et devient un besoin très diffi- 
cile à satisfaire, car on peut rarement s'en pro- 
curer à SaïgoD. 

Dans les Idéalités oà l'eau est mauvaise et 
saumàtre, on etnploie pour la rendre potable 
la méthode indigène, qui consiste à jeler une 
cnillerée d'alun dartà une jarre contenant Dne 
centaine de litres d'eau puisée à marée basse et 
à agiter avec un petit bâton. L'alun décompose 
les èAs en di^olution dans i'eaa. Celle-ci se 
clarifie en peu de temps et il se forme un pré- 
cipité vaseui et abondant. On décante et on 
laisse reposer. On vend de l'alun sur tous les 
marchés annamites. H est préférable de filtrer 
l'eau. On là transvase ensuite dans des gar- 

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ET ROVAUKE DE CAMBODGE 369 

gouletles ou alcarazas qui ta conservent très 
fraîche. Les meilleures gargoulettes viennent 
du Caire et de Suez, où il est bon de s'en mu- 
nir en passant. Il y a à Saigon des puits don- 
nant de bonne eau. La meilleure est celle qui 
vient par bateaux du puits de la ville chinoise. 
La réputation de ce puits, qui fournit à ua 
grand nombre de localUés, s'étend fort loin 
dans nos provinces. 

La digestion devenaat au bout d'un certain 
temps lente et difficile, un appareil à eau de 
seltz est fort utile. Après le repas du matin, 
on se. livre généralement aux. douceurs de la 
sieste. Si elle est courte, elle facilite la diges- 
tion et ta transpiration, et n'alourdit pas comme 
le ferait un sommeil prolongé. 

Comme dans tous les pays chauds, le cary 
indien est un mets qui paraît très fréquem- 
ment sur les tables aojiamiticD-européennes. 
Relevé par des condiments excitants, adouci 
avec l'eau d'une noix de coco, coloré avec la 
racine de eurcuma ou safran indien, accommodé 
au poulet ou aux crevettes, c'est un excellent 
assaisonnement que l'on sert avec un gâteau de 
riz cuit à la façon annamite, c'est-à-dire dans 
la vapeur d'eau et d'une éclatimte blancheur. 

21. . 

oogk 



.S70 COCHINCHIKE FRANÇAISE 

Left pommes de terre nous viennent de Chine. 
Dans la mousson de S.-O., défavorable aux 
bâtiments venant de Chine, elles valent jusqu'à 
48 piastres le pieu!, c'est-à-dire plus de 1 fr.60 
le kilogratnme. Dans la saison N.-Ë., au con* 
traire, le picul (60 kili^ammes) descend jus- 
qu'à 2pia8treg(11 fr. 10c.)- Il est difficile de 
les gatder dans la saison des pluies sans les 
laisser germer, tant l'humidité et la chaleur 
sont grandes. On ; substitue la patate douce, 
qae Ton cultive partout en Cochluchine. 
. Les fruits des climats tempérés sont rempla- 
cés, selon les saisons, par des produits dont 
on apprécie au bout de quelque temps les dif- 
férents moites. 

Il y a des oranges variées, des pastèques ou 
melons d'ëau, des pommes cannelles, une in- 
finité d'espèces de bananes, ce fruit que man- 
gent les en^nts à la mamelle, dès papayes dont 
les gaines sont, dit-on, bonnes contre les vers, 
des caramboles, couleur d'or et au goût acide, 
dés jamboiees semblables aux pommes de pi- 
geon, des goyaves, des ananas. La plupart de 
ces fruits font d'excellentes compotes ou des 
confitures. La répugnance causée par l'odeur 
de thérébentine de la mangue n'est que pas- 

. Google 



ET RÛXMttK M GUIBQDGE ^i 

«gèn. C*«flt Bn fniit auceiUant,, trè» ireflh^Mbé, 
AÙBi que le maugoualap, fryit r^nd ((« la gros- 
seur d'une petitA crooge, ^vel<^pé d'une 
ieam noîne. Oa la ccNupe bfvi^cHitaleaiôpt, w 
«B^e la paiiie bq^mww» conme un cbsr 
peau, et l'on déoMirre la «bair hlaw^e du 
fruit entamée d'ime.épMSW tx^dan» rou^- Ce 
inàA, eneai agréable ah ^(U «qu'à la vue, est 
ÂMlIeBiif. H pouëdd â»ux ftxafiUgse rarement 
uniB : la b«ulé et la bonté. Sop écovwïert ^ 
^re dsB ùffosùms da tannii). 

L'ate ou coroaol vient dwM la prffviwta àfi 
Hànho^eitmoM âsw wlte de Vit^loi^ C'est 
«D gnw trml, d9nt jla |w^ Uâdobfi a l'od&ijur 
-et le .goût de fa groseilie à «aaws- JU tea*arip 
:etf «n fnût rofnrîpbiaMPt. wai# dont il'actdit^ 
-albîinelM deata. 

Les graines (te kntHS ;noae d» ^iJ, 4spW^ 
.i la cbiilmir du .aoleil, lappdWnt Ia Ahâ- 
tei^e. 

Dca TifpBM «asHa^ produiw&t de Wwi 
»i«in Oaif , d»Qt le ^ol« atf a^ ; Q» m .fait 
de caaiuaia vin «t d<e l'ovi^e-vie <p9t«Me- C^ 
vîgMs w d^ouitimt d« toule «ftn^ .tc»8 1^ 
>Ms pandant la miwa atobe* ipaiB aux pluias 
\» jra«wee dfnHUBt de «ouve^u ireje^?. 

oogk 



372 COCHINCBINE PDAMÇAISB 

On trouve en tout temps à Saigon des lé- 
gumes frais : salades, radis, choux, BavetB, 
tomates, aubergines, etc., dont les paquebots 
à leur passage s'empressent de faire provision. 
Enfin les jardina annamites abondent en fruits 
et productions qu'on a le tort de dédaigner rt 
de rejeter après une première épreuve. 

Quant à l'éclairage de la table, on brûle 
quelquefois de l'huile d'arachide et plus géné- 
ralement de l'huile de coco, qui coûte envirtm 
1 franc le litre. Les marchands d'huile en ap- 
portent à domicile. 

Il est bon d'acheter en parlant de France 
une ou deux lampes solides et bien condition- 
nées, munies d'un vaste globe qui les protège 
contre les courants d'air et les insectes; mais il 
ne faut par abandonner aux domestiques indi- 
gènes le soin de les entretenir. 

Beaucoup de tables s'éclairent à la bougie. 
Les flambeaux sont garnis d'un globe en 
verre sur lequel on place un disque métallique 
percé de trous. La flamme est ainsi abritée 
contre le vent et les insectes. Presque toutes les 
salles à manger sont en effet disposées de fa- 
çon à laisser pénétrer l'air de tous côtés. En 
outre, un panka, léger cadre en bois recouvert 



ET ROYACHE DE CAUBODGE 373 

d'une mÎDce étoffe blanche, suspendu vertica- 
lement au-dessus de la table et mis en mouve- 
ment au moyen d'une longue corde, est des- 
tiné à rafraîchir l'appartement. 

Enfin, dans la saison des pluies, de nom- 
breui insectes viennent s'abattre sur la table 
et les lumières. Les plus fréquenta de ces 
importuns visiteurs sont de petites mouches, 
des gritlong, des punaises, qu'il faut bien se 
garder d'écraser à cause de leur infecte 
odeur , des phalènes et des éphémères ou 
fourmis blanches ayant opéré leur métamor- 
phose. 

Si nous nous sommes longuement arrêté sur 
ce chapitre, ce n'est point par amour de l'art 
ou par penchant pour la cuisinière bourgeoise; 
mais parce que la table, qui peut n'être ailleurs 
.qu'une condition première de l'existence phy- 
sique, exerce encore une grande et bienfaisante 
influence sur le moral. Vivre isolé et manger 
'seul ne sont pas les moyens d'entretenir la 
bonne disposition du corps et de l'esprit. I.ea 
repas sont un motif de réunion, une occasion 
de se distraire par les plaisirs de la conversa- 
tion, la variété des caractères et des idées, et 
la gaieté des menus propos. Alexandre-le- 

«'«le 



374 cocaiHCRWE FiUNoasc 

Grand disait qu'il reatait longtemp à taUe, 
moins par amour de la boooe obère -que par le 
charme qu'il y trouvait dans les eotretiena de 
ses amis. 



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ET ROTAUME DE CAMBODGE 



Relayons avec TEurope et avec les puissaïices Toisines. — Courriers 
d'Europe et de Cbioe. — Relevons avec floog-Kong, Itacao, 
Canton. — Relalioas avec Hanille, — Relations avec BalaTii. — 
ReUtioQG avec Hué. — Voltage de l'aoùral Bonard et du plénipo- 
tentiaire espagnol à Hué. ~- Relations avec les previncts annit- 
mltes. — Relations a>ec le Sam. — Relalioos avec Sfaqopore. 
— Relations télégraphiques avec l'Europe par le Siam et les Indee. 



Un paquebot des Messageries impériales 
apporte chaque mois à Saïgon le courrier 
d'Europe. Il arrive tlu 23 au 26 et prend le 
courrier pour la Chine et le Japon. Un autfe 
paquebot apporte le courrier de Chine et du 
Japon du 28 à la 6n de chaque mois, et prend 
le courrier d'Europe. Ces paquebots station- 
nent un jour plem à Saïgon. 

Un vapeur appartenant à une entreprise 
particulière, mais subventionné par la colo- 
nie, faisait mensuellement le voyage de Singa- 
pore. H correspondait avec l'arrivée et le dé- 
oogle 



376 COCBINCBINE FRANÇAISE 

part des paquebots anglais cle la Compagnie 
péninsulaire qui parlent chaque mois de Mar- 
seille le 12 et le 28 pour la Chine, passent à 
Singapore les 14 et 29 et quittent Singapore 
pour l'Europe les 8 et 22 de chaque mois. 
Actuellement, les lettres pour la malle anglaise 
sont expédiées de Saigon par les navires du 
commerce et remises aux soins du consal de 
France à Singapore. 

Les lettres expédiées de France en Cochin- 
chine et réciproquement par paquebots français 
paient 50 centimes d'affranchissemeof ou 1 fr. 
de chargement. Les lettres des marins et mili- 
taires ne sont taxées qu'à 20 centimes. 

Par paquebots anglais, l'affranchissement 
est de 70 centimes, et le chai^ement de i fr. 40. 

Les lettres à destination d'Âdeo, Poiote-de- 
Galle, Poulo-Pinang, Singapore, Hong-Kong, 
sont affranchies à 80 centimes, et chargées au 
taux de 1 fr. 60 par paquebots français et an- 
glais. 

Pour se rendre de Saïgon à Bangkok, il faut 
aller prendre le paquebot à Singapore. 

Les relations avec Hong-KoDg sont très fré- 
quentes. Le prix du voyage de Saigon à Hong- 
Kong par les paquebots des Messageries impé- 

-sic 



ET ROYAUME DE CAHBOBGE 377 

Haies est de T15 Francs, cabine à deux cou- 
cheltea à l'arrière. 

Les Chinois se rendent à Hong-Kong à très 
peu de frais, soit par des navires marchands, 
soit par les jonques chinoises. Celles-ci amè- 
nent, dans la mousson de N.-E., jusqu'à 500 
immigrants à leur bord, et, dans la mousson 
de S.-O., ellee s'en retournent en Chine en 
suivant le littoral. 

Il y a de Saigon à Hong-Kong 915 milles, 
à peu près la même distance que de Saigon 
à Manille (1). Hong-Kong est une île monla- 
gneuse de la rivière des Perles ; elle fut cédée 
à l'Angleterre en 1841. 

C'était, comme Haïnan, une île de pêcheur* 
et de pirates. Aujourd'hui il y a plus de 70,000 
Chinois et 10,000 Européens. CeuK-ci sont 
groupés dans le quartier Victoria. 

C'est là que réside le gouverneur sir Jame* 
Macdonnell. Hong-Kong est à 93 milles anglais 
de Canton et à 60 milles anglais de Macao. Ua 
service de bateau à vapeur conduit en quatre 
heures de Hong-Kong à Macao, et de Hong- 
Kong à Whampoa, et de cette petite île en deux 

(1) Le mille m^o est de 1,853 mèlrei. tin nille auiliis vint 
1,160 yards ou l,60imèlres. , 

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378 COCHINCHIWE FRANÇAISE 

heures à Canton, qui est situé 12 milles plus 
loin. Il est fortement question de relier cette 
dernière ville à Hong-Kong par une ligne élec- 
trique. Nous avons un consul à Hong-Kong, 
M. H. Ducbesne ; un consul à Canton, M. de 
Treoquatye, et un agent consulaire à Macao, 
M. Peler. 

De Canton à Pékin il y a 757 lieues. 

C'est à Hong-Kong que l'on prend le paque- 
bot pour Manille, qui est à 908 milles de Sai- 
gon. Nos relations avec la colonie espagnole 
sont à la fois politiques et commerciales. Les 
troupes tagales des Philippines, commandées 
par des officiers espagnols, nous ont aidés à 
conquérir et à paciSer la Basse-Cochinchine. 
l^a navires espagnols fréquentent le port de 
Saigon, où est accrédité un consul espagnol. 
La principale branche de commerce entre Ma- 
nille et Saigon est celle des cigares. Les ba- 
banos sont les plus recherchés et coûtent 75 
francs le mille. 

Manille jouit d'un climat salutaire aux tem- 
péraments fatigués. 

Pour se rendre à Batavia, c'est encore i 
Singapore qu'il faut aller s'embarquer sur les 
paquebots des Messageries impériales. La dis- 

D,M,IcdB,GOOglC 



KT AOYAQHB DE CAMBODGE 379 

taoee de Saigon à Batavia par Singapore est 
de 1,187 milles. Nous recevons de Batavia, 
SamaraDg et Sourabaya, des épices, du café et 
du sucre raE&Dé. 

Depuis le traité de 1862 avec le royaume 
d'Aonam, aucun Français, militaire ou civil, 
n'a eocore exploré k grande route impériale 
qui mène de Saigon h Hué. La distance n'est 
cependant que de 500 kilomètres. La route est, 
dit-on, très praticable à cheval dans tout son 
parcours. Elle est moins bonne dans le Binh- 
thuan et la province de Phuyen qu'au-dessus 
de ce parcours. Â pied on fait le chemin en 
quinze jours, il y a des bacs sur les rivières. 
On rencontre de fréquents trams ou maisons 
de poste et caravansérails. Cette route est sou- 
vent parcourue par des mandarins annamites, 
qui se rendent dans les diverses provinces an- 
namites, voisines de notre territoire. 

L'amiral Bonard et le commandant des 
forces espagnoles, ministre plénipotentiaire de 
S. M. la reine d'Espagne, se sont rendus à 
Tourane en 1863, l'amiral sur la Sémùramis, 
le colonel Palanca sur la Circé, et de là à Hué 
par terre. Parti de Saïgon le 2 avril, l'amiral 
est arrivé à Tourane le 5 au matin. I^e 6, t'ami- 

oogk 



380 ODCBIKCHIIIE FUIÇAISS 

rai et le colonel appareillèreat deToaranepom^ 

TieD-Cfaan et coucbèrent à tenre. Le 7, à sept 
heures du matin, ils sa mireai en r6at« peer 
les portes de fer ; ils y arrivèrent à huit heures 
un quart, pui» à Thua-^uoc à (Ux heures et 
demie du nutin. Le 8, ils repartirent à six 
heures du matin, arrirèrâDt à Lhoa-lieii' à huit 
heures un quart, se reposèrent quatra heur» 
et arrivèrott à Thua-boa à deux heuns trois 
qoarts. Le 9, ils partirent à eiuq hearea et à»- 
mie du matin et an'ivémnt à onze heures «p 
quart à Thua-noog. Le 1 , départ à einq 
heures du matin peur Hué, où ils arrivèrent A 
nze heures trois quarts du matin. Le 14 avril 
863, ratiScaXion du traité signé le 5 juin i 86X 
Saïgon. Le 18, ils repartirent de Hné en 
mqae à huit heures et demie du soir, et le 19, 
sis heures du matiu, ils étaient rendus à 
ord de la Grenada en rade de Hué. 
Le gouTsrnement français n'a point d'agent 
ôsidant à Hué. Les comntîUïâants des b&ti- 
lents de guerre de la division navale de Sal- 
on soat le plus souvent chargés d«s- missions 
our la capitale. 
Si nous remontons jusqu'en '1760, noue 
oyons que l'intendaBl Poivre, ooloBisateor 

C.,Mzc.J;.G00glc 



ET ROÏltTHE va CJLKROSKE S81 

éolaii^, qui Avait étsâié la Goehineliiae au 
point de vue agricolb et commercial at qui 
iavait la btague du payv, fut le premier agent 
frbQÇaiiB Rtipt^e do roi d'Anoam. Il représen- 
tait la CoiBpagnîe des Indes arieDtales et fonda 
pour elle le cam'pteir âe Fai-fo, p^è« de Tou- 
roiK. ^n If 87, T'éfilque d'Adran lut le grand 
pmmoteur ém intérêts fi-ançaU auprès de cette 
eouf -et l'iasti^^teier du traité de Vei^itles. 
iinuK XV'I, géographe de génie, croyait avoir 
iSBoré la t^ftsite de cette grande eDtffiprise 
politique, cotnmBrciate Et Tuaritime, laraqn^^- 
elaMtaat les 'éfrénemmts de (789. 

PItls tard, BoBapaite, à l'âge où Alexaadre 
comiBeBçait ses conquêtes, avait compris «n 
^ypte qâe oes Ihorizoas étaient sans bornes, 
jgn s'arrétànt i fegrA aux portes deT-Asie : 1^ 
sort du moDtle, dit-il, sst .AanB «ïette tour. Au- 
jourd'hui, ce rêve itst réfttisé ; les Dis dee boI- 
-date 'de l'année d'iEgypte ont pagsé outre -et 
ont plttnté leurs tentes en pleine région asia- 
4ique pour y établir définitivement la domina- 
tion '&ançaise. 

Far le traité de 1862, nos ptKsessions de 
BiËSe-Cochinchine sont reconnues ; l'article U 
ppua'a ouTerten même temps les ports deBa- 

■ OOg If 



S83 COCHIHCHINE FRANÇAISE 

lat, au ToDgquin, de Tourane et de Quang-nam 
près de Hué. Quelques Davires européeus ont 
fait des échanges entre les ports de Chine et 
les ports de Qui-ohon, province de Binh-dinh, 
et Phanrye , province de Binh-thuan, sur la 
côte annamite. Ces navires, affrétés et chai^^ 
par des Chinois, résidant dans le royaume 
d'Ânnam, ne fréquentent ces ports annamites 
que lorsque le placement de leurs marchan- 
dises est assuré en échange d'une cargaison de 
retour. Lorsque les navires sont chargés pour 
le roi à l'aller et par le roi au retour, les man- 
darins étant les iolermédiaires forcés entre le 
royal marchand et ses clients, il en résulte en- 
core des difficultés et des contestations sans 
nombre. Les Européens, de leur côté, ne sont 
pas toujours d'une probité à toute épreuve et 
ne gardent pas les ménagements voulus. 

La liberté religieuse pour les missionnaires 
et les chrétiens dans les provinces de la Haute- 
Cochinchioe étant un fait acquis, il est à 
désirer que le commerce avec ces parages se 
propage el s'accroisse avec les mêmes facilités. 

Avec le Siam, nos relations commerciales 
ont lion par lea ports d'Hatien et dé Rach-Gia. 
La route par terre, qui va de Phnôm-pénh, ca- 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 383 

pitale du Cambodge, à Bangkok, en passant 
par Battambang, n'a point encore été complè- 
tement explorée. Le traité de commerce et 
d'amitié du 15 août 1856, entre la Praoce et 
le Siam, assure des avantages k notre com- 
merce avec les ports siamois. En outre, un 
traité conclu à la fin de 1867 limite défi- 
nitivement les frontières du Cambodge et du 
Siam. 

Avec Singapore, les relations sont plus nom- 
breuses encore qu'avec tlong-Kong ; cela tient 
à là position de Singapore sur la route d'Eu- 
rope, à ce que c'est de là que partent les pa- 
quebots pour Batavia, Bangkok, etc., à ce que 
ce point n'est qu'à 637 milles de Saigon, à ce 
que les paquebots anglais de la Compagnie pé- 
ninsulaire touchent quatre fois pqr mois à Sin- 
gapore, en route pour Chine, à i'aller et au 
retour ; à ce que cette ville, plus ancienne que 
Saigon, est plus abondamment pourvue de 
toutes les marchandises d'Europe. 

Singapore ne tardera pas à être reliée par le 
télégraphe avec le Siam, les Indes anglaises, 
le continent européen, l'Angleterre et l'Amé- 
rique. Les Anglais songent aussi à la mettre 
en communication télégraphique avec la Chine 

^izcjî.Googlc 



Sm COCBINCIIIHE FRiUfÇAISE 

par le royaume d'Ava. 11 est impossible <{ae I4 
Cocbûichine française reste eo dehors de ces 
grandes oitreprises et privée èe» itamease* 
avantages qui doivent en résulter. C'est pour- 
quoi nous avons in»sté, en les signalant pré- 
oédemBiwt, sur leg divers projets qui tendent 
à faire de Hatiea, de Saigon et d a cap Saint- 
flAcques, trois ekiiions de la grande ligoe élec- 
trique d'Europe en Chine. 



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ET ROÏADHE DE CAMBODGE 



Voy^es et transports par «au. — Voyages par terre. — Les trains. - 
PosUs tDdigtnes. — Haison commune. — Odeurs jlraiiEères. - 
Voj^es i nbeval. — Voyage en cbare i bteiils et à buDes. ~ 
Chasse au tigre. — Voyages de nuit. — Calnuns. — Poisson 
de combat. — L'âéptiant. — Chasses. 



En CochinchiDU, les voies de communicalioDS 
les plus fréquentées sont les rivières et les 
arroyos. De grandes artères traversent le pays 
et se raniiHeat en tous sens et sur tous les 
points. 

Pascal l'a dit avec autant d'esprit que de 
raison : € les fleuves sont des routes qui mar^ 
chent, » ce qui a Heu dans les deux sens, à 
cause des marées qui se Tont sentir jusqu'à 
plus de CO milles de Saigon, c'est-à-dire à 
plus de 120 milL'a de l'embouchure. Tout le 
commerce du j'ays a ainsi de grandes faci- 
lités de transports. Lts Annaniiles voyagent le 

oogk 



386 cocHWcmNE framç.use 

plus souvent par eau. Pour naviguer rapide- 
ment dans certains petits arroyos qui commu- 
niquent avec de plus grands cours d'eau, il est 
bon de combiner le départ avec les heures de 
flot, à cause des dos d'àne formés par le flux 
et le reflux et qu'il e^t souvent difficile de pas- 
ser à marée basse. Généralement les Européens 
ont des jonques installées avec des couchettes, 
des eaissoBS pour les provîsiODs, ua roof aous 
leqnc! on à'abrile pendant la chaleur et sur le- 
quel on prend te frais le tsolr. De petites canon- 
nières partent de Saïgon à des époques déter- 
minées et rapprochées pour les différents postes 
dé h Cochiuchine et du Cambodge, et le gou- 
vernement s ûxé un prix de pass&ge pour les 
particuliers qui veulent se rendre d'un point k 
vn anVée ^ï -ces voies sûres et rapides, la 
grande chaleur, l'encombrement fréquent, f& 
trépidation db b^fmeM, le manque ée cou- 
cha^ réndeftt ce moyen dft transport très 
fettgant, 

A'viiQt notre occupation, de grandes routes 
fieliînen't déjà entr'eux les chefs-lieus des pro- 
vîntes. Ces î^lès étaient larges et bordées 
d'îirT)rés, 'tnafe mal entretenues et impratica- 
bles '[lèflltefit^es plaies. L'es ponts ■n'existaient 

4 

[,Mzc.J;.G00glc 



pss. ou éUient tqpibés ep ruinç^. La, pli^Mill 
des pqii\la de la Cochjnchine français ont été 
reliés ÇBtr'eui. par des routes neuTCs, carros- 
sables, biea enlFelenues, et qui ont été coi^s- 
truites avec une grande activité ; (Je Bftrte que 
l'on circule es tout tjemp^ en voilure, à cheval 
ou à pied. Les mandarins annatoiles voyagent 
en litière ; mais ce mode de tran^rt, fort 
nsité en Chine^ n'est guère emplojé dan? pos 



Un grandi oojnbre ^e lofïali^s, ^oif^aii;^ 
ne possèdent comme ro.ut^ que 4f^ t^lus ou 
remblais de la laideur d'i^n cbar à bœufs et 
non empierrés, pana les endroits marécageux 
on donne au chemin une grande convexité ou 
l'on maintient 1^ tal^s au moyen de pleui laté- 
raux. On trtHive ^ur les routes des restaurants 
en plein vent oîi l'on peut^ si l'on n'est pas 
difficile, avaler un bol de thé. Les tramt ou 
courrier^ yoy^gent (i pify) ou à chenal, et tous 
les 1 5 kilomètres environ on trouve une maison 
de tram ou relais de poste, sorte de caravan- 
sérail où le voyageur tfouve l'eau et le feu et 
un sûr abri pour la nuit; c'est en même t^p? 
un petit poste militaire. Dans les villages, la 
maison commune est transfonnée la nuit ep 

^izcjî.Googlc 



S88 CÔCHIHCHimE niANÇAISE 

corps-de-garde, et la sentinelle qui veille à la 
BÛreté des habitants crie qui vive (ai) aux 
passants et prévient que la tranquillité règne 
ou qu'un danger est à craindre, en frappant 
d'une certaine façon deux morceaux de bols 
l'un contre l'autre, ou, comme à Java, sur un 
gros cylindre en bois creux, ou encore en bat- 
tant le tam-tam. 

C'est dans la maison commune, plutôt que 
cbez le maire, que l'on descend généralement 
lorsqu'on voyage dans l'intérieur du pays. Dès 
que l'on approche d'un village, tous les chiens 
se mettent à hurler. Comme les chiens d'Alexan- 
drie et les bufBes cochinchinois, ils reconnais- 
sent de loin, à l'odeur, les Européens. Ceux-ci 
trouvent de même une odeur étrange, non- 
seulement répandue dans les villes que l'on 
parcourt dans le voyage, mais même particu- 
lière aux diverses races que l'on rencontre : 
Indiens, Annamites, Chinois. On est surtout 
sensible à ces odeurs dans les premiers temps 
de séjour dans le pays. 

Les Annamites regardant l'odeur du cheval 
comme nuisible aux vers-à-soie, un cavalier te 
doit pas trop s'approcher des magnaneries. Le 
harnachement et surtout la selle annamites sont 



ET ROViUHE SE CAMBODGE ;J89 

fovi incwïifliQ^.es et pç peuvi^nf ^rïir ,^ui ^^- 
rgp^n^- It^^ i^nnamiles ne qiettpnt po^ le pied 
^^m l'éfrier^ cpni.me ils ipoDtçQt pieils nu^,. 
ils passent une branche de l'étrier entre Tprl^jl 
çt le ^epi^d d9igt et ctfeyai^çl^çqt ai;f^i. 

PlysfBurs riyjèffi? a^sçz Iji/rgea n'oijj piqs 
.çnçpre ^& pçflt ; PV^s de^ fe^<^ fqilt Ip se;'Yifle 
jjlfii} pa§pag^ et fp^^p^r^ept }^^ fil^evïijx fl^ge 
T\yfi.^ J'auîrÇ.. inQïeWint ?*fle Çai^,le rpdeyanfie 
jtpitf- le? |iair)ic9liej^. ^e^ d)!pTfJ.i^i .«jpo^jtçs 
fiçflt 4p petite ^ille et rps^^bj^nl fax ^piçss 
^flgljlia, ijs ftm |e pie(j,6Ôr pt rp3i|tei)f très 
bipn ^ ,^ f^tigu^ ; ils pe yerj^^t da^ le pftjs 
,(Je ?5 à 40 pifislrg? (15jO ^à 200 francs), l^ 
J^^nh-'Thpan , province anoamite voisine ^e 
^^ia, f^iirpit Ipa pfejllemç. 

On yoyi^e siouyenl en ch^ à bçeufs; p^ 
t^a^ 6opt foFt étroite et pn y ^t pénibigment 
pahoté. Us VQi)t,£isa^ yi^ ^t fopt de sjx à biuit 
kilomèt^s à l'Hujflr Les çbafis à buffles cq- 
«b^pchÏRQ^s ^t ^p cpp^Jfaire ,r<?rt lents ; itpi y 
est fort flaal à l'aiae, çt çn f)^ ifraenipiloie (p^ 
pour traverser H epd,pfïils rofwpçageqx, d'9ji 
les pelÂlfl itiHHÏs d>ttel;^e pe pourr^ept çortjr. 

IjÇç rtmes de ces çl^ELpa ^ J^JA^Ies sont aowvflpt 
«ftns payons et faites d'upe geple pièce de bois 

a. 

■oogk 



390 cocniMcaiNE française 

qui a jusqu'à 1 mètre 60 de diamètre. Elles 

tournent sur un essieu en bois dur non graissé 

en faisant entendre au loin un grincement 

aigu. 

En voyage on rencontre souvent des trou- 
peaux de bulOes ; c'est un des animaux les 
plus gros et les plus utiles en Cocbinchine. Sa 
couleur varie du blanc cendré au gris foncé. 
Sa tête est ornée d'une paire de longues cornes 
noires recourbées en croissant. 11 traverse les 
champs, les marais ou les rivières, conduit 
par un seul Annamite, qui le guide de la voix 
ou au moyen d'un lieu passé dans les naseaux. 
On voit quelquefois sur son dos des aigrettes 
blanches qui le débarrassent à leur profit des 
taons et des mouches. Le buffle sent de loin 
l'Européen; à son approche il avance la tête, 
dresse les oreilles, souffle de toute la force de 
ses naseaux et prend l'altitude du combat. II 
faut sinon l'éviter du moins s'en méfier. 

Un brigand des forêts qui arrête quelquefois 
le voyageur et fait chaque année un grand 
nombre de victimes, c'est le tigre, lâche ani- 
mal qui attaque toujours par derrière, saisît 
l'homme à la nuque, en suce le sang et dé- 
vore sa proie. Ou prend cette bêle féroce de 



BT SOÏADME DE CAMBODGE 391 

diverses manières, en creusant une fosse large 
au fond et étroite à l'orifice, pour que le tigre 
ne puisse en sortir en bondissant. La fosse 
est recouverte de feuillage ; un chien est placé 
au-dessus de l'ouverture qu'on entoure d'une 
petite palissade, afin de faire remarquer le 
piège aux habitants du voisinage. 

Lorsqu'on connaît le repaire du tigre, la 
chasse se fait avec des rabatteurs : on enferme 
la bêle dans un grand cercle de hautes claies 
en bambous, de façon à lui fermer toute issue. 
Le cercle se rétrécit de plus en plus ; des indi- 
gènes, armés de lances et de fusils, sont à 
l'intérieur prêts à recevoir l'animal effrayé par 
les cris des rabatteurs et le bruit du gong. 
Enfin la manière la plus usitée de prendre le 
tigre consiste en un piège fait de deux rangées 
parallèles de pieux très forts formant entr'eux 
une allée libre; à chaque extrémité, une porte 
glissant dans une double rainure se lève en 
faisant trappe. La corde qui maintient chacune 
des portes soulevée aboutit au milieu du piège 
à un piquet, où l'on attache une proie, un chien 
ou une chèvre. Les cris de la victime attirent 
le ravisseur qui, voyant une issue à l'allée dans 
laquelle se trouve la proie, s'y hasarde, et, ea 
««(le 



Hfjli COCUIHCHINE FIUIigAISE 

saisissant ranimai, fait tomber en jjaèv^e temp^ 
les d«ux trappes. Au repos le tigre fa^it entendre 
un gn^nement anftlogue au roqSemevt dp 
chat, maja beaucoup plus fort ; lorsqu'il çb^3se 
son cri est aigu et resseml^le à un glapi^sf^ 
mopt; enfin lorsqu'il s'élance il pousse f}e 
terribles rugissement^, le gpuv^pnepie^t ^Qfififi 
noe prime de 100 francs pour tout t/g^ ^t^'on 
apporte vivant ou mort. Cçtte pri^e e$t, je 
crois, de 75 francs dans l'fude. A SiDgFi{)pr«, 
elle est de ^0 piastres (près de 300 fr^nqi^). 
Si l'on con;9idère les trais D^oe^&ilés par )fi 
construction du piège ou pqr 14 .c^as^, h 
transport du fauve à l'inspwtiop des ajff*iirea 
iodigèiïflç, la valewr de rsoiwal (clii^n,.cl)èviie 
ou cocbou)* serrant d'app&t, Le nomt>i^ d^ 
geqs déplao^ et les dwgens de l'entr^ise, ofi 
comprendra ^u'upe prioie de 100 frauQs n'est 
pas trop forte. La présence des tigtes est gl- 
gpalée par de? accidents fréquents d^i^ns le voi- 
sin^ dfiS riliages, et le tribut humain, cnleTé 
chaque .année par ce terrine DÙnot^ure, s'élève, 
au dire des indigènes, À une certaine de vic- 
times par province. 

ISous avons tu un tigre et deux tigressee 
âgés d'Kin au pris jeimes, se laissant fpratter 



ET ROYAUME BE CAMBODGE 393 

la tête et tirer la barbe par les Européens et 
rugissant à la vue d'un indigène ; mais les 
rudes caresses de leurs énormes pattes ren- 
daient le jeu dangereux. L'un de ces animaux 
est au Jardin-des-Flanles à Paris. 

Lorsqu'on voyage la nuit, on entend dans 
les brousses un concert de cris, de sifflements, 
de croassements de toute sorte ; la grenouille' 
bœuf, pendant les pluies, pousse son mono- 
tone mugissement; les lucioles ou mouches 
phosphorescentes voltigent semblables à des 
étoiles filantes, et se rassemblent sur certains 
arbustes qu'elles affectionnent. En voyant pa- 
raître, disparaître, puis reparaître rapidement 
cette illumination, on est frappé de la simulta- 
néité de l'émission de lumière, phénomène qui 
est peut-être dû à la respiration. La nuit on 
voyage avec des torches pour éloigner les bêtes 
féroces et éclairer la route. Ces torches sont 
faites avec du bois pourri, desséché et divisé, 
sur lequel on a versé de l'huile de bois. On 
pétrit le tout, on roule celte pâte en cylindres 
qu'on enveloppe d'écorce d'arbre ou de larges 
feuilles qui y adhèrent, et on lie le tout de 
distance en distance. 

En voyageant par eau on rencontre quelque- 

oog If 



3M COdUNCHIVE FqàNjÇAISE 

fois des caïmans. Pour le preoclre, tes Asua 
mites épient le moment où il dort sur le rivage, 
lui sautent sur le dos, lui fourrent les doigts 
dans les yeux, lui passent ud nœud coulant 
autour de la gueule et lui lient les pattes. 

On voit sur le bord des arroyos des petits 
poissons qui ont des nageoires antérieures «i 
forme de pattes, qui courent sur la yai^ on 
sur l'eau et plongent à volonté ^ ce sont, j« 
crois, des blennies. 

Les poissons de combat sont ^i curieux ; 
ce sont de petits poissons de 4 à 5 ceptimètres 
de long, couleur brun foncé. On m^et ditffa le 
ipême vase deux mâles ; leurs évolutioDs coia- 
mencent, leurs nageoires se développent, leur 
corps se revêt des plus brillantes couleurs, et 
l'on assiste à un combat à outrance fort inté- 



Les bains dans certains arroyos sont dao- 
gereux, à cause d'une espèce de diodon qui 
s'attaque aux extrémités du corps. 

Au large, en mer, il y a à craindre les oé 
tacés, les scorpàoes hérissés de piquants veni- 
meux, les chirocentres, semblables à l'espadon, 
les requins, etc. 

11 y a dee chacals à Tay-nioh, quoiqu'on ait 

D,clzc.J;.G00gic 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 395 

dit qu'on n'en trouvait nulle part en Cochin- 
chine. 

L'éléphant eïlsfe 'en Coclrioc'hhie, dans les 
cercles de lîtenhoa et Baria, à l'état sauvage. 
Oe puissant Don Quichotte asiatique sfe bat 
contfe lés poteaux lél^raphiqoes, les renverse 
et entraîne dans les brousses le fil électricfn'e. 
Cet intelligent animal est employé comme mon- 
ture, au Cambodge surtout. 

On tue assez souvent des rhinocéros et des 
léopards dans les parages de Baria. 

La chasse la moins périlleuse et la plus pro- 
ductive est celle du chevreuil, du paou, et 
surtout des sarcelles et des bécassines, qui 
pullulent à certaines époques. Quant aux as- 
sassinats d'aigrettes, marabouts, callaos, et sur- 
tout de tourterelles, pigeons verts, perruches, 
huppes et des oiseaux, qui détruisent les in- 
sectes, ce sont là, dans un pays de moustiques 
et d'insectes désagréables ou nuisibles, des 
crimes que nous signalons à la vindicte du 
gouvernement local et de M. Toussenel. 

En tout temps, la chasse est un exercice 
très pernicieux en Cochinchine; on en rapporte 
parfois un gibier abondant, mais on y gagne 
presque toujours des insolations ou des fièvres 

[.,Mzc.J;.G00glc 



396 cocHiNCRmE française 

de marsia. Si nous avions un conseil à doDovr, 
ce serait de s'abstenir complètement de ces 
courses dans les rizières, dans l'eau, au soleil, 
à la pluie, et de ces marches forcées très nui- 
sibles à la santé. Dans les bois on chasse ordi- 
nairement à pied sec et à l'abri d'un épais 
feuillage , mais on est plus exposé à la doit 
des aniniaux féroces. 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 



Rojaume de Cambodge. — Routa OuTiale. — Tan-in. — Arrojo de 
la Poste. ^ Hilho. — Matefaé chintns. — Le gnod flean. — Les 
quatre bras de Pbndai-péiili. — Bru d'Oudong. — Mission ta.- 
Iholique. — Compong-LuOùg. — Grande pagode et bonzerie. — 
Fresques curieuses. — Un dbciple de Boadba. 



Des petites canonoièreB font chaque moîa les 
convois de personnel et de matériel entre 
Saïgou et le Haut-Cambodge. Tout le long de 
la route jusqu'à Tan-an, on ne voit des deux 
bords que des plaines' monotones, basses et 
fertiles eu riz, qu'tm a appelées la Beauce de 
l'Orient. 

La canonnière partie le matin de Saïgoo, 
mouille le soir devant le fort de Tan-an, ce qui 
nous permet de visiter l'inspection des affaires 
indigènes, le fort, le village et le marché. 

Noua repartons le lendemain au point du 
jour et nous entrons dans l'arroyo de la Poste 



; Google 



398 COCaïKCHINB PRANÇAISE 

(rack vung nguj, canalisé en t755 et en 1829. 
Ses bords pittoresques impressionnent forte- 
ment celui qui les visite pour la première fois. 
Comme route commerciale, cette rivière est 
d'une gnmde animation. Les petites barques 
remontent à Mitbo chargées du fruit du mu'u 
de noix de coco, de régimes d'arec, des pro- 
duits de pêcheries; des jonques chargées de 
sel, de soie, de riz, etc., etc., s'alignent et se 
suivent en nombreux convois à chaque marée, 
ou bien ce sont de grosses jonques chinoises qui 
reviennent de Sadec avec du riz, du poivre, 
de la cire, etc., etc., ou de lourdes barques 
cambodgiennes, véritables maisons flottantes 
qui apportent le coton, le poisson salé, les 
ivoires, les peaux, le tabac, les cardamomes, 
le sucre de palmier, les mille autres produits 
de cette riche région. Quelquefois d'énormes 
radeaux, qui charrient lentement les dépouilles 
des forêts du Nord, les envois de Pbnôm-pénh 
et du grand Lac, et quelques productions de 
la vallée supérieure du grand fleuve de Cam- 
bodge viennent s'amarrer près de l'embou- 
chure de cet arroyo. C'est ainsi qu'on amène 
par eau jusqu'à Hitho tout un troupeau de 
bœub. 

DiMiicdB, Google 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 399 

Les Annamites ferment à marée haute avec 
des claies certain espace dans l'arroyo, à l'en- 
trée d'un petit afBuent par exemple. Lorsque 
l'eau descend, le poisson se trouve pris et on le 
dépose dans des bateaux, disposés en vivier. 

On voit encore passer d'autres bateaux de 
pécbe qui jettent et relèvent le filet au moyen 
d'un grand levier de bascule. Un peu avant 
d'arriver à Milho on voit l'emplacement du 
fort Bourdais. C'est là que le commandant 
annamite Bourdais, capitaine de frégate, fut 
tué d'un boulet Son corps est enterré dans la 
cour d'honneur de la citadelle de Mitho. 

Nous avons passé la journée à Mitho qui est 
à 50 milles de Saigon. Mitho est après Saïgon 
un des centres les plus importants de nos pos- 
sessions. On y compte 15,000 habitants, dont 
4,000 catholiques. C'est le chef-lieu d'une pro- 
vince, la résidence d'un commandant supé- 
rieur, de l'inspecteur des affaires indigènes, 
d'un commandant militaire. Mitho occupe une 
position fort importante sur les bords du grand 
fleuve du Cambodge; mais son sol est vaseux 
et assez malsain. L'eau y est mauvaise. 

La citadelle est très vaste. Une belle avenue 
de cocotiers y conduit. Elle contient un grand 



400 COCHINCHINE FRANÇAISE 

hf^ital. Hitho est le point intermédiaire entre 
les basses proTiocea aanamites, le Haut-Cam- 
bodge et DOS poBsesaioDs; aussi le commerce 
y est-il très actif et très développé. Il y a an 
bureau télégraphique important et un pr^wsé- 
payeur. 11 n'y a qu'uoC centaine de Chinois. 

L'association de la Sainte-Enfance y a croé 
un établissement prospère ; les frères des écdes 
chrétiennes instruisent les enfants indigènes. Il 
est bon de ne pas quitter Mitho sans faire une 
excursion au vieux Mîtho ou Cho'cou, à un 
quart d'heure de la citadelle de Mitho et du 
centre européen. 

C'est un marché chinois et annamite qui 
prend une grande extension, et devant lequel 
mouillent les jonques de mer. Près du village 
est une intéressante bonzerie. Les bonzes psal- 
modient chaque jour, au bruit cadencé du 
gong, les prières boudhiqueB, élèvent quelques 
enfants et conservent les images dorées des 
personnages célèbres. La déesse du temple est 
la Viei^c chinoise reposant sur une Oeur de 
lotus épanouie. L'île que l'on traverse, en 
allant au vieux Mitho, renferme aussi d'an- 
ciennes pagodes dans de magnifiques sites, des 
cases de pécheurs^ des fabriques de saumure. 

"cvizcj^.Googlc 



ET ROTAVUE DE CAMBODGE 40f 

Le 41, à midi, nous avons quitté Mitho, et 
nous sommes entré dans le fleuve de Mhbo ou 
simplement Grand-Fleuve, comme on l'appelle 
dans le pays. Sur les cartes européennes, il 
porte le nom de Mê-tong. On donne à ce 
cours d'eau, un des plus importants du golfe, 
un parcours de 3,000 kilomètres ; malgré la 
largeur du fleuve, les moustiques abondent la 
nuit et sont particulièrement malfaisants dans 
ces parages. 

Le 12, au matin, nous passons la frontière 
franco-cambodgienne, et, au coucher du so- 
leil, nous apercevions l'obélisque de Phnôm- 
pénh. 

En cet endroit , l'intersection de quatre 
grands cours d'eau forme un X, ce qui a fait 
donner à Phnôm-pénh (en cambodgien, mon- 
tagne d'abondance] le nom de c Quatre-Bras > . 
Les Annamites l'appellent Nam-Vang, les cinq 
Bouches-d'Or. Il paraît qu'autrefois ce fleuve 
roulait des parcelles d'or, comme on en trouve 
encore aujourd'hui au delta de ces embou- 
chures , que les Annams appellent les sept 
Bouches-d'Or. 

Au-dessous de Phnôm-pénh , la branche qui 
descend à l'oueet est le Hau-giaog, ou fleuve 

.lzc.J;.G00glc 



403 ' COCHINCHIHE FRANÇAISE 

postérieur, ou fleave de Chaudoc, et la branche 
qui descend à l'est, le Tieu-giaag, fleuve supé- 
rieur, ou fleuve de Mitho, ou Grand-Fleuve, ou 
fleuve de Cambodge. 

Au-desauB de Phnâm-pénb, la branche qui 
remonte à l'est est le Graud-Fleuve, en cam- 
bodgien Tenli-thôm, en annamite Song lo'o, 
ou cu'u long giaug en chinois , qui pénètre 
jusqu'en Chine et au Thibet. Malheureusement 
les rochers qui obstruent le cours du fleuve 
rendent la navigation à vapeur impossible en 
plusieurs points, que les barques elles-mêmes 
ne peuvent franchir que difficilement, encore 
doivent-elles choisir l'époque où les eaux sont 
à peu près basses, c'est-à-dire de décembre en 
juin. 

La branche qui remonte à l'ouest est le 
Tenli-sap ou bras d'Oudong ou Song dî Biea- 
ho (fleuve qui se rend au lac semblable à une 
mer). D'après les annales chinoises, le delta 
actuel du Cambodge était couvert par les eaux 
de la mer, qui s'étendaient même bien avant 
dans le pays. On a voulu en conclure que la 
mer allait jusqu'au lac du Cambodge, appelé 
en auDamite mer-lac (Bien- ho), et jusqu'à 
Ângcor, focilitant ainsi le transport des énor* 

DiMiicdByGoogle 



ET ROYAVUE DE CAMBODGE 403 

mes blocs de graoit qui entreat dans ces cods- 
tructiona gigantesques. 
' Un fait plus probable, c'est qu'il y a deux 
ou trois mille ans les Chinois du Nord descen- 
daient du YuQ-nam par ce Graod-Fleuve du 
Hè-kong, et de là envoyaient leurs produits, 
soies, fourrures, etc., ia.os les Indes, la Perse 
et jusqu'en Occident. 

A mesure que l'on approche de Phnônt' 
pénh , le fleuve s'élargit et route ses eaux 
caluies et majestueuses, chantées par Camoëns, 
entre des rives escarpées et découpées en esca- 
liers par des cultures de coloi,de mûrier, de 
tabac, d'indigo; des bancs de poissons pren- 
nent leurs ébats à la surface de l'eau; des 
oiseaux pêcheurs s'abattent sur leur proie, des 
échassiers se tiennent immobiles sur le rivage 
et nous regardent philosophiquement passer ; 
des vols considérables de sarcelles perchent sur 
les bords ou se rassemblent sur l'eau en un 
grand cerele noir. Il était presque nuit, lorsque 
nous fûmes par le travera de la ville. Nous ue 
nous y sommes arrêté que quelques instants ; 
nous la visiterons au retour. Pendant la mons- 
son de N.-E,, la rivière d'Oudong coule du 
grand lac à la mer ; pendant la mousson de 

D,c,l,;cd:t Google 



404 COCaiMCHINE FRANÇAISE 

S.-O., quand les eaux £ont hautes, les marées 
cessent de se faire sentir. 

Ed remontaut le long du bras d'Oudoog, on 
remarque de petits fours pratiqués dans la 
terre à la suite les uns des autres et qui ser- 
vent à la fabrication de l'huile de poisson. A 
18 milles de Phnôm-pénh, on voit à gauche la 
blanche église de Pnhèalu, la maison de la 
mission catholique et no village composé de 
Cambodgiens et principalement d'Annamites 
mariés à des femmes du pays. Ce village ren- 
ferme un millier d'habitants. 

La rive gauche du bras d'Oudong, à partir 
de ce point, n'est presque pas habitée. En re- 
vanche, la rive droite est bordée de cases ma- 
laises et cambodgiennes jusqu'à Compong- 
Luong (rivage du roi). C'est là que commence 
la chaussée qui conduit à Oudong, l'ancienne 
capitale. On voit balées sur la rive de belles et 
grandes jonques royales, construites sous le 
règne de Ong-Duong, père du roi actuel, qui 
pourrissent et tombent de vétusté sans que leur 
auguste propriétaire song^ à les réparer et à 
les entretenir. La maison du réaident français 
s'élevait auprès d'un superbe banian. 

11 y a à Compong-LooDg planeurs pagodes 

D,c,l,;cd:t Google 



ET ROYAUME DE CAHBODCE 405 

et plusieurs bonzeries. La plus remarquable 
est de constructioD récente. Elle est entourée 
d'un mur d'ent^inte. Un mât de pavillon très 
élevé, enjolivé de dessins et de dorures, sup- 
porte un oiseau au bec duquel est suspradu 
un fanal. Le pignon, comme pour la plupart 
des maisons cambodgiennes est sur me, il est 
orné de figures et de dessins en relief dorés, 
représentant des divinités à quatre bras por- 
tant une épée, des fleurs, un anneau. 

Les angles des trois toitures superposées se 
terminent par des pointes dorées qui se relè- 
vent en courbe. Les murs extérieurs sont 
blancs ; les portes et les fenêtres sont peintes 
de couleurs foncées et encadrées de sculptures 
dorées, dont les interstices sont remplis par 
des feuilles de clinquant, or et ai^^t. Les 
murs sont recouverts d'un enduit fait de chaux, 
de sable et de mélasse, très blanc, brillant 
comme te stuc et très dur. Les Annamites 
dallent aussi quelquefois le sol de leurs habi- 
tations avec ce mélange de mortier et de mé- 
lasse. 

De chaque c6té de la pagode on remarque, 
dressée sur un piédestal, une pierre ogivale 
dorée ayant la forme d'une mitre. On a dit que 

M. , 

■oogk 



406 COCHinCHINE FRANÇAISE 

le nombre de ces petits monuments indiquait 
la dignité plus ou moios élevée du supérieur 
de la boDzerie ; que cette pierre était l'image 
d'uQ arbre sacré. On en place en quatre ou 
eu huit endroits, suivact les points cardioaux.et 
leur emplacement marque la limite de l'en- 
ceinte sacrée du temple. De petites cases au 
toit pointa, qui sont les cellules des bonzes, 
s'alignent derrière la pagode. 

De superbes colonnes en bois incorruptible 
soutiennent intérieurement l'édifice, qui a la 
forme d'un parallélogramme, et se compose 
d'une nef et de deux travées. La voûte est ^- 
lement peinte et dorée. 

Tout le pourtour du temple est couvert de 
fr^ues dont les couleurs sont vives et frai- 
ches. Les sujets sont des combats, des parades 
militaires, des réceptions de grands mandarins, 
des scènes d'amour, des groupes de person- 
nages revêtus de différents costumes brillants 
et gracieux ou grotesques et difformes, des 
chevaux, des éléphants, des monstres. Des pa- 
lais à clochetons s'élèvent sur la lisière des 
forêts. l\on loin de là viennent battre les flots 
de la mer, et l'on voit au mouillage jusqu'à 
des navires à vapeur, singulier mélange de ci- 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 407 

viliBatioD européenne et de mythologie cam- 
bodgienne. 

Une galerie de fresques encadrées représen- 
tant une femme, princesse ou déesse, et nn 
homme laid et h peu près nu reproduit les 
mêmes peraonna^s dans des scènes différentes. 

Les fresques qui se trouvent derrière l'autel 
nous dépeignent les supplices des enfers. Les 
chaudières bouillantes, les flammes dévorantes, 
les corps nus empalés, écorchés, traversés, 
fixés les ans aux autres par des lances ou des 
broches de fer, la chuta dans l'abîme, les dou- 
leurs chamelles, les souffrances et ies tourments 
physiques, souvent des châtiments honteux et 
indécents de coupables punis par où ils ont 
péché, et au milieu de cet horrible entassement 
de victimes, les génies-bourreaux, prenant l'as- 
pect bideax qu'on prête partout au diable, et 
présidant aux tortures, tel est le pand^onîum 
cambodgien, d'un réalisme effrayant. 

On est grandement attristé de voir interpré- 
ter ainsi tes actes de ta justice divine. On re- 
présente la divinité s'achamant contre un 
corps faible, périssable, impuissant, et il n'est 
que fort peu question des peines morales, des 
tourments intérieurs, des remords déchirants 

««(le 



<&08 COCHINCBINE FRANÇAISE 

et de l'essence immatérielle de l'âme. Ainsi, 
' ce n'est pas seulement par la conoaissaDce et 
l'amour du bien que celle-ci doit tendre à la 
perfection, mais plutôt par crainte de ven- 
geaoces terribles qui frappent les yeux et font 
tressaillir les sens d'épouvante, ou par la pro- 
messe de jouissances matérielles. 

Soroaoa Cudôm avait un disciple, Prêa Ho- 
cla, dont la charité était si grande qu'ayant 
pris le feu de l'enfer dans le creux de sa main, 
il pria son maître de l'éteindre ; mais le Bou- 
dba s'y refusa, en lui faisant observer que les 
hommes s'abandonneraient bientôt à tous les 
excès, s'ils n'avaient plus de châtiments à re- 
douter. 

Le temple n'a qu'un autel, où préside un- 
grand Boudha doré. Il est assis les jambes 
croisées, la plante des pieds en dehors, une 
main sur la cuisse, l'autre repliée sur la poi- 
trine. 

Sur l'autel sont rangées de belles statuettes 
dorées, comme on en voit au Siam, avec de 
soi-disant pierres précieuses aux mains, au 
front et à la ceinture, un diadème sur la tâte 
et les paumes des mains tournées vers le 
peuple. Des flambeaux, des horloges, des vases 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 409 

eontenant des fleurs de nénupbar couvrent l'au- 
tel. Des fauteuils en bois peint et doré servent 
aux bonzes pour la prédication ou plutôt la 
lecture publique des livres sacrés, qu'ils font 
deux fois la semaine, dans la pagode. Les fau- 
teuils et la longue pirt^e qu'on voit près des 
pagodes sont souvent des cadeaux royaux aux 
bouzeries. La pagode de Compong-Luoug a été 
construite aux frais et par les soins d'uu riche 
mandarin cambodgien, grand mangeur de bé- 
tel et d'une remarquable laideur, qui habite 
près du temple une case de pauvre aspect, où 
it vit sans aucun luxe extérieur. 



ByGoogk 



COCHmCHINB PRAHÇilSE 



XXXVII 



VIHiia de Gompoog-Liunc. — HtrcU curi)Od(ieo. — D« Mftab. 
— Tïpai cttnbodgieus. — Fetanes «t filles umbodgieiuics. — 
Uuiige. — Coaehes. — Politesse. — Qiudît& et défanls. — 
Chuse. — Cérémonies fanèbre*. — Oidong. — Palais et cita- 
ddle. — TUtttc. — Corps de bdlet. — UitHipie. — Audioiea 
da roi. — Posture des asùstants. ~ Mode de gomeraeiiiait. — 
Code. — Serment de GdéliU. — Flnuices. — Ua roi sianNHS, tm 
boue et on sfaige. — Hoatagnes de la couroniie. — La roi»- 
mère. — La pagode carrëe. — Pyramides n)jil(«. — Origine et 
but des pagodes. — Teni(des divers. — Caprice d'fiéphaiit. 



Les rues de Compong-LuoDg sont très ani- 
mées. C'est un va et vient continuel de Cam- 
bodgiens, de Malais, d'Annamites et même de 
Chinois, de bonzea en robe-jaune orange, de 
mandarins en litière, en char à bœufs, à élé- 
phant. Ces mandarins sont suivis d'une foule 
de serviteurs portant leur parasol, leurs insi- 
gnes et leurs ustensiles à bétel et à tabac. 

La rue est bordée de boutiques de bimbelo- 
terie chinoise. On entend la hache du charron 
et le marteau du forgeron. Ces derniers em- 

^izcjî.Googlc 



ET JtOTACHE DE CAMBODGE 411 

ploient une forge portative consistant en deux 
cylindres verticaux, dans chacun desquels se 
meut à bras d'homme ou d'enfant un piston 
muni d'une longue tige. Les orfèvres cam- 
bodgiens sont habiles à ciseler et à repousser 
l'or, l'argent, le cuivre, l'étain et font de 
curieux objets; mais les bons ouvriers sont 
constamment employés pour le roi et les man- 
darins. 

Sur le fleuve, le mouvement des barques et 
des jonques est considérable. De belles jonques 
royales sont abandonnées sur le rivage. 

Le marché, qui commence le matin, ne Unit 
qu'au milieu de la nuit. Le soir, cfaaque petit 
étalage s'éclaire avec des torches, et des cercles 
de jeux s'improvisent en pleine rue, à côté des 
marchands de fruits, des restaurants ambu- 
lants, des marchandes de tabac. 11 y a un 
grand nombre de petite étals oîi des femmes 
vendent des cigarettes dont l'enveloppe est un 
morceau de feuille - de bananier de^chée. 

Toute la journée les enfants courent tout 
DUS, les plus petits sous la garde des plus 
grands. Us ont la tête rasée et une petite 
mèche de cheveux sur le haut du crâne. Sou- 
vent ils portent au cou des amulettes. 11 y a 

«'«le 



412 COCUINCHINE FRANÇAISE 

des petites filles qui pour tout vêtement ont ud 
ornement d'argent en forme de cœtir suspendu 
au-dessous du oombril. 

Les enfants sont dressés de bonne heure aux 
exerdces du corps, à manier la lance, le hk- 
tOD, l'arc, à la natation, à l'équitation. 

Les hommes sont grands, robustes, bien 
faits ; le type est tout à fait différent de celui 
des Annamites, et se rapporte plutôt, pour la 
femme surtout, aui types de l'Inde. Les Cam- 
bodgiens portent une courte veste, étroite, à 
boutons d'or, d'ai^ent ou de verre sur le de- 
vant et un langouti en tissu du pays. Ces 
étofies sont souvent fort belles et coûtent 
jusqu'à 80 francs. Les gens riches portent aussi 
une ceinture de soie. Les grands mandarins 
revêtent une petite veste mordorée et une cein- 
ture en or. Ils ajoutent quelquefois à ce cos- 
tume, dans les grandes cérémonies, une cas- 
quette dorée. Tous les Cambodgiens vont pieds 
nus et tète nue. On en voit qui adoptent le tou- 
pet à la siamoise. Hommes et femmes portent 
les cheveux ras. Les filles les laissent croître. 
Leur belle chevelure noire tombe sous les ci- 
seaux à l'époque du mariage, sacrifice sem- 
blable à celui des femmes qui chez nous em- 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 413 

brassent la vie religieuse. Ce sont des femmes 
qui remplissent pour les deux sexes l'emploi de 
perruquier. 

Les femmes portent une robe longue, serrée 
à la taille, ouverte sur la poitrine. Elles ont un 
laiigouti comme les hommes. Souvent elles 
laissent leurs bras nus et s'enveloppent la poi- 
trine d'uoe étoffe de soie flottante. Elles ont les 
oreilles percées de façon à y introduire un pe- 
tit cylindre d'ivoire ou de bois de la forme et 
de la grosseur d'un gros bouchon. Lorsque cet 
ornement leur manque, le lobe de l'oreille 
allongé pend d'une façon disgracieuse. Il y 
en a qui se contentent de boucles d'oreilles en 
crochet d'or, ayant à peu près la forme d'un 
S renversé et qui ne déchire pas l'oreille. On 
rencontre rarement chez elles le dévergondage 
des femmes annamites. La femme exerce une 
certaine autorité en l'absence du mari. 

Lorsqu'il n'y a pas d'étranger dans la mai- 
son, les femmes mangent avec leur mari. 

La principale formalité du mariage consiste 
dans le consentement des parents, et la céré- 
monie s'accomplit ensuite en présence de per- 
sonnes recommandables, invitées pour la cir- 
constance. 

D,M,IcdB,GOOglC 



41<4 COCHIHCBINE FRANÇAISE 

Lorsqu'une femme est près d'accoucher, 
elle reste sur un lit en treillis de bambou, sans 
matelas, avec une mince étoffe pour la recou- 
vrir, et elle reçoit les soins des matrones cam~ 
bodgiennes, qui entretiennent près d'elle un 
feu de cbarbon pendant une trentaine de jours 
pour le premier enfant. 

Les Cambodgiens saluent leurs égaux en joi- 
gnant les mains, en les élevant à la hauteur 
du front et en demandant comment on se porta : 
< Ghéa-té? > Vis-à-vis d'un supérieur et d'un 
bonze, ils font le salut à genoux; vis-à-via du 
roi, ils se prosternent le front contre terre. En 
quittant une personne, ils prennent congé en ' 
saluant et en disant adieu : « Léa. > Ils sa- 
luent en passant devant le drapeau ou le palais 
du roi. 

Les Annamites professent pour les Cambod- 
giens le mépris de la race conquérante pour le 
peuple conquis ; mais les Cambodgiens, vain- 
cus par des forces et des moyens supérieurs 
aux leurs, le leur rendent bien. Les Cambod- 
giens ont leurs défauts et leurs qualités; mais 
je ne sais si, tout bien considéré, ils n'acquiè- 
rent pas parmi leâ Français une sympatbie 
plus grande que les Annamites. 

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ET BOYAUHE DE CAUBODCE 415 

Les Cambodgiens sont extrèmemeDt pares- 
seux , et satisfaits de peu ils ne demandent 
qu'à promener au soleil leur indolente oisiveté; 
mais ils ne méritent pas autant que les Anna- 
mites le reproche de fourberie et de lâcheté. 
Ils sont plus soigneux de leur personne et plus 
propres que les Annamites, quoique vivant en 
grande partie dans la misère. Ceux qui rési- 
dent en pays annamite se soutiennent et sont 
unis entre eux. Ils ont un orgueil naturel qui 
est plutôt nne vertu qii'un vice, car c'est un 
grand mobile d'amour-propre. Ils rendent aux 
chefs le respect qu'ils leur doivent et exigent 
de leurs inférieurs les mêmes égards. C'est 
ainsi qu'ils restent attachés aux mœurs et cou' 
tûmes de leur pays, et la coutume est chez ces 
peuples une véritable loi. Ils sont fidèles aux 
anciennes traditions, et malgré leur décadence, 
ils parlent non sans fierté du Maha Nocor 
Khmer, le grand royaume de Cambodge. Aussi 
tiraiS'je souvent bon partide ce sentiment pa- 
b-iotique , en appelant leur royaume Nocor 
Maha Pibac, le royaume de la grande dé- 
tresse. 

. Quoique leur religion leur fasse un démé- 
rite de tuer des animaux, ils aiment la chasse. 

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416 COCHINCHINB FRANÇAISE 

Ils ne craignent pas d'attaquer le tigre, le rhi- 
nocéros ; ils attendent le cerf à l'affîtt et te 
tirent avec de mauvais fusils ou avec des 
flèches. Ils prennent le caïman en épiant son 
passage sur le rivage, en lui barrant ensuite 
la route avec des claies. Ils laissent deux ou- 
vertures autour desquelles est un nœud cou- 
lant. Quand l'animal veut rentrer dans l'eau 
it se trouve pris au piège. Lorsque les Cam- 
bodgiens lui font la chasse en barque, ils lais- 
sent traîner dans l'eau le corps d'un chien 
autour duquel est un lien disposé en nœud 
coulant. Le crocodile est pris au moment où 
il happe la proie ou percé avec une sorte de 
harpon. 

Les Cambodgiens conservent quelque temps 
les cadavres de leurs parents, et ils emploient 
à cet effet la chaux et le mercure. Puis ils les 
brûlent en cérémonie. Ils mettent un tical 
(3 francs) d'argent dans la bouche. du mort 
pour le serviteur de la bouEerie auprès de la- 
quelle on brûle le mort. C'est ainsi que les Ro- 
mains avaient soin de placer dans la bouche 
du défunt une pièce de monnaie pour payer i 
Caron le prix du passage. En outre, lorsqu'ils 
e<Hidaisent le corps au cimetière, ils jettent 

DiMiicdByGoOglc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 417 

des citrons dans lesquels se trouTe une petUe 
pièce d'ai^ent. 

L'osage de farûW le corps existait chez les 
Francs, D0Baïeux,et aété aboli parChartemagoe. 

Je suis allé à l'ancieniie capitale quand le 
roi y résidait encore. Oudong » la victorieuse > 
est à huit kilomètres environ de la rivière sur 
le bord de laquelle est le village de Compong- 
Lnong. De ce dernier point part une belle 
chaussée élevée en contrefort, qui permet de 
se rendre à Oudong en toute saison sans le 
secours d'une barque, car cette ville est dans 
une plaine boisée et marécageuse que l'inon- 
dation recouvre annuellanent. 

Au bout d'une pique une tète coupée était 
«xposée aux regards des passants. On traverse 
un large pont. On passe près d'un hangar cou- 
vert, à côté duquel est un bassin. On peut à la 
fois se reposer et se rafraîchir. On voit la pa- 
lissade m chevaux de frise, construite autour 
de la capitale de peur des invasions annamites. 
Enlin, au bout d'une heure de ballottement à 
dos d'éléphant, on arrive devant une grande 
enceinte. 

Des. portes élevées où veillaient des gardiens 
sans armes, de larges et vastes salles cons- 

««(le 



4i8 COCHINCHINE FRANÇAISE 

truites sans symétrie, des couloirs, des maisons 
au toit relevé en pointe, des cours, des étangs, 
tel était l'ensemble du palais, qui ne brillait m 
par l'élégance ni par la richesse. Dans une des 
cours de ce palais, qui est à la fois uoe cita- 
delle, des soldats faisaient assez gauchement 
l'exercice du canon, avec de petites pièces 
montées sur des affûts grossiers. Ils parais- 
saient plus habiles à manier le fusil et la lance. 

La salle du trône était ornée dans le goût du 
pays ; on y voyait le trône sur lequel le roi fut 
couronné, en février 1864. L'amiral La Gran- 
dère, gouverneur de la Cocbinchine française, 
avait délégué son chef d'état - major général 
pour présider cette cérémonie, qui se fit en 
présence d'un grand mandarin siamois, en- 
voyé par son gouvernement. 

A côté de la salle du trôoe était la salle à 
manger. La table du rbi est servie à peu de 
chose près à l'européenne. Il a comme chef de 
cuisine un Vatel chinois. 

La salle de spectacle est assez curieuse. Il y 
a quelques décors qui lui donnent un avantage 
marqué sur la scène annamite. Les trucs, si 
grossiers qu'ils soient encore, sont plus ingé- 
nieux, 

DiMiicdByGoOgic 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 419 

Le spectacle est rehaussé par la danse. Le 
corps de ballet est recruté parmi les plus jolies 
CambodgieDues. Elles oot un appartement au 
gynécée royal, un costume fort attrayant, de 
longs ongles d'argent au bout des doigts, une 
sorte de diadème sur la tête. Elles exécutent 
des poses gracieuses au son d'une musique qui 
a du cbarme, même pour un Européen. 

Les chants et la musique d'instruments sont 
fort harmonieux. It y a des iostruments à 
cordes très curieux, et dont les artistes indi- 
gènes tirent un bon parti. 

Les fêtes données par Sa .Majesté sont fort 
intéressantes. Les longues files d'éléphants, le 
déploiement des soldats de parade, la richesse 
des objets exposés, la variété des costumes 
donnent aux cérémonies un cachet particulier 
que l'on voit du reste reproduit dans les des- 
criptions des fêtes siamoises. 

Le bâtiment où le roi donnait ses audiences 
était mal installé et peu confortable. 

J'eus l'honneur (en 1865) d'accompagner 
chez le roi Norodom, M. de Lagrée, comman- 
dant de la station navale française (dont la 
mort prématurée a causé tant de regrets) et le 
docteur Uennccart. Il était huit heures du 

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4J0 COCHINCHINE FRANÇAISE 

matia lorsqu'on nous mtroduiùt près de Sa 
Majesté cambodgienne. Le roi était assis près 
d'uD guéridoD, couvert d'un tapis français et 
supportant des vases d'or ciselé. Il avait le 
bosto na; son langouU était maintenu par une 
ceinture d'or, enrichie de pierres précieuses. 
11 nous invita à nous asseoir en face de lui, et 
nous fit offrir des cigares et du vin blanc. 11 
l^ait près de lui son fils alors âgé de trois 
aos, qui porte les marques de la petite vérole. 
C'est, du reste, un accident commun au 
Cambodge, où la vaccine n'a encore pu se 
développer avec succès. L'enfant royal avait 
anx jambes et aux bras des bracelets d'or et 
une très belle épingle dans les cheveux. 

Autour du roi, mandarins et serviteurs se 
tenaient à genoux, les mains jointes. Certaine- 
ment, cette position est selon nous indigne 
d'un homme, mais aux yeux de ces peuples 
elle n'a rien de dégradant, pas plus que les 
profondes salutations que les Européens font à 
plusieurs reprises à leurs supérieurs. Elle est 
plus humble et plus servile, mais elle a l'avan- 
tage de n'être point ou d'être peu fatigante ; 
car les Cambodgiens sont plutôt étendus et cou- 
chés qu'à genoux. Ils fument des cigarettes et 

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ET ROTAUHE DE CAMBODGE 42i 

se reposent de temps ea temps sur leurs talons. 
Dans des hangars latéraux se trouvent dans 
la même posture les gens qui n'ont pas encore 
audience ou qui viennent en curieux pour 
contempler la face auguste de leur souverain. 

Tous les niatins, le roi siège ainsi au milieu des 
chefs. Il écoute leurs demandes, s'enquierl de 
leur administration, de Tétat des provinces et 
donne des ordres. C'est ainsi qu'il entend gou- 
verner son peuple. Ce aérait, en effet, une 
méthode digne d'admiration cl fort efficace, si 
la crainte, la flatterie, la servilité n'empê- 
chaient souvent la vérité d'arriver à l'oreille 
du mattre, malgré ces faciles moyens, de se 
produire; aussi l'on peut dire des rois absolus 
qui n'ont pas autour d'eux des conseillers francs 
et intègres : Oculos kabent et non videbunt, 
aures kabent et non audient, et au sujet de leurs 
finances : Manus kabent et non palpabunt. 

Comme la plupart des gouvernements asia- 
tiques, le gouvernement du Cambodge est 
absolu. I^e roi peut choisir et désigner lui- 
même son successeur parmi ses enfants ou ses 
frères. Il est le souverain maître de la vie 
f'mechas chyvit] et des biens de ses sujets. Les 
mandarins sont choisis par lui. II n'y a pas 

C.ooglc 



423 OOCHINCHINE FRANÇAISE 

comme en AoDam d'examens littéraires qui 
donnent accès aux charges publiques. Le roi 
possède un certain nombre d'esclaves. De 
même les princes et les grands ont sous leur 
autorité des clients, comme Ibs seigneurs avaient 
des vassaux, ou plutôt à la façon des grands 
de Rome. 

En effet, ces ctleots se mettent au service 
d'un grand dans l'espoir d'en obtenir quelque 
fonction dans le gouvernement, o^parce qu'ils 
sont dénués de ressources. Quant aux esclaves 
proprement dits, débiteurs insolvables qui pas- 
sent au service de leurs créanciers, ils sont 
génér^lement traités sans dureté, mais il leur 
est très difficile de se libérer. 

À la tête de chaque province et de chaque 
district sont des mandarins, désignés par le 
roi, et au-dessous d'eux des fonctionnaires su- 
baltemes, choisis par les gouverneurs et qui 
ne relèvent pas du gouvernement. En outre, 
les provinces sont fréquemment visitées par 
des Ochnha-luong ou délégués royaux, véri- 
tables misd dominici, dont les fonctions va- 
rient suivant les circonstances, ils établissent 
et perçoivent les impôts et rendent la justice. 

C'est la coutume qui fait loi, et le code con- 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 423 

tumier est adopté par tous et par traditico. 

LeB mandarins prêtent seraient de fidélité 
au roi chaque semestre, en avril et en septem- 
bre, en Teoantà la capitale boire l'eau lustrale 
sur laquelle les bouzes ont prononcé les impré- 
cations les plus terribles contre les parjures. 

Les divesres branches du revenu sont afler- 
mées à des Chinois, qui ont ainsi l'occasion de 
commettre de nombreuses vexations à Tégard 
du peuple et de le pressurer au nom du gou- 
vernement. De sorte que le mécontentement se 
porte sourdement contre le roi. 

Ce n'est qu'en écoutant les sages conseils des 
représentants de l'autorité française, ses voisins 
et ses alliés, que le roi exercera par degrés son 
pouvoir d'une manière plus libérale. Le 25 oc- 
tobre 1 864, le roi est venu à Saigon renouveler 
auprès du gouverneur l'assurance de sa sin- 
cère amitié pour la France, et le remercier pu- 
bliquement et solennellement d'avoir placé son 
royaume sous la protection de l'Empereur 
des Français : « L'Ëmpereurj disait le roi, est 
mon père, et son représentant ici est mon 
frère. > 

Un Européen qui a tu de près ces populations 
arriérées en arrive sinon à admettre, du moins 

[,Mzc.J;.G00glc 



434 COCBIHCHINE FRANÇAISE 

à comprendre l'argumeot dont se servit le roi 
Phra-Narai, qui régna au Siam de 1657 à 
1683. Va chef de bonzes l'ayant supplié de 
modérer aes rigueurs à l'égard du peuple, le 
roi lui enroya eo présent un gros singe et lui 
ordonna de le laisser dans sa maison en lui 
laissant faire tout ce qu'il Youdrait. Le singe 
brisait tout ce qui était à sa portée ; les visi- 
teurs égratignés par lui n'apportaient plus 
d'offrande. Le bonze, à bout de patience, pria 
le roi de le débarrasser de cet hôte si nuisible : 
c Comment, lui fitobserverle roi, vous ne pou- 
n vez supporter les méchancetés d'un singe et 

■ TOUS voulez que je tolère celles d'une multi- 

■ tude bien plus rusée que lui. Je serai bon 
« pour les bons, méchant pour les méchants. » 
On ne dit pas si le bonze revendiqua pour 
l'homme la connaissance du bien et du mal 
et les progrès de la raison. Une telle constitu- 
tion est féconde en troubles et eu révoltes in- 
testines, comme le prouve l'histoire du Siam 
et du Cambodge. Aussi les parents du roi ou 
prétendants au trône étaient-ils envoyés ou 
retenus au Siam. 

Un peu avant d'arriver à Oudong, un che- 
min que l'on trouve à gauche conduit aux 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 425 

mootagneB de Prea réach chéa trop (montagnes 
du domaioe de la couronne). La clôture de 
défense n'est pas entretenue et présente bien 
des brèchas non gardées ; après l'avoir franchie, 
on suit un chemin étroit, en talus, consolidé 
par des pieux pour servir de digue à l'inonda- 
tion ; mais les éléphants se tirent d'affaire sans 
faux pas. A la saison des pluies, celte plaine 
boisée est entièrement recouverte par les eaux. 
Un grand étang à gauche de la route se pro- 
longe jusqu'au pied des montagnes, pals le 
terrain se relève. Dans les éelaireies du bots, 
on distingue le toit des cases sur te flanc des 
monls, les pyramides à aiguilles, et enBn sur 
le sommet, la grande pagode carrée, les divers 
temples et les bonzeries; c'est un fort beau 
panorama. 

Au pied de la montagne habitait l'aïeule dn 
roi. Elle avait été autrefois emmenée en exil, 
avec une partie de sa famille, par les Anna- 
mites, qui la ramenèrent an Cambodge à l'avè- 
nement de Oog-DuoRg, le père du roi actuel. 
On reconnaisEait dans la reine Frea Vo Kini, 
malgré son grand âge , une distinction qui 
imposait le respect. C'était, paraît-il, une 
femme de grande intelligence et de bon con- 



4â6 COCUINCBINE rnAHÇAISB 

seil. Ijl maison n'avait rien à l'extérieur qui la 
distinguât des autres; quelques instruments 
de musique étaieot suspendus aux cloisons ; 
une belle pendule de style européen semblait 
égarée sur un guéridon, près du baldaquin où 
SB tenait la reine, qui avait voulu, quoiqu'a- 
veugle, posséder cet objet de luxe étranger au 
pays. Un majordome chinois cambodgianisé, 
des suivantes cambod^ennes et unenaine com- 
posaient l'entourage de la reine. Cette prin- 
cesse vénérée du roi, son petit-ûls, et de tous 
les Cambodgiens, mourut en 1866 à 91 ans. 

Des sentiers rocailleux conduisent aux di- 
vers sommets des Réach Chéa trop. L'un d'eux 
mène à un groupe de cases délabrées, habitées 
par des bonzes plus studieux que ceux des 
villes, et de là à la grande pagode carrée. 
Quatre murailles en briques rouges et une 
toiture presque plate, telle en est la construc- 
tion massive et disgracieuse. Un escalier en 
pierres de l'espèce dite pierre de Bienhoa 
(argile contenant des oxydes de fer), qui, dit- 
on, a coûté une quinzaine de mille francs, a 
été construit dans la montagne devant ki fa- 
çade principale de la pagode. Des trois portes 
du temple, celle de droite est la seule dont 

D,o,i,icd"By Google 



ET ROIAUHE DE CAMBODGE 437 

l'encacIreineDt soit à peu près conservé. H est 
en pierre semblable à celle d'Angcor ; c'est un 
gré mou qui se travaille facilement, et ac- 
quiert à l'air une grande dureté comme la 
pierre de Bieuhoa ; mais celle-ci n'est nulle- 
ment comparable à celle d'Angcor, dont le 
grain est très fia et très compacte. Au-dessus 
de la porte, un bas-relief, imitant un enroule- 
ment de feuilles d'acanthes, est très finemeat 
. fouillé. L'intérieur de la pagode est nu et sans 
aucuD ornement. On respire en entrant uoe 
odeur forte et désagréable de moisi et de fiente 
de chauves-souris. On est frappé de la gros- 
seur et de la hauteur des colonnes en briques 
crépies à la chaux, qui, sans ttte toutes par- 
faitement perpeudiculaires, supportent l'édi- 
fice. Entre les colonnes et sur un immense 
autel, trône une statue de Boudba ayant 45 
pieds de hauteur et toute dorée. 

Des pyramides à base quadrangulaire se 
dressent au milieu du bois. Le soubassement 
de l'une d'elles présente une quadruple ran- 
gée de têtes d'éléphants faisant saillie. Des 
bracelets sont moul^ autour des jambes de 
ces animaux, qui semblent porter sur leur dos 
le poids de l'édifice. Sur ce piédestal s'élèvent 

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42» COCHMCHINE PRjUfÇÂISE 

des dftmes superposés qui vont en diminuât 
de grosseur, et prenant ta Forme d'un cône se 
terminent en aiguille. Ces obélisques recou- 
vrent, dit-on, les cendres des anciens rois. 
Les Cambodgiens les appellent Prea chéadey, 
terre sainte. H y a de semblables pyramides 
en Birmuiie, dans l'Inde, en Chine, et elles 
sont tantôt rondes , carrées on octogonales et 
à étages. 

Le mol pagode, seltm M. Milne, dérire de 
l'indien boutkuda ou du persan ponlkhoda, 
par corruption du mot sanscrit bbagavati 
(maison sacrée). 

Ce mot semblerait plutôt tiré de r«xpreBsion 
Dagobab par laquelle à Ceylan on désigne les 
pagodes et qui en sanscrit veut dire réceptacle 
des reliques. 11 sufBt de savoir que par le mot 
pagode nous entendons, non les tours massives 
à clocbetons, mais les temples boudhiques. On 
a dit que les boudbistes rendaient un culte à 
ces monuments eux-mêmes. Ces temples sei^ 
vent aussi, comme on le sait, à des réunions 
n'ayant aucun but religieux. Boudhà, avant de 
quitter ce monde, recommanda de lui élever 
des statues et des temples, ncMi pour l'adorer, 
Bùais pour mieux conserver sa ménnûre, et par 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 429 

la vue de son image se rappeler toujours ses 
exemples. 

En parcourant les divers sommets des monts 
on rencontre ça et là des ruines, des débris 
de colonoes, de chapiteaux, de pierres taillées, 
sculptées. Un dieu nègre habite un temple 
voisin d'un dieu au visage cuivré portant la 
simarre indienne. Tous ces dieux qui parais- 
sent d'origine étrangère ont la même posture. 
Enfin on se croit chez les anciens Égyptiens 
lorsqu'on découvre dans un petit temple un 
bœuf couché, dont les cornes sont dorées. 
Quoique l'idole soit en pierre, elle a devant 
elle une provision d'herbe qu'on renouvelle 
fréquemment. C'est sans doute une image du 
bœuf Namdy des indiens. 

L'éléphant que je montais pour cette excur- 
sion appartenait au roi. Je me plaisais à 
considérer de loin une femme du palais, la- 
quelle était vêtue d'une robe jaune orange et 
accompagnée d'une matrone, voyageant toutes 
deux sur le dos du même éléphant, lorsque 
celui-ci fut reconnu par le mien qui provenait 
du même parc. Mon éléphant, pris d'une su- 
bite sympathie pour celui de la belle Cambod- 
gienne, se dirigea vers lui. Le cornac eut beau 

DiMiicdByGoogle 



430 COCHINCHINB FRANÇAISE 

lui faire un discours sur la bieuBéance, ap- 
puyer sa morale de quelques arguments frap- 
pants et enfin lui enfoncer dans le front sa 
pique de fer. Ni les menaces, ni les coups, ni 
la douceur, rien n'y Qt. Le comac fut obligé 
de sauter à terre ; avec le fer recourbé de sa 
pique il saisit l'oreilte de l'animal qui se laissa 
rameoer vers le cbemin qu'il avait quitté. 



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ET ROTAOHE DE CAMBODGE 



InlrodncUon du boDdbisme au Cambodge. — SigniOcation du mot Bon- 
dha. — Ineanuliim du Boodha. — FondiQi» d« m doctrine. — 
Sa propi^lian. — R(|^ili entre te bondliisine, le brabinuiisme 
et le quiélisDie. — Hélempsjcose. — Des deux. — Des anges. — 
Des enlère. — Le frère du Boudha. — Pargaloire. — Création des 
iwmde». — Premier tialdlanls. — Le Kdtil, la Inné et les étoiles. 
— Sjetime des mondes. — Fin des mondes. ~ Rapports appa- 
rente du boudhfsme avec le catholiciuae. — Ordre religina bou- 
dhiqoe. — Rè^ements de l'ordre. — Lectnre des llrres sacrés. — 
lostroctioD nnlle ches les fenunes. — Ecoles des braies. — Serrices 
rendus par cet ordre. — Causes du peu de développement de la rt- 
ligion ebrélienne au Cambodge. 



Après avoir visité plusieurs pagodes, il est 
esseotiel de parler de la religion des Cambod- 
gieus, qui est le boudhisme. 

Cette religiOD, qui compte eu Asie plus de 
trois cents millions d'adeptes et qui est une 
des plus ancieDoes du monde, a été introduite 
au Cambodge il y a environ quinze cents ans. 

Des bonzes indiens apportèrent de Ceylaa 



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432 cocHncHiNE française 

(Poura-îjanka) les livres sacrés. Boudha lui- 
même avait visité le Cambodge en passant 
d'une enjambée de la montagne de Candy 
(Ceylan) dans le Pégu, et de là sur une mon- 
tagne de la province de Batlambang, où l'on 
voit dans le roc une grande cavité qu'on dit 
être l'empreinte de son pied, le prea bat. De 
là le nom de montagne du « pied sacré. * 
Cette montagne est à 1 30 kilomètres de Bang- 
kok. U y a autour de la montagne des loge- 
ments pour les pèlerins, qui affluent au mois 
de février. En 1862, le roi de Siam s'y rendit 
solennellement. 

Boudha est un mot sanscrit qui signifie sa- 
gesse, connaissance parfaite , omniscience. 
C'est dans l'esprit des boudhistes une pénétra- 
tion, une manifestation de cette sagesse supé- 
rieure dans un corps humain. Ces incarnations 
ont été nombreuses et se sont produites sous 
diverses formes. Le dernier Boudha, après 
avoir paru sur la terre pendant quatre-vingts 
ans, fondé une religion égalitaire, laissé des 
disciples dépositaires et propagateurs de ses 
préceptes, est arrivé à l'absorption, non en 
l'Être suprême, comme chez les brahmanistea, 
mais en lui-même, et est entré ainsi vers l'an 

D,M,IcdB,GOOglC 



! 



ET ROYAUME SE CAHBODGE 433 

543 avant Jésus-Christ dans l'état de perFeclion 
appelé en sanscrit nirwanah, le nirpéan des 
•Cambodgiens, le niban des Birmans, le nipan 
des Siamois. 

Cette incamatioii de Boudha est connue so^ 
le nom de Sakia-Mouni, ermite de la famille 
de S^ikin, dans l'Inde; de Srama-Gaulama, 
amortissement des sens, en Birmanie ; de So- 
mana-Kolamo ou Phra-Pouia au Siam {!); de 
Somana-Cudâm ou Prea-Put an Cambodge ; 
de Phât en Annam, Fo en Cbine, Xaca au 
Japon. 

On a dit que Pomana-Cudôm était fils <l'an 
roi de Ceylan. Il paraît avéré qu'il naquit dans 
l'Inde 623 ans avant Jésus-Christ à Kapilla- 
wat (2), au nord du Gange, entre Goralpour et 
Oude. 

Selon certains boudbisles, le Boudha aurait 
reçu le jour d'une vierge qui conçut par ta 
vertu du soleil. Selon les Chinois, la vierge 
Maka )Iaia (auguste Maïa), aurait conçu Pô 
par une vertu divine 950 ans avant notre ère. 

Les livres sacrés du Cambodge et du Siam 



(I) D'où nous avons fait ■ Boudha. • 

(3| Ou kapilawaslu, ou kabilljptiat, ou kaberchara. 



ogic 



434 cocHmcHmE française 

racontent ainsi la naisBaoce de Somana-Ca- 

dôm : 

« En ce temps-là, on célébrait pendant huit 

€ jours les noces de la princesse Maha Maïa. 

f S' étant endormie, elle vit en songe, au 

« sommet d'une montagne d'argent, un jeune 

« éléphant blanc d'une beauté extraordinaire. 

< Il arriva jusqu'à elle et pénétra dans son 
c sein d'une manière merveilleuse (1). Les 

« docteurs et les astrologues dirent au roi ; Ce 

« songe annonce que la reine est enceinte d'un 
€ garçon qui parviendra à la sublime dignité 
« de Boudha. 

« Le jour de la naissance de cet enfant cent 
a mille mondes tressaillirent de joie et trem- 
« blèrent (2). . 

Somana-Cudôm dut s'instruire d'abord au- 
près des brahmines, de la religion de Urahma. 
C'est de là que plus tard il tira sa doctrine, 
qui n'est, à proprement parler, qu'une réforme 
du système brahmanique. Cette réforme, dont 
le principe fondamental renversait les privi- 
lèges exclusifs des brahmines, par l'admission 

{i) De là 1* véaératioa des Cambod^i:DS, Siamois, Birmans pour 
l'ëléphant libac. 
(2) Description <lu royaume de Thaï, pai Mgi- Pallcgois. 



ET BOTAUUE DE CAMBODGE 435 

dans tes ordres religieux de tout homme, 
quelles que soient son origine et sa condition, 
se répandit rapidement dans l'Inde avec l'ap- 
pui de plusieurs princes indiens. Mais bientôt 
ses adeptes eurent à subir de grandes persécu- 
tions, lis finirent par être expulsés de l'Inde. 
Deux siècles avant Jésus-Cbrist, la religion 
boudbique fut introduite à Ceylao (Langea), - 
où les préceptes de Boudha furent écrits en 
cingalais et peu après en pâli. 

Des émigrants indiens portèrent ces livres 
palis de Ceylaa en Birmanie, au Pégu,àJava. 
Des prêtres de cette doctrine venus de Ceylan 
débarquèrent au Cambodge au commencement 
du 4* siècle, avec les livres sacrés qui furent 
transcrits en caractères cambodgiens, avant 
d'être traduits en langue cambodgienne. C'est 
du Cambodge que le Boudbisme s'étendit au 
Siain et au Uo. Cette religion qui avait gagné 
le ïhibet et la Mongolie, s'était par là propa- 
gée en Chine. Elle trouva partout chez les na- 
tions étrangères de nombreux partisans, sans 
que ses fondateurs et ses propagateurs eussent 
à éprouver les sanglantes persécutions, dont les 
prédicateurs de la religion chrétienne, venus 
d'Europe, furent l'objet en Chine, au Japon et 

^izcjî.Googlc 



436 cocHinCHiNE frauçaise 

CD Cocbinchine. En effet la politique de ces 
empires les portait à ne donner aucnn accès 
chez eux aux B barbares ■) d'occident, dont ils 
apprébendaienl avec raison les empiétements. 
Malgré les défenses, les édits, dont ils avaient 
connaissance, les missionnaires soutenaient 
avec intrépidité et persévérance, au péril de 
leur vie, la lutte de l'évangile et de la politique. 
Aussi a-t-il fallu chez ces peuples opiniâtres 
que la force fasse triompher la raison. 

Le boudhisme s'écarle essentiellement du 
Brahmanisme en ce que dans cette dernière re- 
ligion la dignité de brahmine est héréditaire 
dans une caste. Les brabmines peuvent se ma- 
rier. La perfection mène à l'absorption en un 
être suprême. Dans le boudbisme au contraire 
tout homme peut embrasser l'état religieux. Il 
doit en cet état garder le célibat. La perfection 
consiste dans l'absorption en soi-même, le re- 
pos absolu de l'esprit et des sens. 

Ces deux doctrines qui placent la perfectioa 
soit dans l'absorption de l'être infini, soit dans 
l'insensibilité complète, ne rappellent-elles pas 
l'apparition au xiv" et au xn\* siècle des quié- 
tistes, le quiélisme étant l'état de repos, d'im- 
passibilité où conduisait la contemplation, le 



ET ROTACHE DE CAHBODGE 437 

mysticisme? Motinos enseignait qu'aucun acte 
n'était méritoire ni criminel dans cet état 
d'anéantissement moral, parce que l'âme était 
absorbée en Dieu. 

Les boudhistes poussant de semblables idées 
jusqu'à l'exagération croient être parvenus à 
la perfection lorsque l'âme n'exerce plus ses 
facultés, c'est-à-dire est plongée dans une par- 
faite insensibilité. La fatalité pendant la vie, 
le néant après, telles seraient les funestes con- 
séquences de cette doctrine s'il n'était si diffi- 
cile d'arriver à la perfection, si la métempsy- 
cose n'était admise, si chacun ne devait subir 
selon ses mérites et ses démérites, | que des 
anges ont enregistrés, une suite de renaissances 
dans un ordre supérieur ou inférieur avant de 
parvenir à la fin suprême, au nirpéan. Encore 
cet état n'est-il pas la fin dernière, éternelle. 
Boudha lui-même subira des transmigrations 
futures. 

Les Cambodgiens admettent une série de 
cieux inférieurs, habités par les anges ftiwadaij. 
Au-dessus de ces cieux il y a neuf antres sé- 
jours de félicité (borôm) dont les bienheureux 
habitants ont des corps. Enfin il y a quatre 
cieux supérieurs peuplés d'esprits ayant des 

[,Mzc.J;.G00glc 



438 COCHINCHINE FRASÇAISE 

formes immatéridifls, lumioeuses, resplendis- 
santes. Dans les cîeux inférieurs on goûte des 
plaisirs sensuels ; mais à mesure que l'on s'élève 
les jouissances deviennent de moins en moins 
matérielles et l'on arrive enfin an parfait re- 
pos. 

L'inQuence des anges (tiwadas), semblable à 
celle dea vaçoua de l'Inde, s'exerce sur les 
mondes et leur intervention est plus ou moins 
puissante. Ils président à la pluie, à la foudre, 
aux astres, aux montagnes, aux forêts, etc. 
Les Cambodgiens leur élèvent de petites niches 
dans l'enclos de leur maison, sous les grands 
arbres des routes. II y a encore d'autres êtres 
surnaturels, tels que les géants (iac), les ser- 
pents {J^éac, najas de l'Inde], vivant soua terre 
et dans la mer, des chœurs d'anges musiciens, 
les saints (arahan), etc. 

 cent cinquante mille kilomètres sous terre 
est une série de huit enfers principaux. Le 
huitième, le noroc avichey, est le plus terrible. 
Là sont punis l'adultère et l'iTrognerie. Il y a 
un juge à chacune des quatre portes de ces en- 
fers qui ne sont pas étemels. Les peines peu- 
vent y être rachetées ou adoucies par les au- 
mônes que les vivants font anx religieux. Les 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 439 

fautes commises contre les religieux ou la per- 
sonne de Boudha sont seules passibles d'un 
châtiraeut indéfiniment long, et lorsque le hui- 
tième enfer sera détruit, les coupables seront 
transférés dans un enfer-avichey dépendant 
d'un autre système de mondes, pour continuer 
à y être torturés. 

Tivéatot, frère de Somana-Cudôm, jaloux 
de ses mérites, voulut le faire périr. Il expie 
ce crime dans les enfers, oiî il est empalé au 
moyen de deux broches en fer qui lui traver- 
sent le corps dans la direction des quatre points 
cardinaux ; mais un jour il renaîtra pour par- 
venir à la suprême dignité de Boudha. 

Outre ces enfers, il y a encore de nom- 
breux purgatoires et des lieux obscurs et 
froids oij l'on achève d'expier des fautes lé- 
gères . Les bruits étranges et les orahres bizarres 
.' de la nuit font croire aux Cambodgiens que les 
esprits qui sont en purgatoire reviennent errer 
autour des cases isolées, dans les broussailles, 
sur les bords des chemins. 

Les êtres qui peuplent les cieux, les enfers, 
les purgatoires et le monde terrestre sont sou- 
mis à d'innombrables renaissances futures, les 
mérites croissant et décroissant alternativement, 

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440 COGHmCBiNB FltUUÇAISï: 

excepté lorsqu'on est parvenu à l'étal cle nir- 
péan, repos absolu. 

D'après les Cambodgiens, le monde a été 
crv'é en raison des mérites d'êtres animés qui 
ont existé de toute éternité, l'influence de ces 
mérites clant assez puissante pour donnera la 
matière sa Torce de cohésion et d'organisation. 
Dans ce cbaos s'eat rormé un brouillard qui 
est devenu un nuage de pluie de plus en 
plus grand; un vent violent s'est élevé et a 
imprimé ù la masse des eaux un mouvement 
de rotation. Une partie de l'eau s'est écoulée, 
évaporée et la terre est apparue, maintenue en 
équilibre sur tes eaux par ce vent impétueux. 

Elle fat peuplée d'anges ou génies dont les 
corps resplendissaient de lumière et ne pre- 
naient pas de nourriture matérielle; mais l'un 
de ces anges ayant goûté d'une terre odoraote, 
les sept mille nerfs du goût furent lellement 
surexcités en lui qu'il ressentit désormais un ir- 
résistible appétit pour cette nourriture. Ses com- 
pagnons l'imitèreat. Dès lors leur corps cessa 
d'être lumineux, ce jour-là parut le soleil, globe 
de corail cerclé d'or; puis la lune, globe de 
cristal, cerclé d'argent, vint éclairer les téoè- 
bres. Enfin brillèrent les planètes et les étoiles. 

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ET ROVAUME DE CAMBODGE 441 

Dans la suite, ces esprits dégénérés man- 
gèrent un grain d'une saveur particulière. De 
là vint le complément et le fonctionnement des 
organes et la distinction des sexes. Le senti- 
ment de honte qui s'attache à la nudité engen- 
dra le besoin des vêlements. 

Il existe, suivant les Cambodgiens, d'innom- 
brables systèmes de mondes. Chacun de ces 
systèmes a pour centre une immense montagne 
appelée Prêa-Somê {le Pkra-mén des Siamois, 
le Mien-mo des Birmans, le mont Mérou des 
Hindous), dont le sommet était à un million 
de kilomètres au-desi^us du niveau des eaus, 
et la base ù une égale profondeur sous les eaux. 
Ces mondes ont pour limites sept autres mon- 
tagnes circulaires. Le soleil, la lune et les 
étoiles tournent autour de Prêa-Somê. Delà le 
jour et la nuit. Les astres sont guidés dans 
leur course par des anges ; mais ceux-ci ont 
pour ennemis des anges rebelles appelés HdAoy 
qni habitent sous terre, fis ont assez de puis- 
sance pour mettre la main sur le soleil et la 
lune, ce qui produit les éclipses; mais le roi 
des anges Préa-En (Indra des Hindous) réta- 
blit l'ordre des choses. 

La surface plane de ce monde est divisée en 

ÏS. 

oogk 



442 COCHIHCBINC P&ANÇAI6B 

quatre [larLies. Celle située au sud est habitée 
par l'espèce humaine et les trois autres par des 
raoes d'hommes aux formes bizarres. 

Ces mondes seront tous détruits à l'exceptiui 
de huit des cieux, sept fois par le feu, une fois 
par l'eau et enûn par le vent. La fin d'un sys- 
tème de mondes sera aononcée par des signes 
extraordinaires et prédite par un ange. La des- 
' tmctioa par l'eau ou déluge sera annoncée par 
UD ange trois ans auparavant. Enfin, lorsqu'un 
inleryalle immense se sera écoulé après leur 
destruction , ces mondes seront reconstruits 
par les anges. 

Les Cambodgiens lettrés étudientcetteétrange 
cosmogonie, et l'un d'eux, s'appuyant sur celte 
configuration géologique, ne voulait pas ad- 
mettre qu'on pût faire le tour de la terre. • 11 
en est ainsi prétendait-il, car le livre sacré l'a 
dit! n Un disciple de Pythagore, l'inventeur 
de la métempsycose, eut également répondu : 
• Le maître l'a dit. » 

De ce qu'il y a dans le christianisme et le 
boudhisme quelques pratiques extérieures com- 
munes et, comme dans toutes lea religions du- 
rables, quelques préceptes communs, il ne 
peut y avoir de rapport entre ces deux doc- 

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ET ROYAUME DE CàHBODGE 443 

trmes, dont les ûqs dernières soDt totalement 
opposées. Le boudhisme a pourbut final l'anéan- 
tiaeement des facultés de l'esprit, l'absorption 
de l'âme en sa propre essence. Le cbristia- 
nisme cmiduit l'âme au bonbeur étenioI,.daD8 
la connaissance, la vue et la possession de Dieu. 
La base et la force de durée du boudhisme 
reposent sur un ordre de religieux que les Eu- 
Topé^Ds appellent bonzes en Cocbinchine et en 
Chine, talapoin* au Siam (de talapat, é^^ntail 
ou écran en feuille de palmier à l'usage des 
reli^eux), pkongies en Birmanie. Les indi- 
gènes de ce dernier pa^s leur donnent encore 
par vénération le nom de rahan ou saints (ara- 
ban des Cambodgiens, abrats des Hindous). 
Au Cambodge, <m les nomme lue-sang ou Ino- 
saog bbreach, seigneur prêtre. Cependant ils 
n'ont pas pour mission de mener leurs sem- 
blables à la perfection autrement que par leurs 
exemples et par leurs eibortations. Ils font la 
lecture publique des livres sacrés; mais ne 
rempHasent pas de fonctions sacerdotales. Ils 
ne sont pas liés par des vœux irrévocables. Le 
principal but en prenant l'état religieux est 
par ce moyen d'acquérir pour soi plus de mé- 
rites. Chacun peut embrasser cette profession. 

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444 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

Il suffit d'avoir te consentement de ses parents, 
les vêtements jaunes nécessaires, d'être sain de 
corps, de savoir lire et écrire et réciter les 
prières. 

Cette admission facile qui ne rencontre d'em- 
pêchement que dans le cas de vices notoires 
extérieurs, nuit à l'institution. Aussi voit-on 
parfois des religieux couvrir sous une fousse 
modestie et à la faveur du respect dont on les 
entoure à priori leur orgueil déguisé, leur igno- 
rance et leur paresse. 

Les bonzes se font raser la tête et épiler la 
barbe deux fois par mois. Leur vêtement con- 
siste en une pièce d'étoffe jaune autour des 
reins, une robe jaune et une sorte de manteau 
qu'ils portent plié sur l'épaule gaucbe. Boudba, 
fondateur de leur ordre, voulait que cette robe 
fût faite de morceaux rapportés, et adopta le 
jaune parce que c'était la couleur des vête- 
ments de la classe la plus vile dans l'Inde, au 
temps où vivait ce réformateur. Les préceptes 
établis par Somana-Cudôm sont très nombreux 
et se rapportent aux plus petits détails et à 
tous les instants de la vie. Les bonzes se lèvent 
dès qu'il fait assez jour pour distinguer les 
veines des mains , afin de ne tuer aucun être 

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ET ROTAUHE DE CAMBODGE 445 

animé. Ils se rincent la bouche, ee lavent le 
Tisage, revêtent leur robe et récitent une 
prière commune. Ils prennent ensuite leur 
marmite couverte d'une étoffe rouge, dans la- 
quelle ils reçoivent la nourriture quotidienne 
et s'en vont marchant un par un dans les rues, 
s'arrètaqt devant la porte des cases, attendant 
en silence que le maître ou la mattresse du 
logis vienne les saluer et leur distribuer du 
riz tout préparé. Leur crâne dénudé reste ex- 
posé aux rayons d'un brûlant soleil. 

Chacun rentre au monastère quand sa mar- 
mite est pleine et prend seul son repas. Depuis 
midi jusqu'au lendemain au lever du soleil, le 
bonze doit s'abstenir d'aliments et ne se per- 
mettre que du thé et autres rafraîchissements. 
Il ne doit ni regarder ni toucher une femme, 
pas même sa mère , quand ce serait pour la 
sauver d'un danger. Tous les ans , pendant le 
carême, qui dure trois mois, de juillet en oc- 
tobre, it passe un certain temps dans les plaines 
boisées oii on construit dans ce but des petites 
cases provisoires. Des surveillants qu'on appelle 
Sorang-sang signalent au mandarin chef de la 
justice les bonzes dont la conduite est répré- 
hensible. 

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446 COfiSHIGHIHe : PIU»gMS« 

Ënfia leur règle est plus dure t^'onini at 
l'imagifle, et cepeadimt ils TobsOTTeot en g^ 
néral fidèlemeot, soit en raisou de leur coqvû- 
lion religieuse, soit parce qu'ils comprenneot 
qve l'observance de la règle est la coindilitui' 
sùtagM^ non de leur iDstiiution. awt paKe> 
qu'ils swt libres de rentrer dans la; tm privée 
quand il» le désirent. 

Aux. jours: de Douvelle et pleine lune. et aux: 
quadratures, les bonzes convoquent te penplfe 
au temple. L'uq d'eux s'aaued les jaœbea^oroi- 
aées dans un fauteuil dçré, lit un teste des 
liTres sacrés et rappelle à l'auditoÎBe les verbiBi> 
les préceptes de Somana-Cudôm et le mérile; 
des aumônes. On o£(re en exemple la charilé 
de Boudba qui donna sa:cbair à manger à des' 
animaux afiEamés et qui, bien qu'il fut défendu: 
de rien tuer, immola sa femme et ses wfants- 
pour nourrir des religieux ! 

Les bouKes sont souvent priés d'assister à 
des cérémonies dans les familles. Ils n'entrent 
pas dans une maison, surtout s'il y a un 
étage, sans s'assurer que personne et particu- 
lièrement une femme n'aura les pieds plus 
élevés qu'eux. 

Les femmes, comme chez les peuples d'Asie, 

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ET ROYAVIR M CAMBODGE 447 

sont liûssées dans un état complet dlgooraiicej. 
Dans les possessions anglaises des mers da. 
Chine, les dames européennes ont formé uoei 
soiciété pour la propagation de l'instrut^ion - 
parmi les Chinoises. 

L'oeuvre rrançaise de la SaintarEn&oee peut: 
poursuivre facilement le même but~ Nous avon» 
vu une femme annamite, supérieure d'un cou- 
vent catholique indigène, qui lisait et écrivait, 
les caractères chinois et les caractères latins. 
L'iotelligeoce ne fait pas défaut à la partie 
féninine de la population. Il y aurait peuti^ 
être un grand bien à réaliser de ce côté. 

Quant aux. garçona, aucune mesure, a'est 
{irise ni par le gouvernement ni par les villages: 
au Cambodge pour répandre rinstruetion parmi 
eux. Les bonzes se chargent de ce soin et ils 
rendent sous ce rapport de très grands services 
au pays. Les bonzeries sont des écoles où lea 
jeunes Cambodgiens séjournent plusieurs aa- 
nées. Tout en acquérant ainsi des mérites pour 
leurs ancêtres, leurs parents et eux-mêmes, ils 
apprennent la lecture et l'écriture. Il y a. sou-: 
vent négligence de la part des professeurs qui 
emploient d'ailleurs une méthode toute rotiti- 
nière. De là pour les écoliers une grande perlât^ 

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448 COCHINCHIIIE FRANÇAISE 

de temps. Les boozes font lire à leurs élèves les 
livres sacrés, et gravent ainsi dans leur mé- 
moire les traditions religieuses. Ils sont dépo- 
sitaires noD-seulement des livres religieux, mais 
des ouvrages de littérature ou de science. Ils en 
foDt des copies. C'est par eux que l'instruction 
sa transmet dans les basses comme dans les 
hautes classes. Ils jouent donc à peu près le 
rôle de nos monastères au moyen-àge. On voit 
beaucoup de Cambodgiens prendre l'habit 
jaune pour quelques années, rentrer ensuite 
dans la vie laïque, choisir une profession ou 
un métier et se marier. 

Si donc, pour être impartial, on juge des 
idées et du culte religieux d'un peuple d'après 
lé degré de civilisation, le gouvernement, les 
coutumes d'un pays, et non d'après notre civi- 
lisation moderne, nos mœurs et les influences 
d'Europe, on comprendra comment la vie des 
bonzes, les services publics qu'ils rendent, 
leur contact fréquent avec les laïques dé tout 
âge, de toute condition, engendrent à leur égard 
un profond respect. Les règles très sages de 
cet ordre considérable le rendent inébranlable 
et pins influent peut-être que ne l'est le clergé 
dans les états européens. Les rois les révèrent, 

DKlzc.J;.G00glc 



BT ROÏàtlMB BB CAiHBODGE 4ÀQ- 

leur personne est sacrée. Cet ordre est aussi 
ancien que le boudliisnie, il est né de lui. Le 
boudhisme vivra et périra avec lui. Déjà la 
preuve en est palpable en Cochinchine, oii les 
bonzes sont bien moins répandus et moins res- 
pectés qu'au Cambodge. Aussi, malgré les 
persécutions, les proscrip lions, les mission- 
naires y ont opéré un grand nombre de cqd- 
version» et fondé de grandes chrétientés;- 
tandis qu'au Cambodge où les prédicateurs 
jouissaient de la faveur du roi, le zélé intel- 
ligent et les efforts d'un vénérable évêque, 
confesseur de la foi, Mgr Miche, ont à lutter 
contre les traditions religieuses très vivaces 
dans la population et ne parviennent pas tou- 
jours à les déraciner. C'est là probablement 
la cause du lent développement et du peu de 
progrès de la religion chrétienne au Cambodge. 



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COCHINCHINE FRANÇAISE 



Le grmd lac. — Pfche annuelle. — PréparatiOD et pris moyen du 
poUson. — Ruines d'Angcor. — Origines cambodgiennes. — An- 
cien iDjaume de Cham ou Tslampa. — Rapporta des langues de 
l'Inde postérieure arec la langue cambodgienne. — Archéologie 
indienne et cambodgienne. .— I^oiitd du Cambodge comme centre 
de la religion boudliique dans l'Indo-Cbine. — Identité d'origine 
arec les Lao, avec les Siamois, avec les Birmans. 



En remontant le bras d'Oudong en canon- 
nière à vapeur, on arrive en deus jours au 
grand lac. En barque, on met environ quatre 
jours. La frontière siamoise coupe ce lac par 
le milieu. Le Tenli-sap {fiea\e d'eau douce) peut 
se diviser en trois parties : l'embouchure des 
lacs ou véat poc, qui a dix kilomètres de long 
sur dix de large, le petit lac, qui a trente kilo- 
mètres en longueur et en largeur, et enfin le 
grand lac, qui a une longueur de soixante-dix 
kilomètres sur une largeur de trente kilomètres. 
La communication du petit au grand lac est 
lai^ de dix kilomètres ; la plus grande haa- 



d:t Google 



ET ROTACHE DE CAUBODtiE 451 

teur des eaux est de dix mètres en septembre 
et en octobre. 

La pèche se fait de janvier en mai. Et!e est 
très actire au mois de mars. Dès le mois de 
novembre, les eaux descendent avec rapidité. 
Au sortir du lac pour entrer dans ie fleuTe, 
elles forment un vaste entonnoir oiî l'on prend 
de prodigieuses quantités de poissons d'une 
belle grosseur. Lorsque les eaux n'ont plus 
que cinquante centimètres à un mètre de pro- 
fondeur, en février et mars, les lacs sont de 
véritables viviers où le poisson, qui est d'ex- 
cellente qualité, se prend aisément. On le pré- 
pare sur place : on le fend en deux ; on sépare 
la tête, qui sert à faire de l'huile, on enlève les 
entrailles et le sang, que le fleuve emporte à la 
mer; mais il reste sur les rives une odeur 
nauséabonde. On saupoudre de sel les deux 
faces aplaties du poisson- et on les fait sécher. 
Les Cambodgiens préfèrent pour cela le sel de 
Baria à celui de Ba-xnyeo dont le transport 
coûterait moins cher, mais qui contient sans 
doute du chlorure de magnésium et par suite 
décompose la chair du poisson. Ils se servent 
quelquefois, à défaut de sel, de cendre de pal- 
miier. Le poisson salé entre pour beaucoup 

^izcjî.Googlc 



453 cocBim^iiNE pkakçaise 

dans l'alimentalion des Chinois , des Cam- 
bodgiens, des Annamites, des Siamois, etc. 
Le picul de GO kilogrammes vaut en moyenne 
36 francs à Saigon, et il en est exporté tous les 
aoB de Saigon pour plus de 1,200,000 francs. 
Les barques annamites munies de permis fran- 
çais ne paient aucun droit pour la pèche dans 
le grand lac. 

Un petit arroyo, dont une montagne indique 
à peu près l'entrée presque à l'extrémité nord 
du grand lac,, conduit aux ruines des temples 
d'Angcor. Ces splendides monuments boudhii- 
ques dont la grandeur et la beauté étonnent 
les voyageurs sont situés à environ seize kilo- 
mètres de l'embouchure de ce petit arroyo. 

Selon tes uns, ils ne remonteraient qu'au 
IX' siècle; selon d'autres, ils auraient été cons- 
truits par les caravanes indiennes qui se ren- 
daient dans ces parages pour y commercer 
avec la Chine, et surtout par les marchands 
malabars, il y a près de deux mille ans. 

Les Cambod((iens n'ont même pas souvenÎD 
de leur grandeur passée, ils s'arrêtent frappés 
d'étonnement à la vue de ces magnificences et 
ne trouvant pas -explication raisûnnable à 
donner, leur imagination les porte à déclarer 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 4^ 

que c'est l'œuTre des angee. Les lettrés, plus 
hardis, attribuent ces ouvrages au roi lépreux, 
^amdach-Comlang , dout on voit dans les 
temples d'Angcor une belle statue. Qaant à 
la ville d'Angcor, qui était immense, -c'est au 
milieu du xvii^ siècle que cette cité fut prise 
et détruite de fond en comble par les Birmans. 
Ces ruines, qui couvrent quarante kilomètres 
de superficie, ont été en partie décrites par 
plusieurs explorateurs, il y a lieu d'espérer 
que la commission française d'exploration du 
UékoDg, qui les a récemment visitées, fera 
connaître à l'Europe d'une façon complète ces 
merveilles d'une civilisation passée. 

Ces témoignages d'antique grandeur éveil- 
lent en nous le désir de connaître l'origine de 
la oaitioQ qui a élevé ces magnifiques temples. 
Nous ne pouvons qne nous borner, quant à 
présent, à des conjectures. 

D'après les traditions des Siamois, il existait 
autrefois dans le nord du Siam un important 
royuime fondé par leur race et qui s'est en- 
suite fractionné en petites principautés. C'était 
le royaume de Lao (1), qui formait alors une 



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454 COGBIItCHlNE FRANÇAISE 

nation homogèDe, un peuple unique. C'est en- 
core la plus nombreuse des races indo-chi- 
noises et celle dont le territoire est le plu» 
étendu. En e£fet, il louche à la Chine, au Tong- 
quin, à La Cochinchioe, au Cambodge, au 
Siam, à la Birmanie, à l'Inde et au Thibet. Des 
portions importantes de ce grand peuple se 
séparèrent autrefois de la souche primitive, 
soit par suite de dissensions et de guerres in- 
testines, soit pour acquérir la suprématie, soit 
pour former de petits états indépendants dans 
cette vallée du grand fleuve de Lao, soit pour 
émigrer, l'un vers l'embouchure du grand 
fleuve (Cambodge] (1), l'autre dans la vallée 
du Meinam (Siam), un autre dans !a vallée de 
l'irawady (Birman). 

On a vu de même les Cham, émigration ma- 
laise qui avait fondé au sud de TAnnam le 
florissant royaume de Ciampa, se disperser 
lors de la conquête annamite. Ils ne forment 
plus que des tribus peu nombreuses et réfu- 
giées dans la Basse-Cochinchioe et surtout 
dans le Cambodge. 

(t) Tenli-TLAm, en cambodgien, et Song-ldn eo, anoantite, (laad 
fleuve ; Ciiu-long-giang, en chinois, gnnd fleuve <tu dragon; Mé- 
kong au Lao, mèrt d«s eaui de Kong, 

C«Mzc.J;.G00glc 



ET ROYAUME DE CAMBODGE 455 

I^s Annamites se sont séparés en Toagqui- 
nois et Cochinchiaois. 

Le Cambodge, par suite des guerres civiles 
et des empiètemeats des Annamites et des Sia- 
mois, aurait été sans l'interventioD française 
partagé rapidement en provinces tributaires 
de l'Annam et du Siam. 

Mais ces divisions ne pouvaient ellacer l'ori- 
gine malaise, commune aux. tribus Cham ; 
l'origine annamite, commune aux Tongquinois 
et aux Cochinchinois ; l'origine Lao, des nom- 
breux éUits de la vallée du grand fleuve et des 
royaumes de Cambodge, du Siam, et peut-être 
de la Birmanie. 

Toutes les langues de l'Inde postérieure, de- 
puis le Brabma-poutre jusqu'au Grand-Fleuve 
du Cambodge, ne sont à vrai dire que des dia- 
lectes d'une langue fondamentale. La langue 
mère a été modifiée chez chacun de ces peuples 
et de la même manière par Tintroduclion des 
mots sanscrits et malais et de mots palis. 

Le grand nombre de mots sanscrits qui 
ûgurent dans la langue cambodgienne prouve 
le mélange de l'élément indieo avec cette race. 
Quant aux caractères palis, ils datent de l'in- 
troduction du boudbisme. Les livres sacrés 

[,Mzc.J;.G00glc 



456 COCDIRCHINE FRANÇAISE 

apportas de Ceytan élant écrits sous cette forme; 
on les traoscrivit eo caractères cambodgiens, 
qui représeataieot phoQéliqumKnt tes mots 
palis et on en fit ensuite la traduction eo langue 
cambodgienne. Le pali devient alors par rap- 
port à la langue du Cambodge ce que le copie 
ancien est à la langue actuelle de l'Egypte, le 
zend à la langue parsi, le kawi à ta langue 
malaise. Ces peuples ont en effet une langue 
sacrée dans laquelle sont écrits leurs livres de 
religion, et dont ils se servent encore sans la 
comprendre dans leurs cérémonies religieuses 
■et une autre langue différente de la première, 
quoique ayant avec elles de nombreuses ana- 
logies, seule en usage dans le peuple. De 
même en Chine la plupart des livres de prières 
que les prêtres boudhistes sont obligés d'ap- 
prendre ne sont d'un bout à l'autre que des 
transcriptions chinoises des livres saoscrils. 
Les bonzes les étudient et les récitent sans en 
comprendre le sens, parce que c'est une tra- 
duction du son et non de l'idée (1). 

Avec le nouveau culte commença la civih 
aation cambodgienne, qui se développa rapide- 

fl) Emjnre chinai;, t. Il, chap. 6. 

.lzc.J;.G00glc 



ET ROïAUHE DE CAMBODGE 457 

ment par le contact avec les caravanes mar- 
chandes et les émigrations des Malais, Per- 
sans, Arabes et surtout Malabars, qui allaient 
trafiquer dans la vallée du grand fleuve de Lao, 
ou qui fuyaient la persécution des brahniines. 
Les grands monuments d'Angcor, qui sont 
des monuments boudbiques, portent des ins- 
criptions en pâli que les Cambodgiens peuvent 
lire, mais dont les plus habiles lettrés peuvent 
seuls déchiffrer le sens. Le pâli est la langue 
sacrée, la langue et la littérature du culte de 
Boudha, qui s'est répandue au-delà du Gange 
avec cette religion. Mais de ce que le pâli tient 
une assez grande part dans les langues du Lao, 
du Cambodge, du Siam, de Birmanie, du Pé- 
gou, on ne saurait en déduire pour ces peuples 
une origine indienne, comme on l'a fait. Ce 
serait aussi peu rationnel que de donner aus. 
Français une origine grecque, parce que leur 
langue renferme des mots tirés du grec. 

L'origine dés Cambodgiens ne sera connue 
et constatée que lorsque la mission française 
qui vient d'explorer le Lao nous aura rensei- 
gnés sur ce dernier peuple. 

D'après les données qui précèdi-nt, il ost 
très probable que la nation cambodgienne a 

26 

D,c,l,;cd:t Google 



458 COCHINCHIHE FRANÇAISE 

été formée par des alliances entre des Iribus 
du 1.^0 et une émigration indienne. Plus tard 
a pu s'y mêler dans udc moindre proportion 
l'élément malais. 

Pour faire des Cambodgiens une tribu Lao 
primitive, on ne saurait s'appuyer, comme oa 
l'a fait à tort, sur l'identité de religion dans 
les deux paya, le boudhisme ayant été intro- 
duit d'abord au Cambodge, avant de l'être au 
Lao. Ceylan était la Rome des boudhistes; 
mais en envoyant directement au Cambodge 
les livres sacrés et des prêtres de ce culte, ce 
pays devint un centre religieux d'oii le bou- 
dhisme se répandit plus tard au Siam et au 
Lao, ses voisins. 

Ce fait est si bien constaté que les livres sa- 
crés des Siamois sont écrits en caractères cam- 
bodgiens. 

Les Siamois étaient également une tribu du 
Lao,'c'est l'avis de Mgr Pallegoix. On en trouve 
encore la preuve dans le passage suivant des 
annales siamoises : 

a Ud roi lao de Cbieng-raï (1) fuyant avec 
€ une grande partie de son peuple, de sa ca- 

(1) Chieng-niaî est It capilale actaejlo du {.go occiiJenlal. 



ET ROYAUME DE CAUBODCE 459 

c pitale, prise par un autre roi Lao, eon voi- 
c sin, se réfugia sur le terriloire actuel du 
t Siam. Ed traversant le fleuve Po, il arriva à 
c une ancienne cité en ruines. I^à il campa et 
V d'après l'avis d'un ermite (sous la forme du- 
« quel il reconnut Phra-ia, le roi des anges), 
■ il établit là une capitale avec des fortiûca- 
« tions, des tours, un palais et des habitations 
a pour les grands et le peuple. Là régoèreot 
< lui et ses descendants pendant quatre gêné- 
€ rations. > 

Le Siam, tributaire du Cambodge son voisin, 
conserva l'alphabet cambodgien jusque sous 
Prèa-Ruang (638 de notre ère), qui le modifia 
et en forma Talpbabet Thaï. La race siamoise 
se rapproche beaucoup plus du type mongol 
que du type iDdien. 

Quant ans. Birmans, leur voisinage immé- 
diat avec l'Inde rendit leur mélange avec ce 
peuple bien plus apparent. Les livres boudhi- 
ques y furent apportés de Ceyian par un brah- 
mine converti. 

Ainsi, d'après la langue et l'écriture des 
Cambodgiens, Siamois, Birmans et Lao, ces 
peuples paraissent avoir une origine commune 
et s'être alliés plus ou moins à des émigrations 

D,clzc.J;.G00glc 



460 COCHÎNCHINE FRANÇAISE 

indiennes (Cambodgiens et Birmans), à la race 
mongole (Siamois). Tous ces peuples ont h peu 
près la même forme de gouvernement, le même 
calendrier, le même mode d'habillement, un 
môme style en architecture, sculpture et pein- 
ture, ie même usage de brûler les corps. L'or- 
dre des religieux boudhiques suit chez eux la 
même règle, porte le même costume, jouit des 
mêmes privilèges et du respect de tous. 

Ces quatre peuples ont conservé intacte la 
doctrine boudhîque, telle qu'elle leur était par- 
venue de Ceyîan. Les rîtes et observances sont 
restés les mêmes, tandis qu'au Japon, en Chine 
et surtout en Cochinchine, le culte a été défi- 
guré, tranformé et ses adeptes sont tomb^ 
dans l'tndifTérence. Si quatre peuples, voisins, 
rivaux et souvent ennemis ont depuis seize 
siècles conservé l'unité de croyance et l'unité 
de culte, ne pourrait-il y avoir entre eux égale- 
ment unité d'origine et de race? 

Pour donner aux Cambodgiens une origine 
purement indienne, il faudrait aussi l'attribuer 
aux Siamois et aux Birmans. Ces derniers, en 
raison de leur situation près de l'Assam et du 
Bhotan, ont pu se mélanger en grande partie 
à l'élément hindou ; mais on ne peut eu dire 

[,Mzc.J;.G00glc 



ET BOVAlIHi: DE CAHBODCE 481 

autant des siamois, cbez lesquels domine l'élé- 
ment mongol. 

En résumé, les Cambodgiens nous parais- 
sent descendre des Lao, peuple autochtone de 
la vallée du grand fleuve, et s'être alliés à une 
émigration indienne. Leur type se rapporterait 
donc, non à la race indo-chinoise, mais à une 
race lao-indienne. 



;.COOgic 



cocamcHiNE française 



Imiliii'p^nh. — Ville flottable. — Concession française. — Rtprf- 
senUnt francus prés du roi. --Crue périodique da Grand-Fleore, 
— Po|niUtioa. — Centre commentai. 



Lorsque nous sommes passé à Phnôm-pénh 
une première fois, il était nuit; de nombreuses 
barques étaient amarrées le long du rivage. 
Les lumières des barques et des maisons nous 
apparaissaient en longues rangées superposées, 
les rives ayant une élévation d'une douzaine 
de mètres au-dessus du niveau des basses eaux. 
Les torches qui s'agitaient , la population con- 
sidérable qui allait et venait, les nombreux 
bateliers, les cris, le bruit, le mouvement, tout 
faisait pressentir un centre important. 

Phnôm-pénh (ou Nam Vang) est, à tous 
égards, la capitale du Cambodge par sa position 
qui commande le pays , par son importance 
commerciale et le nombre de ses habitants. 
La grande rue est bordée de maisons occu- 



..Googlc 



ET ROTAUHE DE CAMBODGE 463 

péea par des Chinois, implantés depuis long- 
temps dans la localité. 

Beaucoup de gens vivent dans lenr barque. 
Dans la saison sèche, la crainte des iDceudies 
fait que l'on transporte dans ces hahitations 
mobiles tout ce que l'on a de précieux. Les 
cruches remplies d'eau que l'on fixe sur les 
toitures en feuilles de palmier sont, en effet, 
bien impuissantes à éteindre le feu. 

Les barques cambodgiennes sont longues, 
carrées, semblables à des maisons flottantes. 
De gros bambous sont placés de chaque bord 
pour alléger le chargement. Leur pavillon 
porte un cheval blanc sur fond rouge. 

Le' roi a fait preuve d'intelligence en venant 
s'établir à Phnom- péoh en 1866. Il a l'inten- 
tion de s'y faire construire un palais plus 
digne de ce nom que les constructions en bois 
à Oudong. La population de cette ancienne 
capitale s'élevait à une dizaine de mille âmes, 
mais elle était surtout formée de mandarins, 
de fonctionnaires, de serviteurs et de gens de 
palais qui ont suivi le roi à Phnôm^pénb. De 
sorte que Oudong la Victorieuse n'est plus 
aujourd'hui qu'une citadelle et un poste mili- 
taire. 

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464 GOCHIMCHUffi FRARÇAISt 

Dans l'île qui se trouve en face de Phnom- 
pénh et dont la pointe est occupée par la douane 
cambodgienne, la France possède une conces- 
sion qui s'étend à la fois sur la rivière d'On- 
dong et sur le grand fleuve, avec faculté d'j 
construire une citadelle. Non loin de là est 
mouillé le yacht du roi, petit vapeur qui lui a 
été donné par le gouvernement français. Il y a 
toujours UD hàtiment de guerre français en 
station à Phnôm-pénh. Le commandant de la 
station navale réside à terre, avec le titre de 
représentant du protectorat français près S. M. 
Norodom. Il est l'intermédiaire entre le Gou- 
verneur de la Cochinehine et le roi de Cam- 
bodge. Les sujets français qui commercent 
dans ce pays sont sous sa juridiction. Il est le 
défenseur direct de leur« droits et de leurs io- 
térêts. Près de la ville est un obélisque que les 
Cambodgiens disent avoir été amené du Lao 
pendant une grande inondation et dressé par 
l'intervention d'un ange. 

La largeur du grand fleuve à Pbnôm-pénh 
est d'environ un mille (1852 mètres). Tous les 
ans la crue des eaux commence vers la un 
d'avril, de sorte qu'à celle époque on remonte 
le bras d'Oudong sans avoir à lutter contre le 

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ET ROYAUHE DE CAMBODGE 465 

courant. L'inondation se répand par une mul- 
titnde d'arroyos dans les campagnes qu'elle 
recouvre jusqu'au mois d'octobre ou Tiovera- 
bre, ce qui cliaDge complètement l'aspect de 
ce pays. C'est pourquoi les maisons cambod- 
giennes, même dans les plaines, sont construites 
sur pilotis. A Pbnôm-pénh, le niveau de l'eaa 
s'élève d'une dizaine de mètres et vient jusqu'au 
pied des cases. La crue du fleuve paraît avoir 
pour cause la fonte des oeiges des montagnes 
du Tbibet et surtout les pluies de la mousson 
de S.-O. dans les pays qu'il traverse. Pendant 
que les eau\ restent hautes , on ne remarque 
plus aucun courant. Enfin, lorsqu'elles baissent, 
le fleuve et ses affluents reprennent leur cours 
vers la mer et l'on descend rapidement en 
barque à Mitho. Les plaines sont verdoyantes, 
c'est l'époque de la récolte du riz. Pendant la 
saison sèche, les hautes herbes et la paille des 
rizières sont brûlées sur la terre, une nouvelle 
couche de limon apportée par les eaux lorsque 
la crue périodique recommence, se mêle à cette 
cendre ; le sol est fertilisé, et l'on obtient sans 
engrais et presque sans culture de magnifiques 
récoltes. On peut donc dire que ce fleuve est 
le père nourricier, le Nil du pays. 

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466 COCHtNCHINE FRANÇAISE 

Phnôm-pénh esl VenLrepôt où vieotienl s'ac- 
cumuler les diverses productions du Cambodge, 
pour être de là exportées en Cochinchine. Aussi 
plusieurs négociants français se sont-ils &iés 
dans cette ville. 

La population se compose de Cambodgiens, 
de Malais, de Chinois et d'Annamites . Ces deux 
dernières classes forment en outre une popula- 
tion flottante d'acheteurs et de vendeurs, de 
gens sans aveu, prêts à lever l'ancre pour cher- 
cher asile ailleurs. L'aspect de la ville et du 
fleuve est des plus animés, surtout à l'époque 
oii unit la pèche du graod lac. Le marché 
est important et bien approvisionné. 

Le commerce qui s'y fait consiste principa- 
lement en riz, soie, colon, sucre, tabac, poisson 
salé, poivre, gomme^utte, indigo, cire, ivoire. 
Les Cambodgiens ne savent pas obtenir le sucre 
cristallisé. L'indigo est de bonne qualité, mais 
il est mal préparé. Le coton se vend à la ville 
chinoise, égrené, de 100 à 120 francs le 
picul. Le poivre se récolte en assez grande 
abondance, c'est une culture à développer. 
Le tabac est plus estimé que celui de la Co- 
ehinchine. La laque du Cambodge a été expé- 
rimentée à Saigon et a donné de magniâques 

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ET ROYAUME DE CAMDODGE 467 

résultats. Il y a des sapins dans le haut pays. 
I.es exploitations de bois dur offrent de grandes 
facilités et de beaux bénéfices. L'ivoire, le car- 
damome, le bois d'aigle appartiennent de droit 
au roi, qui fait exploiter ces produits et lea 
vend aux Chinois. On a trouvé au Cambodge 
une carrière de sulfate de chaux. A Phnôm- 
pénh descendent les productions de la vallée 
supérieure du Grand-Fleuve. C'est là que le 
Lao envoie quelques-unes des richesses encore 
incoDDues de cet immense Bassin du Mékong 
tout récemment exploré. 

Phnôm-pénh est à 1 70 kilomètres de Saïgon, 
à dix jours de Bangkok à dos d'éléphant, en 
passant par Battambang. JI n'y a pas de com- 
munication par eau entre le fleuve du Cam- 
bodge et le Meinam, entre Phnôm-pénh et Bang- 
kok ; mais la route de terre est praticable. 

Les monnaies en usage sont les nêns, ou lin- 
gots d'argent annamites valant de 70 à 80 fr., 
et les ligatures de'sapèques; la piastre est 
moins prisée que les lingots. 



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COCHINCUINE FRANÇAISE 



POIDS ET HBSURES DU CAMBODGE 

Poids. 

< him = O8390 

4 chi^ 10 hun := 3 90 

< toiiilong=4 la61 = < once = <0 chi. = 3i« 05 

I néal = i6 tomIODg =:4 liTM ^ 624 80 

i hien = )0 néaU. = 6*248 

4 hap = 400 néal = 1 picul = 6i 48 

Mo hap mo chong = 4 picul 4/2 = 93 7i 

4 choDg = 1/î picui = 31 24 

Capacité. 

{ tb&og ^ 4 boisseau de 40 litres. 
4 tau ^ I boisseau de 20 litres. 

Langueur. 

Mesures employées pour les bois et Ussus. 
4 bal = 4 coudée ou piod d'euviron 0" 50^ 
Ho bat mo chomam = 4 coudée ol une palme. 
Mo bat pir thnop = 4 coudée et 2 travers de doigt, 
4 phiéam = 4 brasse. 
Sompot mo tbboug, étoiïe de 40 coudées. 
4 son =20 pbiéam =20 brasses, environ 43 mètres. 
Mesures pour les terres. 

4 li = 4 00 son = 4 ^ 300 mètres. 

4 chhu = 5 hat = environ 2" 50 centim. 

4 cong = 60 hat = 4 2 chbu = 30 mètres environ. 



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ET ROÏAUHE DE CAMBODGE 469 

Monnaies (valeurs variables). 

1 liea =60 cas ou sapèques. 

ItreDotcas =600 sapèques = I ligature. 

1 bnch = 10 J^atures. 

i diDh = 1 laël... = 7fr8 50. 
1 duongsiem [poids 15 gr. 50) = 3 fr. 50 (lical). 
I fuoDg =: 1/2 slong = fr. 13 cenliines environ. 
1 slong (poids i gr. 50) = fr. 85 c. environ (luong). 

I bal = i slong = 1 lical = 3 fr. 80 centimes (3/10 
d'alliage, poids 18 gr.) 

II slong = 3 batlds. 
12 d» =3 bat. 

U d" = 3 bal sang = 4 licals. 

15 d° =1 lomlonglds. 

16 d° = i bat = 1 tomlong = 1 i frs. 
30 tomlong ^ 1 aoching. 

1000 tomlong =: mo hap, 

1 piastre mexicaine = 1 prac riel =^ 5 fr, 5o c. 

1 piastre 1/2= 1 riel mo chôm bieng. 

1 barre d'argent = 1 nén = 80 francs. 

1 barre et demie= 1 nën mO comnat. 

An Siam le tical vaut 60 centièmes de piastre meïi- 

caine. 
Le slong vaut 15 centièmes de piastre (cents). 



DiMiicdBytoOgle 



COCHINCHME FIl.\NÇAISE 



aisoDS. — Année lunaire. — Gjcie cambodgien. -- Manière d< 
compler l'ige. — Ère rdigieus«. — Jours et beans. — Cadrans 
solaires. — Clepsydre. — Langue eaœbc^ieiiiie. — Écriture. — 
Locutions diverses, — Livres camlKidgieiis. — Livres siamois. — 
Caractères pâli, 



Les Cambodgiens divisent l'année en trois 
saisons : du 15 octobre au 15 mars, c'est U 
sécheresse; du 15 mars au 15 juillet, la saison 
dea chaleurs; et du ISjuilletau ISnovembre, 
•la saison des pluies. 

L'année est lunaire comme celle des Chinois, 
mais elle ne commence pas à la même époque. 
Leur nouvel an date du premier jour du cin- 
quième mois. Leur première lune ou premier 
mois est celui de phetrebot. II répondait, en 
1866, au 8 décembre, et le nouvel an au 17 
mars 1866, jour du nouvelle lune. En 1867, 
leur nouvel an répond au 5 avril, ou premier 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 471 

jour de la lune de ckêt. L'épacle les force à 
ajouter, comme les Chinois, tous les trois ans 
un mois intercalaire. Le huitième mois, vers 
notre mois de juillet, est celui que l'on double 
ordinairement en appelant le premier prea- 
tam-asat, et le second tup-téa-asat, ce qui eut 
lieu en 1866. Leurs mois étant alternative- 
ment de vingt-neuf et de trente jours, il en ré- 
sulte en outre un retard de-deux ou trois jours 
tous les dix.-neuf ans ; c'est pourquoi on ajoute 
de temps à autre un jour au septième mois, ce 
qui se fit en 1860. Us appellent l'année de 
treize mois chhnam-luc-khê, l'année oii l'on 
rétablit l'ordre des mois. 

Le cycle cambodgien est de douze ans. Il 
est représenté par douze noms d'animaux. Ce 
sont les mêmes que ceux des cycles 



■* / Chut, rat ... . 

Chinois 1 IChtitou, bceur. . 

Annamites f de jKbal, tigre . . . 
Siamois 112 lettres JThâ.Uè're . . . 
Birmans \ rftung, dragon . . 

/ \ Méasanh, serpent, 



Héa-ni, cheval. IS10' 
Uéa-me, chârre 1871 
Vflc, singe . . 187i 
Roca, poule . . 1873 
Ch!l, chien. . . ]87i 
Cor, porc . . . 1875 



' Ils appellent un espace de dix ans, khsè. 

Ha comptent leur âge d'après le nom de l'an- 
née dans laquelle ils sont nés. Ainsi un homme 
disant en 1867 qu'il est né il y a trois khal 

D,ilzc.J;.G00gic 



47â COCHlNCBtnE FRANÇAISE 

(tigre), OD comptera deuifoîs douze ou v\a^ 
quatre ans à partir de la dernière évolution de 
l'année khal, plus l'année du lièvre (tbà), qui 
s'est écoulée depuis la dernière année kbal, ce 
qui Tait vingt-cinq ans. Cette manière de eoaq)- 
ter l'âge est assez embrouillée, et même m 
comptant sur leurs doigts, sou-vent ils ne peu- 
vent trouver le nombre exact d'années ; ausù 
beaucoup d'entre eux répondent-ils, quand on 
leur demande leur âge, qu'ils l'ont oublié. 

Leur ère est celle de Boudba. En 1867, iU 
comptent 2410 ans depuis l'entrée de Somana- 
Cudôm dans le nirpéan. 

Selon une autre version, la mort de Somana- 
Cudôm remonterait à 567 ans avant Jéans- 
Christ, et 1867 répondait à l'année 2434. 

Les Cambodgiens n'ont pas de semaine; 
mais ils ont une série de sept jours, dont le 
premier est appelé jour du soleil, le deuxième 
jour de la lune, et les cinq autres sont nommés 
d'après les planètes. 

Ils comptent les jours de quinze en quinze, 
suivant la période croissante et la période dé- 
croissante de la lune. Ils divisent le jour en 
vingt-quatre heures (mong). On compte la pre- 
isière heure de jour à partir de 6 beurw du 

DiMiicdByGoogle 



ET ROYAUME DE CAMBDDOE 473 

matin jusqu'à 6 heures du soir et la première • 
heure de nuit à partir de 6 heures du soir. Ce 
mode décompter les heures est peu usité. Ilsdi- 
visent la nuit en quatre veilles (hiéam) de trois 
heures chacune. La plupart du temps ils se 
servent pour le jour comme pour la nuit de 
termes de convention tels que ceux-ci ; • le lever 
du soleil, l'éclat du soleil, le soleil perpendicu- 
laire, le soleil décline, le soleil disparait au- 
delà des monts (expression également employée 
par les Italiens), le coucher du soleil, le cré- 
puscule, l'heure où les enfants dorment, mi- 
nuit, l'étoile du matin, etc. » 

Ils ont une idée des cadrans solaires et en 
emploient un qui a trente-trois divisions : Midi 
marque zéro-. De là l'expression : « Pi léa pon- 
man, pi long ponman? De combien l'ombre 
deseend-ellc ou monte-t-elle? >. 

Ils font aussi une sorte de clepsydre avec 
une noix de coco dans un baquet d'eau. Le roi 
Ong-Duong, pendant son séjour au Siam, s'était 
occupé d'horlogerie. Lorsqu'on 1 849 il rentra 
dans'ses états, l'usage de compter les heures 
à la manière européenne se répandit dans le 
pays et s'est bien propagé depuis. 

La langue' cambodgienne diffère totalement 



474 cocflmcHiUE française 

du chinois et de l'annamite. Ce n'est pas une 
tangue chantante comme l'annamite et le sia- 
mois. Elle n'a pas non plus de tons ; mais elle 
a des accents variés. Il n'y a ni article ni dé- 
clinaison, ni singulier et pluriel, ni genres, ni 
nombres, ni conjugaisons. Le comparatif, le 
superlatif, le pluriel, le passé et le futur des 
Terbes se forment au moyen do quelques par- 
ticules. Il s'en suit que la construction est fort 
difficile. 

L'écriture est phonétique. L'alphahet se com- 
pose de vingt-quatre caractères primitifs qu'on 
emploie seuls et de trente-trois lettres ou ca- 
ractères qui se modifient d'une trentaine de 
façons pour former des syllabes, au moyen de 
signes uniformes affectés à chacun de ces ca- 
ractères. Le cambodgien s'écrit de gauche à 
droite comme les langues d'Europe. Il res- 
semble au pâli carré. Quelquefois on arrondit 
les caractères. Les Cambodgiens peuvent lire 
le pâli, mais sans comprendre le sens des mots. 
La langue s'apprend en bien moins de temps 
qu'il n'en faut pour la langue annamite. II est 
à regretter que malgré l'importance de nos re- 
lations avec le Cambodge et malgré les travaux 
de plusieurs Français qui ont résidé dans le 

iiri^-Googlc 



El' ROYAUME t)E CAMBODGE 4Ï5 

pays, aucun diclionnaire, ni aucune gram- 
maire n'aient encore été imprimés pour faciliter 
l'étude de cette langue. 

Les Cambodgiens emploient des expressions 
difTérentes selon qu'ils s'adressent à un infé- 
rieur ou à un supérieur, à un mandarin, à un 
bonze ou au roi. Ainsi ils ne désigneront pas 
le fils du roi ou les membres du corps du roi 
par les mêmes termes que ceux d'un particu- 
lier. Pour exprimer qu'un bomme mange, on 
se sert du mot si ; en parlant d'un chef, on dira 
pisa; si l'on parle à un bonze ou au roi, ce 
sera soi. En parlant à un inférieur, moi se dit 
anh, à un supérieur knhôm, à un bonze ckhan, 
au roi knkom prea bât, ou thuli prea bat, moi 
poussière de vos pieds sacrés. En parlant à un 
homme du peuple on lui dit réas, vous; à un 
chef, lue; à une personne de condition, cot, 
neac, monsieur; à un bonze, corna eng; au 
roi, corna pycès. 

Comme l'écriture présente infiniment moins 
d'obstacles à surmonter que l'écriture chinoise, 
on trouverait sans doute un grand attrait à 
connaître les ouvrages cambodgiens sur la re- 
ligion boudhique, la morale, l'histoire natu- 
relle, le théâtre, etc., etc. Ce serait une étudo 

.lzc.J;.G00glc 



476 cocRmcHiHE française 

ou une occupatioD iatéressanle pour quiconque 

se propose de faire un long séjour en ce pays. 

Les livres cambodgiens, difficiles à se pro- 
curer parce qu'ils sont manuscrits, ne sont 
pas rares dans les bonzeries, chez les chefs et 
les lellrés, et même chez les particuliers. Ils 
se composent ordinairement de trente à qua- 
rante feuilles de palmier Lan du. Lao percées 
en leur milieu d'un trou dans lequel on passe 
une corde de soie. Elles ont cinq centimètres 
de largeur et leur longueur varie de vingt à 
soixante centimètres. 

On écrit avec un stylet en fer ayant la forme 
d'un soc de charrue et avec une encre faite de 
Doir de fumée et d'huile de bois. On passe cette 
encre sur la feuille de palmier, doot on essuie 
ensuite la surface, de sorte que l'encre reste 
dans les rainures faites par le stylet. 

La tranche est dorée ou peinte en rouge, et 
l'on ajoute deux planchettes qui forment le 
couvert du livre. 

Les écrits sur papier sont tracés au pinceau 
et à l'encre de Chine. On voit aussi des volu- 
mes d'une seule feuille de carton noir repliée 
sur elle-même en éventail. Les caractères s'é- 
crivent sur chaque pli avec un stylet eu bam- 

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ET ROYAUME m CAMBODGE ill 

bou trempé dans une solution jaune àe gomme 
de Cambodge. 

Au Siam, les ouvrages sacrés en langue pâli 
sont écrits en caraclères cambodgiens. Le pâli 
esl, comme on sait, un idiome savant, dérivé 
du sanscrit ; c'est la langue sacrée de l'Hin- 
doustan. Les livres religieux du Cambodge 
sont remplis de mots pâli ; les inscriptions des 
bas-reliefs d'Ângcor sont également en-pali, ce 
qui confirme encore ce que nous disions de 
l'origine de la religion des Cambodgiens. 



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cocnmcniNE feiakçaise 



Population du Cunbodec. — Gnodeur et dfctdence de ce rojauDie. 
— L^m'o du Pret-Kluii. — EmpUtenents des Amiamiiis. — 

Manque d'organmlion militaire. — Anses. — Causes du dfmeiii- 
lireinent du rojaume. — Courageuse réaction. — EmpiétemeDla . 
dn Siamois. — ÀTintages du protectorat trancais. — Limites.ac- 
tuelles. — Campoi. ^ Pnmnces cambodgiennes. — Divisions ad- 
ministratives. — Dncendanls des Porti^ais. — Malais. — Race 
Cliatti. — TrilHis des Penongs. — Commission d'eiploraUon da 
la vallée du Lao. — Travaux et mort de Uoubot. — Hort du 
comnuodaDt de Lagrée. 



On donne au Cambodge une population de 
500,000 âmes, dont les sept dixièmes sont 
Cambodgiens, le reste Malais, Chinois, Anna- 
mites. 11 y aurait donc à Siam, d'après Mgr 
Patlegoii:, autant de Cambodgiens que dans le 
royaume de Cambodge. 

Le Cambodge à l'époque de sa grandeur oc- 
cupait tout le littoral depuis le Binh-thuan 
(province voisine de Baria), alors appelé 
.o.-lc 



ET ROMUHK SE CAHM^GE 479 

Ciampa, jusqu'au Sîam, c'est-à-dire du 101* 
au 10T" degré de longitude, et dans l'intérieur 
il s'étendait au nord jusqu'au Lao, c'est-à-dire- 
du 8" au 15' degré de latitude nord. Le Siani' 
était sous sa domination, et ne se constitua en 
pays libre (royaume des thaï) qu'en 638, sous' 
Prâ-ruaag. L'^aiphabet cambodgien était alors 
en usage au Siam. Le roi Prâ-ruang le modilîa 
et es forma l'alphabet thaï. Du règne de ce- 
prince date l'ère civile siamoise, à laquelle sou 
nom est resté'attaché. 

Le Ciampa (ouTsiampa), pays des €hams, 
séparait le Cambodge de l'Ânnam. En 1013, 
le roi de Cambodge résidait à Bienhoa. Les 
ChiDOis appelaient ce royaume, dèe l'an 618, 
Cban-lâp. Les Annamites disent maintenant 
Caomen. 

Le mode de suceessidB 'au tr6ne, le grand 
nombre d'enfants que laissaient les princes, 
l'esprit turbulent de ce peuple, des guerrw 
civiles nombreuses, amenèrent promptement 
la décadence du royaume, 

Suivaut une ancienne légende cambodgienne, 
Prea-En, roi des anges,- se rendit en fendant 
les airs, une épée flamboyante à la main, au- 
près du roi d'Ânnam, du roi de Siam et du roi 
««(le 



480 cocnmcHiNE française 

de Cambodge. Il demanda à chacun quel était 
le bien qu'il désirait le plus obtenir. Le roi 
d'Annam répondit : l'extension souveraine ; 
leroideSiam : la conservation de son royaume; 
le roi de Cambodge : l'observation des pré- 
ceptes de la justice et de la religion. Au pre- 
mier, Prea-En donna un fourreau d'or, au 
second une garde faite d'or et d'ivoire, au 
troisième une lame étincelante comme le dia- 
mant. La conservation de ce palladium cam- 
bodgien, appelé Prea-Khan, est confiée à des 
personnages âgés, vêtus de blanc et vivant 
dans la retraite. Oq les nomme prea-cou- et 
leurcUai^ est héréditaire parmi eux. 

De cette légende semble ressortir la néces- 
sité d'une inviolable iinion, dans la paix, 
comme dans la guerre, entre ces trois royau- 
mes voisins, qui ne devaient rien entreprendre 
l'un sans l'autre ou l'un contre l'autre. Mais 
les rois d'Ânnam convoitèrent bientôt les belles 
provinces cambodgiennes et entreprirent la 
conquête de cet état. Ils lui enlevèrent suc- 
cessivement les provinces de Baria (1658), 
Ilienhoa, Saigon (1675), Mitho, Vinh-long 
(1699), Cbaudoc etHatien (1715). 

Les ■ Cambodgienâ , mieux doués que les 
««(le 



ET nOYAtlHÊ DE CAMBODGE 4SI 

Annamites comme force corporelle et courage 
personnel, ne purent résister à ces envahisse- 
ments. Bien, que tous les hommes, excepté les 
bonzes et les Chinois, soient soldats, le recru- 
tement se fait très difficilement en raison du 
peu de population. On est obligé d'avoir re- 
cours à des mercenaires malais; le manque 
d'argent empêche un armement régulier, géné- 
ral, rapide. On n'a donc qu'une multitude 
mal organisée et mal équipée. « Lorsqu'une 
« expédition est résolue et qu'un chef a re^u 
« ordre du roi de marcher à l'ennemi, il aver- 
« tit aussitôt tous ses clients de se préparer à 
« partir. Chacun fait sa petite provision de riz, 
« de set, de tabac, de bétel et se rend chez le 
« chef. Quand celui-ci est prêt, il monte sur 
a son éléphant et tous le suivent à pied et 
o pêle-mêle (1). » 

Les Cambodgiens ont peu d'armes à feu. Ils 
se servent de mauvais fusils à mèches, de 
lances, de sabres très longs qu'on manie des 
deux mains, de longs bâtons ferrés en bois dur 
très lourds, d'arcs et arquebuses et de flèches. 
Ils excellent dans la guerre d'embuscades. Ils 

(1) p. Graiulieaii. 

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482 CQCHINCHIHE FfiABÇAlSEL 

marchent au combat la tète ceinte de cou- 
ronnes de cordes renfermant une sentence re- 
ligieuse et mystérieuse qui doit les rendre in- 
vulnérables. Ils ont peu d'éléphaolfi^ peu de- 
clievaux. IjCS Annamites, au contraire, lan- 
çaient contre le Gaoïbodge une arpiée régulière. 
et bien équipée, bien organisée et mieux ar- 
mée. 

Ainai le manque d'organisation dans l'état, 
d'armée régulière, d'armes à feu, d'enteate 
entre le» chefs,, de. subsides pécuniaires, le 
petit nombre de la populationy la faiblesse de. 
leurs rois, qui se croyaient sans cesse menacés.. 
en même temps par les Anuamites et les Sia-. 
mois, et l'imprévoyance innée des Cambod- 
giens qui leur faisait néglige! les approvisiwi- 
nements et les laissait affamer : telles sont, 
selon nous, les causes qui rendirent la con- 
quête annamite facile. 

II y eut de courageuses résistaoees, comme 
dans la réaction qui eut lieu sous Minh-mang i 
(1840), roi d'Annam, après la mort de Ong- 
chân, roi de Cambodge. Bientôt (1847) parut . 
le roi Ong-Duong (père du roi actuel) qui mon- 
tra plus d'énergie, sut se faire reconnaître roi 
du Cambodge par les Siamois et les Annamites 

D,M,IcdB,GOOglC 



ET ROYAUME. DE CAMBODGE 4^ . 

et améliora pendant son règne la situation du 
royaume (1). 

Si les Annamites n'avaient fait que coloni- 
ser, organiser et mettre en culture leurs nou- 
velles possessionB, les Cambodgiens se seraient 
probablement laissé protéger et même absor- 
ber par cette nation; mais en voulant obli- 
ger les Cambodgiens à transformer leurs 
mœurs et leurs coutumes et jusqu'à leurs 
vêtements (1816 à 1Ô40], en défendant les al- 
liances entre 1^ Annamites et les femmes bar- 
bares (c'est ainsi que les vainqueurs appelaient 
les, vaincus), en envoyant au Cambodge, des 
chefs d'armée qui rançonnèrent le peuple, l'op- 
primèrent et outragèrent les membres de la 
famille royale, les Annamites se firent détes- 
ter. La réyolte des Tay-son (1773 à 1802) 
avait arrêté leurs empiétements. Lorsqu'ils 
voulurent les poursuivre de nouveau, les.Cam- 
bodgiens usèrent de représailles. Il y eut des 
massacres considérables, et les Annamites du- 
rent se retirer en gardant toutefois ce qu'ils 
possédaient déjà. 



(I) Voit pour l'hislàre du Cambodge l'ouvrage du P. BoiilleTBiu 
et la traduction da Gia-dinb-Ibong-chi par H. Autant, etc. 



;. Google 



484 COCHlNCniNE FRANÇAISE 

Du côté de Siam, au contraire, la commu- 
nauté d'origine, de religion, de coutumes, était 
un motir de rapprochement. Aussi les vues 
ambitieuses du Siam étaient bien mieux cou- 
vertes. Il s'empara ou plutôt confisqua à son 
profit les provinces à l'ouest du grand lac, Bat- 
lambang et Angcor (1809-1813), et de Tait il 
gouvernait le Cambodge depuis un demi-siècle 
par l'intermédiaire de délégués siamois. 

Tel était l'état des cboses lorsque les Fran- 
çais, en s'emparant de la Basse-Cochincbine, à 
la grande satisfaction des Cambodgiens, succé- 
dèrent aux Annamites dans leurs droits sur le 
protectorat du Cambodge. Dès lors l'autonomie 
de ce petit royaume fut sauvegardée et assurée. 

Aujourd'hui, le Cambodge est compris entre 
la Cocbincbine française, le golfe de Siam, le 
Siam, le Lao et les tribus qui en dépendent. 

Il n'a qu'un port sur le golfe de Siam ; 
c'est Campot, où cbaque année quelques na- 
vires européens vont charger du poivre, du 
coton et autres produits. De Campot à Oudong, 
il y a une route que l'on parcourt en cinq jours 
de marche. 

Les principales provinces du Cambodge soat 
celles de Sroc-trao, chef-lieu Oudong; de Pur- 



ET ROÏA^UUE DE CAMBODGE 485 

sat, cheMieu Pursat; de CompoDg-soaï, chef- 
lieu Compong-thôm; de Tenli-thôm, chef-lieu 
CheloDg; de Bap-phnôm, chef-lieu lîap-phnôm; 
deThbong-kmum, chef-lieu ThboDg-kmum. 

Elles sout divisées en districts. 

11 y a dans chaque province un gouverneur, 
dans chaque district un chef de district assi- 
milable au huyen annamite, des chefs de can- 
ton et des maires assistés de notables. 

On trouve parmi la population quelques 
descendants des anciens Portugais, qui avaient 
pénétré au Cambodge en 1566 et découvert 
les ruines d'Angcor en 1 570. Plusieurs d'entre 
eus se sont mariés dans le paya. Les Cambod- 
giens qui disent descendre de pères portugais 
n'ont pas le type laid des Macaïstes, ou métis 
de Portugais avec les Chinoises. Ils sont catho- 
liques et ont conservé le nom de leur père 
ajouté à un nom cambodgien, comme Col de 
Monteiro, interprète du roi. 

Un grand nombre de Malais sont depuis 
longtemps établis au Cambodge. Ils sont ha- 
biles commerçants, qualité que les Cambod- 
giens sont loin de posséder, lis sont mahomé- 
taos, et l'un d'eux me disait que tous les trois 
ans ils envoyaient des délégués en pèlerinage 

DiMiicdByGoogle 



486 cocniNCHiNE française 

à la Mecque el y faisaient porter du bois d'aigle, 
bois blanc, tacheté de noir, résineux, employé 
comme parfum et comme médecine. On sait, 
du reste, que des Malais de Java vont chaque 
année à la Mecque par Poulo-Pinang, Poinle- 
de-Galle et Djeddah. 

On rencontre aussi des villages chams, ao- 
ciens habitants du Tsiampa (entre le Binh- 
thuan et Hué), chassés de leur pays lorsque 
les Annamites s'en emparèrent, de 14G0 à 
1600. 1^8 Chams ou Lam-âp on Tsiampois 
étaient les descendants d'une émigration ma- 
laise qui s'était fixé^ dans la Moyenne-Cochin- 
chine. Leur capitale était Phan-rye, port du 
Binh-thuan actuel. Au \\' siècle, uqc fille du 
roi des Chams avait épousé un empereur de 
Java. Ces Chams ont un idiome particulier 
tiré du Malais. Ils nomment eux-mêmes les 
chefs de tribus qui les gouvernent ; ils s'allient 
entre eus. Les Chuvéa-Cham ou Cham malais 
sont mahométaus. Les Cbam-thmon, qui se 
sont mélangés à la race cambodgienne, sont 
boudhistes, comme l'attestent les nombreuses 
statues de Somana-Cudôm, en pierre et en 
bronze, qu'ils ont laissées dans les montagnes 
du littoral. 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 48? 

Les idoles ne différent des statues cambod- 
giennes que par la coiffure qui, au Heu d'être 
en pointe de casque, ressemble à une calotte 
ronde bérissée de pointes. 

Les Chams ont des livres qu'il serait inté- 
ressant Pt facile d'étudier, beaucoup d'entre 
eux parlant le cambodgien ou l'annamite. 

Les tribus voisines sont les Peoongs, que les 
Annamites appellent Moï, les Sliengs, les Cuys. 
C'est une grave insulte que d'appeler un Cam- 
bodgien Penong ou sauvage. Les missionnaires 
ont pénétré jusque chez les Sliengs ; les Cuys 
sont d'excellents forgerons; les Cbama sont 
d'intrépides bûcherons. 

Une commission française, composée de M. de 
Lagrée, capitaine de frégate, et de cinq autres 
membres, a remonté en ces dernières années le 
grand fleuve du Cambodge dont elle a exploré 
le cours. Elle rapporte sans doute des rensei- 
gnements complets et importants sur le Lao et 
les pays plus élevés. 

Un voyage analogue avait été entrepris déjà 
par un naturaliste français, M. Mouhot, qui 
mourut en 1862, au Lao, à Luang-pha-bang, 
de la fièvre des bois, vers le 13' degré de la- 
titude. Il était parti d'Angleterre en 1858. Les 

«'«le 



«88 COCHINCHIN& FRANÇAISE 

résultats de aes travaux étaient destinés aux 
sociétés zoologîque et géographique de Londres. 
M. Moubot était marié à une descendante de 
Mungo-Park. Il sacrifia à ses explorationsscien- 
tifiques sa patrie, sa famille et sa vie. Soa 
voyage a été publié eo partie, en 1863, dans le 
Tour du Monde. 

Au mois d'avril 1867, la commission fran- 
çaise du Mê-kong a élevé sur sa tombe un mo- 
nument près de Luang-phabang. 

Au moment où le commandant de Lagrée 
touchait au terme de sa longue et périlleuse 
mission, la mort est venue le surprendre. Ses 
compagnons de route, le roi et le peuple de 
Cambodge, la Cochinchine française et la mère- 
patrie, déplorent vivement sa perte et conser- 
veront à jamais sa glorieuse mémoire. 



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ET ROYAUME DE CAMBODGE 



Vojiges pétulant l'inCHidaUan. — En saison sèche — Pu de poste. 
Voyages à cheial. — En cbar i bœufs. — En char i buffles. — 
Voïiges à éléphant. — Chasse i i'éléiAanl. — Route de tetre de 
niném-péih il Saigon. ~ Sucre de pahmer. — Goome gutte. — 
Cira. — Riaêres. — Colon. — Irrigation. — Indigo. — Élevage 
des Ters-à-sirie. — Arbre à baile. — Grand tnards. — Le heur 
diviiji^. — Halle de yofif». ~~ Hibitafem — Hof{«ta)ilë. — Re- 
p»g. — Rîlelier d'armes. ~ Tissage de la soie. 



Les voies de communication sont biem dif- 
férentes au Cambodge, selon que l'on voyage 
dans la saison sèche ou dans la saison des 
pluies. 

Dans ce dernier cas, les chemins sont sup- 
primés par l'inondalioB, qui couvre les cam- 
pagnes, remplit le lit des rivières et des ruis- 
seaux, et permet de naviguer en pirogue à 
travers les plaines. 

Dans la saison sèche on suit les routes qui 
sont mal entpetenues, dont il ne reste quelque- 



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4ilU COCBINCQINE FRANÇAISE 

fois pas de traces après l'inondation et qui 
sont coupées par des ruisseaux ou des marais 
que l'on passe à gué ou en bateau, les ponts 
étant démolis ou n'ayaut jamais existé. 

Il n'y a pas de poste cambodgienne ni de 
courriers réguliers, de sorte que les lettres doi- 
vent être envoyées par un exprès ; souvent 
même elles sont retardées ou égarées en route, 
lorsqu'elles sont Irausmises de village en 
village. 

De Saigon à Phnôm-péoh la capitale, il y 
a un courrier par mois partant de Saigon après 
l'arrivée du courrier de France et passant par 
Chaudoc. Le départ de PImôm-pénhpour Saï- 
gon a lieu le 23 de chaque mois à 8 heures du 
mathi. 

Ou voyage tantôt à cheval tantôt à éléphant, 
le plus souvent en chars à bœufs, ou encore en 
chars à buffles. 

Les chevaux cambodgiens sont assez rares. 
Ils sont d'une taille un peu plus élevée que les 
chevaux annamites. Les indigènes les montent 
habilement sans élriers, avec une selle ronde 
et plate, semblable à un tabouret de piano. 

Les chars à bœufs sont légers et très étroils. 
Ils sont munis d'un petit toit qui protège contre 
k 

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ET ROïAUHE DE CAHltODGE 491 

le soleil et la poussière. Od est contraint à s'y 
tenir presque toujours les jambes croisées. 
Aussi est-il bon d'avoir avec soi un oreiller et 
une couverture pour adoucir le cahot du véhi- 
cule. On fabrique dans le pays de petits mate- 
las qui se déploient et se reploient et des oreil- 
lers triangulaires fort utiles en voyage. Un 
guide muni d'une serpe court devant le char 
qu'il répare en quelques instants lorsqu'il vient 
à casser. Les bœufs du Cambodge sont renom- 
més pour la vitesse de leur allure. Les bufiles 
et les bœufs sortent le matin du parc et vont 
paître en liberté souvent à une grande distance 
du village, de sorte qu'on attend longtemps 
avant de pouvoir s'en procurer dans le courant 
de la journée. Il faut que les Cambodgiens cber- 
cbent les bœufs, s'en approchent, leur jettent 
au cou un lacet et les ramènent au village. 
Souvent encore les chariots manquent ou sont 
en réparation ou en corvée, ou les bœufs sont 
malades . Enfin la situation est parfois embar- 
rassante et l'on s'en lire heureusement quand 
on finit par avoir à sa disposition une paire de 
buffles et un de ces gros chariots cambodgiens 
très-lourds qui servent de moyens de transport 
et de déménagement. Toute une famille avec 

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A9'i COCIlINCIimE FRANÇAISE 

ses bardes et son chétif mobilier s'entasse sous 
ce toit ambulant pour aller bâtir sa case sur 
une terre plus paisible ou plus fertile. Ces der- 
niers chariots sont solides, élevés, longs, et 
peuvent servir d'iiabitalious mobiles. Ceux des 
chefs sont sculptés, laqués et l'extrémité du ti- 
mon relevée en corne est ornée d'une houppe 
de crins rouges et de grelots. On y est plus à 
l'aise que dans les chars à bœufs, mais 'on a 
rinconvéoient de voyager lentement. 

L'éléphant est un des moyens de transport 
les plus employés. On monte sur son dos, soit 
avec une échelle, soit de la façon suivante : 
On se tient à gauche de l'animal, on lui de- 
mande le pied (chu'ng) qu'il présente aussitôt. 
De la main gauche on lui prend l'oreille, ou 
pose le pied gauche sur le genou de l'éléphant, 
et au moment oii celui-ci le relève on saisit de 
la main droite le bât et l'on se hisse des deux 
mains. Le bât est une boîte carrée, abritée du 
soleil par un dôme en rotin et par des rideaux. 

On n'y est à l'aise que lorsqu'on est seul, 
et ii faut pour ne pas subir le frottement des 
bords de la boîte contre les jarrets s'y tenir à 
la turque ou allongé en travers de l'éléphant, 
il y a des éléphants qui ont une allure très- 



ET BOTAUHE DE CAHBODCE 493 

dure et qui font subir au bât un ballottement 
■ alternalif capable de causer chez certaines pcr- 
Bonnea le, mal de mer. L'éléphant est excellent 
dans les routes peu frayées pour enlever les 
obstacles de la route et sonder la profondeur 
de l'eau. Il peut monter et descendre sans dan- 
ger. Il fait une lieae et deoaie à l'heure. 

En passant dans les routes poudreuses, il a 
quelquefois des manies désagréables, telles que 
de ramasser avec sa trompe de la poussière 
qu'il lance ensuite soua son ventre pour chas- 
ser les insectes qui séjournent aux plis des 
jambes ; ou bien il fait provision d'eau et s'en 
aspei^ le corps pour se rafraîchir. 

Les Cambodgiens chassent l'éléphant sau- 
vage à l'époque la plus favorable, au moyen de 
femelles dressées, conduites par un bon cornac 
qu'elles cachent sur leur cou en repliant sur 
lui leurs lattes oreilles. L'un des éléphants 
privés s'approche de l'éléphant sauvage et, 
pendant que celui-ci est en marche, il lui 
passe un nœud coulant en lanière de buffle 
autour d'un pied et le serre fortement. L'élé- 
phant, se sentant pris, pousse des cris plaintifs 
et ne s'enfuit guère loin. Les deui éléphants 
privés l'entourent alors et le ramènent comme 

Tîooglc 



494 COCHIKCHINE FRANÇAISE 

UD prisonnier entre deux geodarmes jusqu'au 
parc où ils le forcent à entrer. Un éléphant 
dressé coûte au Cambodge 4 à 500 francs. 

Le cornac est à cheval sur la nuque ; il a les 
pieds placés derrière les oreilles de sa monture, 
qu'il conduit en appuyant un pied ou l'autre 
contre l'oreille. Il rappelle l'animal à l'ordre 
au moyen d'une forte pique en fer recourbée 
et bien emmanchée. Tantôt il se sert du 
manche, tantôt de la pointe. 

Il est fort difiicile d'aller directement de 
Compong-Luong à Frec Tremnc, village qui se 
trouve sur la rive gauche du grand fleuve , à 
la même hauteur que Compong Luong, sur la 
rive droite du bras d'Oudong. Il faudrait tra- 
verser les deux fleuves et l'île Cà-thien, cou- 
verte de hautes herbes ; il est donc plus facile 
de descendre à l'hnôm-pénh en barque, de 
remonter le Grand-Fleuve jusqu'à Lovéa-êm et 
d'aller le long de la rive de Lovéa-êm à Pree- 
tremac. Ce dernier endroit peut donc être con- 
sidéré comme le point de départ de la route 
qui conduit à Tay-ninh ou à Trambang, chefs- 



(t) Cet itinéraire a été publié avec do plus grands déUils dans It 
Gonrrier de S»^n du 20 avril 1865. 



B, Google 



Èf BOVAtIHE DE CAMBODGE 495 

lieux d'arrondissements Fra'nçaÎB. On met ordi- 
nairement six jours pour faire ce trajet. On 
traverse des plaines arides où végètent des 
arbres rabougris. On rencontre des villages 
dont les maisons sont rangées en carré, pignon 
sur devant et entourées d'une haie de gros 
bambous. On voit assez fréquemment des Chi- 
nois, établis daos les villages cambodgieas, se 
mêlant aux indigènes sans se confondre avec 
eux. 

La monotonie de ces plaines et de ces ri- 
zières desséchées est bientôt rompue par des 
palmiers à éventail dont la tige élancée est très 
gracieuse. Le palmier dom-tenot donne un 
sirop de sucre au moyen d'incisions faites au- 
dessus du fruit. On fait bouillir le sirop de 
palme dans tes tubes de bambou qui ont servi 
à le recueillir. Pour cela on creuse horizonlale- 
ment la terre "en forme de four dont la voûte 
est percée de trous au-dessus desquels se pla- 
cent les tubes. On obtient ainsi un vin sucré, 
fort agréable à boire. Le résidu de l'évaporatîon 
est un sucre noir, incrisUiIlisable, qui se vend 
dans les divers marchés du Cambodge en ta- 
blettes rondes et superposées. Un palmier de 
bon rapport peut emplir quatre tubes par 

oogk 



496 COCBUiCHINE FRAHÇAtsB 

jour, ce qui rend à peu près un kilogramme 
de sucre, pendant quatre mois de l'année : dé- 
cembre, janvier^ février et mars. 

La gomme-gutte se recueille simplement au 
moyen d'incisions d'où la liqueur découle dans 
les lobes de bambou, tandis qu'il est très diffi- 
cile d'atteindre la tige de palmier dont le tronc 
est lisse. Les indigènes, pour y arriver, font 
avec un lien autour de l'arbre une série d'an^ 
neaux parallèles qui leur servent de point 
d'appui. On enfonce horizontalement des lames 
de bois dur sur lesquels ils grimpent comme 
sur une échelle. 

Ils emploient le même procédé pour aller 
chercher la cire, qu'ils détachent avec un long 
bumbou , après avoir enfumé et chassé l'es- 
saim. 

Pins loin, le terrain se relève; on arrive 
subitement dans un grand village devant lequel 
s'ouvre une plaioe verdoyante; une ceinture 
de grand bois limite l'horizon. La rivière de 
Prey-veog se déroule comme un large ruban 
bleu. Elle se répand dans des rizières immenses 
et permet de faire trois récoltes par an. Des 
jonques stationnent au milieu de ces champs 
fertiles, et en attendant leur cbai^ment , tes 



ET ROYAUME ttE CAMBODGE 4'97 

indigènes qui les montent se livrent à la pêche. 

Dans les terres plus sèches, on rencontre de 
nombreux champs de coton et de canneà sucre. 
Ce sont des cultures à améliorer et à dévelop- 
per sur une vaste échelle. Le coton est envoyé 
à Cholen {près de Saigon) pour l'exportation. 

Les terrains voisins des cours d'eau sont 
quelquefois arrosés artiticiellement. Sur un 
plateau vertical s'appuie, en forme de T, une 
perche horizontale mobile sur son axe. D'un 
côté pend un seau pour puiser l'eau, de l'autre 
côté est uQ coude articulé qui permet d'élever 
et d'abaisser la branche du T. On amène le 
vase rempli d'eau au-dessus d'un conduit en 
bois, disposé en pente, avec lequel communi- 
quent de gros bambous fendus par moitié dans 
le sens de leur longueur en forme de gout- 
tières, qui distribuent l'eau dans les rizières. 

Sur les rives des cours d'eau s'échelonnent 
des cultures d'indigo, de tabac, de mûrier. 
L'indigo est employé sur place à la teinture 
des étoffes que l'on envoie à Phnôm-pénh. 

Les vers à soie sont élevés sous des mousti- 
quaires, moins pour les garantir des mousti- 
ques que d'une mouche lan, dont le contact 
leur est nuisible. C'est peut-être là une des 
M. . 

OOg If 



408 COCHINCniNE FIUNCAISE 

causes du peu de développement de l'industrie 
séricicole au Cambodge. 

H faut aussi que les étagères où sont déposés 
les vers à soie soient isolées de façon que les 
fourmis et autres insectes ne puissent les at- 
teindre. Les CambodgieDs disent que les vers à 
soie doivent changer d'éleveur au moins tous 
les deux ans, l'odeur du corps ou de transpi- 
ration du même individu les incommodant à la 
longue. 

Ijorsqu'un tigre a passé dans les cultures de 
mûrier, les vers nourris avec les feuilles de ces 
mûriers meurent en peu de temps. Pour pré- 
venir cet accident, on dépose dans un vase 
plein d'eau une dent de tigre, on met tremper 
les feuilles de mûrier pendant une heure envi- 
ron, et l'on n'a rien à craindre. Mais les Cam- 
bodgiens font cette réserve, que si les feuilles 
ont trempé trop longtemps la mort des vers est 
certaine! Ils suspendent aussi au-dessus des 
vers à soie, pour les préserver des maladies, 
une excroissance qui vient des mûriers et qu'ils 
appellent bon-nboo-caéc. Enfîn, ils prétendent 
qu'un aimant placé sous l'étagère où vivent 
les vers-à-soie a le même effet. Ils trouvent 
aussi que l'odeur du cheval est nuisible aux 

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ET ROYAUME DE CAMBODGE 49!* 

aux vers à soie, et ne laissent pas un cavalier 
s'approcher trop près des cases oii l'on élève 
les vers. 

Le gouverneur de la province de Bap-pbnôm 
réside au pied de la montagne de ce nom. Ou 
y retrouve des forêts superbes, des fourrés 
touffus, où le gros gibier abonde en même 
temps que les animaux féroces. 

Le Cambodge est riche en essences de bois 
incorruptibles. Il y a des sapios dans la partie 
haute du paya voisine du Siam. 

On remarque fréquemment, comme en Co- 
cfainchine, de gros arbres dont le tronc est 
noirci à peu près à un mètre du sol et creusé 
en cuvette : cet arbre est le dâu, l'arbre à huile. 
On brûle l'aubier a&n d'enlever les matières 
solides qui s'opposent à l'écoulement de l'huile, 
qu'on recueille ainsi chaque jour sans danger 
de faire mourir l'arbre. L'enduit des barques ' 
est un mélange d'huile de bois et de résine. 

II faut maintenant franchir un grand marais, 
le Boi^-thloc, qui à la saison des pluies de- 
vient un lac profond. Au mois de février, il 
avait 1" 50 de profondeur. J'étais accroupi 
dans une étroite pirogne, poussée par deux 
Cambodgiens. Les hçeuh avaient été dételés et 

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500 COCHINCHINE FRANÇAISE 

mis à la nage ; les Aeux chars flottaient sur 
]ea jonc» et les roseaux. Il est indispensable de 
n'avoir avec soi qu'un bagage peu pesant. Les 
baut«s herbes empêchent bientôt la frêle em- 
barcation d'avancer. 

On attelle de nouveau les bœufs qui vont s'en- 
fonçant dans le sol marécageux, se dégageant 
avec courage pour s'enfoncer plus loin, se rele- 
vant enfin pendant que l'aiguillon les pique au 
sang et sortant de cette vase noire soufflant et 
haletants. Evidemment il me faudra expier ce 
fait dans le troisième enfer où sont punis ceux 
qui surmènent les animaux. En songeant aux 
services que les bœufs rendent aux indigènes 
de ces contrées, on s'explique comment l'ima- 
gination de certains peuples a pu faire de ces 
animaux utiles des divinités, et leur vouer un 
culte et des temples. Les Égyptiens adoraient 
le bœuf Apis ; les Indiens le bœuf Namdy. 
Par un singulier rapprochement, les Cambod- 
giens ont en grande vénération l'idole d'un 
bœuf sur les montagnes voisines d'Oudong. 
D'après les Siamois, Boudba doit la naissance 
à un éléphant blanc ; mais les honneurs qui 
lui sont décernés par les rois de ce pays ne 
Bont-ita pas en même temps un hommage rendu 



Et AOTAtlHE DE CAMBObGE 501 

k l'iDlelligence de ces colosses, et dicté par la 
reconnaissance pour leurs services. La couleur 
des élé])bant3 blancs n'est, en ellet, qu'un ac-> 
cident externe, et D'est pas due à une variété 
d'espèce. 

Lorsqu'on s'arrête dans un village pour s'y 
reposer ou y passer la nuit, il est convenable 
de se faire annoncer chez le clief le plus impor- 
tant de la localité^ lequel répond par une invi- 
tation d'entrer dans sa case. 

Les cases cambodgiennes sont bâties sur 
pilotis, à 1™ 50 environ au-dessus du sol, La 
charpente en bois est assemblée et maintenue 
au moyen de chevilles et de liens. Le toit est 
en feuilles de palmier ou en herbe longue. 

Les cloisons intérieures sont faites de cadres 
en bambous croisés, recouvrant des feuilles 
de palmier desséchées. On monte par une 
large échelle , souvent incommode , dans la 
pièce de réception, où l'on étend la natte pour 
recevoir les hôtes. On apporte aussitôt un 
oreiller triangulaire, de l'eau dans des basBina 
d'argent ou de cuivre, le plateau de bétel, du 
tabac dans de petites boîtes d'argent repoussé 
et des feuilles sèches de bananier pour rouler 
des cigarettes. Les femmes ont un comparti- 

.lzc.J;.G00glc 



509 COCHINCHINE FRANÇAISE 

ment particulier. Pendant les préparatifs da 
repas de bienvenue, l'étranger a décliné devant 
le chef ses titres et qualités et remis les ordres 
écrits ou la lettre dont'il est porteur. Pour ne 
pas déroger aux rites, le chef la passe à son 
secrétaire qui en donne lecture à haute vois. 
Après quoi des mesures sont prises selon son 
contenu. 

Le repas est servi sur un grand plateau de 
cuivre recouvert d'une sorte de chapeau pointu, 
doublé d'étoffe rouge et surmonté de houppes 
de diverses couleurs. Ce couvercle préserve les 
mets de la poussière et des insectes. A. côté du 
plat est un bassin de cuivre plein d'eau oi!i 
flotte un petit bol en cuivre ou en argent. Cha- 
cun s'en sert pour puiser de l'eau dans le bas- 
sin commun et boire à son tour. 

On trouve presque partout des poules, des 
canards, des œufs et même du poisson. Le 
poulet cuit à l'eau disparaît sous une gelée de 
sang figé qui s'enlève facilement. Les œufs 
couvés sont offerts de préférence, mais on a 
toujours la ressource du riz. On dîne assis à la 
turque autour du plateau, à la lueur d'une 
torche de résine. Dans les maisons riches, on 
allume pour la circonstance de petites chan- 



ET ROVAUHE DE CAMBODGE 503 

délies de cire. Pendant le repas, toute conver- 
sation cesse et les femmes se retirent dans leur 
appartement. 

Il y a dans la case des chefs cambodgiens 
un râtelier d'armes qui se compose de quel- 
ques fusils à mèches, de lances ornées d'une 
petite houppe de crins blancs ou rouges, d'ar- 
balètes et de grands sabres à longue poignée et 
qu'on manie des deux mains, bien qu'ils n'aient 
qu'un côté tranchant. 

Le plancher de la case est un treillage en 
bambou. Le rez-de-chaussée, c'est-à-dire le sol 
au-dessous de la maison, sert de basse-cour 
pendant la saison sèche. 

Près de la case se trouve toujours quelque 
hangar où les femmes s'installent pour tisser 
des étoffes. Leur métier à tisser est très simple; 
il se monte et se démonte facilement et occupe 
peu d'espace. L'étoffe en cours d'exécution 
peut se replier sur elle-même autour du mé- 
tier que l'on emporte sous le bras. Aussi n'est-il 
pas rare de voir des femmes cambodgiennes, 
dans une halte de voyage, déployer leur métier 
et travailler aux belles étoffes de soie qui se 
vendent dans le pays et servent à faire des lan- 
goutis à l'usage des deux sexes. Une fille cam- 

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504 COCBINCHINE FRANÇAISE 

bodgîenne qui ignorerait l'art de tisser les 
étoffes trouverait difficilement à se marier. 

Le septième jour après mon départ de Com- 
pong-Luong, j'étais de retour à Saigon. 



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ET nOÏAVHE DE CAMBODGE 



PffpttralKs du départ pour la France. — CertiGcat d'origine. >• Epoque 
préféraMe. — Transition difficile du cband au froid. — Juin ia 
retour. 



Après un séjonr de près de sept années en 
ces lointaines régions, le désir de revoir la 
France, « le plus beau royaume, dit Grotius, 
après celui du ciel,> se fait impérieusement 
sentir. C'est même un besoin physique et 
moral auquel il est bien doux de céder. 

Beaucoup de personnes, en quittant la co- 
lonie, emportent quelques chinoiseries ou curio- 
sités. II est essentiel que le tout soit emballé 
de manière à résister aux rudes secousses du 
bord, du transbordement et du transît ^;yp~ 
tien. En déclarant ces objets au bureau muni- 
cipal de Sa'ïgon et en demandant un certiGcat 
d'origine, qui coûte 1 franc par vingt lignes, 
les droits de douane à payer à l'arrivée sont 
1 moins élevés. 



506 COCIIINCHX^IE FRANÇAISE 

11 est bon de quitter la Coehinchine de fa- 
çon à arriver au pays natal en été, afin d'évi- 
ter en changeant de climat les effets d'une 
brusque transition. 

Les mois de mars et d'avril ne sont pas 
assez chauds, il vaut mieux attendre le mois 
de mai. En avril, nous avons vivemant res- 
senti les effets du froid depuis Aden, où le ciel 
était brumeux. La température était très fraîche 
en rade de Suez. EsHn, dans la Méditerranée, 
le mistral soufflant, le thermomètre marquait 
G degrés la nuit et 14 degrés le jour, de là 
une très grande souffrance. 

Quelle que soit d'ailleurs l'époque oîi l'on 
accomplit ce voyage de retour, il ne faut pas 
négliger de se vêtir de flanelle et de vêlements 
chauds, si l'on veut éviter des rhumes et des 
indispositions graves et longues. 

Le voyage de retour est un voyage d'impa- 
tience : Se sentir ramené vers le pays, suivre 
les indications de chaque lok, compter les 
jours et les heures, c'est une jouissance toute 
intime. Chacun songe au bonheur de retrouver 
et d'embrasser parents et amis. 

Combien sont vrais et louchants ces beaux 
vera de Nadaud, que j'ajmais à me rappeler : 

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ET ROVAUME DE CAMBODGE à\)l 

Svr le 3dI qui soutinl mes pts 

Ksi une Cimille que j'aime, 

\3i:i unn m'atlendcnt là-ba«, 

Qui me «ont plus chers que mui- niAnK. 

EiifiR, nous voilà en vac de ce rivage tant 
désiré : 

Terre '. terre ! je te revois, 
Sïlut ma maison dentaire, 
Gailé des champs, calme des buis. 
Salul mes sœurs, saJul ma mère I 

Et cea heures fortunées, ces joies bénies nous 
paient de tous nos labeurs et de toutes nos mi- 
sères passées. Avec les forees morales revien- 
nent les forces du corps. On se sent renaître, 
00 se sent heureux. Les peines d'autrefois 
s'oublient vite ; l'avenir se place devant nous ; 
les souvenirs se presseut dans notre esprit. 
Noire attachement pour cea loinLaina pajs, 
nouvellement français, prend des racines plu» 
profondes. Nos regards se tournent encore vers 
tous ceux qui se dévouent à cette noble tâche 
de doter la France d'une grande et productive 
colonie. Nos vœux les accompagnent et nous 
applaudirons pendant toute notre vie à leurs 
glorieux efforts. 



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Page 16, ligne 6, supprimer pour iVeic- rorft, de Ma, 
. ol lire : pour Âspinicall. 

— 17, ligne 3. lire : des Messageries impériales, de 

la Compagnie péninsulaire. 

— 36, ligne 3, lire : Garofalo, au lieu de Garofalolo. 

— 70, 1" ligne, lire : 1 fr, 25 en 2" classe, an lien Se 

2 fr. 25. 

— 85, ligne 13, lire ; le journal a l'Êgyple. » 

— 123, ligne 10, lire : par personne et par jour. 



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TABLE DES MATIÈRES 



INTRODUCTION 

Prise àe possession de la Basse-CocUnchiae, — Son ùnpor- 
lance au point de vue commercial et mvilime. — Ad poinl 
de vue de dos autres aàonm. — Au {khdI de vue politique. 

— Au poiDt de vue de l'Alsfne. — IndilKreace et igno- 
raow des Français en matière coloniale. — fflijet du livre. 1 

1 

Marseille. — Voie des Uessageriei Ifflp&iales. — Voie des pa- 
queJwls Inasatlantiqœs. — Change des monnaies. — La 
Méditerranée. — Voie des transports de l'Etat 13 

II 

Toulon — L'aifenal. — Les environs de Toulon. — La rade. 

— Hdpital Saint-Mandrier. — Objets k emporter. — Con- 
dilionnement des bagages. — Objete nécessaires pendant la 
traversée cl pour les relâches SO 



En mer. — Les escarbilles. — Usages du bord. — Tangage el 
roulis. — Mal de mer. — le lok. — Un nœud. — Termes 
les pins usilâ à bord. — Manière de compter l'heure. — 
Bouées de sauvetage SS 

IV 
En roule. — La Corae. ~ Llle d'Elbe. — Uessloe et Beggio . 83 

«-sic 



TABLE DES MATIÈRES 



CanHic — Mrjr dliiiîle. — CiMe d'Egypte. — Voia des paque- 
ImIs (le l'Adriatique. — Coupignie Uarc Fnissioet .... 



Alexandrie. — DAarqitemroL — Anes cl luiers. — Omoibiis 
et «oitum. — Les mes par beau temps. — Arrosages et 
armsmra. — Les rues par luauiais temps. — Place Hébé- 
UMt-Ali.— Hfilels et d^usea — Cercle, bMolhèque, tbéâ- 
tiï. — Postes aux lellres. — Télilgraplies. — Monnaies en 
usaje. — CtnsDlat. — Uot d'ordre. — Police. ^ Les rues 



Vil 

L'andrnne Aleiandrie — Colonne de Pompée. — Guide an- 
Rlais. — Cimetière, convoi funèbre. — Ophlbalmies. — C»- 
taMHnbcs. — Lis Coptrs. ~ Eglises... — Ecole liti 
Krères — lldpiUl français, école de fliles. ~ Aiguille île 
Cljopltre. ~ Jardin Pastrj. — FollaliS. — Populalion de 
lEgjple 51 

Vlll 

Porl et commerce d'Aletandtie. — [tamleh. — Le Nil. — Gar- 
goulettes. — Bains arabes. — Haschich. — BateJiich. — 
Banrs. — Cafés arabes, —Population d'AIeiandrie. — Lan- 
gages divers. — Repas turc. — Canal Mahmoudleh.—Voïage 
par eau ou par chemin de fer fiB 



Gare d' Aleiandrie. - Chemin de fer ^'iHifn. — Lac Usréolîs. 19 
X 

St'jonr au C^iire. — Ascension aux pyraniidi* 8J 

XI 
Le désert, en 'CliemiD de fer. — A dos de diamean 88 



TABLE DES MATIÈRES 



XEI 

Pi 

Su«i. — Hdtels et dépenses. — La ville el les enTirons. — Fon- 
laines de Uoïse. — Bains. — Hôpital fnacais. — Éco- 
les. — Pustc aux It^ttres. — Télëgraplie. — Population. 

— Caaal de Suez. — Port-Saïd. — Rade de Suei. — Con- 
sulat 4 

Xlll 

Mer Rougo, — Le Sinaî. — Le mont Horeb. — Moka. — Pé- 
rim. — Baie d'Osboc. — Bal-el-Mandeb. — Océan indien, 

— Rade d'Aden. —Pagayeurs el plongeurs 

XIV 
Adcn^ — Prii el moyens de Iranspert. — Hâtel du Prince-de- 
Galles. — Les Parais. — Chapeau» en saja. — Monnaies. 

— Le port. — Approvisionnements. — La ville. — La routa 
d'Aden. — Fortifications. — Citernes de Tawila. — Manque 
d'eau potable. — Femmes dangereuses. — Rues d'Aden. — 
Types indigènes. — Paquebots des Messageries impériales. 

— Curiosités ■ 

XV 



XVI 

Puinte-HJc-GalIe (Cejbn). -- Pagayeurs indigènes et mar- 
chands de curiosités. — Le port. — La ville anglaise. — 
Hiltcls et dépenses. ^Blanchisseurs. — Langages. — Le 
cimeUére. — Ville noire. — Bazars.— Monnaies. — Télé- 
graphe. — Bains. ^- Jardin des cannelles. ^ Temple bou- 
dhique. — Boudhisme. — Pic d'Adam. — Chapelle catho- 
lique. — Excursion à Colombo. -^Paquebols-posle ' 

XVII 

Golfe du Bengale. — Gros temps. ■— Hes Nicobar. — Poulo- 
Knang.^Lieu de convalescence. — Le chef-Ueu. — Poulo- 
Ticou. — Inslitulioos diverses. — Cuiiosltés. — Détroit de 
Malacca 



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SdS TA^LG ms MATIÈRES 

XVIll 

Piçm 

Rade é» SingaiMM.— Dflurquement. — HOIels el dépenses. 

-~ Honnùes. — OrigiiK de la ville. — Monumenls. — Po- 

putalioa. — Couwroflmeiit. —Culte arménien.— Ville 

cbipoiM. — Jvdio WhiUDpoa — PaUoqLÛns. — L'esplanade. 

— Eicorsiop à U butte .d'.^liiin, — Ti^gres. — Églises. — 
Écoles. ~ Hd])ilal. — Porl et docks. — Paqaebols-poste 
de b Cmnp^ie péainsntuiri! el orientale et des Uess^enes 
iapériabs — PuWicalioas. — Tél.!grapbe. — Valeur des 
iiqpartaliofii at etportalions. — Ville malaise. ^ Ville In- 
dicone. — Ne^VrHarbour. — Bains de mer. — Cariosilés. 

— Prépaialion des Joncs 138 

XIX 

Poultt-Condor. — Ressources é» paja. — Population. — Port. 156 

XX 
Pliare de Saint-Jaeques, — Bade du cap Sainl-Jacques, — 
Sémai^iore. — Baie des cocotiers. — Bureau Ult'grapliique. 

— uil de signaux. —Baie de Gau-ray. — Prix du pilrtlagrt. 

— UouiU^ el Ua de Cangiou. — Keasources du villige 
de Canjiou. — Vallée des Nénuphars. — PUnlalions. — 
Chasse. — Lieu de convalescence. — Pagode de la baleine. 

— Jonques annamites. — Jonques tonsquinotses. — Un 
homme k la mer! — Rivière de Saigon. — Furl du sud. — 
Rade marchande. — Église et village del'Évéque.— Junques 
chinoises. — Surveillance du littoral. ~- Messageries im- 
périales. — Pointe Lejeune. — Mil de signaui. — Direction 
du port de commerce. — Monumrnt Lamaille. — Barques 
et sampans. — Rade de guerre, — Dock (lottanl. — Grands 
blilments. — Bassin de radoub. — Aspect de la «ille .... 159 

XXI 

Sa!^. — Débarquement. ~— Tirogues, coolies, panhrt et 
voilures. — Hdlcls. — Monnaies. — Sapéque. — Ville de 
Saigon. — Tour de l'IIurloge et place du Gouvemement. — 
Traïaua d'assainissement. — Hdpilal européen. — Hôpital 
annamite, — Cimetière. — Rue Isabelle II. — Établisse' 



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TABLE DES MATIÈRES 513 

Pag" 
ni«nt de la Saiatf-Enrance. — Ecole de Mes. — ColUge 
d'Adrm. — Collûge aa interprètes français. ~ Séniinaire 
île la mission — Couvent des carmélites. — Ancienne cita- 
ilille. — M^^asins g^niraiw. — Jai-din Imtanique et zoolo- 
giqiie — Casernes. — Évêché. — ' Marché. — Mairie. — 
Police. — Travauï à eiécufer 112 

XXII 

Poi t d« Saigon. — Valeur des transactions et mouvement des 
navires fo 1860, en 1865, fa 1866, en 1S66-1S67. — 
Cabotage avantageux. — Remori|«age i vapeur. — Prii 
d'enlrfa dans le dock. — Cliambi'e de commerce. — Tré- 
soreiie — Comptoir d'escompte. — Joiimau.t. — Comilé 
agiicole el industriel. — Eiposilian des produits. — Télé- 
graphie. ■~- Son importance pour la maiine marchande. — 
Taiif des dépfclies. — TéJéEraphe d'Europe ï Saigon , 
■ voie de terre. — Télégraphe d'Europe en Chine. — Télé- 
graphe d'Kurope en Cochinchine el en Chine, vole sous- 
maiinc. — Étïldissement des Messageries impériales. — 
Consulats — Saison, centre commercial.— PorI d'Ilatien, 
^Port de Rafligia, —Ile de Hiu-Quoc,^ Agriculture. — 
Vunies et concessions de terrains. — Culture du rU. — Le 
sucre. -— Le colon. — Aréquiers. — Cocotiers, — Fabrica- 
lion d'huile. — Le tabac. — Bjis de construciion. — Orlie 
de Chine. — Mùiîer». — Indigo. — Mais. — Cire. — Poivre. 

— Le blé. — Volts ouveiles à l'industrie européenne. — 
PuUson salé du grand lae. — t^mnieree des Mois. — Com- 
mcice d'écliaiigcs.— Nécessité d'un capital de première mise. 

— Salaires. — ludustiics et objets d'arl, — Orfèvrerie. — 
lucmstations. — Fondcrius. — Sculplure. — Ptinlure. — 
Impiimorie, — Soieiics.— Résumé. — Poids -il mesures. . t8G 

XXlli 

Popolalion des deus arrondissements de Saigon. — Congré- 
galions chinoises. — Population indienne. ^ Parsis, Grecs, 
Caiiiho.igieDS. — Tagals de Manille. — Malais. — Muis . . 2!l 



Origine de la nation annamite. — Habillement du peuple. — 
Des .Mandarins. — Moyen de reconnaître un homme d'unie 



ogic 



514 TABLE DES MATIÈRES 

Pign 

frninie. — Le bétel. — Chevelures. — Habilalions. — Or- 
nemenls. — R«pas inilifèncs — Visiles, — Riles et obsor- 
rances — Le thé. — iio<fiitaIi(i!. — Miîdectns «t tnddeciues. 

— Sorciers. — luBmies. — AlimenUIion. — Fumi'urs 
annaïuiti^. — FuiDcurs cliînois. — Eau-de-vie de rii — 
Opium. — Pip» d'opium. — Cunsiïquenccs d-^ cetle pas- 
sJOQ. — Sou oiigine et son ei^teosioa. — Ferme d'opiuoi — 
Proliibitiops siamoises. — Le jeu. — Feime des jeui. — 
Cerf-ïobnl, — Thiâtre annamite. — Acieui-s. — Specta- 
teurs. — Théâtre chinois Îî8 

XXV 

De la femme annaniile. — Fiançailles et mariage. — Couchai. 

— Manière d'élever les enfants. — Vaccine. — Abandon, 
location, vente des «nfanls. — Fila adoptifs. — Des 
lilles — Sainte- Enfance, — Femmes mariées. — Qui- 
lilés et défauts. — Idées sur l'honneur. — Armes ïii 

XXVI 

Écriture annamite. — Écoles libres. — Langue. — Mo<fens de 
l'étudier. — Langue Sabir. — Interprètes français, — Inter- 
prètes latins. — Éi:oles prïmures indigènes. — Transfor- 
nialioB des caractères chinois en caractères européens. — 
Cours public de langue annamite. — InsUtution monlcipate. 

— Solde des interprètes français. — Adminislraleurs anglo- 
indiens. — Administrateurs franco-annamites. — Leur solde, 

— Cercle et bibliothèque publique. — Conservation des ou- 
vrages en langue du pajs el des publications européennes. 

— Ouvrages i consulter !66 

xxvu 

Année. — Mois. — Jours. — Heures. — Nouvel an — t^- 
deauv. — Cérémonies annamites. — Oflrandes aux an- 
cêtres — Chapelles laraires. — Théorie du grand dragon. 

— Courses de pirogues, — Courses de chevaus et de chars. 

— Musique. — Orchestres et instruments — Cérémonies 
funèbres. — Enterrement. — Respect des moiis. — Respect 

des vieillards. — Religion — Bonzes. — SupersUlions. . 178 



TABLE DES MATIÈRES 515 

XXVIII 

P>gts 
Administration française, — Garantie du la propriété. — AUa- 
chemeot au sol. — Administration indigjoc. — Des com- 
munes. — Chefs annamites. — Leurs litres. — Administra- 
lion de la justice aui Européens, aux indigènes. — Sup- 
pression des peinrs corporelles. — Exéculïnns capibles. — 

Courage des condunnés en face de la morl , . 395 

XXIX 
Caraclère de la loi annamite. — Ordonnance de Bci-Li[ih. — 
Arbitraire el corruption des juges. ^ Considérations mo- 
rales. — Taui légal du prêt. — De l'usure. — Des eunuques. 

— Tribunal. — Cangue. — Question. — Les ceps — 
Latitude laÎ5Si<e aux mandarins. — Loisur la cuisine royale. 

— Loi sur les fiançailles. —Divorce. -Adultère. — Manque . 

de respdcl llliat, — Bacheliers titurlins. — Fils prodignes. 303 

XXX 

Excursion au lombeau de l'ëvéqne d'Adran, — Roule du 
IriHsiènie pont. — Le Go-Viap. — Route de Tbuan-Keou. 

— Pagode Darbt^t. — Plaine des lomlwau):. — Ouvrages 
de Ki-liua. — Jardin de l'évéque. — Monseigneur d'Adran. 

— Trailé de 1787. — Le tombeau 317 

XXXI 

Excursion i Cliolen , ville cliinoise. — Excursion par eau , par 
terre. — Rouie des mares. — Haras, parr^ et pagodes 
iis mares. — Apatbéose d'un matelot breton.- Ville cbî- 
Dolse. — Préfecture. — Trésor. — Bureau lél^apbique. — 
Pi^ode des divinitiis guerrières. — Pagode Cantonn^se, — 
Offrandes, — Sorts. — Machine à débiter des piiérea. — 
Cuiane. — Population. — Minb-Uoong. — Quartiers. — 
Transfuimation de la ville. — Haut et bas commerce. — Ar- 
royos et canaux. — Honorabilité des grands négociants chi- 
nois. — Entrepdl commercial. — Écoles. — Corporations. 

— Oiiglne de la ville cliinoise. — Caj-mai. — Fort. — 
P^^udc. — Monticule. — Description poétique de Cay-ma! 
par un grand mandarin. — Roule de l'arroyo chinois. — 
Puils de l'évéque. — Hflpital de Cboquan.— Port des jonques 

de mer 328 

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516 TABLE DES HATIÈHBS 

XXXIl 

Pages 

Empire d'Annara. — Provîntes fraoçaises. — l/iph-long. — 
Cbandoc — Sidec. — Malien. — Frontières. — PopulalioQ, 

— Revenu colonial. — Moussons et saisaos. — Température 
e[ climat. — Lïeui de convalescence. — Acclimatement. 

— InstaMioa. — Habitations. — Insectes et animaui 
nuisibles. — Conservation du lioge et des vilemenla. — 
loconï^aient des fourmis. — Mode de coucliage. — Mous- 
tiques et moustiquaires. ^ Bourboullles et autres affections 
cutanëes. — Blanchissage. — ChauMures. — Précanlions 
coDire les insolations. — ftïimenades icheTal. ^ Coiffures. 

— Saison des pluies. — Instruments de musique. — Le 
dessin, — Pbotographie. — Distractions. — Écueils de la 
vie coloniale. — Heures des affiiires, des bureaux et des 
visites. — Counier de France. — Séjour des Européens 

nu» colonies 342 

XXXIII 
Alimenta eioliques. — Cuisine française. — La popole, — Ra- 
tion de vivres. — Dispenses de la table el accessoires. — 
Aptitude spéciale des Chinois. — Ratrakhissements, — Mau- 
vaise eau. — La sitste.— Cary indien.— L^mcs et fruits. 

— Éclairage. — Panka 363 

XXXIV 
Relations avec l'Europe et avec les puissances voisines. — 
Courriers d'Europe cl de Chine. — Relations avec Honj- 
Kong. Macao, Canton. — BelaUons avec Manille. — Rela- 
tions avec Batavia. — Relations avec Hué. — Voyage de 
l'amiral Bunard et du plénipotendaire espagnol à Hué. — 
Relations avec les provinces annamites. — Relations avto 
leSiam. — Relations avec Singapore. —Relations téWgn- 
pliiques avec l'Europe par le Siam et les Indes ...;... 375 

XXXV 

Voyages et transports par eau. — Voyages par terre. — Les 
trams. — Postes indigènes. — Maison commune. — Odeurs 
étrangèfts.— Voyages à cheval.— Voyages en chars à bœufs 
et à buffles. — Chasse au tigre. — Voyages de nuit. — 
Caïmans. — Poissons de combat. — L'fléphant. — Chasse». 385 

DKlzc.J;.G00glc 



TABLE DES MATIÈRES M 7 

XXXVI 

Pagei 
RûYjIiiiie de CàMBODGE. — Roule fluviale. — Tan-an. — 
Arrojo de la Poste. — Mithn. — Marché chinois. — Le 
grand fltuve. — Les Quatre-Bras de Phnflm-pénh, — Bris 
d'Oudong. — Mission ciUiolique. — Compong-Luong. — 
Grande pagode et bonzerie. — Fresques curieuses. — Un 
disciple de Boudha 39T 

XXXVEI 

Vill^ de Compong-Luong. — Matclié cantbodgi'en — Des 
enfants — Types camhodgicns. — Femmes et filles cam- 
bodgienoes. — Mariage, — Couches. — PoliUsse. — Qua- 
lités et défauts. — Cliasse. — Cérémanics funèhres. — 
Oudong. — Palais et citadelle. — Théttre. — Corps de 
ballet. — Musiiue. — Audience du roi. — Posture des 
assistants, — Mode de gouverncmcnl. — Code. — Serment 
de fidi^lilé,^ Finances — Un roi siamois, on borne et un 
singe. — Montagnes de la couronne. ^ La reine-mére. 

— La pagode carrée, — Pyramides royali^, — Origine et 

bul des pagodes. — Temples divers. — Caprice d'éléphant. 100 

XXXVIIl 

Introduction du boudhisme au Cauibodge. — Signification du 
mot Boudha. — Incarnation du Boudha. — Fondation de 
sa doctrine. — Sa propagation. — Rapports entre le bou- 
dhisme, le brahmanisme et le quiétisnie. — Métempsycose. 

— Des eietiï. — Des anges. — Des enfers. — Le ffSrc du 
Boudha. — PoiTtatoire. — Création des mondes. — Prcmieis 
habitants. — Le soleil, la lune et les étoiles. — Système des 
mondes, — Fin des mondes, — Rapports apparents du bou- 
dliisme avec le catholicisme, — Ordre religieux hondhique. 

—Règlements de l'ordre. — Lecture des livres sacrés. — 
Instruction nulle chei les femmes. — Ecoles des bonzes. — 
Services rendus par cet ordre, — Causes du peu de dévelop- 
pement de la religion chrétienne au Cambodge i30 

XXXIX 

Le Grand lac. — Pfche annuelle, — Préparation et prix moyen 
du poisson. — Ruines d'Angcor. — Origines cambodgienne^. 



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518 TABLE DliS MATIÈRES 

Pigci 

— Afwicn royjumï de Cliani ou Tsiampa. — Dappurfs dos 
langues de l'Iiide postai ieure aver. la lan^ic canibodgienue. 

— Arcliik)logie indienne el cambodtpcniie. — Priaiilé du 
Cambodge cooiine crntre de \i nligion l>oiidliiqu« iws 
riiido-Cliine. — Identilé d'origine avec les Lao, avec 1-s 
Siamois, avec les Dirmans J&O 

XL 

PhnOiii-piiili. — Ville (lullaTiU,'. — CoDcession fiantaisc. — 
ltepn<Bentant français pi-ès du rai. - Crue p<<rii>dique du 
Gund-Fleuïe. — Popidalion, — Centre commercial. — 
PuiJs el mesures du Cambodge ir,Z 

XLI 
Saisons. — Aiinde lunaire. — Cjcle canibodgii'n. — Manière 
de fomplf r l'igi', — Ère religiiuse. — Jnurs el licuns. — 
Cailians solaires. — Clepsjdre. — Langue cambodgienne. 

— Écriture. — Locutions diverses. — Livres cambodgiens. 

— ■ Livres siamois, — CaracWres pâli i'Q 

XLII 

Populalion du CamlK>dge, — Gi'.indeur el ddcadencc du ce 
rnyauinv. — U^endK du Pica-Klian. — Emin^temenls des 
Annaa.ites. — Manque d'orgrinisalioD mililaire. — Armes. 

— Causes du dfmenihi'enu'nt du rovaume, — Courageuse 
réaction. — Empièlenients des Siamois. — Avantages du 
|irotfclorat franrais. — Umiles actuelli'ii — Camput. — 
l'iminM's cambodgiennes. -— IKvisions aduiinistraiives. — 
Ui-seendants des Portugais — Malais, — llace Cliam, — 
Tribus des Penongs. — Commlssimi d'eiplarallon de la 
valide du Lao. — Travaux et mort de Moubot. — Uorl 

du commandant de Lagti^e 178 

XLIIl 
V(i;age« ppnJanl l'inondation. — En saison siche, — Pas de 
poste. — Voiagns à clu'val. — En cliar à bœofs, — En cbar 
à buffles. — Vojages il ^lép)iant. — Cba^ise à Tiiliiplianl. 

— Route de terre de Plinilin-pdnb à Saïgon. — Sucre de 
palmia. — Gomme gutle. ~ Cire, — Ridires. — Cirioa. 

C.,Mzc.J;.G00glc 



TABLE DES MATIERES 

— IrriEilion. — Indigo. — Élevage des ïers-à-soi»!. - 
Arï)r>,' k huile. — Grind mirais. — Le bœuf divinisé. - 
Halle de vaya^, — HalutaUan. — Hospitalité. — Rvpas - 
Uàtelier d'irniiB. — Tissaj^ de la soie 



XXX JV 

Pii'patalifs du départ pour h Frante. — Cerlifical d'origine. — 
Ëpuqiie prér^rable. — Trausilion difficile du cbaud au froid. 
— Joies du retour 



FI> DE LA TABLt 



■MR-Sim-AUBE, HP. M"' JABDË.Vl'X-n 



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